Eleonora MARZI, Silvia Domenica ZOLLO (éds.), La gestion de l’apport culturel par les technologies en didactique du FLE : enjeux, défis et perspectives

di | 5 Febbraio 2026

Eleonora MARZI, Silvia Domenica ZOLLO (éds.), La gestion de l’apport culturel par les technologies en didactique du FLE : enjeux, défis et perspectives, in TDFLE (Travaux de didactique du français langue étrangère), n° 85, 2025, pp. 224.

Le numéro thématique La gestion de l’apport culturel par les technologies en didactique du FLE : enjeux, défis et perspectives de la revue TDFLE réunit diverses contributions qui se concentrent sur le thème de l’enseignement du français comme langue étrangère (FLE) et des transformations que les instruments numériques ont apportées à l’activité didactique. Le volume est composé d’une introduction et de onze contributions. Les études mettent en lumière la façon dont corpus numériques, intelligence artificielle, outils multimodaux et dispositifs hybrides peuvent nourrir le développement de compétences socioculturelles et interculturelles dans les classes de FLE. L’influence de la technologie sur la didactique contemporaine est le fil rouge qui lie chaque article, mais la diversification et les points de vue exposés dans chaque contribution font de ce volume un recueil riche, varié, multiforme et hétérogène.

Dans l’Introduction (pp. 1-12), les auteures Eleonora MARZI et Silvia Domenica ZOLLO affirment que, depuis plusieurs années, l’enseignement du français comme langue étrangère a connu une transformation radicale grâce à l’avènement des technologies modernes et des ressources numériques. Les pratiques didactiques actuelles s’appuient sur différents outils : matériaux audiovisuels, discours multimodaux, corpus linguistiques et bases de données textuelles et lexicographiques. MARZI et ZOLLO soulignent que ceux-ci font souvent l’objet de recherches dans la communauté scientifique francophone. Les corpus linguistiques et les bases de données permettent de réfléchir sur les formes grammaticales et les contextes linguistiques, en favorisant le développement d’une compétence métalinguistique dans l’apprentissage des langues. Les plateformes numériques visent à renforcer d’autres compétences transversales, telles que la compétence numérique, la compétence linguistique et la compétence métalinguistique. Cette dernière compétence ne doit jamais être mise à l’écart : il faut toujours réfléchir sur les relations complexes entre langue et culture en didactique du FLE. MARZI et ZOLLO mettent l’accent sur la compétence socioculturelle et interculturelle, qui permet de façonner la compétence culturelle. La première contribue à une compréhension mutuelle entre les individus et à la réduction des préjugés, tandis que la seconde concerne la compréhension plus étendue des normes et des conventions culturelles spécifiques d’une communauté linguistique donnée. Selon les auteures, il est fondamental d’expérimenter des parcours didactiques innovants où la gestion numérique de l’aspect culturel devient centrale. Chaque étude de ce numéro développe l’idée d’une culture vue comme un processus dynamique d’interprétation, de médiation, de communication et de collaboration, plutôt que comme un phénomène statique.

Dans la première contribution, L’impact du numérique sur l’exploitation des ressources documentaires en situation d’usage (pp. 1-10), Christian PUREN réfléchit sur l’enseignement de la langue et de la culture françaises dans le domaine scolaire à l’ère actuelle, qui est caractérisée par la présence massive des environnements numériques. Dès le début, l’auteur annonce qu’il adopte une position volontairement détachée de celle de deux coordinatrices de ce numéro. PUREN ne souhaite pas la réfuter, mais il veut remettre au centre des principes qu’il juge incontournables, tels que le rôle durable du manuel scolaire et des méthodologies déjà stabilisées dans le passé. PUREN évoque l’analyse des documents authentiques, qui ne perdent jamais leur efficacité didactique.​ En premier lieu, il illustre une démarche didactique qui va de la langue à la culture, et, en second lieu, une démarche inverse qui part des documents authentiques, des contenus culturels, vers la matérialité linguistique. PUREN affirme que, même si les outils numériques sont des instruments puissants, ils ne peuvent pas être les seuls à être utilisés en contexte scolaire, et que la compréhension directe et guidée des documents authentiques rédigés en L2 reste centrale et encore valable. L’auteur remet donc en question l’idée que les nouveaux instruments d’enseignement sont plus efficaces que les instruments plus anciens considérés comme obsolètes. PUREN rappelle les nombreuses fonctions structurantes du manuel, telles que la définition a priori des contenus et leur organisation en unités didactiques progressives. L’auteur soutient que la priorité, pour la didactique en milieu scolaire, est d’imaginer une utilisation des outils numériques qui soient compatibles avec les instruments plus anciens, sans ainsi abolir ces derniers.​ La recherche sur le numérique en didactique devrait viser à l’intégration progressive des technologies plutôt qu’à l’abandon total des instruments traditionnels.

