{"id":374,"date":"2021-11-01T18:19:11","date_gmt":"2021-11-01T17:19:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=374"},"modified":"2021-11-07T11:08:32","modified_gmt":"2021-11-07T10:08:32","slug":"jean-paul-dufiet-elisa-ravazzolo-dir-regards-sur-les-mediations-culturelles-et-sociales-acteurs-dispositifs-publics-enjeux-linguistiques-et-identitaires-186-trento-universita-degli-studi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2021\/11\/01\/jean-paul-dufiet-elisa-ravazzolo-dir-regards-sur-les-mediations-culturelles-et-sociales-acteurs-dispositifs-publics-enjeux-linguistiques-et-identitaires-186-trento-universita-degli-studi\/","title":{"rendered":"Jean-Paul DUFIET, Elisa RAVAZZOLO (dir.),  Regards sur les m\u00e9diations culturelles et sociales. Acteurs, dispositifs, publics, enjeux linguistiques et identitaires, 186, Trento, Universit\u00e0 degli Studi di Trento (coll. &#8220;Labirinti&#8221;), 2020, pp. 192."},"content":{"rendered":"\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis 2012, le&nbsp;<em>Dipartimento di Lettere e Filosofia<\/em>&nbsp;de l\u2019Universit\u00e9 de Trente s\u2019int\u00e9resse au processus de m\u00e9diation, notamment \u00e0 la m\u00e9diation culturelle. <br>Comme le rappellent les directeurs de l&#8217;ouvrage, <strong>Jean-Paul DUFIET et Elisa RAVAZZOLO,<\/strong> dans leur&nbsp;<strong><em>Introduction<\/em>&nbsp; (pp. 7-18)<\/strong>, l\u2019engouement scientifique, social et institutionnel pour le terme multidimensionnel de \u00ab&nbsp;m\u00e9diation&nbsp;\u00bb a besoin d\u2019adjectifs qualificatifs pour s\u00e9parer des pratiques qui pourtant \u00ab&nbsp;participent de la m\u00eame dynamique et partagent souvent les m\u00eames objectifs dans l\u2019ordre de la promotion de l\u2019int\u00e9gration sociale, de l\u2019appropriation culturelle et de l\u2019intercompr\u00e9hension&nbsp;\u00bb (p. 8). De fa\u00e7on compl\u00e9mentaire aux \u00e9tudes promues par le&nbsp;<em>Dipartimento di Scienze Politiche, Giuridiche e Studi Internazionali<\/em>&nbsp;de l\u2019Universit\u00e9 de Padoue depuis 2010 et aux \u00e9tudes r\u00e9unies dans le num\u00e9ro 26 de la revue <em>MediAzioni<\/em> cit\u00e9es dans la bibliographie de l\u2019<em>Introduction<\/em>, l\u2019ouvrage de l\u2019Universit\u00e9 de Trente apporte des \u00e9l\u00e9ments de description et de r\u00e9flexion sur la relation entre les acteurs des pratiques de m\u00e9diation culturelle et sociale, leurs finalit\u00e9s et les langues concern\u00e9es.<br><br>Les directeurs de l\u2019ouvrage ont organis\u00e9 l\u2019ensemble des contributions en deux parties.<br>La premi\u00e8re partie intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;M\u00e9diation linguistique, interpr\u00e9tation et dialogue interculturel&nbsp;\u00bb se concentre sur le processus de m\u00e9diation en tant que lien assur\u00e9 par un tiers-garant d\u2019une communication interlinguistique et interculturelle \u00e0 des fins juridique et m\u00e9dicale.<br>La deuxi\u00e8me partie intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;M\u00e9diation culturelle, appropriation des patrimoines et apprentissage du fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb aborde en revanche la m\u00e9diation culturelle d\u2019objets et de productions artistiques tout comme de r\u00e9cits autobiographiques en vue de l\u2019appropriation d\u2019un patrimoine culturel et de l\u2019apprentissage d\u2019une langue.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<div class=\"wp-block-group is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\"><div class=\"wp-block-group__inner-container\"><\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><strong>I partie \u2013 \u00ab&nbsp;M\u00e9diation linguistique, interpr\u00e9tation et dialogue interculturel&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<p>La r\u00e9flexion d\u2019<strong>Elio BALLARDINI (<em>Dimension culturelle des espaces judiciaires et interpr\u00e9tation<\/em>, pp. 21-38)<\/strong> porte sur l\u2019acc\u00e8s linguistique \u00e0 un proc\u00e8s p\u00e9nal par des allophones. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, la contribution essaie de dessiner la relation entre l\u2019interpr\u00e8te s\u2019occupant de la m\u00e9diation linguistique et l\u2019\u00ab&nbsp;<em>espace judiciaire<\/em>, ce dernier \u00e9tant compris comme l\u2019expression d\u2019une certaine id\u00e9e de la justice et, plus en g\u00e9n\u00e9ral, d\u2019une&nbsp;<em>culture<\/em>.&nbsp;\u00bb (p. 22)<br>En d\u00e9but de contribution, la revue de la litt\u00e9rature scientifique transdisciplinaire s\u2019attarde essentiellement sur quatre aspects&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ol class=\"wp-block-list\" type=\"1\"><li>la centralit\u00e9 de l\u2019oralit\u00e9 dans le cadre du proc\u00e8s&nbsp;;<\/li><li>la polyphonie \u00e9nonciative du genre discursif \u00ab&nbsp;proc\u00e8s p\u00e9nal&nbsp;\u00bb&nbsp;;<\/li><li>les marques prosodiques de ma\u00eetrise rh\u00e9torique et culturelle propres \u00e0 l\u2019espace judiciaire&nbsp;;<\/li><li>la difficult\u00e9 de l\u2019interpr\u00e9tation interlinguistique et interculturelle dans cet espace temporaire, caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019asym\u00e9trie symbolique de ses acteurs et de ses pratiques telles que construites et consolid\u00e9es au fur et \u00e0 mesure des si\u00e8cles.