Alberto BRAMATI, Grammatica contrastiva per i traduttori dal francese. Le trappole della lingua

di | 16 Febbraio 2026

Alberto BRAMATI, Grammatica contrastiva per i traduttori dal francese. Le trappole della lingua, Cortina, Milano, 2025, 704 pp.

Dans ce volume imposant, Alberto Bramati reprend, approfondit et élargit le travail qu’il avait entrepris dans une précédente grammaire, Le trappole del francese. Una grammatica per i traduttori dal francese all’italiano, publiée en 2019 chez le même éditeur. Aux huit points de conflit grammatical identifiés et traités à cette occasion (le pronom indéfini on, le clitique en, le relatif dont, le groupe c’est, le mot bien, le participe présent, la dislocation, la phrase clivée) s’ajoutent désormais six autres points potentiellement critiques pour le traducteur du français vers l’italien : la préposition chez,les vocables aussi, autant, même et , le pronom démonstratif ça.

Le volume s’ouvre sur une préface mettant en lumière les raisons qui président à la réalisation d’un instrument de ce type, réunissant les caractéristiques d’une grammaire contrastive et d’un dictionnaire bilingue, et pensé pour la formation des traducteurs, à une époque où les intelligences artificielles semblent restreindre les espaces qui leur sont offerts. Suit une introduction qui présente la structure et les finalités de l’ouvrage, en partant du principe qu’une analyse syntaxique correcte constitue la condition nécessaire pour obtenir une traduction adéquate. L’A. y souligne notamment l’utilité de croiser les données linguistiques et traductologiques afin d’établir des règles de traduction fiables, dans une perspective descriptive et non prescriptive.

Les deux premiers chapitres du livre, consacrés respectivement aux « quatre problèmes du traducteur de la lettre » et aux « éléments de syntaxe », définissent le cadre épistémologique et théorique dans lequel s’inscrit l’ouvrage – qui se situe dans la perspective de la grammaire valencielle – et fournissent l’ensemble des références conceptuelles et terminologiques nécessaires à sa compréhension. Un souci de rigueur scientifique se double ainsi d’une préoccupation didactique qui traverse, par ailleurs, l’ensemble de la réflexion de Bramati.

Chacun des chapitres qui suivent – du troisième au seizième – aborde l’un des conflits grammaticaux identifiés par l’A., selon une structure fixe qui permet au lecteur de s’orienter aisément. La présentation des propriétés et des caractéristiques du point grammatical examiné est suivie d’une définition analytique des fonctions et des emplois du mot ou de l’expression grammaticale française, nécessaire à la mise en évidence des difficultés découlant de l’asymétrie des langues et préliminaire à l’identification des solutions de traduction possibles. Chaque étape du raisonnement est accompagnée d’un nombre considérable d’exemples ciblés visant à l’illustration des phénomènes décrits, tirés d’un corpus riche et varié de textes (romans, contes, pièces de théâtre, essais de philosophie, histoire, anthropologie, psychologie etc.), et accompagnés de leur traduction(s) italienne(s) “officielle(s)”. Tous les chapitres comportent un tableau récapitulatif qui résume les solutions traductives de base pour le point grammatical traité, tout en offrant une vision synoptique de celui-ci – après que, au cours du chapitre lui-même, des tableaux intermédiaires ont déjà contribué à fixer quelques passages fondamentaux – et se clôturent par une bibliographie essentielle sur le sujet. 

En particulier, le troisième et le quatrième chapitre se concentrent respectivement sur les pronoms clitiques on et en. L’interprétation du premier, qui n’a pas d’équivalent grammatical et sémantique en italien, se fait le plus souvent de manière instinctive chez le locuteur francophone (bien qu’elle demeure potentiellement ambiguë), mais peut poser problème au locuteur italien. C’est d’abord l’identification des référents du pronom dans le contexte qui s’avère fondamentale pour sa traduction – en ce qu’elle permet notamment d’en distinguer un emploi inclusif d’un emploi exclusif –, tout comme la connaissance de ses traductions possibles, que Bramati discute dans le détail et dont il fournit une vision d’ensemble. En ce qui concerne le pronom en l’analyse permet de mettre au clair les deux configurations qui s’imposent au traducteur, lorsque le pronom a un équivalent précis en italien (ne) et lorsqu’il n’en a pas. L’A., en plus de donner une description détaillée des différents cas, fournit des indications utiles pour guider le travail du traducteur, à partir de l’identification des constructions dans lesquelles le clitique peut être employé.

