{"id":1540,"date":"2026-06-24T15:54:47","date_gmt":"2026-06-24T13:54:47","guid":{"rendered":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1540"},"modified":"2026-06-25T10:54:15","modified_gmt":"2026-06-25T08:54:15","slug":"jean-louis-massourre-le-gascon-origine-limites-specificites","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2026\/06\/24\/jean-louis-massourre-le-gascon-origine-limites-specificites\/","title":{"rendered":"Jean-Louis MASSOURRE, Le gascon : Origine, limites, sp\u00e9cificit\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p>Jean-Louis MASSOURRE, <em>Le gascon : Origine, limites, sp\u00e9cificit\u00e9s<\/em>, ELIPHI (\u00c9ditions de Linguistique et de Philologie), coll. \u00ab Travaux de Linguistique Romane &#8211; Linguistique historique 4 \u00bb , 532 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Longtemps per\u00e7u comme un myst\u00e9rieux \u00ab lengatge estranh \u00bb aux confins de la Galloromania, le gascon r\u00e9v\u00e8le encore aujourd\u2019hui toute la richesse de son individuation linguistique. C\u2019est ce que d\u00e9montre, dans la continuit\u00e9 de ses pr\u00e9c\u00e9dents travaux, la nouvelle monographie de Jean-Louis Massourre, intitul\u00e9e <em>Le gascon : Origine, limites, sp\u00e9cificit\u00e9s<\/em>. \u00c0 travers une lecture \u00e9rudite et une analyse toujours pr\u00e9cise, Massourre ouvre la voie \u00e0 de nouvelles pistes de r\u00e9flexion sur l\u2019individuation linguistique de l\u2019Aquitaine.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage s\u2019ouvre sur une Pr\u00e9face (p. XVII-XVIII) de Thomas Field, professeur \u00e9m\u00e9rite \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 du Maryland. Field pr\u00e9sente ce volume comme une \u0153uvre de r\u00e9f\u00e9rence indispensable qui approfondit consid\u00e9rablement la connaissance de la langue gasconne. Il souligne notamment la capacit\u00e9 de l\u2019auteur \u00e0 synth\u00e9tiser les donn\u00e9es complexes de l\u2019Atlas linguistique de la Gascogne (ALG) \u00e0 travers des cartes d\u2019une grande clart\u00e9. La pr\u00e9face met \u00e9galement en lumi\u00e8re la valeur des recherches sur l\u2019anthroponymie et la toponymie, pr\u00e9sent\u00e9es comme une mine de donn\u00e9es pr\u00e9cieuses pour comprendre la civilisation pyr\u00e9n\u00e9enne traditionnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s le Prologue, dans lequel l\u2019auteur synth\u00e9tise l\u2019ouvrage et ins\u00e8re des aper\u00e7us sur l\u2019histoire de la Gascogne, l\u2019\u00e9tude s\u2019articule autour de dix chapitres th\u00e9matiques. Dans le Chapitre I, intitul\u00e9 \u00ab Le gascon, origine, limites, sp\u00e9cificit\u00e9s \u00bb (p. 1-28), l\u2019auteur d\u00e9crit la position exceptionnelle du gascon dans le domaine d\u2019oc. Il remonte tout d\u2019abord \u00e0 la conqu\u00eate de l\u2019Aquitaine par Jules C\u00e9sar, en analysant la d\u00e9faite des peuples aquitains et la nature de leur langue. Massourre explore ensuite le concept historique du gascon comme \u00ab lengatge estranh \u00bb au sein de la Gallo-Romania, insistant sur ses sp\u00e9cificit\u00e9s linguistiques. Enfin, une partie importante de ce premier chapitre s\u2019attache \u00e0 tracer les limites linguistiques et g\u00e9ographiques de l\u2019idiome, en examinant la situation des d\u00e9partements (Gironde, Dordogne, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne, Haute-Garonne, Ari\u00e8ge et Pyr\u00e9n\u00e9es-Atlantiques), avant de se pencher sur le statut dialectal de ses diff\u00e9rentes vari\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Chapitre II, intitul\u00e9 \u00ab Phon\u00e9tique et phonologie \u00bb (p. 29-108), s\u2019attache \u00e0 d\u00e9finir les structures sonores de la langue. Massourre y explore d\u2019abord les g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9s du vocalisme, distinguant les approches synchronique et diachronique. Cette section est suivie d\u2019un examen du consonantisme, analys\u00e9 lui aussi sous l\u2019angle de sa stabilit\u00e9 actuelle et de son \u00e9volution historique. L\u2019auteur met \u00e9galement en lumi\u00e8re des ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9volutifs tels que la m\u00e9tath\u00e8se, ainsi que les processus de palatalisation, offrant ainsi une analyse des m\u00e9canismes phon\u00e9tiques qui ont fa\u00e7onn\u00e9 l\u2019identit\u00e9 du gascon.