{"id":1411,"date":"2025-10-17T18:09:51","date_gmt":"2025-10-17T16:09:51","guid":{"rendered":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1411"},"modified":"2025-10-26T21:08:57","modified_gmt":"2025-10-26T20:08:57","slug":"valerie-bonnetemmanuel-marty-cecile-robert-eds-mecaniques-de-la-depolitisation","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2025\/10\/17\/valerie-bonnetemmanuel-marty-cecile-robert-eds-mecaniques-de-la-depolitisation\/","title":{"rendered":"Val\u00e9rie BONNETEmmanuel MARTY, C\u00e9cile ROBERT (\u00e9ds.), M\u00e9caniques de la d\u00e9politisation"},"content":{"rendered":"\n<p>Val\u00e9rie BONNET, Emmanuel MARTY et C\u00e9cile ROBERT (\u00e9ds.), <em>M\u00e9caniques de la d\u00e9politisation<\/em>, <em>Mots. Les langages du politique<\/em>, n\u00b0 134, Lyon, ENS \u00c9ditions, 2024, pp. 171.<\/p>\n\n\n\n<p>Le n\u00b0 134 de <em>Mots. Les langages du politique<\/em> est consacr\u00e9 au dossier <em>M\u00e9caniques de la d\u00e9politisation<\/em>. Il est compos\u00e9 d\u2019une introduction et de six contributions qui abordent la notion de \u00ab&nbsp;d\u00e9politisation&nbsp;\u00bb au sein de divers genres de discours, en la rapportant \u00e0 des \u00e9poques et \u00e0 des contextes socio-politiques diff\u00e9rents. Il est compl\u00e9t\u00e9 par une section <em>Varia<\/em> (pp. 137-178) et par un entretien avec Paul BACOT, ancien directeur de la revue <em>Mots. Les langages du politique<\/em>, chercheur et politique engag\u00e9 (pp. 181-189).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019introduction au dossier,<em> Disqualification des conflictualit\u00e9s, r\u00e9tr\u00e9cissement du d\u00e9bat, invisibilisation des valeurs\u00a0: la d\u00e9politisation en discours<\/em> (pp. 9-19), Val\u00e9rie BONNET, Emmanuel MARTY et C\u00e9cile ROBERT rappellent que la notion de \u00ab\u00a0d\u00e9politisation\u00a0\u00bb a fait davantage l\u2019objet de travaux en science politique que dans les sciences du discours, du langage et de la communication. Ce dossier veut ainsi probl\u00e9matiser et creuser cette notion et ce processus soci\u00e9tal en s\u2019int\u00e9ressant aux m\u00e9canismes par lesquels les instances cens\u00e9es faire prosp\u00e9rer la d\u00e9mocratie \u2013 les institutions politiques et les m\u00e9dias d\u2019information \u2013 peinent \u00e0 mettre en discours les conflictualit\u00e9s sociales. Les discours d\u00e9politisants sont le r\u00e9sultat de toute instance qui est charg\u00e9e de m\u00e9dier le politique ou d\u2019exercer une gouvernementabilit\u00e9 au sein des services publics et au public, allant des organisations internationales aux administrations, des <em>think tank<\/em> aux r\u00e9seaux socionum\u00e9riques, en passant par des agences travaillant dans les milieux de l\u2019\u00e9ducation, de la recherche, de la sant\u00e9 ou de la s\u00e9curit\u00e9. Ce sont donc les diff\u00e9rentes m\u00e9caniques discursives de la d\u00e9politisation et leurs enjeux qui sont abord\u00e9s, autour d\u2019une disqualification qui peut passer par une mise en politique des objets et des sujets, par un r\u00e9tr\u00e9cissement de l\u2019espace du d\u00e9bat d\u00e9mocratique ou bien par une invisibilisation du politique <em>via<\/em> des rationalit\u00e9s apolitiques. La disqualification du politique peut se manifester par la <em>peopolisation<\/em> des politiques, par l\u2019<em>infotainment <\/em>de la t\u00e9l\u00e9vision ou par des formats natifs des r\u00e9seaux socio-num\u00e9riques, en recourant \u00e0 des r\u00e9gimes s\u00e9mio-discursifs de d\u00e9sirabilit\u00e9 politique qui ont le dessus sur des d\u00e9saccords id\u00e9ologiques ou