<\/li><\/ol>\n\n\n\n<p>En s\u2019appuyant sur une m\u00e9taphore th\u00e9\u00e2trale, l\u2019A. insiste ensuite sur la capacit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e8te dans un proc\u00e8s p\u00e9nal de savoir comprendre \u00ab&nbsp;la sc\u00e8ne o\u00f9 tel ou tel&nbsp;<em>acte<\/em>, au sens juridique, a lieu, ainsi que les r\u00e8gles qui gouvernent les acteurs qui \u00e9voluent sur sc\u00e8ne&nbsp;\u00bb (p. 29). \u00c0 ce propos, l\u2019exemple de la salle d\u2019audience est d\u00e9cortiqu\u00e9 \u00e0 l\u2019aide d\u2019autres \u00e9tudes et chroniques disponibles. La description de la gestion de l\u2019espace de la salle et la position des acteurs concern\u00e9s est d\u00e9taill\u00e9e, la proximit\u00e9 spatiale dont souvent dispose l\u2019interpr\u00e8te vis-\u00e0-vis de l\u2019allophone \u00e9tant mise en avant. Le c\u00e9r\u00e9monial de l\u2019acc\u00e8s \u00e0 la parole est \u00e9galement d\u00e9crit, tout comme la possibilit\u00e9 qu\u2019un avocat s\u2019exprime \u00e0 la premi\u00e8re personne au lieu de son client. Comme le fait constater l\u2019A., cette prise de parole \u00e0 la place d\u2019autrui \u00ab&nbsp;peut d\u00e9router \u00e9galement un interpr\u00e8te, s\u2019il ne sait pas \u00e0 quoi s\u2019en tenir en mati\u00e8re d\u2019emploi de la premi\u00e8re, deuxi\u00e8me ou troisi\u00e8me personne grammaticale quand il traduit les propos des interlocuteurs : [\u2026] une probl\u00e9matique aux enjeux soci\u00e9taux importants [\u2026]&nbsp;\u00bb (p. 32). Pour finir, l\u2019A. souligne \u00e9galement l\u2019importance des mouvements dans l\u2019espace-proc\u00e8s p\u00e9nal&nbsp;: s\u2019asseoir, se lever sont des mouvements relevant du \u00ab&nbsp;langage d\u2019autorit\u00e9&nbsp;\u00bb (citation de BOURDIEU), que l\u2019interpr\u00e8te doit conna\u00eetre.<br><br>Apr\u00e8s la description de l\u2019espace judiciaire-salle d\u2019audience, l\u2019A. observe la centralit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e8te lors des d\u00e9bats. En effet, l\u2019A. rappelle que l\u2019espace judiciaire n\u2019est pas forc\u00e9ment disponible au dialogue interculturel. D\u2019o\u00f9 la responsabilit\u00e9 \u00e9thique de la m\u00e9diation linguistique assur\u00e9e par l\u2019interpr\u00e8te face aux justiciables que l\u2019A. d\u00e9crit ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Personne tierce, relais essentiel dans la triangulation des \u00e9changes bilingues dirig\u00e9s par le pr\u00e9sident, l\u2019interpr\u00e8te permet \u00e0 la personne allophone, quel que soit son statut au proc\u00e8s, de suivre et de prendre part \u00e0 une situation qui le concerne. Autrement dit, par son action, il tente de r\u00e9tablir l\u2019\u00e9galit\u00e9 des armes, compromise non seulement par l\u2019obstacle linguistique, mais aussi par une distance culturelle dont la configuration de l\u2019espace judiciaire est une manifestation concr\u00e8te&nbsp;\u00bb (p. 35).<br><br>Comme le pr\u00e9cise l\u2019A. dans sa conclusion, ce questionnement int\u00e9ressant sera certainement enrichi par des donn\u00e9es \u00e9cologiques recueillies dans les diff\u00e9rents espaces judiciaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">______<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<p>Les donn\u00e9es sont au c\u0153ur de la riche contribution de <strong>Caterina FALBO et de Natacha NIEMANTS (<em>\u0152uvrer pour se comprendre&nbsp;: de la responsabilit\u00e9 de l\u2019interpr\u00e8te et des autres participants<\/em>, pp. 39-66)<\/strong>. Les A. proposent l\u2019analyse conversationnelle d\u2019une partie \u2013 outill\u00e9e \u00e0 l\u2019aide du logiciel ELAN \u2013 du corpus du&nbsp;<a href=\"http:\/\/www.aim.unimore.it\/site\/home.html\"><em>Centre interuniversitaire d\u2019analyse de l\u2019interaction et de la m\u00e9diation<\/em>&nbsp;AIM.<\/a> Il s\u2019agit de 60 interactions plurilingues (anglais, arabe, fran\u00e7ais, italien, punjabi, twi, urdu) entre soignants aux profils professionnels diversifi\u00e9s, patients aux statuts vari\u00e9s et interpr\u00e8tes-m\u00e9diateurs (d\u00e9sormais I-M), ces derniers \u00e9tant souvent des femmes non form\u00e9es \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tariat. Les interactions analys\u00e9es couvrent la p\u00e9riode 2010-2018 et s\u2019appuient sur des m\u00e9moires de Master ainsi que sur des projets de recherche financ\u00e9s par l\u2019Universit\u00e9 de Mod\u00e8ne et de Reggio d\u2019\u00c9milie. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, les A. ont port\u00e9 leur attention sur 3.215 couples de tours de parole cons\u00e9cutifs correspondant \u00e0 \u00ab&nbsp;une action de la part d\u2019un professionnel de sant\u00e9 et une action suivante de la part de l\u2019interpr\u00e8te-m\u00e9diatrice, avec un \u00e9cart temporel inf\u00e9rieur \u00e0 deux secondes&nbsp;\u00bb (p. 48).<br>En tirant parti des \u00e9tudes en analyse conversationnelle surtout \u2013 et pas exclusivement \u2013 de BARALDI et de GAVIOLI, les A. pr\u00e9sentent une analyse qualitative des espaces discursifs co-construits entre soignants et I-M. La dynamique de l\u2019interaction remet en question la fixit\u00e9 des r\u00f4les des interactants et permet aux A. de se focaliser sur le positionnement (<em>positioning<\/em>) et sur l\u2019autorit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique de l\u2019I-M dans les interactions en milieu m\u00e9dical.<br><br>Deux cas de figures majeurs sont ainsi distingu\u00e9s et formalis\u00e9s par les A.