Le cinquième chapitre est consacré au pronom relatif dont, qui n’a pas de correspondant dans le système des relatifs italiens et dont la traduction dépend de sa fonction syntaxique dans la phrase française, ce qui rend nécessaire une lecture en deux temps, visant à identifier l’antécédant sémantique et la fonction syntaxique du pronom. Un cadre détaillé des traductions possibles, en relation notamment avec la syntaxe du verbe dans la langue d’arrivée, est comme d’habitude détaillé dans les exemples et résumé dans les tableaux finaux. 

Le sixième chapitre aborde la traduction de la préposition chez, dans ses deux emplois de localisation spatiale et de localisation abstraite, et aboutit, d’une part, à l’identification des prépositions italiennes pouvant traduire la préposition française, et, d’autre part, à la mise en évidence d’une opposition majeure, dans les solutions traductives possibles, à partir précisément de la nature spatiale ou abstraite de la localisation.

Deux adverbes impliqués dans la construction du comparatif d’égalité, aussi et autant, sont analysés dans ls septième et dans le huitième chapitre. Pour le vocable aussi, quatre lexèmes sont distingués, dont trois liés à l’expression d’un rapport d’égalité entre deux éléments, ou plus, et un quatrième intervenant dans des constructions de valeur concessive. L’analyse des principales structures syntaxiques s’accompagne de l’illustration de leurs traductions les plus répandues en italien. De même, autant est étudié dans sa fonction d’adverbe exprimant un rapport d’égalité quantitative, mais aussi dans sa fonction de déterminant du nom ou de modificateur du verbe, ainsi que dans un certain nombre de ses constructions les plus courantes.

Le neuvième chapitre s’arrête sur même dans quatre configurations : comme adjectif antéposé à un nom, comme pronom, comme adjectif postposé à un nom ou à un pronom personnel ou démonstratif, comme adverbe. Les propriétés syntaxiques et sémantiques de ses emplois sont décrites dans les quatre paragraphes du chapitre et accompagnées d’une liste de solutions attestées pour leur traduction en italien.

Dans le dixième chapitre, l’A. s’intéresse aux six fonctions du participe présent, qu’il repère à partir de la classification d’Odile Halmøy. Élément d’une périphrase, épithète, attribut du sujet ou de l’objet, attribut libre, prédicat d’une construction absolue, le participe présent est employé en français avec une fréquence inconnue de l’italien, si bien que les correspondances directes entre les deux langues sont très rares, ce qui constitue pour le traducteur un défi majeur.

Le onzième chapitre est consacré au pronom démonstratif neutre ça qui peut être investi, du point de vue syntaxique, aussi bien des propriétés du pronom faible, lorsqu’il a la fonction de sujet, que de celles du pronom fort, dans tous les autres cas. Bien que le pronom puisse remplir toutes les fonctions syntaxiques d’un élément nominal, Bramati observe que les emplois comme sujet ou objet direct sont largement majoritaires et concentre principalement son analyse sur ces deux fonctions, sans négliger pour autant les autres possibilités attestées.

Le douzième chapitre explore onze structures syntaxiques contenant le groupe c’est, mal représentées dans les grammaires et dans les dictionnaires. Cela sans compter des dispositifs de focalisation et de la mise en relief d’un élément de la phrase, tels que la dislocation et la phrase clivée, dont traitent le treizième et le quatorzième chapitres. Le constat que les dispositifs italiens, bien qu’existants, ne possèdent pas les mêmes propriétés que leurs équivalents français constitue le point de départ de l’analyse des solutions traductives.

Le quinzième chapitre aborde les fonctions syntaxiques et les signifiés du vocable bien, dont l’interprétation est souvent problématique pour les locuteurs italophones en raison de sa polysémie, et parfois, de son ambiguïté qui, dans certaines structures, admet différentes interprétations. Une description syntaxique et polysémique s’avère donc indispensable pour l’intelligence correcte du lexème – nom, adjectif, adverbe ou marquer discursif –, condition indispensable pour une traduction satisfaisante. 

Le dernier chapitre est consacré à la variété des signifiés du vocable , principalement adverbe de lieu à valeur déictique ou anaphorique, mais pouvant également revêtir, surtout à l’orale, une valeur temporelle. À cela s’ajoutent les emplois de comme « anaphorique textuel » et comme marquer discursif servant à lier deux segments du texte ou à souligner ce qui vient d’être dit. La difficulté majeure, pour l’interprétation et donc pour la traduction de l’adverbe, concerne les contextes où peut avoir, simultanément, plusieurs signifiés.

Le volume se clôt sur une bibliographie générale des grammaires, dictionnaires et études de référence, ainsi que des sources du très riche corpus, suivie d’un index des concepts linguistiques, d’un tableau des symboles employés et d’un index des sujets traités.

[Giuliano Rossi]