programmatiques. Elle peut \u00e9galement concerner des processus visibles, explicites ou violents, par le biais de la marginalisation des radicalit\u00e9s dans l\u2019espace m\u00e9diatique. Quant au r\u00e9tr\u00e9cissement, puisque les strat\u00e9gies d\u2019\u00e9vitement de l\u2019espace de m\u00e9diatisation repr\u00e9sent\u00e9 par le politique ne visent que l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019action, une perte de pens\u00e9e critique est d\u00e9ploy\u00e9e <em>via<\/em> un discours expert qui affaiblit l\u2019espace des libert\u00e9s publiques. Relativement \u00e0 l\u2019invisibilisation du politique, cette dimension de la d\u00e9politisation permet de r\u00e9fl\u00e9chir sur la mani\u00e8re dont les langages, les discours, mais aussi les dispositifs num\u00e9riques peuvent y contribuer.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la premi\u00e8re contribution, <em>D\u00e9politiser au risque de repolitiser l\u2019abstention&nbsp;? Les faux-semblants des campagnes gaullistes d\u2019appel au vote (1958-1969)<\/em> (pp. 21-38), Zo\u00e9 KERGOMARD aborde les m\u00e9canismes discursifs d\u00e9politisants des campagnes d\u2019appel au vote de la part de sujets pr\u00e9sum\u00e9s \u00eatre apolitiques au d\u00e9but de la V<sup>e<\/sup> R\u00e9publique. La d\u00e9politisation y est con\u00e7ue en tant qu\u2019ensemble de m\u00e9canismes de socialisation politique qui peuvent aller au-del\u00e0 du politique et du d\u00e9bat d\u00e9mocratique. Dans ce contexte, le politique semble \u00eatre un processus non lin\u00e9aire et ouvert \u00e0 la contestation touchant aux choix collectifs. Par le biais de l\u2019analyse d\u2019un corpus constitu\u00e9 par des spots t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s et radiophoniques, par des articles de presse consacr\u00e9s \u00e0 ces campagnes et par des premiers d\u00e9bats parlementaires sur la pertinence de ces campagnes en 1969, l\u2019attention est d\u2019abord focalis\u00e9e sur des r\u00e9f\u00e9rences nominales et sur des marqueurs <em>ad hoc<\/em> qui sont prononc\u00e9s par les protagonistes de ces campagnes dans le cadre de la guerre d\u2019Alg\u00e9rie, en vue de mettre en \u00e9vidence leur positionnement qualifi\u00e9 d\u2019apolitique. Cette recherche proc\u00e8de par le traitement de ces campagnes de (non-)vote au sein de l\u2019instrumentalisation pl\u00e9biscitaire des campagnes et des r\u00e9f\u00e9rendums. Il \u00e9merge que les organismes qui se d\u00e9finissent apolitiques ont tendance \u00e0 moraliser le vote comme acte de responsabilit\u00e9 individuelle en dramatisant l\u2019abstention et le boycott \u00e9lectoral. Cela am\u00e8ne \u00e0 repolitiser le (non-)vote et les campagnes d\u2019appel au vote par rapport tant au r\u00e9f\u00e9rendum de 1962 sur l\u2019\u00e9lection directe du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique que sur les mouvements de 1968. Les conclusions de KERGOMARD soulignent que les tentatives d\u2019imposer des interpr\u00e9tations d\u00e9politis\u00e9es pour (ne pas) voter au d\u00e9but de la 5<sup>e<\/sup> R\u00e9publique montrent les limites des pratiques discursives de d\u00e9politisation de la participation citoyenne. Leurs retomb\u00e9es (et paradoxes) r\u00e9v\u00e8lent tant la politisation du vote qu\u2019une d\u00e9politisation du non-vote et de l\u2019acte de voter lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la deuxi\u00e8me contribution, <em>La <\/em>civil tech <em>dans la presse fran\u00e7aise, entre technicisation et privatisation du probl\u00e8me d\u00e9mocratique&nbsp;: quand la promotion de la participation citoyenne num\u00e9rique m\u00e8ne \u00e0 