<br>Le premier correspond au cas o\u00f9 le soignant s\u2019adresserait \u00e0 l\u2019I-M en tant qu\u2019expert en mati\u00e8re non linguistique. \u00c0 ce propos, l\u2019I-M est sollicit\u00e9 par le soignant pour exprimer un avis ou un conseil, par exemple sur la poursuite d\u2019un accompagnement institutionnel d\u2019un patient (Exemple 1, pp. 49-50) ou sur la possibilit\u00e9 et sur la pertinence de poser des questions personnelles \u00e0 un patient (Exemple 2, pp. 50-51). Toujours dans ce premier cas o\u00f9 l\u2019I-M joue le r\u00f4le d\u2019expert conseil du soignant, les A. analysent des interactions o\u00f9 les soignants demandent aux I-M d\u2019agir. Des routines telles \u00ab&nbsp;dis-lui&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;explique-lui&nbsp;\u00bb peuvent \u00eatre utilis\u00e9es comme marqueurs discursifs pour identifier ces demandes du soignant. C\u2019est bien le cas d\u2019un exemple analys\u00e9 sur la transmission de connaissances sp\u00e9cialis\u00e9es, \u00e0 savoir l\u2019explication d\u2019une gastroscopie (Exemple 5, pp. 54-55), par l\u2019I-M. Pourtant, ces marqueurs ne sont pas toujours n\u00e9cessaires, d\u2019apr\u00e8s les A., pour envisager cette demande d\u2019action. Ce qui est montr\u00e9 par l\u2019action d\u2019explicitation que l\u2019I-M effectue \u00e0 propos d\u2019informations implicites \u00e9voqu\u00e9es par le soignant au sujet d\u2019examens m\u00e9dicaux n\u00e9cessitant le consentement du patient (Examen 6, pp. 55-57).<br>Le deuxi\u00e8me cas de figure d\u00e9crit par les A. porte plut\u00f4t sur l\u2019utilisation du&nbsp;<em>code switching<\/em>&nbsp;par le soignant pour communiquer avec le patient. Ce cas de figure implique donc l\u2019appropriation de la comp\u00e9tence langagi\u00e8re propre \u00e0 l\u2019I-M par le soignant. \u00c0 cet \u00e9gard, le&nbsp;<em>code switching<\/em>&nbsp;peut contribuer \u00e0 montrer de l\u2019empathie et renforcer la confiance soignant-patient (Exemple 7, pp. 57-58), l\u2019I-M devenant ainsi garant de la bonne communication entre les deux acteurs. N\u00e9anmoins, d\u2019apr\u00e8s les A., le&nbsp;<em>code switching<\/em>&nbsp;op\u00e9r\u00e9 par le soignant peut \u00eatre \u00e0 l\u2019origine d\u2019une remise en question de l\u2019autorit\u00e9 interlinguistique de l\u2019I-M, comme montr\u00e9 par le choix quasi synonymique des unit\u00e9s lexicales&nbsp;<em>urine\/pisse\/pipi<\/em>&nbsp;(Exemple 9, pp. 59-60).<br><br>Les A. terminent leur contribution en soulignant ainsi l\u2019adaptation constante de la m\u00e9diation \u2013 voir des m\u00e9diations \u2013 par l\u2019I-M dans le cadre des diff\u00e9rentes interactions en milieu m\u00e9dical. D\u2019une part, cette adaptation est n\u00e9cessaire face aux besoins d\u2019intelligibilit\u00e9 des propos \u00e0 relater aux patients pour que la m\u00e9diation interlinguistique ait lieu. D\u2019autre part, cette adaptation est contrainte par les dires des soignants. Ces derniers en effet demandent aux I-M d\u2019agir en d\u00e9passant leur autorit\u00e9 linguistique et par cons\u00e9quent leur responsabilit\u00e9 effective dans le processus de m\u00e9diation. En reprenant les mots des A.&nbsp;: \u00ab&nbsp;l\u2019utilisation plus ou moins (in)consciente, de la part des soignants, des invitations, des d\u00e9l\u00e9gations et des alternances codiques analys\u00e9es ici&nbsp;[\u2026]&nbsp;montre en effet la fragilit\u00e9 d\u2019une interaction fond\u00e9e sur le brouillage des comp\u00e9tences et des responsabilit\u00e9s de chacun et appelle \u00e0 la sensibilisation des professionnels tant de la langue que de la sant\u00e9 sur ce qu\u2019\u0153uvrer&nbsp;<em>ensemble&nbsp;<\/em>peut bien vouloir signifier&nbsp;\u00bb (p. 63).<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p><strong>II partie \u2013&nbsp;\u00ab&nbsp;M\u00e9diation culturelle, appropriation des patrimoines et apprentissage du fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group\"><div class=\"wp-block-group__inner-container is-layout-flow wp-block-group-is-layout-flow\">\n<p><strong>Lucile CHASTRE (<em>Organiser le dialogue entre les dignit\u00e9s et les richesses culturelles de chacun. Retour d\u2019exp\u00e9rience<\/em>, pp. 69-87)<\/strong> illustre le projet annuel \u00ab&nbsp;Empreintes&nbsp;\u00bb (trois \u00e9ditions) port\u00e9 par le Mus\u00e9e d\u2019art et d\u2019histoire Paul \u00c9luard de Saint-Denis en \u00cele-de-France. Le projet est n\u00e9 en 2017 en collaboration avec le milieu associatif (Association Franciade) et l\u2019Unit\u00e9 d\u2019Arch\u00e9ologie de Saint-Denis afin de permettre aux habitants du quartier Grand-Centre-Ville de prendre conscience de la construction du patrimoine d\u2019une ville.<br>Pour commencer, les participants ont \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9s d\u2019experts du patrimoine artistique ainsi que par des m\u00e9diateurs culturels lors de visites patrimoniales. Par la suite, ils ont choisi des \u00e9l\u00e9ments repr\u00e9sentatifs d\u2019une vision personnelle de la notion de \u00ab&nbsp;patrimoine&nbsp;\u00bb dans leurs cadres de vie respectifs \u2013 monuments, \u0153uvres d\u2019art mais aussi caf\u00e9s, personnalit\u00e9s, blasons et valeurs \u2013 pour enfin re-cr\u00e9er ces \u00e9l\u00e9ments-\u00ab&nbsp;empreintes&nbsp;\u00bb au sein d\u2019ateliers de c\u00e9ramique et de s\u00e9rigraphie \u00e0 l\u2019aide de professionnels dans les deux domaines. La restitution des cr\u00e9ations a \u00e9t\u00e9 p\u00e9rennis\u00e9e sous forme de carreaux et notices affich\u00e9s, d\u2019un livret, d\u2019un cartel ou de rideaux orn\u00e9s des s\u00e9rigraphies ainsi que d\u2019autres gadgets visibles dans diff\u00e9rents endroits du Mus\u00e9e, certains \u00e9tant disponibles \u00e0 l\u2019achat.