Dans la deuxième contribution, Cultures, technologies et enseignement du FLE : intersections théoriques (pp. 1-20), Yannik HAMON propose une réflexion sur la manière dont l’entrecroisement entre technologie et didactique a transformé l’enseignement et l’apprentissage de la langue et de la culture françaises. L’auteur invite à dépasser une vision purement instrumentale de l’environnement numérique : loin de le considérer comme un simple ensemble d’instruments pour motiver les apprenants·es, l’auteur interroge les changements réels que le numérique apporte sur les tâches, sur les interactions et sur la construction des compétences interculturelles. Selon HAMON, il faut comprendre les conditions dans lesquelles les outils numériques peuvent devenir un véritable levier pour le développement de compétences linguistiques et culturelles. Dans un premier moment, l’auteur souligne que, pendant longtemps, la culture a été envisagée comme un ensemble de contenus à transmettre. Dans ce cadre, le rôle d’enseignant consistait à sélectionner des informations à présenter aux apprenants·es. D’autres spécialistes, aujourd’hui, conçoivent la culture comme un réseau dynamique qui se transforme et se reconfigure constamment grâce aux interactions des membres de la société. Selon HAMON, la culture est un ensemble de variables et non pas une image statique. La culture est une harmonie de représentations, de valeurs et de pratiques en évolution continuelle. Les dispositifs numériques renforcent les échanges en ligne et permettent l’accès à des réalités culturelles diverses et variées. Dans cette perspective, la télécollaboration représente un espace où les participants·es s’interrogent sur leur propre réalité et la confrontent avec de nouveaux panoramas. Cette re-signification doit être accompagnée par l’enseignant·e, qui a la tâche de construire des espaces de réflexion métacognitive et métaculturelle, dans lesquels les apprenants·es analysent ce qu’ils/elles ont compris, mal compris ou découvert sur eux/elles‑mêmes et sur les autres.

Dans la troisième contribution, Sensibiliser les enseignant·e·s de FLE en formation initiale aux contenus culturels générés par l’IA (pp. 1-16), les auteurs·es Cristelle CAVALLA, Eugénie DUTHOIT, Donatienne WOERLY, Amélie CELLIER, José AGUILAR, Alice BURROWS interrogent le fonctionnement des intelligences artificielles (IA) génératives dans le domaine de la formation des futurs·es enseignants·es du français comme langue étrangère. Les spécialistes se concentrent surtout sur la dimension culturelle gérée par les IA. Dès le début, les auteurs·es précisent que ces outils ne sont pas capables de produire des pensées spontanées, mais ils calculent des probabilités statistiques à partir de vastes corpus de données, générant ainsi des représentations culturelles illusoires et potentiellement biaisées. Ces outils risquent de tromper les apprenants·es, en leur faisant croire en une fidélité réalistique de ces contenus culturels. L’étude questionne la réalité culturelle de ces productions : représentent-elles fidèlement les cultures cibles ? Comment les intégrer en classe de langue étrangère sans induire les apprenants·es en erreur ? Le Je parlant de l’IA n’est ni fictif ni issu d’un acte d’énonciation individuel, mais c’est le fruit d’un calcul. En ce qui concerne l’aspect culturel de la langue française, l’IA recrée une culture artificielle qui doit être toujours vérifiée ou contextualisée.​ La didactique de la culture, comme le précisent les auteurs·es, est la discipline de la diversité, de l’altérité mais aussi de la spécificité. Donc, de ce fait, les enseignants·es doivent vérifier l’authenticité des contenus, en tenant compte d’une éthique liée à l’enseignement. Les auteurs·es proposent des analyses et des approches éthiques et inclusives, visant à éliminer toute information biaisée et discriminante dans les contenus produits par l’IA. Dans cette perspective, ces instruments peuvent devenir des outils de déconstruction des biais humains et technologiques et être utilisés comme des freins contre la diffusion de stéréotypes.

