Irene ZANOT, Dalle toiles della legge ai plafonds baudelairiani. Per un’indagine attorno alla parola araignée

di | 18 Ottobre 2022

Irene Zanot, Dalle toiles della legge ai plafonds baudelairiani. Per un’indagine attorno alla parola araignée, I libri di Emil, Città di Castello, 2022, 143 pp.

Irene Zanot propose une étude fouillée autour du mot araignée, tout comme le suggère le titre de ce livre, en langue italienne, paru chez I libri di Emil en avril 2022 et disponible en libre accès (https ://www.ilibridiemil.it/images/Repository/10.17457_9788866804352_Zanot.pdf). L’ouvrage permet au lecteur de se plonger dans l’univers lexical, phraséologique et (inter-)culturel du mot araignée en disposant d’explications claires sur les concepts et les outils théoriques dont se sert l’auteure.

L’ampleur culturelle de cet ouvrage (qui ne se limite pas aux frontières de l’Hexagone et qui fait également référence à des sources issues des cultures classiques) offre au lecteur des comparaisons intéressantes entre la France (et le français) et l’Italie (et l’italien), sans négliger d’autres langues et cultures modernes (tel que l’anglais). Cette multiplicité de stimuli (qui sont également de nature scientifique et biologique) rend le volume particulièrement polyphonique, ce qui est souligné, au niveau linguistique et stylistique, par une présence agréable de gallicismes, anglicismes, latinismes et grécismes.

L’introduction vise à éloigner l’imaginaire dysphorique associé à l’araignée, tout en évoquant des légendes et des mythes (tel que celui d’Arachné), qui seront repris par la suite. L’auteure introduit l’univers linguistique, lexical, culturel, symbolique et figuratif de l’araignée et souligne dès les premières pages le lien intrinsèque qui existe entre araignée et toile, un élément qui reviendra tout au long de l’ouvrage.

Au-delà des symboles qui relèvent des caractéristiques des araignées et que l’on retrouve dans des proverbes ou dans des récits du folklore, l’introduction présente les principaux outils théoriques utilisés dans cette enquête : tout d’abord, Zanot fait référence à la sémantique interprétative d’Algirdas Greimas, mais aussi à des notions utilisées en phraséologie et en parémiologie, qui sont nécessaires pour comprendre l’évolution de quelques formules analysées, comme Les lois sont des toiles d’araignée qui n’arrêtent que les mouches et sont rompues par les frelons (apophtegme d’Anacharsis), Araignée du matin, chagrin, araignée du soir, espoir (dicton) et avoir une araignée dans le plafond (expression).

Le premier chapitre (Uno zoonimo straordinariamente polisemico) propose un tour d’horizon des caractéristiques morpho-grammaticales, sémantiques et terminologiques du zoonyme dont l’étude est au cœur de cet ouvrage. Dans la section 1.1, l’auteure illustre la valeur symbolique lexicalisée péjorative de l’araignée, parfois employée pour caractériser des êtres humains à travers notamment des comparaisons stéréotypées et des expressions figées. Zanot se base sur quelques dictionnaires contemporains (comme le Petit Robert 2021 et le Larousse en ligne) pour souligner la polysémie de ce zoonyme et les relations de synonymie et hypéronymie qu’il entretient avec d’autres représentants de la classe des Arachnides. En particulier, l’auteure concentre son attention sur les échanges et les interférences entre « la terminologia zoologica e il lessico ordinario » (p. 28). Les technicismes qui dérivent de l’araignée complètent le panorama lexical de ce zoonyme.

Les sections 1.2 et 1.3 de ce chapitre se focalisent respectivement sur les variations diatopiques et diachroniques du terme araignée en ancien et moyen français (repérées grâce au Französisches Etymologisches Wörterbuch de Wartburg, dictionnaire qui joue un rôle majeur dans cette recherche) et sur ses noms latins et grecs, en révélant clairement l’interchangeabilité entre le zoonyme et la toile d’araignée, qui était déjà présente chez les Grecs et les Latins.