<br>L\u2019A. affirme que l\u2019un des int\u00e9r\u00eats du projet a \u00e9t\u00e9 de favoriser la rencontre entre des publics venant d\u2019horizons diff\u00e9rents (enfants, jeunes ou adultes actifs, adultes issus d\u2019IMPro, seniors), tout en veillant aux sp\u00e9cificit\u00e9s d\u2019accueil et d\u2019adaptation des uns et des autres.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019action des m\u00e9diateurs culturels est mise en avant surtout en ce qui concerne la cr\u00e9ation, la facilitation et la gestion du dialogue entre tous les acteurs du projet. \u00c0 ce propos, l\u2019A. s\u2019attarde sur les \u00e9changes avec les participants pendant les balades urbaines de d\u00e9couverte du patrimoine. Dans ce contexte, les m\u00e9diateurs culturels ont eu le r\u00f4le \u00ab&nbsp;d\u2019apporter du savoir et, en m\u00eame temps, d\u2019orchestrer la discussion autour d\u2019un objet patrimonial&nbsp;\u00bb (p. 75), la comp\u00e9tence historico-artistique des m\u00e9diateurs rencontrant et c\u00e9dant parfois le pas aux apports biographiques et personnels des participants. En ce qui concerne la premi\u00e8re \u00e9dition du projet, l\u2019action de m\u00e9diation a \u00e9galement port\u00e9 sur la concertation autour des restitutions \u00e0 pr\u00e9voir. Les m\u00e9diateurs du Mus\u00e9e ont en effet \u00e9t\u00e9 les initiateurs de propositions qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 finalement retenues, et ce, en faveur d\u2019une piste alternative co-construite et partag\u00e9e par tous les acteurs.<br><br>Toutefois, comme l\u2019A. le souligne \u00e0 bon escient, l\u2019action n\u00e9cessaire de m\u00e9diation \u2013 parfois de n\u00e9gociation \u2013 par une figure \u2013 dans cette situation, interne et \u00ab&nbsp;d\u00e9pendante&nbsp;\u00bb \u2013 n\u2019est pas sans lien avec la volont\u00e9 et la responsabilit\u00e9 des acteurs impliqu\u00e9s&nbsp;: \u00ab&nbsp;La r\u00e9ussite du dialogue tient \u00e0 la bonne volont\u00e9 de l\u2019ensemble des participants et \u00e0 l\u2019action facilitatrice de quelques-uns, professionnels et usagers, qui font office de m\u00e9diateur entre les individus, sans que ce soit n\u00e9cessairement leur m\u00e9tier&nbsp;\u00bb (pp. 78-79). Ces conditions, tout comme la confiance des institutions vis-\u00e0-vis des employ\u00e9s et des usagers (p. 86) sont \u00e9voqu\u00e9es comme indispensables pour la r\u00e9ussite d\u2019un projet culturel participatif et inclusif. N\u00e9anmoins, certains aspects ont repr\u00e9sent\u00e9 un obstacle, selon l\u2019A., \u00e0 la pratique de m\u00e9diation d\u00e9crite&nbsp;: le temps&nbsp;; les pratiques professionnelles des diff\u00e9rents acteurs impliqu\u00e9s&nbsp;; la sporadicit\u00e9 de la participation de certains acteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Remarquons qu\u2019en fin de contribution, l\u2019A. explicite une r\u00e9flexion linguistique sur le terme utilis\u00e9 pour d\u00e9signer des personnes impliqu\u00e9es dans ce projet de m\u00e9diation culturelle. En laissant de c\u00f4t\u00e9 des termes tels&nbsp;<em>b\u00e9n\u00e9ficiaire<\/em>,&nbsp;<em>participant<\/em>&nbsp;ou&nbsp;<em>contributeur<\/em>, le n\u00e9ologisme&nbsp;<em>empreinteur<\/em>&nbsp;s\u2019est impos\u00e9 spontan\u00e9ment dans les \u00e9changes \u00e9crits et oraux entre tous les acteurs du projet, et ce, de fa\u00e7on pragmaterminologique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">______<\/p>\n<\/div><\/div>\n\n\n\n<p>\u00c0 travers le projet \u00ab&nbsp;J\u2019apprends le fran\u00e7ais avec le Mus\u00e9e Carnavalet \u2013 les petits m\u00e9tiers parisiens&nbsp;\u00bb du Mus\u00e9e Carnavalet ou Mus\u00e9e de l\u2019Histoire de Paris dans le Marais, <strong>Fran\u00e7oise FAVART<\/strong> d\u00e9crit la relation entre appropriation de connaissances culturelles et apprentissage d\u2019une langue dans une situation de m\u00e9diation culturelle <strong>(<em>La m\u00e9diation culturelle au mus\u00e9e entre apprentissage linguistique et pr\u00e9requis culturels<\/em>, pp. 89-112)<\/strong>. L\u2019A. affirme donc s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la m\u00e9diation culturelle en tant qu\u2019acte de parole, suivant CAUNE, tout comme condition d\u2019apprentissage de langue et de culture, en s\u2019appuyant sur les propos d\u2019un entretien entre CAILLET et SERRES (p. 91-92). C\u2019est cette accessibilit\u00e9 \u00e0 la culture mise en avant par la Ville de Paris qui a \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine du projet de m\u00e9diation culturelle du Mus\u00e9e Carnavalet. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il a port\u00e9 sur la collection regroupant 200 enseignes parisiennes du 16<sup>e<\/sup>&nbsp;au 20<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. D\u2019apr\u00e8s les concepteurs du projet, l\u2019acc\u00e8s \u00e0 cette culture populaire a concern\u00e9 principalement les habitants des quartiers relevant des&nbsp;<em>Politiques de la Ville<\/em>. L\u2019attention \u00e0 l\u2019apprentissage du fran\u00e7ais a vis\u00e9 particuli\u00e8rement les immigr\u00e9s allophones de ces quartiers.