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Chapitre III, consacr\u00e9 \u00e0 la \u00ab Morphologie, les invariables \u00bb (p. 109-170), constitue une section particuli\u00e8rement dense o\u00f9 l\u2019auteur diss\u00e8que les structures grammaticales fondamentales du gascon. La premi\u00e8re partie est consacr\u00e9e \u00e0 la morphologie nominale et pronominale, et examine avec pr\u00e9cision la structure et la formation des substantifs (tant masculins que f\u00e9minins), ainsi que leurs marques respectives de genre et de nombre. Massourre analyse \u00e9galement la flexion des adjectifs, les degr\u00e9s de comparaison et la d\u00e9rivation adverbiale. Un int\u00e9r\u00eat tout particulier est port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019article, dont l\u2019auteur distingue le type g\u00e9n\u00e9ral du type pyr\u00e9n\u00e9en, tout en explorant des vestiges archa\u00efques comme l\u2019article \u00ab sa \u00bb. La section sur les pronoms personnels couvre les combinaisons complexes, les formes atones et clitiques, ainsi que l\u2019emploi sp\u00e9cifique du pronom neutre \u00ab ac \u00bb et des pronoms adverbiaux. L\u2019examen morphologique se poursuit par l\u2019\u00e9tude des possessifs, des d\u00e9monstratifs, des relatifs, des interrogatifs, des ind\u00e9finis et des num\u00e9raux. Enfin, la seconde moiti\u00e9 du chapitre est d\u00e9di\u00e9e aux invariables (pr\u00e9positions, conjonctions et une vaste typologie d\u2019adverbes de lieu, de temps, de mani\u00e8re et de quantit\u00e9) et s\u2019ach\u00e8ve sur l\u2019analyse des m\u00e9canismes de la n\u00e9gation et de l\u2019affirmation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Chapitre IV, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la \u00ab Morphologie verbale \u00bb (p. 171-229), constitue l\u2019une des pi\u00e8ces ma\u00eetresses de l\u2019ouvrage. Massourre propose d\u2019abord des jalons de morphologie historique retra\u00e7ant l\u2019\u00e9volution depuis le latin classique, avant de d\u00e9tailler les trois grandes classes verbales du gascon. Une attention particuli\u00e8re est accord\u00e9e aux \u00ab tiroirs personnels \u00bb : le syst\u00e8me du pr\u00e9sent (indicatif et subjonctif), de l\u2019imparfait, du pr\u00e9t\u00e9rit de l\u2019indicatif, ainsi que celui du futur et du conditionnel fait l\u2019objet de paradigmes d\u00e9taill\u00e9s mettant en lumi\u00e8re les d\u00e9sinences sp\u00e9cifiques \u00e0 chaque personne. L\u2019\u00e9tude traite \u00e9galement des formes non personnelles comme le participe pass\u00e9, le g\u00e9rondif, l\u2019infinitif et les verbes \u00e0 \u00ab lexicalisation maxima \u00bb (<em>\u00eatre, avoir, aller, faire<\/em>), dont les paradigmes sont pr\u00e9sent\u00e9s de mani\u00e8re comparative. Cette section se cl\u00f4t sur un \u00ab Essai de diachronie \u00bb qui synth\u00e9tise l\u2019\u00e9volution des bases verbales au fil des si\u00e8cles.