sa d\u00e9politisation<\/em> (pp. 39-56), Tatiana DE FERAUDY examine le discours sur la <em>civic tech<\/em> dans la presse fran\u00e7aise entre 2016 et 2019, lorsque cette expression fait l\u2019objet de l\u2019agenda politique fran\u00e7ais. La <em>civil tech<\/em> y appara\u00eet en tant qu\u2019objet de renouvellement politique et ensemble d\u2019outils num\u00e9riques promus par une coalition entre secteur public et secteur priv\u00e9, en vue de faciliter l\u2019engagement et la participation citoyenne <em>via <\/em>une interaction entre l\u2019instance citoyenne et l\u2019instance politique ou administrative. Pour mener l\u2019analyse tant manuelle que guid\u00e9e (par le logiciel IRaMuTeQ) du corpus, l\u2019auteure examine le profil des porte-paroles \u00e0 l\u2019appui d\u2019une recherche sur le terrain et sur le r\u00e9seau socio-num\u00e9rique LinkedIn. Elle rel\u00e8ve que ce discours est surtout le fait des personnes qui le promeuvent et qui s\u2019en chargent pour parler de d\u00e9mocratie, d\u2019utilisation du num\u00e9rique et de succ\u00e8s des start-ups, autrement dit d\u2019innovation souhait\u00e9e. Dans le but de montrer l\u2019enjeu de renouvellent d\u00e9mocratique, DE FERAUDY pr\u00e9sente les trois op\u00e9rations synchrones de traduction de la <em>civil tech&nbsp;<\/em>que sont le <em>naming<\/em>, le <em>blaming<\/em> et le <em>claiming<\/em>. En d\u00e9finissant un probl\u00e8me public, la premi\u00e8re op\u00e9ration confirme que le d\u00e9sengagement politique est issu d\u2019une crise de la coh\u00e9sion sociale. La deuxi\u00e8me, qui attribue la responsabilit\u00e9 de cette crise aux institutions publiques, souligne que celles-ci sont obsol\u00e8tes et \u00e9loign\u00e9es de la population. La troisi\u00e8me, portant sur la formulation d\u2019une demande d\u2019intervention publique, s\u2019appuie sur le mod\u00e8le de \u00ab&nbsp;gouvernement ouvert&nbsp;\u00bb, ax\u00e9 sur la transparence de l\u2019action publique, la participation citoyenne et le financement public-priv\u00e9. Il \u00e9merge que les sujets promouvant la <em>civil tech<\/em> construisent un discours auto-d\u00e9finitionnel, sans adversaires et positif, accompagnant, en tant que m\u00e9diateurs, la transformation souhait\u00e9e du fait de leurs engagement et ma\u00eetrise du num\u00e9rique. Le mod\u00e8le entrepreneurial des start-ups doit ainsi \u00eatre valoris\u00e9 comme vecteur d\u2019une approche d\u00e9politis\u00e9e de la participation citoyenne.<\/p>\n\n\n\n<p>La num\u00e9risation comme enjeu de d\u00e9politisation fait \u00e9galement l\u2019objet de la troisi\u00e8me contribution, <em>Lutter contre le \u00ab\u00a0terrorisme\u00a0\u00bb sur les r\u00e9seaux sociaux\u00a0: usages d\u2019une cat\u00e9gorie politique dans les discours de Meta, Google et Twitter<\/em> (pp. 57-79). Marguerite BORELLI \u00e9tudie la r\u00e9action de Meta (Facebook et Instagram), Google (YouTube) et Twitter aux attentats de Daetch en Europe et aux \u00c9tats-Unis en 2015 en termes d\u2019engagement dans la lutte contre le terrorisme. Son analyse est bas\u00e9e sur un corpus de 268 documents officiels en anglo-am\u00e9ricain issus de ces trois firmes, depuis leur cr\u00e9ation jusqu\u2019en 2021, autour des termes \u00ab\u00a0terrorisme\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0extr\u00e9misme violent\u00a0\u00bb. L\u2019hypoth\u00e8se avanc\u00e9e est que ces plateformes devraient contribuer \u00e0 un processus de d\u00e9politisation de la notion de \u00ab\u00a0terrorisme\u00a0\u00bb ou \u00e0 une promotion d\u2019une vision apolitique de ce concept. Les r\u00e9sultats r\u00e9v\u00e8lent que, dans tous