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour sa contribution, l\u2019A. analyse la \u00ab&nbsp;sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation&nbsp;\u00bb, suivant MAINGUENAU, et son \u00ab&nbsp;environnement&nbsp;\u00bb, suivant PAVEAU, \u00e0 savoir \u00ab&nbsp;le\/s destinataire\/s, la finalit\u00e9 ou vis\u00e9e illocutoire, ainsi que les formes d\u2019\u00e9nonc\u00e9 adopt\u00e9es dans les activit\u00e9s propos\u00e9es&nbsp;\u00bb (p. 96) tout comme, si besoin, les documents iconographiques de deux livrets issus du projet&nbsp;: l\u2019un \u2013&nbsp;<em>J\u2019apprends le fran\u00e7ais au Mus\u00e9e Carnavalet. Livret d\u2019aide \u00e0 la visite pour les apprenants de la langue fran\u00e7aise (Alpha\/FLE et ASL)<\/em>&nbsp;\u2013 \u00e0 destination d\u2019apprenants de fran\u00e7ais, l\u2019autre \u2013&nbsp;<em>J\u2019apprends le fran\u00e7ais au Mus\u00e9e Carnavalet. Guide p\u00e9dagogique pour l\u2019accompagnateur \u2013&nbsp;<\/em>\u00e0 destination d\u2019un accompagnateur\/formateur qui n\u2019est d\u2019ailleurs jamais qualifi\u00e9 de&nbsp;<em>m\u00e9diateur<\/em>&nbsp;(p. 99).<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne la finalit\u00e9, si le premier livret envisage explicitement l\u2019apprentissage du fran\u00e7ais de fa\u00e7on autonome par des apprenants, le deuxi\u00e8me se veut un v\u00e9ritable appui \u00e0 l\u2019exploitation en amont, de fa\u00e7on synchrone \u00e0 une visite ou a posteriori du premier par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un accompagnateur\/formateur. Pour ce qui en est des activit\u00e9s propos\u00e9es notamment par le premier livret, l\u2019A. passe au crible linguistique et contextuel les \u00e9nonc\u00e9s disponibles. Elle pointe certains d\u00e9calages entre les t\u00e2ches sugg\u00e9r\u00e9es et les profils des apprenants, surtout les apprenants (tr\u00e8s) peu alphab\u00e9tis\u00e9s et ayant une (tr\u00e8s) faible connaissance des sp\u00e9cificit\u00e9s culturelles parisiennes. Plus particuli\u00e8rement, l\u2019A. pointe l\u2019implicite du savoir culturel partag\u00e9 par les concepteurs du livret&nbsp;: cet implicite n\u2019est pas forc\u00e9ment explicite, acquis et partag\u00e9 par les destinataires du livret. En guise d\u2019exemple, l\u2019A. mentionne la difficult\u00e9 qu\u2019un apprenant de fran\u00e7ais aurait face \u00e0 l\u2019adjectif \u00ab&nbsp;c\u00e9l\u00e8bre&nbsp;\u00bb pour qualifier une place (en l\u2019occurrence, la Place des Vosges) \u00e0 c\u00f4t\u00e9 (mieux vaut dire, pour l\u2019A., \u00ab&nbsp;\u00e0 proximit\u00e9&nbsp;\u00bb) du Mus\u00e9e, comme montr\u00e9 dans la formulation d\u2019une des questions faisant partie des activit\u00e9s propos\u00e9es (pp. 104-105). Encore \u00e0 l\u2019\u00e9gard du fait que \u00ab&nbsp;la culture de r\u00e9f\u00e9rence risque d\u2019\u00eatre un obstacle \u00e0 la compr\u00e9hension&nbsp;\u00bb (p. 107), l\u2019A. souligne la difficult\u00e9 terminologique de certains noms de m\u00e9tiers disparus qui seraient \u00e0 associer \u00e0 des objets peu usuels. D\u2019apr\u00e8s l\u2019A., une telle activit\u00e9 contribuerait \u00e0 l\u2019affaiblissement de la finalit\u00e9 de \u00ab&nbsp;la m\u00e9diation culturelle qui voudrait faciliter l\u2019insertion de personnes en difficult\u00e9 au plan social et dont les comp\u00e9tences linguistiques sont annonc\u00e9es comme inexistantes ou limit\u00e9es&nbsp;\u00bb (p. 108).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en raison de ces aspects culturels et discursifs critiques que l\u2019A. conclut sa contribution en pr\u00e9cisant que \u00ab&nbsp;la pierre d\u2019achoppement d\u2019un projet louable dans ses intentions rel\u00e8ve peut-\u00eatre d\u2019une tendance \u00e0 consid\u00e9rer sa propre culture comme une valeur en partage ou comme un savoir universel&nbsp;\u00bb (p. 110). L\u2019ethnocentrisme des concepteurs du projet tend ainsi \u00e0 passer sous silence le capital culturel de ses destinataires et la rencontre entre les diff\u00e9rents patrimoines culturels.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">______<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jean-Paul DUFIET (<em>Le th\u00e9\u00e2tre comme m\u00e9diation de l\u2019interaction en FLE<\/em>, pp. 113-140)<\/strong> se concentre sur le processus de m\u00e9diation du th\u00e9\u00e2tre comme levier d\u2019apprentissage du fran\u00e7ais par des allophones peu ou non alphab\u00e9tis\u00e9s en fran\u00e7ais et issus de milieux familiaux et culturels vari\u00e9s. Plus particuli\u00e8rement, sa contribution d\u00e9crit les avantages de l\u2019utilisation de la m\u00e9thode Glottodrama dans la mesure o\u00f9 le th\u00e9\u00e2tre permettrait aux apprenants de travailler simultan\u00e9ment \u00e9crit et oral ainsi que de r\u00e9fl\u00e9chir sur et de s\u2019emparer de la parole et de l\u2019interaction. De m\u00eame, d\u2019apr\u00e8s l\u2019A., la m\u00e9diation th\u00e9\u00e2trale permettrait \u00ab&nbsp;de cr\u00e9er un sentiment&nbsp;d\u2019appartenance commune gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019apprentissage du FLE comme langue et culture partag\u00e9e [\u2026] (et) de respecter les personnes qui se sont lanc\u00e9es dans l\u2019aventure de l\u2019immigration en France et de ne pas nier leur identit\u00e9 premi\u00e8re&nbsp;\u00bb (p. 114-115).<\/p>\n\n\n\n<p>Pour commencer, l\u2019A. s\u2019attarde sur les sp\u00e9cificit\u00e9s de la m\u00e9thode Glottodrama, \u00e0 savoir&nbsp;:<br>1. la co-animation de la formation par un formateur linguistique et un formateur th\u00e9\u00e2tral&nbsp;;<br>2. des s\u00e9quences didactiques pr\u00e9voyant une dur\u00e9e des s\u00e9ances allant de 3 \u00e0 6 heures&nbsp;;<br>3. le travail \u00e0 partir d\u2019un \u00e9crit \u2013 dialogique et non monologal, adapt\u00e9 au niveau du groupe d\u2019apprenants \u2013 lu, analys\u00e9, jou\u00e9 et film\u00e9&nbsp;;<br>4. la p\u00e9dagogie de l\u2019erreur accompagn\u00e9e de l\u2019explicitation des sp\u00e9cificit\u00e9s des faits de langue tout au long des r\u00e9p\u00e9titions ainsi qu\u2019apr\u00e8s les enregistrements&nbsp;;<br>5. le jeu dramatique d\u2019une deuxi\u00e8me sc\u00e8ne toujours film\u00e9e.