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le Chapitre V, intitul\u00e9 \u00ab Notes de syntaxe \u00bb (p. 230-259), Massourre divise son analyse en trois grands axes. Le premier se situe \u00ab hors du domaine verbal \u00bb et examine l\u2019emploi de l\u2019article avec les pronoms, la place du partitif, de l\u2019objet pr\u00e9positionnel (incluant la construction du datif et du compl\u00e9ment direct), ainsi que la place du possessif et l\u2019usage des relatifs. L\u2019auteur se penche aussi sur l\u2019\u00e9tude des \u00e9nonciatifs et des particules interrogatives, \u00e9l\u00e9ments distinctifs fondamentaux qui font la singularit\u00e9 du gascon. Le deuxi\u00e8me axe explore le \u00ab domaine verbal \u00bb, avec une attention particuli\u00e8re port\u00e9e \u00e0 l\u2019expression du pass\u00e9 ponctuel, aux divers emplois du subjonctif (qu\u2019il soit ind\u00e9pendant ou ins\u00e9r\u00e9 dans des subordonn\u00e9es temporelles), \u00e0 l\u2019utilisation de l\u2019imparfait du futur (IFU) et du conditionnel, ainsi qu\u2019aux r\u00e8gles complexes r\u00e9gissant l\u2019accord du participe pass\u00e9 et l\u2019usage des auxiliaires. Enfin, le chapitre se termine sur l\u2019\u00e9tude de l\u2019ordre des mots dans l\u2019\u00e9nonc\u00e9, mettant en lumi\u00e8re des ph\u00e9nom\u00e8nes syntaxiques tels que l\u2019inversion, l\u2019ant\u00e9position du verbe et la formulation de la n\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Chapitre VI, intitul\u00e9 \u00ab Lexique \u00bb (p. 260-281), explore la richesse du vocabulaire gascon \u00e0 travers une analyse \u00e9tymologique et comparative. Massourre identifie d\u2019abord les strates constitutives du lexique, en remontant aux sources pr\u00e9romanes et euskariennes, celtiques, latines et germaniques. L\u2019auteur situe ensuite le lexique gascon dans son environnement g\u00e9olinguistique, distinguant les termes strictement gascons de ceux partag\u00e9s avec les idiomes voisins tels que le languedocien, l\u2019aragonais et le catalan. Une section importante est consacr\u00e9e aux m\u00e9canismes de d\u00e9rivation et de composition, et analyse l\u2019h\u00e9ritage des suffixes pr\u00e9latins, latins et germaniques. L\u2019auteur propose \u00e9galement un aper\u00e7u d\u00e9taill\u00e9 de la pr\u00e9fixation et de la suffixation nominale et verbale \u00e0 partir de l\u2019exemple du parler de la vall\u00e9e de Bar\u00e8ge. Enfin, le chapitre examine les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019emprunt au castillan, \u00e0 l\u2019aragonais et au fran\u00e7ais, illustrant ainsi la porosit\u00e9 et l\u2019\u00e9volution historique du lexique. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le Chapitre VII, \u00ab Anthroponymie gasconne \u00bb (p. 282-319), constitue une \u00e9tude fascinante de la relation entre l\u2019identit\u00e9 des individus et leur ancrage territorial. Massourre y explore d\u2019abord la gen\u00e8se des noms de famille \u00ab&nbsp;casaux&nbsp;\u00bb, avant de suivre l\u2019\u00e9volution des anthroponymes sur plusieurs si\u00e8cles, \u00e0 travers des \u00e9chantillons allant du XV<sup>e<\/sup> au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.&nbsp; L\u2019analyse met particuli\u00e8rement en lumi\u00e8re la transition complexe entre le syst\u00e8me traditionnel du \u00ab Nom de Maison \u00bb et l\u2019imposition du \u00ab nom d\u2019\u00e9tat civil \u00bb, en s\u2019appuyant sur l\u2019exemple du village de Viella. Comme le souligne Thomas Field dans sa pr\u00e9face, cette section offre une mine de donn\u00e9es pr\u00e9cieuses sur la civilisation traditionnelle du sud de la Gascogne, en d\u00e9cryptant les liens subtils entre noms de bapt\u00eame, surnoms et patronymes. Le chapitre s\u2019ach\u00e8ve par un bilan global de cette dynamique onomastique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Chapitre VIII, intitul\u00e9 \u00ab Microtoponymie de la Haute Bigorre \u00bb (p. 320-372), prolonge la r\u00e9flexion sur l\u2019ancrage territorial en s\u2019int\u00e9ressant aux noms de lieux. Apr\u00e8s une br\u00e8ve question de m\u00e9thode, l\u2019auteur aborde les probl\u00e8mes pos\u00e9s par le cadastre Napol\u00e9on. L\u2019\u00e9tude analyse l\u2019origine et l\u2019\u00e9volution des noms de villages, ainsi que ceux des lacs et des rivi\u00e8res. Le c\u0153ur de cette section r\u00e9side dans une vaste investigation microtoponymique men\u00e9e village par village, assortie d\u2019un relev\u00e9 de la fr\u00e9quence