Mariangela ALBANO, Phraséologie et phraséodidactique du français et des langues

di | 23 Giugno 2026

Mariangela ALBANO, Phraséologie et phraséodidactique du français et des langues, Paris, L’Harmattan, 2024, pp. 378.

Le premier chapitre (Pour une signification du mot et de la phrase, pp. 23-62) se penche sur le problème théorique de la définition du mot et de la phrase, en montrant l’instabilité de ces notions dans la tradition linguistique. À partir de Saussure, Bally, Bloomfield, Martinet et Benveniste, l’auteure retrace le passage du mot isolé aux unités complexes et polylexicales. En particulier, les mécanismes d’analogie et d’agglutination sont analysés comme des processus fondamentaux dans la formation des unités phraséologiques. En outre, la composition populaire et savante est traitée avec une distinction entre mots composés, locutions et syntagmes. L’auteure clarifie aussi les différences entre lexème, lexie, locution et syntagme, en montrant comment le figement émerge d’une combinatoire progressivement restreinte. Dans la conclusion du chapitre, l’auteure propose une réflexion sur l’« errance » du mot vers la phrase figée, remettant en cause l’idée de pleine compositionnalité sémantique.

Dans le deuxième chapitre (Le pouvoir de la phraséologie : entre théorie et pratique, pp. 63-144), la phraséologie est définie comme un champ autonome mais interdisciplinaire, marquée par une forte instabilité terminologique. Après un examen des principales définitions lexicographiques et théoriques, l’auteure retrace l’histoire de la notion de figement, des intuitions de Bréal et de Saussure aux travaux de Gross et de la linguistique contemporaine. Le fonctionnement de la « machine à figer » est présenté et l’auteure décrit les processus de fixation morphologique, syntaxique, lexicale, sémantique, phonétique et pragmatique. En outre, une classification détaillée des catégories phraséologiques est proposée, à savoir les idioms, les locutions, les collocations, les proverbes, les gallicismes et les pragmatèmes. Une attention particulière est accordée à la non-compositionnalité, à la métaphoricité et à la conventionnalité. Enfin, le défigement est introduit comme un espace de créativité linguistique maîtrisée.

Le troisième chapitre (Acquisition et apprentissage des constructions figées, pp.145-171) est consacré à l’acquisition des expressions figées en L1, en L2 et en langue étrangère. L’auteure analyse les modèles psychologiques et psycholinguistiques relatifs au traitement des séquences idiomatiques, en discutant le rôle du sens littéral, de l’opacité sémantique et de la transparence. Les stratégies interprétatives des apprenants sont examinées, entre traduction littérale, inférence contextuelle et activation de la « clé idiomatique ». En outre, les difficultés spécifiques des idioms par rapport aux collocations sont mises en évidence. Les notions de catégorisation, de polysémie et d’analogie sont centrales comme outils cognitifs. Enfin, l’auteure montre que l’apprentissage des constructions figées est progressif et dépend du niveau de compétence linguistique et métalinguistique.

Le quatrième chapitre (La dimension cognitive dans l’enseignement des constructions figées et défigées, pp. 173-211) développe une perspective cognitive de l’enseignement de la phraséologie, en intégrant la sémantique cognitive et les grammaires de construction. Les expressions figées sont envisagées comme des associations forme-sens motivées par des schémas conceptuels, des métaphores et des analogies enracinées dans l’expérience corporelle. En particulier, l’auteure examine la valeur didactique de la motivation linguistique liée à l’iconicité, à la métaphore conceptuelle et aux images mentales pour la mémorisation et le réemploi. Les constructions figurées sont situées sur un continuum entre lexique et grammaire. En outre, sont proposées des activités didactiques fondées sur la reconnaissance des anomalies, la comparaison interculturelle et la visualisation. La grammaire de construction apparaît comme un cadre théorique privilégié pour articuler phraséologie et didactique.

Le cinquième chapitre (Au-delà de l’approche cognitive : les apports d’autres courants, pp. 213-299) inscrit la phraséodidactique dans une perspective historique et méthodologique plus large. L’auteure retrace les origines de l’enseignement de la phraséologie, de Bally à la Phraseodidaktik allemande et à l’approche lexicale. Une attention particulière est portée au FLE, avec la formalisation de la phraséodidactique proposée par González Rey. Une synthèse critique est proposée à propos des manuels, des méthodes et des projets didactiques développés en France et en Italie. Des différences notables apparaissent entre les traditions nationales, ainsi qu’un manque relatif de modèles structurés dans le contexte universitaire italien. L’auteure conclut en soulignant la nécessité d’une intégration systématique entre phraséologie, corpus et didactique.

Cet ouvrage est une contribution à la théorie de la phraséologie et à la phraséodidactique contemporaine. Il constitue à la fois un outil de référence pour les chercheurs et un cadre théorique solide pour les enseignants et formateurs, appelés à repenser la place du figement et de la phraséologie dans l’enseignement des langues.

[Gloria ZANELLA]