<br>L\u2019A. tient \u00e0 souligner que \u00ab&nbsp;le visionnage des enregistrements permet aux apprenants de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la mani\u00e8re de communiquer leurs intentions&nbsp;\u00bb (p. 122). N\u00e9anmoins, une correction phon\u00e9tique guid\u00e9e par le formateur linguistique est possible, aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la suite, l\u2019A. propose l\u2019analyse d\u2019un \u00e9crit qu\u2019une association a utilis\u00e9 lors de la mise en \u0153uvre de la m\u00e9thode Glottodrama. Le texte est un dialogue au ton de la com\u00e9die entre quatre personnages. Le dialogue tourne autour de deux th\u00e9matiques&nbsp;: l\u2019affranchissement d\u2019une dynamique de groupe contraignante et le choix d\u2019un parcours professionnel qualifiant. L\u2019A. d\u00e9cortique le texte du point de vue de la construction th\u00e9\u00e2trale, tout comme du choix des r\u00e9f\u00e9rents culturels et du choix lexical, de la richesse morpho-phon\u00e9tique ainsi que et surtout des sp\u00e9cificit\u00e9s de la syntaxe orale (ex. le pr\u00e9sentatif \u00ab&nbsp;c\u2019est moi&nbsp;\u00bb ou des ellipses dans la construction non marqu\u00e9e). Selon l\u2019A., \u00ab&nbsp;l\u2019apprenant mesure dans le dialogue th\u00e9\u00e2tral que parler ne consiste pas exclusivement ni m\u00eame principalement \u00e0 respecter des r\u00e8gles linguistiques, mais beaucoup plus \u00e0 utiliser des moyens linguistiques et discursifs pour collaborer au sens de l\u2019interlocution avec les autres locuteurs&nbsp;\u00bb (p. 127).<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite l\u2019A. d\u00e9crit et analyse un deuxi\u00e8me texte, \u00e0 savoir la transcription d\u2019un texte jou\u00e9 par des apprenants et dont l\u2019enregistrement a \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 directement du site de la m\u00e9thode Glottodrama. La sayn\u00e8te tourne autour de l\u2019insistance d\u2019une cliente enceinte d\u00e9sirant commander un steak hach\u00e9 dans un restaurant. Suite aux refus r\u00e9p\u00e9t\u00e9s du personnel du restaurant provoquant l\u2019\u00e9nervement de la cliente, cette derni\u00e8re accouche de fa\u00e7on comique. Encore une fois, l\u2019A. d\u00e9cortique le texte. Son regard porte d\u2019abord sur l\u2019oralit\u00e9 des apprenants. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il remarque les changements de pronoms d\u2019adresse, le respect des r\u00e8gles conversationnelles et de la prosodie. L\u2019A. encha\u00eene avec la description de certaines repr\u00e9sentations mentales qui seraient transf\u00e9r\u00e9es dans la situation mise en sc\u00e8ne, comme le \u00ab&nbsp;comportement culturel de libert\u00e9 et d\u2019ind\u00e9pendance&nbsp;\u00bb (p. 134) d\u2019une femme seule europ\u00e9enne au restaurant ou l\u2019obstination de la femme enceinte&nbsp;: \u00ab&nbsp;vraie ou fausse, cette repr\u00e9sentation des femmes enceintes est tr\u00e8s partag\u00e9e en Europe, en particulier en France&nbsp;\u00bb (ibid.), \u00e9crit l\u2019A. En fin d\u2019analyse, l\u2019A. insiste sur le fait que cette situation d\u2019interaction commerciale et de d\u00e9saccord d\u00e9bouche sur une fin burlesque plut\u00f4t que sur une fin d\u00e9coulant d\u2019une argumentation. D\u2019apr\u00e8s l\u2019A., l\u2019\u00e9volution \u2013 comique \u2013 en interaction des positions d\u00e9fendues par les personnages permettrait en m\u00eame temps aux apprenants de s\u2019interroger sur une chute de la m\u00eame situation dans la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pourquoi l\u2019A. peut conclure sa contribution en affirmant que \u00ab&nbsp;toute situation th\u00e9\u00e2trale engendre un apprentissage multiple, car son plan linguistique se d\u00e9ploie dans la culture et les relations humaines&nbsp;\u00bb (p. 138).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">______<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution d\u2019<strong>Elisa RAVAZZOLO (<em>Le r\u00e9cit au prisme de la m\u00e9diation culturelle<\/em>, pp. 141-166) <\/strong>permet de faire le lien entre art, culture, soci\u00e9t\u00e9 et participation \u00e0 la vie culturelle et sociale (d\u2019apr\u00e8s LAFORTUNE).<br> L\u2019A. travaille sur un corpus tir\u00e9 de l\u2019ensemble des projets men\u00e9s dans le cadre de l\u2019appel national \u00ab&nbsp;L\u2019action culturelle au service de la ma\u00eetrise du fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb du Minist\u00e8re de la Culture fran\u00e7ais. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, l\u2019A. s\u2019attarde sur l\u2019analyse des interactions et des r\u00e9cits dans le cadre du projet \u00ab&nbsp;Racines&nbsp;\u00bb port\u00e9 par le Mus\u00e9e d\u2019art et d\u2019histoire Paul Eluard \u00e0 Saint-Denis (cf. la contribution de CHASTRE dans le pr\u00e9sent ouvrage) ainsi que sur les films r\u00e9alis\u00e9s par l\u2019association Equipe Monac.1 de Tourcoing pour le projet \u00ab&nbsp;Apr\u00e8s-demain&nbsp;\u00bb. Le public cible des deux projets est repr\u00e9sent\u00e9 par des migrants allophones, parfois non alphab\u00e9tis\u00e9s.