des d\u00e9terminants. En comparant la situation toponymique telle qu\u2019elle se pr\u00e9sentait avant le cadastre avec ses transformations ult\u00e9rieures, ce chapitre met en lumi\u00e8re les diff\u00e9rentes mani\u00e8res dont les toponymes locaux ont \u00e9t\u00e9 francis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Chapitre IX, \u00ab Vari\u00e9t\u00e9s du gascon \u00bb (p. 373-396), illustre la diversit\u00e9 dialectale de la langue. Pour ce faire, Massourre s\u2019appuie sur un document philologique de r\u00e9f\u00e9rence : la traduction de la <em>Parabole de l\u2019enfant prodigue<\/em> (tir\u00e9e de l\u2019\u00c9vangile de Luc) dans la version \u00e9tablie par l\u2019enqu\u00eate Bourciez. Cette base textuelle permet d\u2019analyser les nuances entre les diff\u00e9rentes vari\u00e9t\u00e9s du gascon, tout en proposant une mise en regard \u00e9clairante entre le gascon, le basque et l\u2019aragonais. En confrontant ces parlers, l\u2019auteur met en \u00e9vidence les parent\u00e9s structurelles et les influences mutuelles au sein de cet espace de transition, confirmant ainsi la place singuli\u00e8re du gascon dans la Romania occidentale.&nbsp; &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le Chapitre X, intitul\u00e9 \u00ab Le gascon aujourd\u2019hui, ombres et lumi\u00e8res \u00bb (p. 379-396), dresse le bilan contemporain d\u2019une langue de plus en plus menac\u00e9e par la puissance de la modernit\u00e9 et de la post-modernit\u00e9. L\u2019analyse s\u2019ouvre sur la comparaison entre l\u2019occitan et le gascon au Moyen \u00c2ge, avant de s\u2019interroger sur la p\u00e9rennit\u00e9 de la langue \u00e0 travers l\u2019examen des donn\u00e9es quantitatives et des chiffres globaux concernant les locuteurs actuels. L\u2019auteur se penche ensuite sur le d\u00e9bat entourant la d\u00e9nomination m\u00eame de la langue : doit-on parler d\u2019\u00ab occitan \u00bb, d\u2019\u00ab occitan gascon \u00bb, ou de \u00ab gascon&nbsp;\u00bb tout court ? Massourre d\u00e9taille les options et leurs argumentaires oppos\u00e9s, analysant notamment la notion de structuration supra-dialectale.&nbsp; Enfin, l\u2019auteur explore les querelles inh\u00e9rentes \u00e0 la transcription de la langue, opposant la graphie alibertienne et \u00ab mistralienne \u00bb \u00e0 la graphie classique et moderne. Le chapitre se cl\u00f4t sur une question sociolinguistique particuli\u00e8rement actuelle&nbsp;: le risque de \u00ab penser fran\u00e7ais, \u00e9crire gascon \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le volume s\u2019enrichit en conclusion d\u2019un \u00c9pilogue (p. 397-479), un apparat critique d\u2019une grande pr\u00e9cision comprenant un index lexical, un index des auteurs, des index d\u00e9taill\u00e9s des anthroponymes et des toponymes, ainsi qu\u2019une bibliographie essentielle. L\u2019ouvrage est \u00e9galement compl\u00e9t\u00e9 par une section de cartes en annexe, ce qui facilite leur consultation et l\u2019ancrage g\u00e9ographique des ph\u00e9nom\u00e8nes linguistiques analys\u00e9s. La monographie de Massourre a indubitablement le m\u00e9rite de renouveler la lecture de la dialectologie gallo-romane par une approche \u00e0 la fois historique, structurelle et sociolinguistique. Il est \u00e9vident que ces pages constituent un r\u00e9servoir infini de suggestions stimulantes : l\u2019apparat critique ample et pr\u00e9cis, ainsi que les pistes de lecture claires et rigoureuses, font de ce volume un outil de r\u00e9f\u00e9rence indispensable pour les sp\u00e9cialistes et les chercheurs en linguistique romane.<\/p>\n\n\n\n<p>[Serena SASSI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jean-Louis MASSOURRE, Le gascon : Origine, limites, sp\u00e9cificit\u00e9s, ELIPHI (\u00c9ditions de Linguistique et de Philologie), coll. \u00ab Travaux de Linguistique Romane &#8211; Linguistique historique 4 \u00bb , 532 p. 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