les formats (blog, conditions d\u2019utilisation, rapports de transparence, document interne, interview, audition parlementaire, autres), ces trois entreprises pr\u00e9f\u00e8rent s\u2019inscrire dans des dispositifs ma\u00eetris\u00e9s sans interaction. En outre, les sujets s\u2019exprimant publiquement sur le terrorisme restent \u00ab\u00a0invisibles\u00a0\u00bb au profit de la mise en avant de sp\u00e9cialistes du domaine. Quant \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender la notion et la d\u00e9finition de \u00ab\u00a0terrorisme\u00a0\u00bb, la dimension politique du terrorisme y est presque nulle au profit de la lutte contre les contenus ind\u00e9sirables et nocifs. Ces plateformes tendent \u00e0 essentialiser le terrorisme comme une cat\u00e9gorie donn\u00e9e, sans traiter des enjeux politiques qui y sont li\u00e9s. Si les sources qui sont utilis\u00e9es regroupent surtout les djihadismes et les extr\u00e9mismes violents de droite, les firmes examin\u00e9es tendent \u00e0 neutraliser toute critique <em>via<\/em> une mise \u00e0 distance du caract\u00e8re politique des d\u00e9signations. Pourtant, bien que leur acception de \u00ab\u00a0terrorisme\u00a0\u00bb soit vid\u00e9e d\u2019une dimension politique, des enjeux politiques li\u00e9s \u00e0 ce concept touchent \u00e0 ces trois g\u00e9ants du num\u00e9rique en raison de leur r\u00e9activit\u00e9 vis-\u00e0-vis de l\u2019\u00e9tat de la menace et de la mont\u00e9e des violences d\u2019extr\u00eame droite.<\/p>\n\n\n\n<p>La communication du minist\u00e8re de l\u2019Enseignement sup\u00e9rieur et de la Recherche fran\u00e7ais \u00e0 propos de la loi de programmation de la recherche (LPR) du 24 d\u00e9cembre 2020 et les proc\u00e9d\u00e9s de neutralisation discursive mettant en relation science et soci\u00e9t\u00e9 font l\u2019objet de la contribution de Robin GAILLARD (<em>Le progr\u00e8s comme id\u00e9ologie d\u00e9politisante&nbsp;: analyse de la communication du minist\u00e8re de l\u2019Enseignement sup\u00e9rieur et de la Recherche sur la loi de programmation de la recherche<\/em>, pp. 81-99). Selon l\u2019auteur, l\u2019id\u00e9ologie du progr\u00e8s est l\u2019un des leviers pour d\u00e9politiser la mani\u00e8re d\u2019appr\u00e9hender le rapport entre science et soci\u00e9t\u00e9. Pour le d\u00e9montrer, \u00e0 partir d\u2019un corpus de 45 communiqu\u00e9s, dossiers de presse et \u00e9nonc\u00e9s publi\u00e9s sur le site web du minist\u00e8re entre 2019 et 2020, il analyse tant les discours sur la communication politique que ceux sur la communication publique du minist\u00e8re. \u00c0 l\u2019appui d\u2019une m\u00e9thodologie fond\u00e9e sur l\u2019analyse du discours, par le biais d\u2019une structuration lexicale du corpus <em>via<\/em> la m\u00e9thode Alceste et le logiciel IRaMuTeQ, il \u00e9merge que les mondes lexicaux associ\u00e9s au progr\u00e8s dans la communication du minist\u00e8re rel\u00e8vent de la rationalit\u00e9 scientifique, qui est consid\u00e9r\u00e9e comme b\u00e9n\u00e9fique en raison de sa capacit\u00e9 \u00e0 poser des v\u00e9rit\u00e9s et \u00e0 r\u00e9pondre aux d\u00e9fis soci\u00e9taux. Pour v\u00e9rifier la dimension d\u00e9politisante de ces positionnements id\u00e9ologiques, l\u2019auteur se sert des \u00ab&nbsp;introducteurs autoprobants&nbsp;\u00bb (Guilbert 2015) \u2013 g\u00e9n\u00e9riques et d\u00e9ictiques \u2013 en tant qu\u2019outils permettant d\u2019autovalider un propos par la pr\u00e9supposition d\u2019un consensus. Le corpus est notamment riche en introducteurs \u00e9non\u00e7ant une v\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et en marqueurs temporels universels, les sciences