Dans la quatrième contribution, L’Intelligence artificielle au service de la didactique de la traduction à l’Université : quel apport pour la gestion des culturèmes et pour le développement des compétences interculturelles ? (pp. 1-22), Maria Margherita MATTIODA réfléchit sur l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) et, plus spécifiquement, de la traduction automatique neuronale (TAN) dans la didactique universitaire de la traduction. Leur diffusion massive oblige les spécialistes de l’enseignement à repenser leurs objectifs pédagogiques et à concevoir des parcours formatifs conformes aux environnements numériques. Le cœur de l’étude réside dans une expérimentation didactique conduite avec des étudiants·es en Langue et Traduction française à l’Université de Turin. L’objectif principal était de sensibiliser ces apprenants·es à un usage réfléchi et maîtrisé de la TAN, à côté d’une analyse des atouts (fluidité accrue, rapidité) et des limites (erreurs culturelles) dans le développement des compétences traductives, culturelles et interculturelles. Concrètement, des étudiants·es de troisième année de Licence en médiation linguistique ont été invités·es à traduire vers l’italien des textes français saturés d’éléments culturels, à l’aide d’un logiciel de traduction automatique. Pendant ce test, les étudiants·es ont évalué leurs propres choix traductifs en les confrontant avec les outputs du logiciel. Les étudiants·es ont identifié des défis engageants au moment de la traduction des culturèmes. La traduction est conçue comme une activité de négociation à la fois interlinguistique et interculturelle, porteuse d’un potentiel pédagogique indéniable dans la formation des spécialistes. La traduction opère sur trois plans interdépendants : linguistique, discursif et culturel. Les machines IA et TAN, comme l’affirme MATTIODA, proposent des traductions plutôt créatives des éléments culturels, qui doivent être vérifiées. L’intervention humaine sur la traduction de ces éléments est incontournable.

Dans la cinquième contribution, La compétence métaculturelle via les corpus numériques pour la formation initiale des enseignants de FLE (pp. 1-17), Maria Francesca BONADONNA réfléchit sur la compétence métaculturelle qui reste encore marginalisée dans l’étude du français comme langue étrangère. Cette compétence consiste à réfléchir de manière critique sur les éléments culturels d’une communauté linguistique donnée. Dès l’introduction, BONADONNA souligne l’indissociabilité entre langue et culture : ces deux dimensions s’influencent mutuellement. Enseigner une langue sans tenir compte de cette dimension équivaut à réduire l’étude de la langue à un simple apprentissage de règles formelles. Les futurs·es enseignants·es et étudiants·es doivent développer une attitude d’enquête sur les éléments culturels qui dépasse la simple accumulation de connaissances. BONADONNA propose à un groupe d’élèves de FLE l’analyse d’un corpus numérique, DIACOM-fr, composé de communications publiques en français et de textes authentiques de nature variée (articles de presse, chroniques, débats et discours), centrés sur des thèmes sensibles dans l’espace social. L’auteure met en évidence le pouvoir didactique de cette analyse, qui permet de s’informer sur les modalités dont des groupes sociaux s’expriment sur certaines problématiques. Les étudiants·es ont été invités·es à discuter et à se confronter sur leurs interprétations des données. L’atelier a contribué à faire émerger chez les étudiants·es une posture métaculturelle plus affirmée : les participants·es sont passés·es d’une simple lecture des contenus à une réflexion critique des textes. La compétence métaculturelle, conclut BONADONNA, ne peut plus être considérée comme un complément optionnel, mais comme une étape incontournable de l’apprentissage, qui donne accès à une réflexion attentive sur les réalités sociopolitiques contemporaines.