<br><br>En ce qui concerne le processus de m\u00e9diation culturelle, l\u2019A. pr\u00e9cise que, pour le projet \u00ab&nbsp;Racines&nbsp;\u00bb, le point de d\u00e9part du processus a \u00e9t\u00e9 un objet d\u2019art mus\u00e9al enrichi par la suite d\u2019aspects aussi bien biographiques que fictionnels de la part des participants. En revanche, le projet \u00ab&nbsp;Apr\u00e8s-demain&nbsp;\u00bb s\u2019est appuy\u00e9 sur des r\u00e9cits d\u2019exp\u00e9riences authentiques des participants et film\u00e9s. L\u2019A. tient \u00e0 souligner que \u00ab&nbsp;malgr\u00e9 leur diversit\u00e9, ces discours ont ceci en commun : il s\u2019agit dans les deux cas de r\u00e9cits produits non pas dans l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 d\u2019une conversation spontan\u00e9e, mais dans une situation \u00e9nonciative tr\u00e8s particuli\u00e8re li\u00e9e \u00e0 une activit\u00e9 de formation et de m\u00e9diation culturelle&nbsp;\u00bb (p. 146).<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution pr\u00e9sente ainsi une description et une analyse tr\u00e8s fines de son corpus. Du point de vue du contenu, la repr\u00e9sentation mentale du pays d\u2019origine et la relation \u00e0 la langue maternelle constituent les th\u00e9matiques partag\u00e9es par le corpus. D\u2019autres th\u00e9matiques, comme la scolarisation, l\u2019arriv\u00e9e en France et la relation avec les autres migrants sont \u00e9galement \u00e9voqu\u00e9es. \u00c0 titre d\u2019exemple sur les productions orales du genre discursif \u00ab&nbsp;visite racont\u00e9e&nbsp;\u00bb du projet \u00ab&nbsp;Racine&nbsp;\u00bb, citons ici un puits-objet mus\u00e9al qui regagne son statut d\u2019objet du quotidien dans le r\u00e9cit d\u2019une participante puisant dans son v\u00e9cu (pp. 148-150). Dans ce projet, l\u2019objet mus\u00e9al est ainsi un appui mn\u00e9sique ou un pr\u00e9-discours res\u00e9mantis\u00e9 servant \u00e0 engendrer un discours biographique et\/ou fictif de la part des participants. En ce qui concerne les films du projet \u00ab&nbsp;Apr\u00e8s-demain&nbsp;\u00bb, les r\u00e9cits biographiques des participants juxtaposent leurs voix-off et les sc\u00e9narios \u00e9voqu\u00e9es, souvent de fa\u00e7on dissoci\u00e9e. Ce d\u00e9calage peut \u00e9galement concerner l\u2019identit\u00e9 de la voix-off, comme dans l\u2019exemple d\u00e9cortiqu\u00e9 par l\u2019A. du film \u00ab&nbsp;Famille Mihaylova&nbsp;\u00bb o\u00f9 l\u2019un des enfants raconte \u00e0 la premi\u00e8re personne le parcours migratoire de sa m\u00e8re (pp. 152-153).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019A. boucle son travail sur la mise en relief des relations entre les productions de son corpus et le processus de m\u00e9diation culturelle. Au-del\u00e0 des remarques sur des \u00ab&nbsp;indicateurs d\u2019identit\u00e9 linguistique&nbsp;\u00bb (repris de DUPOUY), tel l\u2019accent, l\u2019A. se concentre davantage sur l\u2019expression des \u00e9motions d\u00e9coulant de l\u2019implication des participants. En s\u2019appuyant sur le cadre th\u00e9orique et m\u00e9thodologique de PLANTIN, l\u2019A. met en \u00e9vidence l\u2019\u00e9motion \u00ab&nbsp;s\u00e9miotis\u00e9e&nbsp;\u00bb et que les signes verbaux et non verbaux permettent de reconna\u00eetre. De fa\u00e7on globale, l\u2019A. remarque que les r\u00e9cits du projet \u00ab&nbsp;Racines&nbsp;\u00bb sont caract\u00e9ris\u00e9s par l\u2019\u00ab&nbsp;auto-valorisation syst\u00e9matique de l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue&nbsp;\u00bb (p. 160) par les participants, par une s\u00e9miotisation implicite via les signes verbaux et par une explicitation passant par la prosodie et la gestuelle. En revanche, l\u2019A. observe que les participants au projet \u00ab&nbsp;Apr\u00e8s-demain&nbsp;\u00bb affichent une alternance de positivit\u00e9 et de n\u00e9gativit\u00e9 dans la manifestation de leurs \u00e9motions. La charge \u00e9motionnelle est restitu\u00e9e par des signes verbaux connot\u00e9s, parfois explicitant clairement l\u2019\u00e9motion, mais aussi et surtout par la multimodalit\u00e9 que l\u2019objet culturel-film permet d\u2019offrir&nbsp;: dessins, musiques et images, entre autres.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019A. peut ainsi conclure que \u00ab&nbsp;la prise de parole des migrants est en quelque sorte l\u00e9gitim\u00e9e et qu\u2019elle re\u00e7oit, exceptionnellement, une valeur symbolique&nbsp;\u00bb (p. 163) gr\u00e2ce \u00e0 ces projets de m\u00e9diation culturelle.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">______<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage se termine sur une restitution du parcours migratoire des Italiens en Franche-Comt\u00e9 \u00e0 partir de l\u2019analyse du verbatim d\u2019entretiens semi-dirig\u00e9s (septembre 2019-janvier 2020) d\u2019\u00e9migr\u00e9s italiens r\u00e9alis\u00e9s dans le cadre du projet europ\u00e9en Eurodyss\u00e9e. Pour commencer, <strong>Fr\u00e9d\u00e9ric SPAGNOLI et Rafael D\u00cdAZ PERIS (<em>Histoires, r\u00e9cits et m\u00e9moires de l\u2019immigration italienne \u00e0 Besan\u00e7on<\/em>, pp. 167-192) <\/strong>pr\u00e9sentent le cadre historique du parcours migratoire des Italiens en Franche-Comt\u00e9. Une attention particuli\u00e8re est port\u00e9e au 19<sup>e<\/sup>si\u00e8cle et \u00e0 la communaut\u00e9 italienne de cette p\u00e9riode&nbsp;: essentiellement Lombards et Pi\u00e9montais, artistes, artisans tout comme ma\u00e7ons et ouvriers. C\u2019est pendant l\u2019entre-deux-guerres au 20<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle que les Italiens constituent la communaut\u00e9 la plus importante en Franche-Comt\u00e9, surtout dans les zones de Montb\u00e9liard et de Belfort. Les raisons \u00e9conomiques, notamment le ch\u00f4mage et la r\u00e9mun\u00e9ration, sont centrales pour expliquer ce flux migratoire. Apr\u00e8s la d\u00e9t\u00e9rioration de l\u2019image italienne pendant la p\u00e9riode fasciste et la demande de naturalisation fran\u00e7aise de la part de plusieurs Italiens, l\u2019immigration italienne en France reprend apr\u00e8s la fin de la Deuxi\u00e8me Guerre Mondiale, en contribuant surtout \u00e0 la main d\u2019\u0153uvre dans le secteur du b\u00e2timent. \u00c0 ce moment, la provenance n\u2019est plus limit\u00e9e au Nord de l\u2019Italie. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1960, la \u00ab&nbsp;Ritalie bisontine&nbsp;\u00bb (p. 172) s\u2019estompe mais elle reste bien vivante.<\/p>\n\n\n\n<p>En guise de premier exemple de cette histoire franc-comtoise de la migration italienne, les A. s\u2019attardent sur la figure du m\u00e9diateur v\u00e9n\u00e9to-bisontin d\u2019une soixantaine d\u2019ann\u00e9es qui leur a servi de relais-contact d\u2019autres informateurs Italo-Bisontins de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration. Les A. parlent de leur m\u00e9diateur comme \u00ab&nbsp;impliqu\u00e9 lui-m\u00eame dans l\u2019histoire des personnes-t\u00e9moins, \u00e0 la qu\u00eate d\u2019une identit\u00e9 italienne \u00e0 retrouver&nbsp;\u00bb (p. 173) au point qu\u2019il souhaiterait contribuer \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une association italienne \u00e0 Besan\u00e7on. Les A. d\u00e9crivent \u00e9galement certains traits \u00e9mergeants de l\u2019identit\u00e9 de leur m\u00e9diateur&nbsp;: la centralit\u00e9 du sport, notamment le football, parmi ses int\u00e9r\u00eats&nbsp;; le sentiment d\u2019une double appartenance franco-italienne&nbsp;; l\u2019attention aux corps des d\u00e9funts et \u00e0 leur rapatriement.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, les A. entreprennent l\u2019analyse de contenu des entretiens. La \u00ab&nbsp;migration par amour&nbsp;\u00bb (p. 177) des femmes et des enfants est abord\u00e9e en premier lieu \u00e0 l\u2019aide du verbatim de deux femmes retrait\u00e9es siciliennes. La dimension affective de l\u2019abandon du pays d\u2019origine est tout de m\u00eame rendue n\u00e9cessaire par \u00ab&nbsp;le manque de travail et l\u2019espoir de richesse&nbsp;\u00bb (p. 178) qui est explicit\u00e9 par le verbatim d\u2019un entrepreneur de ma\u00e7onnerie romain \u00e0 la retraite. \u00c0 ce propos, une retrait\u00e9e frioulane \u00e9voque \u00e9galement la recherche concert\u00e9e entre mairies italiennes et entreprises fran\u00e7aises pour le recrutement de main d\u2019\u0153uvre pendant les ann\u00e9es 1950. La m\u00e9t\u00e9o franc-comtoise et son froid, le manque de ma\u00eetrise du fran\u00e7ais et la tension s\u00e9paration-int\u00e9gration au pays d\u2019accueil, le r\u00f4le de socialisation de la mission catholique italienne de Besan\u00e7on et la capacit\u00e9 progressive des Italiens \u00e0 devenir entrepreneurs dans le b\u00e2timent apr\u00e8s l\u2019exp\u00e9rience acquise en tant qu\u2019ouvriers sont les autres th\u00e9matiques qui apparaissent dans les entretiens.<\/p>\n\n\n\n<p>Les A. concluent leur contribution en invitant \u00e0 exploiter ces entretiens pour transmettre non seulement la m\u00e9moire des Italiens \u00e0 leurs descendants mais aussi pour que la communaut\u00e9 bisontine prenne conscience de son \u00ab&nbsp;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 historique et culturelle&nbsp;\u00bb (p. 187).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>[Mario MARCON]<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Depuis 2012, le&nbsp;Dipartimento di Lettere e Filosofia&nbsp;de l\u2019Universit\u00e9 de Trente s\u2019int\u00e9resse au processus de m\u00e9diation, notamment \u00e0 la m\u00e9diation culturelle. Comme le rappellent les directeurs de l&#8217;ouvrage, Jean-Paul DUFIET et Elisa RAVAZZOLO, dans leur&nbsp;Introduction&nbsp; (pp. 7-18), l\u2019engouement scientifique, social et institutionnel pour le terme multidimensionnel de \u00ab&nbsp;m\u00e9diation&nbsp;\u00bb a besoin d\u2019adjectifs qualificatifs pour s\u00e9parer des pratiques\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2021\/11\/01\/jean-paul-dufiet-elisa-ravazzolo-dir-regards-sur-les-mediations-culturelles-et-sociales-acteurs-dispositifs-publics-enjeux-linguistiques-et-identitaires-186-trento-universita-degli-studi\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":43,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[30],"tags":[27,25,9,29,24,26,21,22,23,28],"class_list":["post-374","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-44","tag-analyse-du-discours","tag-apprentissage","tag-fle","tag-fls","tag-inclusion","tag-interaction","tag-mediation","tag-mediation-culturelle","tag-mediation-sociale","tag-migration"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/374"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/43"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=374"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/374\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":445,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/374\/revisions\/445"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=374"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=374"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=374"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}