servant \u00e0 relever les grands d\u00e9fis de l\u2019humanit\u00e9 dans l\u2019avenir, mais son analyse montre aussi le caract\u00e8re n\u00e9cessaire de cette loi et de l\u2019effort financier qui s\u2019ensuit. Quant \u00e0 la communication publique du minist\u00e8re, les classes lexicales les plus repr\u00e9sent\u00e9es concernent la revalorisation des carri\u00e8res et le financement par projet. Ainsi, la communication politique du minist\u00e8re s\u2019appuie sur des proc\u00e9d\u00e9s discursifs permettant de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 la LPR comme \u00e0 une loi pour les scientifiques et pour la soci\u00e9t\u00e9, alors que la politique du discours du minist\u00e8re tend \u00e0 se d\u00e9tacher de celle-ci, alimentant les critiques adress\u00e9es \u00e0 l\u2019encontre de la loi.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la cinqui\u00e8me contribution, <em>Dire l\u2019urgence climatique&nbsp;: entre rh\u00e9torique scientifique de d\u00e9politisation et proc\u00e9dure argumentative de politisation <\/em>(pp. 101-117), Sophie ANQUETIL et Carine DUTEIL examinent la rh\u00e9torique de d\u00e9politisation des discours sur l\u2019urgence climatique pour analyser les liens entre donn\u00e9es scientifiques, m\u00e9diatisation et enjeux politiques \u00e0 partir de \u00ab&nbsp;The Shift Project&nbsp;\u00bb (TSP). \u00c0 l\u2019appui d\u2019un corpus de documents publi\u00e9s par TSP \u2013 organisme visant \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir et faire r\u00e9fl\u00e9chir sur le d\u00e9bat autour de la transition \u00e9nerg\u00e9tique \u2013, \u00e0 savoir un \u00ab&nbsp;Manifeste&nbsp;\u00bb, un \u00ab&nbsp;Guide m\u00e9thodologique&nbsp;\u00bb et des analyses des programmes politiques pour la pr\u00e9sidentielle de 2022, les auteures \u00e9tudient le positionnement (a)politique de TSP pour comprendre la mani\u00e8re dont cette rh\u00e9torique de d\u00e9politisation apparente peut \u00eatre int\u00e9gr\u00e9e dans une d\u00e9marche argumentative de politisation, en vue de cr\u00e9er un mode d\u2019action politique alternatif. Le cadre m\u00e9thodologique et conceptuel adopt\u00e9 s\u2019appuie sur les notions de \u00ab&nbsp;d\u00e9politisation&nbsp;\u00bb (Bourdieu 1982)&nbsp;et de requalification des discours (Lagroye 2003) par des sujets agissant en dehors du champ politique, mais dont les actions sont politiques. Pour d\u00e9terminer le degr\u00e9 de (d\u00e9)politisation des discours de TSP, l\u2019analyse porte tant sur le contexte \u00e9nonciatif li\u00e9 au statut du sujet \u00e9nonciateur et du m\u00e9dium que sur le contenu de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, par rapport au r\u00e9f\u00e9rent de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, au registre et aux genres discursifs qui sont utilis\u00e9s. TSP se pr\u00e9sente comme une instance \u00e9nonciative interm\u00e9diaire circulant au sein du discours politique, caract\u00e9ris\u00e9e par un discours scientifique expert et adress\u00e9e, en tant que guide, aux corps interm\u00e9diaires (responsables \u00e9conomiques, monde acad\u00e9mique institutionnel, m\u00e9dias, ONG et grand public). Il se sert du num\u00e9rique pour justifier sa posture (a)politique, mais le num\u00e9rique est \u00e9galement le lieu privil\u00e9gi\u00e9 de la pol\u00e9mique, comme il \u00e9merge des documents qui sont li\u00e9s aux programmes pour la pr\u00e9sidentielle de 2022 et des \u00ab&nbsp;Manifestes&nbsp;\u00bb. Enfin, si la construction d\u2019un collectif unifi\u00e9 et la d\u00e9n\u00e9gation de toute diff\u00e9rence confirment que les documents de TSP, examin\u00e9s \u00e0 l\u2019appui du logiciel <em>AntConc<\/em>, montrent une posture d\u00e9politis\u00e9e, il est \u00e9galement possible que la d\u00e9n\u00e9gation d\u2019un pluralisme politique se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre une forme de politisation pour TSP, qui peut engendrer un mode d\u2019action politique alternatif <em>via <\/em>son r\u00f4le d\u2019arbitre et de m\u00e9diateur.