Dans la sixième contribution, La formation universitaire en interprétation en milieu de santé : quelles « compétences culturelles » pour les interprètes ? (pp. 1-23), Nora GATTIGLIA se concentre sur les services publics d’interprétariat dans le domaine de la santé italienne. En Italie, comme l’affirme l’auteure, les services de traduction sont rarement mis en place, surtout en ce qui concerne la médiation vers la langue française. Selon GATTIGLIA, les spécialistes qui s’occupent de médiation dans le domaine sanitaire devraient posséder des compétences linguistiques‑traductives et des compétences procédurales, systémiques et culturelles, liées aux services sanitaires. GATTIGLIA souligne que plusieurs projets européens ont réalisé des plateformes avec des matériaux didactiques pour la médiation dans ce domaine. Ces ressources, scientifiquement validées, sont généralement disponibles en anglais, tandis que celles en français sont presque absentes. Il existe aussi plusieurs environnements numériques fréquentés par les usagers·ères, tels que des forums de patients·es, des podcasts sur les services sanitaires, et des témoignages en ligne, qui pourraient faciliter la compréhension de la voix des patients·es. Ces ressources représentent un réservoir qui permet d’analyser, d’un côté, le lexique propre à ce domaine (manière de parler des malaises à la première personne, mélange de termes spécialisés et de langage familier). De l’autre côté, elles permettent de saisir des représentations affectives (émotions liées aux malaises exprimés). Les ressources contiennent aussi une dimension culturelle composée des représentations des maladies, des traitements, des procédures administratives sanitaires et des rapports entre les soignés·es et les institutions hospitalières. L’analyse de ces ressources peut représenter, selon GATTIGLIA, un contact entre la culture institutionnelle et la vie quotidienne des patients·es.

Dans la septième contribution, L’apport culturel dans la reconnaissance automatique de la parole en didactique du FLE (pp. 1-20), Alida Maria SILLETTI analyse la façon dont l’outil de transcription automatique de YouTube traite la dimension culturelle. Le corpus analysé est constitué de huit messages vidéo du président de la République française Emmanuel Macron prononcés entre 2023 2024. Le corpus a été utilisé en classe de FLE au niveau master. Dans cette contribution, l’auteure conduit une recherche sur l’usage de l’IA lié à la reconnaissance automatique de la parole. Cette recherche a l’objectif de vérifier la manière dont l’outil de reconnaissance automatique de la parole gère la dimension culturelle au sein des messages prononcés par E. Macron. L’auteure souligne que ceux-ci présentent de nombreuses références culturelles, des termes propres au domaine politique, des toponymes et différentes marques typiques de l’oralité. SILLETTI souligne que l’IA de YouTube confond souvent les mots proches et, parfois, échoue à la transcription des culturèmes. Selon l’auteure, il ne s’agit pas seulement d’erreurs techniques ou formelles : elles dérivent des spécificités culturelles contenues dans les discours politiques. Le travail sur la transcription automatique devient ainsi une occasion d’apprentissage pour la classe de FLE. Les étudiants·es ont la possibilité de comparer la vidéo, les sous-titres automatiques et leur transcription révisée. Ils/elles peuvent réfléchir aussi sur les limites de l’IA et sur ce qui se perd sur le plan culturel lors de la transcription automatique. L’analyse détaillée des transcriptions permet de distinguer diverses catégories d’erreurs : erreurs purement formelles, erreurs de segmentation, confusions lexicales et mauvais traitement des noms propres et des toponymes. SILLETTI invite à multiplier ce type d’expériences sur d’autres corpus et à réfléchir sur le fonctionnement de l’IA dans le domaine de la formation des enseignants·es de FLE. Dans cette perspective, l’IA n’est pas seulement une aide technique, mais un support pour développer des compétences métalinguistiques et métaculturelles.