Le chapitre 2 (Le toiles della legge: un apoftegma di Anacarsi e le sue trasformazioni nella lingua francese) examine un apophtegme d’Anacharsis, Les lois sont des toiles d’araignée qui n’arrêtent que les mouches et sont rompues par les frelons, et introduit à part entière la dimension phraséologique et parémiologique du mot araignée, tout en précisant quelques notions terminologiques de base, comme, forme sentencieuse, proverbe ou proverbiogénèse, entre autres. Dans la section 2.1, l’apophtegme d’Anacharsis est analysé du point de vue symbolique (à l’aide des couples proie/chasseur, demeure/territoire et sur la base d’une réflexion brillante sur l’architecture de la toile et sur les archétypes de mouche) et sémantique, en faisant référence à la toile-justice qui n’arrête (physiquement et pénalement) que les petites mouches et qui s’inscrit dans le « topos della legge del più forte » (p. 53). L’auteure prend ensuite en considération l’évolution diachronique de cet apophtegme, tout en cherchant à catégoriser cette phrase au travers des étiquettes d’adage, dicton et apophtegme, sans négliger sa dimension de propagation, de proverbiogénèse et d’obsolescence, qui en a permis la proverbialisation. La section 2.2. (Dall’apoftegma di Anacarsi alla frase proverbiale) porte essentiellement sur cette dernière étape, alors que la section 2.3 aborde la notion de mort proverbiale, qui est rarement présente en littérature parémiologique et qui ouvre de nouvelles pistes de réflexion. Cette section vise à examiner la disparition de cette formule (en tant qu’apophtegme et que proverbe) et son usage paraphrasé (chez Rousseau), didactisé (dans la Grammaire nationale de Bescherelle) et métaphorique, dans la littérature ou dans la presse.

Au chapitre 3 (Ragni mattutini, ragni della sera e ragni mordaci: la araignée tra le credenze dei dictons e le leggende sulla tarentule), Zanot se penche sur le dicton météorologique Araignée du soir, espoir, araignée du matin, chagrin, ce qui lui permet d’ouvrir une parenthèse intéressante sur les dictons et les proverbes. L’auteure reprend ainsi la distinction entre dictons météorologiques et dictons de la croyance : si les comportements des araignées peuvent indiquer la météo pour des raisons scientifiques, le chagrin est plutôt lié à la dimension des croyances suscitées par l’araignée. Partant de cette observation, l’auteure introduit une « Digressione sulla tarentule » (titre de la section 3.2) et sur les convictions associées par le passé à cette araignée : elle était considérée comme venimeuse et on pensait qu’elle était à l’origine de la maladie du tarentisme. L’analyse prend ici en compte l’étymologie du mot tarentule et les rapports, d’une part, entre le tarentisme et la musique (qui perdure aujourd’hui encore) et, d’autre part, entre cette maladie et la mélancolie.

Le dernier chapitre (I soffitti di Baudelaire. Alcune ipotesi sull’espressione avoir une araignée dans le plafond) ferme la boucle à travers l’analyse de la valeur de l’araignée chez Baudelaire. Dans un premier temps, l’auteure récapitule les connotations négatives de l’araignée dans l’histoire et dans la littérature afin de mieux appréhender l’expression avoir une araignée dans le plafond, qui fait l’objet de la section 4.2 (Ragni in terre esotiche e ragni nei soffitti di Breda Street). Cette expression, encore utilisée de nos jours, est analysée sur la base de plusieurs dictionnaires, principalement des XVIIIème et XIXème siècles. Grâce à cette étude, la relation métonymique entre le plafond et le cerveau est mise en évidence, ainsi que le sémantisme de la folie liée à l’expression et son appartenance au jargon de Breda-Street, une ancienne rue de prostituées. La folie et la mélancolie sont présentes dans la section 4.3 entièrement consacrée à Baudelaire. En particulier, chez cet écrivain l’araignée se réfère à l’ennui par le biais des adjectifs aranéeux et arachnéen. Toutefois, c’est le cliché des toiles d’araignée qui pendent au plafond qui souligne le sème de la pauvreté, lié à l’araignée, et qui fait allusion à la pauvreté des poètes. Le quatrième chapitre se termine par une lecture originale et novatrice de l’araignée dans la poésie de Baudelaire.

La conclusion prend en compte les dernières acceptions du zoonyme dans les domaines numériques et technologiques les plus pointus. Ce regard synchronique met en lumière les multiples chemins déjà parcourus par le mot araignée et les nouvelles voies qu’il pourrait emprunter à l’avenir. Et puisque l’univers de l’araignée existera au moins autant que l’univers humain – sinon plus –, il pourra sans nul doute donner naissance à de nouveaux réseaux sémantiques, phraséologiques et lexicaux.

[Vincenzo Lambertini]