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re contribution du dossier, <em>Les cahiers citoyens du grand d\u00e9bat national (2019)\u00a0: d\u2019un geste pr\u00e9sidentiel d\u00e9politisant \u00e0 une (re)politisation citoyenne<\/em> (pp. 119-136), aborde le \u00ab\u00a0Grand d\u00e9bat national\u00a0\u00bb (GDN), lanc\u00e9e par Emmanuel Macron d\u00e9but 2019 en r\u00e9action au mouvement social des Gilets jaunes. Manon PENGAM s\u2019int\u00e9resse notamment \u00e0 l\u2019un des espaces interactionnels qui sont cr\u00e9\u00e9s dans le cadre de cette op\u00e9ration\u00a0: les \u00ab\u00a0cahiers citoyens et d\u2019expression libre\u00a0\u00bb pr\u00e9sents dans les mairies, visant \u00e0 une participation citoyenne officielle de la soci\u00e9t\u00e9 civile <em>via <\/em>des propositions. Elle montre notamment que ce dispositif participatif s\u2019inscrit dans une m\u00e9moire historique et discursive qui est li\u00e9e \u00e0 l\u2019Ancien R\u00e9gime, dans la mesure o\u00f9 plusieurs ressemblances \u00e9mergent entre les initiatives li\u00e9es aux \u00e9tats g\u00e9n\u00e9raux convoqu\u00e9s par Louis XVI en 1789 et celles qui sont lanc\u00e9es par Emmanuel Macron en 2019. \u00c0 partir d\u2019une m\u00e9thodologie fond\u00e9e sur l\u2019analyse du discours et inspir\u00e9e des \u00e9tudes sur les cahiers de la R\u00e9volution fran\u00e7aise, et sur la science politique, sur la sociologie de l\u2019action publique et sur les mouvements sociaux, l\u2019auteure vise \u00e0 comprendre si le GDN est un mouvement marqu\u00e9 \u00e0 la fois par une volont\u00e9 de d\u00e9politisation du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et par une (re)politisation citoyenne du dispositif. L\u2019analyse de ces cahiers de dol\u00e9ance, qui est limit\u00e9e au d\u00e9partement de la Creuse, o\u00f9 le d\u00e9bat citoyen est davantage empreint d\u2019un sentiment de rel\u00e9gation et de d\u00e9classement, montre qu\u2019ils sont un espace de revendication citoyenne et donc d\u2019expression politique, malgr\u00e9 la prise de conscience par le public citoyen que le pouvoir ex\u00e9cutif ne tiendra pas compte des suggestions re\u00e7ues. Pour comprendre les raisons de cette mobilisation citoyenne, PENGAM s\u2019appuie sur des indicateurs de rep\u00e9rage de la politisation, et sur des outils de la linguistique et de l\u2019analyse du discours t\u00e9moignant de deux logiques de conflictualisation et de sp\u00e9cialisation, ainsi que de dynamiques \u00e0 leur int\u00e9rieur. Il r\u00e9sulte que ces sujets essaient d\u2019\u00e9tablir une relation avec l\u2019instance qui les dirige, en affirmant une dynamique identitaire collective, et qu\u2019ils pr\u00e9sentent des degr\u00e9s de comp\u00e9tence politique pouvant aller d\u2019une posture d\u2019imposition de son propre \u00ab\u00a0r\u00e9gime de v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb (Foucault 2001) \u00e0 une dynamique programmatique pour une plus grande \u00e9quit\u00e9 socio-spatiale au sein de l\u2019action publique par une plus grande accessibilit\u00e9 des services.