Dans la huitième contribution, Interculturalité et transculturalité dans un dispositif d’apprentissage hybride partagé pour l’enseignement du français langue étrangère (pp. 1-17), les auteures Annick FARINA et Christina DECHAMPS décrivent leur collaboration didactique. Les deux auteures travaillent dans deux pays différents, l’Italie et le Portugal, mais elles partagent une activité de recherche depuis plus d’une décennie autour du projet « Lessico dei Beni Culturali (LBC) ». FARINA et DECHAMPS ont programmé pour leurs étudiants·es un travail qui vise à analyser un portail plurilingue, issu du projet LBC, dédié au patrimoine artistique italien. L’analyse s’est déroulée à l’aide de bases de données textuelles, corpus parallèles, concordanciers, dictionnaires et autres outils numériques. Ce portail, comme le soulignent les auteures, s’est révélé un véritable trésor didactique pour l’enseignement de la langue, étant donné que les étudiants·es italiens·nes ont eu la possibilité de confronter le corpus rédigé dans leur langue maternelle avec sa traduction en français.  Une phase fondamentale a été représentée par la traduction des realia, à savoir des éléments lexicaux qui expriment des réalités artistiques et culturelles propres à l’Italie ou au Portugal. Ce travail a permis aux participants·es le développement de compétences plurilinguistiques et pluriculturelles et, de surcroît, il leur a donné la possibilité de connaître la valeur du patrimoine culturel artistique italien. Les cours, comme le précisent les auteures, ont été déroulés en modalité hybride, en distanciel et en présentiel, via des environnements virtuels tels que Moodle, Google ou Framasoft. FARINA et DECHAMPS concluent en affirmant que la collaboration entre les étudiants·es italiens·nes et portugais·es et le contact avec de nouvelles cultures leur ont permis d’accroître leur motivation dans l’apprentissage.

Dans la neuvième contribution, La culturomique en classe de FLE : corpus diachroniques, outils numériques et analyse lexicométrique du lexique de la mode, les auteurs.es (pp. 1-22) Claudio GRIMALDI et Maria Chiara SALVATORE se proposent d’examiner les potentialités didactiques de la culturomique en classe de FLE. La culturomique est une discipline appartenant aux sciences humaines et sociales, qui vise à analyser de vastes corpus et textes numérisés, afin d’étudier les tendances culturelles et le comportement humain dans le contexte social. Les deux spécialistes ont proposé à leurs étudiants·es de travailler sur le lexique de la mode, car il est riche en traces interculturelles qui révèlent des dynamiques historiques, sociales et économiques​. Les auteurs·es ont utilisé l’outil lexicométrique Gallicagram, qui exploite le corpus de la Bibliothèque nationale de France (BnF). GRIMALDI et SALVATORE s’interrogent sur le rôle de ces outils numériques dans le cadre de l’apprentissage des langues et des cultures. Dans les différentes séances de travail de l’analyse proposée, les chercheurs·euses GRIMALDI et SALVATORE ont eu la possibilité d’analyser l’évolution du vocabulaire de la mode dans l’histoire, de saisir des références culturelles et sociales, et d’étudier les différentes variations linguistiques du lexique. Cette analyse a permis à la classe de réfléchir sur différentes thématiques sociales, telles que la libération du corps féminin à travers l’utilisation du maillot de bain, et l’abandon progressif des corsets et d’autres vêtements couvrants. Les auteurs·es soulignent la profonde interdépendance entre langue et culture, en remarquant que même le Cadre Européen Commun de Référence pour les langues (CECR) met l’accent sur l’importance de la prise en compte de la dimension interculturelle dans l’apprentissage des langues. Tous les mots et les termes, comme l’affirment GRIMALDI et SALVATORE, évoquent implicitement une réalité culturelle​ et, dans cette perspective, la culturomique permet d’accéder à une lecture critique des contextes culturels.

