Rute COSTA, Federica VEZZANI (éds.), La connotation et la dénotation en terminologie

di | 23 Giugno 2026

Rute COSTA, Federica VEZZANI (éds.), La connotation et la dénotation en terminologie, Cahiers de lexicologie, n° 125 (2), 2024, pp. 249.

Le numéro 125(2) des Cahiers de lexicologie, consacré à La connotation et la dénotation en terminologie, est ouvert par une Présentation (pp. 11-17) par Rute COSTA et Federica VEZZANI, qui introduisent la notion de dénotation, comme signification d’un terme valable pour tous les locuteurs, par rapport à celle de connotation, comprise avec Bloomfield (Language, 1933) comme un ensemble de valeurs supplémentaires et subjectives dépendant de facteurs linguistiques, culturels et sociaux. En terminologie, la définition – et donc l’identification des caractéristiques spécifiques qui composent un concept – suppose d’abord de délimiter quelle est la communauté d’experts ciblée, afin d’en retenir les traits nécessaires pour sa représentation formelle dans un domaine déterminé. Si dans la perspective conceptuelle, qui vise à la pérennité des ressources terminologiques, c’est la dénotation qui l’emporte, dans une perspective linguistique, qui observe les termes en discours, la connotation est récupérée. Cette dernière varie selon le co(n)texte et assume par-là de valeur pour la compréhension de la dimension historique et sociale considérée. Ce numéro propose 8 articles (y compris deux Varia), dont nous rendrons compte partiellement, en nous limitant aux études concernant le français.

Vanessa BONATO, Giorgio M. Di NUNZIO, Federica VEZZANI, The interplay between denotation and connotation: applying semic analysis to medical terminology (pp. 19-45). Dans cette recherche les auteurs se penchent sur la terminologie médicale et proposent de considérer non seulement la dénotation, typique du domaine qui se doit d’employer des termes neutres et objectifs, mais aussi la connotation qui joue un rôle considérable étant donné l’enjeu humain des textes médicaux. Après avoir traité de la connotation dans la terminologie médicale, qui souvent nécessite de remplacer des termes ayant acquis une connotation négative et qui exige une attention particulière en traduction à cause de l’asymétrie connotative (ex. mammella vs. mamelle), les auteurs présentent une ressource terminologique multilingue (italien, français, anglais, espagnol) basée sur l’analyse sémique, qui permet d’étudier – grâce à l’inventaire de sèmes proposé – la polysémie (linguistique) et la polyréférentialité (conceptuelle) des termes médicaux, d’en identifier la polarité selon différents usagers (experts, patients, professionnels linguistiques), chacun dans sa langue. L’expérience montre l’utilité de connaitre les connotations potentielles afin de construire une compétence approfondie de la polysémie dans le domaine médical.

Dans La connotation, une motivation néologique à part entière dans la terminologie de la mode (pp. 131-155), Marie-Alice REBOURS constate que la terminologie française de la mode se caractérise par l’abondance d’emprunts à l’anglais et par un renouvellement terminologique constant. L’auteure fonde son étude sur un corpus diachronique discontinu de termes collectés dans des catalogues français de vente par correspondance (entre 1952 et 2019) et d’entretiens avec les experts, afin de distinguer plusieurs types de connotation et de mettre en exergue les retombées commerciales et sociales de la connotation dans ce domaine. Il apparait que la recherche d’une « néologie connotative » assume de l’importance dans la terminologie de la mode, en ce qu’elle permet de remplacer des termes qui existent déjà, mais qui ne conviennent pas à cause de leur connotation (ex. « dirty » pour sale, « bleach » pour javel, ainsi que d’ajouter de l’expressivité (ex. T-shirt vs. blouse ou maillot) ou de mettre en avant des traits conceptuels différents (ex. décolleté, trotteur, escarpin). La dimension sociale et identitaire de ce langage a aussi des retombées commerciales déclenchées pas la tension imitative vers un style – linguistique, dans ce cas – distinctif.

Chih-Ying CHIANG (Rôle du sens compositionnel dans l’équivalence parémique français-chinois : l’exemple de A bon chat, bon rat, pp. 183-209) propose une étude sur l’équivalence sémantique des phrases parémiques en français, comme langue source, et en chinois, comme langue cible, partant de la constatation que les équivalents offerts par les compilations bilingues ne se correspondent pas dans tous les contextes : parfois il faut changer de parémie, parfois on ne trouve pas de correspondance en changeant de contexte. Selon l’auteur, qui observe le phénomène dans 300 exemples contextualisés, les raisons ne sont pas seulement d’ordre culturel, mais concernent le rapport entre sens gnomique et sens compositionnel de la phrase parémique, qui en détermine les conditions d’emploi. De plus, la recherche d’une correspondance parémique ne se limite pas à l’équivalence sémantique, mais elle vise également à atteindre un but argumentatif et une équivalence catégorielle au sein du classement des formes sentencieuses dans les deux langues en question. En particulier, la recherche des équivalents de A bon chat, bon rat dans plusieurs contextes permet à l’auteur d’établir la portée référentielle plus large du français, et de mieux cerner les règles d’usage des multiples parémies métaphoriques correspondantes en chinois.

Rappelons enfin que d’autres articles enrichissent le présent numéro mais portent sur d’autres langues : anglais (Pilar LEON ARAUZ, Exploring the balance between denotation and connotation in specialized discourse : insights from EcoLexicon and the Humanitarian Encyclopedia, pp. 47-77), anglais et japonais (Kosuke NISHIO, Alexander SHVETS, Leo WANNER, The use of collocations in context : a prelimnary study of English and Japanese), suédois (Henrik NILSSON, Controversial connotation ? Some effects of connotation on Swedish terms, pp. 79-102), ancien hébreu (Silvia PICCINI, Davide SAPONARO, Giuliana E. VILELA, La connotation logique en terminologie. Le mariage dans l’Israel antique comme étude de cas, pp. 103-129), et portugais (Ana SALGADO, Déterminologisation : dynamiques de connotation et de dénotation dans le Dictionnaire de l’Académie des Sciences de Lisbonne, pp. 157-180).

[Chiara PREITE]