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout de ce parcours autour de la d\u00e9politisation et des processus qu\u2019elle met en jeu, un important constat \u00e9merge&nbsp;: la question de la d\u00e9politisation est non seulement toujours actuelle, mais elle se renforce et s\u2019\u00e9volue, en raison, entre autres, des progr\u00e8s technologiques et d\u2019une exploitation qui devrait \u00eatre le plus possible ma\u00eetris\u00e9e \u2013 mais qui a tendance \u00e0 \u00e9chapper au contr\u00f4le d\u00e9mocratique \u2013 des dispositifs num\u00e9riques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le num\u00e9ro 134 de <em>Mots <\/em>est compl\u00e9t\u00e9 par la section <em>Varia<\/em> et par un <em>Entretien<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier article de la section <em>Varia<\/em> a pour titre <em>(Dis)continuit\u00e9s de la crise et de ses usages\u00a0: 2022, une ann\u00e9e charni\u00e8re pour la \u00ab\u00a0crise des r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> (pp. 139-161). C\u00e9cile BALTY et Val\u00e9riane MISTIAEN se penchent sur la \u00ab\u00a0crise des r\u00e9fugi\u00e9s\u00a0\u00bb faisant suite \u00e0 l\u2019invasion russe de l\u2019Ukraine et aux mouvements de population ukrainienne vers les pays d\u2019Europe, en proposant l\u2019analyse d\u2019un corpus de presse belge (en fran\u00e7ais et en n\u00e9erlandais) collect\u00e9 entre le 22 f\u00e9vrier et le 21 mars 2022. Leur but est de comparer la situation qui a lieu d\u00e9but 2022 avec la \u00ab\u00a0crise migratoire\u00a0\u00bb et la \u00ab\u00a0crise de l\u2019accueil\u00a0\u00bb de 2015, \u00e0 partir du syntagme nominal \u00ab\u00a0la crise\u00a0\u00bb et d\u2019autres d\u00e9nominations circulant dans la presse \u00e0 cet \u00e9gard. Il apparait que le syntagme \u00ab\u00a0la crise\u00a0\u00bb est polyr\u00e9f\u00e9rentiel et flou, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019il peut se r\u00e9f\u00e9rer tant au ph\u00e9nom\u00e8ne migratoire que, surtout, aux retomb\u00e9es de celui-ci par rapport \u00e0 la guerre. En outre, ce m\u00eame syntagme peut \u00eatre remplac\u00e9 par d\u2019autres syntagmes nominaux, parmi lesquels \u00ab\u00a0la guerre\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0le conflit\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0la lutte\u00a0\u00bb. Cela permet de souligner que ces renvois vont au-del\u00e0 du conflit en Ukraine car ils r\u00e9activent la m\u00e9moire discursive d\u2019autres guerres qui ont comport\u00e9 l\u2019accueil de personnes r\u00e9fugi\u00e9es en Europe, ainsi l\u00e9gitimant l\u2019accueil de la population ukrainienne au sein de l\u2019UE dans les m\u00e9dias des deux communaut\u00e9s linguistiques examin\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Le second article, r\u00e9dig\u00e9 par St\u00e9phanie WOJCIK, <em>Proposition d\u2019analyse de la conflictualit\u00e9 num\u00e9rique\u00a0: les commentaires sur les pages Facebook de deux candidats \u00e0 la pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise de 2017<\/em> (pp. 163-178), explore la dimension critique et conflictuelle des \u00e9changes sur Facebook \u00e0 partir d\u2019un corpus de 365 commentaires. Ceux-ci sont issus d\u2019un post publi\u00e9 sur les pages Facebook de deux candidats \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2017, \u00e0 savoir Emmanuel Macron et Jean-Luc M\u00e9lenchon, lors de la Journ\u00e9e des droits des femmes du 8 mars 2017 et \u00e0 l\u2019\u00e9gard des droits des femmes. La lecture des contenus discursifs pr\u00e9sent\u00e9s dans les pages examin\u00e9es est effectu\u00e9e \u00e0 partir de la th\u00e9orie des actes de langage de C. Kerbrat-Orecchioni et elle est appliqu\u00e9e \u00e0 sept actes de langage\u00a0: \u00ab\u00a0affirmation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0critique\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0interpellation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0menace\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0mobilisation\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0proposition\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0soutien\u00a0\u00bb. Si la pol\u00e9mique a une part importante dans les commentaires au post publi\u00e9 par chacun de deux candidats, celle-ci rel\u00e8ve surtout de formes de polarisation engendrant une disqualification du candidat, comme en t\u00e9moigne la pr\u00e9dominance des actes de langage \u00ab\u00a0affirmation\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0critique\u00a0\u00bb. L\u2019espace des commentaires devient ainsi un espace d\u2019expression du dissensus qui est adapt\u00e9 aux credo des deux candidats\u00a0: il s\u2019agit de critiques \u00e0 l\u2019\u00e9gard des m\u00e9dias et du pouvoir financier pour La France insoumise, et de critiques, par ailleurs plus vives, \u00e0 l\u2019\u00e9gard du positionnement m\u00eame d\u2019Emmanuel Macron pour La R\u00e9publique en marche.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce num\u00e9ro se termine par <em>\u00ab&nbsp;Le politique n\u2019existe que par le langage&nbsp;\u00bb Entretien avec Paul Bacot r\u00e9alis\u00e9 par Sylvianne R\u00e9mi-Giraud et Val\u00e9rie Bonnet<\/em> (pp. 181-189). Sylvianne R\u00c9MI-GIRAUD et Val\u00e9rie BONNET parcourent, avec Paul BACOT, ancien directeur de la revue <em>Mots. Les langages du politique<\/em> et politique engag\u00e9 du Parti socialiste, la relation entre science politique et lexicologie, au sujet de l\u2019articulation entre mod\u00e9lisation th\u00e9orique et empirisme des termes et concepts qui la fa\u00e7onnent, et de l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie qui les sous-tend. Plusieurs relations permettent \u00e0 Paul BACOT de distinguer termes et concepts qu\u2019il a utilis\u00e9s dans son parcours de chercheur et qu\u2019il continue \u00e0 employer dans ses recherches. Tel est le cas de \u00ab&nbsp;politique&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;politisation&nbsp;\u00bb, des deux syntagmes \u00ab&nbsp;le politique&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;la politique&nbsp;\u00bb, ainsi que de \u00ab&nbsp;politisation&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;conflit&nbsp;\u00bb, tout comme de l\u2019utilisation de substantifs abstraits. La deuxi\u00e8me partie de l\u2019entretien porte sur l\u2019exp\u00e9rience de Paul BACOT \u00e0 la direction de la revue <em>Mots. Les langages du politique<\/em> de 2005 \u00e0 2026, sur l\u2019interdisciplinarit\u00e9 qui l\u2019a caract\u00e9ris\u00e9e et sur son influence par rapport \u00e0 ses recherches. La derni\u00e8re partie rel\u00e8ve de l\u2019interconnexion entre pratiques militantes et recherche scientifique \u00e0 l\u2019\u00e9gard du r\u00f4le d\u2019enseignant-chercheur dont Paul BACOT t\u00e9moigne \u00e9galement \u00e0 partir de sa volont\u00e9 de transmission des connaissances, comme le montre l\u2019ensemble de sa production scientifique et p\u00e9dagogique.<\/p>\n\n\n\n<p>[Alida M. SILLETTI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Val\u00e9rie BONNET, Emmanuel MARTY et C\u00e9cile ROBERT (\u00e9ds.), M\u00e9caniques de la d\u00e9politisation, Mots. Les langages du politique, n\u00b0 134, Lyon, ENS \u00c9ditions, 2024, pp. 171. Le n\u00b0 134 de Mots. Les langages du politique est consacr\u00e9 au dossier M\u00e9caniques de la d\u00e9politisation. 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