Dans la dixième contribution, La revue de presse pour l’enseignement-apprentissage de la culture en classe de FLE : une activité au contact du monde via les TIC (pp. 1-23), Emmanuelle NARDONE propose une réflexion approfondie sur la revue de presse comme instrument didactique puissant pour l’enseignement-apprentissage de la culture en classe de FLE. Ce moyen de communication possède un potentiel actionnel et pratique optimisé par les technologies de l’information et de la communication (TIC). Dans son étude, NARDONE met en lumière l’importance de la compétence culturelle : les apprenants·es doivent maîtriser des compétences linguistiques et à la fois développer des compétences pragmatiques et interculturelles, afin de s’insérer comme acteurs·rices sociaux·ales dans un monde caractérisé par des échanges culturels, tant virtuels que réels. Les revues de presse, comme le souligne NARDONE, représentent une ressource qui plonge les apprenants·es dans la vie quotidienne des espaces francophones, tout en intégrant photos, dessins de presse, GIF animés ou images générées par l’IA. Cette modalité didactique optimise l’intégration des technologies à l’enseignement en favorisant un apprentissage culturel dynamique.​ NARDONE réfléchit sur le binôme langue-culture, en affirmant que la culture est partagée par les discours médiatiques, politiques et institutionnels contemporains, foyers d’un lexique qui façonne le contexte social pour les locuteurs·rices. NARDONE a fait de la revue de presse l’outil central pour son cours de FLE, mis au service des apprenants·es de master de l’université de Turin. La revue de presse a suscité une discussion active, en engageant les apprenants·es dans un parcours réflexif qui les a mis·es aux prises avec le monde contemporain. Cet outil a construit un pont entre la classe et le monde au-dehors de la classe. Sans aucun doute, la revue de presse s’est révélée un instrument adéquat au développement de compétences culturelles en classe de FLE.

Dans la onzième contribution, Une approche lexiculturelle numérique à travers le prisme de la multimodalité : quelques réflexions méthodologiques sur l’emploi des webdocumentaires dans les cours de FLE (pp. 1-22), Michele BEVILACQUA veut enquêter le potentiel du webdocumentaire comme outil didactique. Le webdocumentaire intègre différentes formes et canaux de communication : l’oral, l’écrit, la musique, la dimension gestuelle, le son et l’image fixe et mobile. L’évolution technologique observée ces dernières décennies a engendré une transformation profonde des environnements pédagogiques, dans lesquels les apprenants·es doivent développer des compétences linguistiques pures, à côté de la maîtrise d’autres codes et langages. Dans ce contexte, le webdocumentaire s’avère être un outil particulièrement efficace, né au carrefour de différents médias. Son architecture complexe offre de multiples niveaux de présentation et voies d’accès, ce qui confère à ses utilisateurs·rices un support pédagogique idéal pour la didactique des langues étrangères.​ BEVILACQUA souhaite susciter une réflexion méthodologique sur l’importance d’intégrer les nouveaux outils numériques et technologiques dans le domaine de l’apprentissage du FLE. Ensuite, l’auteure réfléchit sur la relation symbiotique entre langue et culture, où les deux se reflètent réciproquement. Les aspects culturels peuvent être saisis à travers les webdocumentaires, qui combinent des modalités de transmissions iconiques et textuelles (images, vidéos, sons et textes) et permettent aux apprenants·es de développer des compétences cognitives pragmatiques, sémiotiques et textuelles.Le webdocumentaire est donc un lieu de rencontre d’écritures et de savoirs qui invite à une réflexion lexico-culturelle très profonde.

[Giuseppe A. PAPAGNI]