{"id":1408,"date":"2025-10-17T18:23:00","date_gmt":"2025-10-17T16:23:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1408"},"modified":"2025-10-26T21:09:09","modified_gmt":"2025-10-26T20:09:09","slug":"jacques-henriot-sous-couleur-de-jouer-la-metaphore-ludique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2025\/10\/17\/jacques-henriot-sous-couleur-de-jouer-la-metaphore-ludique\/","title":{"rendered":"Jacques HENRIOT, Sous couleur de jouer. La m\u00e9taphore ludique"},"content":{"rendered":"\n<p>Jacques HENRIOT, <em>Sous couleur de jouer. La m\u00e9taphore ludique<\/em>, Lyon, ENS \u00c9ditions, 2023, pp. 326.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9\u00e9dition de l\u2019ouvrage d\u2019HENRIOT permet de comprendre le d\u00e9veloppement des \u00e9tudes fran\u00e7aises sur le jeu ou les \u00ab&nbsp;sciences du jeu&nbsp;\u00bb et leur lien \u00e9troit avec les <em>game studies<\/em> ou <em>play studies<\/em>. Il est important de souligner le passage du singulier au pluriel pour science(s) et du pluriel au singulier pour jeu(x).<\/p>\n\n\n\n<p>La pr\u00e9face r\u00e9dig\u00e9e par Gilles BROUG\u00c8RE et BERNARD PERRON propose des r\u00e9flexions li\u00e9es \u00e0 l\u2019analyse et \u00e0 la d\u00e9finition pour comprendre le jeu, \u00e0 savoir l\u2019attitude mentale qui fonde ce que l\u2019on consid\u00e8re \u00eatre du jeu. En particulier, le jeu suppose une situation qui s\u2019y pr\u00eate et un sujet dont la conduite puisse s\u2019interpr\u00e9ter sous cet angle. Henriot propose de d\u00e9signer le potentiel de devenir jeu par le terme de jouabilit\u00e9. Ce potentiel suppose dans un premier temps un th\u00e8me arbitraire qui r\u00e9sulte d\u2019une d\u00e9cision individuelle du joueur et qui se retrouve au niveau des r\u00e8gles. Le jeu suppose aussi un proc\u00e8s m\u00e9taphorique, \u00e0 savoir une distance avec le r\u00e9el vers la sph\u00e8re du possible et de l\u2019imaginaire. La question de la m\u00e9taphore ludique qui est le sous-titre \u00e0 l\u2019ouvrage devient essentielle selon la conception d\u2019Henriot. Dans l\u2019ouvrage <em>Sous couleur de jouer<\/em>, nous pouvons observer la circularit\u00e9 de la m\u00e9taphore&nbsp;: \u00ab&nbsp;le jeu est m\u00e9taphore du r\u00e9el et le r\u00e9el est consid\u00e9r\u00e9 souvent comme un jeu d\u2019un point de vue tout aussi m\u00e9taphorique&nbsp;\u00bb (p. 14).<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re partie de l\u2019ouvrage \u00ab\u00a0D\u00e9couverte du jeu\u00a0\u00bb se d\u00e9veloppe \u00e0 partir du premier chapitre jusqu\u2019au quatri\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier chapitre \u00ab&nbsp;Le jeu tel qu\u2019on le parle&nbsp;\u00bb (pp.21-77) explore le jeu \u00e0 travers le langage&nbsp;: ce que signifie \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb quand nous en parlons, comment cette notion est construite et comment elle \u00e9volue au fil du temps. L\u2019auteur commence par reconna\u00eetre qu\u2019il est difficile de d\u00e9finir le \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb strictement, comme pour la d\u00e9finition de temps selon saint Augustin&nbsp;: il est possible de le saisir intuitivement, mais au m\u00eame temps il \u00e9chappe \u00e0 une d\u00e9finition simple. D\u2019apr\u00e8s l\u2019auteur, le jeu appara\u00eet d\u2019abord comme une id\u00e9e, un mot, une notion utilis\u00e9e dans le discours, avant d\u2019essayer de le voir comme r\u00e9alit\u00e9. L\u2019auteur invite le lecteur \u00e0 partir non du jeu v\u00e9cu, mais du jeu tel qu\u2019il est dit, nomm\u00e9, pens\u00e9 dans la langue et la culture. En outre, le mot \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb arrive \u00e0 l\u2019esprit \u00e0 travers la m\u00e9diation du langage&nbsp;: nous ne pouvons pas concevoir quelque chose comme \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb que si nous avons appris \u00e0 le nommer. Par exemple, l\u2019enfant, en grandissant, apprend non seulement \u00e0 jouer, mais aussi \u00e0 savoir que ce qu\u2019il fait est \u00ab&nbsp;jouer&nbsp;\u00bb, par un apprentissage linguistique et social.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le deuxi\u00e8me chapitre \u00ab\u00a0Relativit\u00e9 du relativisme\u00a0\u00bb (pp. 79-96), l\u2019auteur r\u00e9fl\u00e9chit sur la tension entre relativisme historique, sociologique, linguistique et l\u2019id\u00e9e d\u2019un \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb universel, \u00e0 savoir comment penser le jeu quand les conceptions varient selon les cultures, les \u00e9poques et les langues, sans tomber dans un relativisme absolu qui rend tout dialogue impossible. L\u2019id\u00e9e de jeu telle qu\u2019elle est conceptualis\u00e9e \u00e0 une \u00e9poque et dans une culture donn\u00e9e n\u2019est pas la m\u00eame qu\u2019ailleurs ou \u00e0 un autre moment. Nous n\u2019acc\u00e9dons au \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb que par le langage\u00a0: les mots, les textes et les discours sont les traces linguistiques qui permettent au chercheur de reconstruire la mani\u00e8re dont une soci\u00e9t\u00e9 pense le jeu. Les historiens, sociologues et ethnologues affirment souvent que le \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb n\u2019a pas la m\u00eame signification partout, mais quand ils parlent, ils utilisent n\u00e9anmoins le mot \u00ab\u00a0jeu\u00a0\u00bb, ce qui suppose implicitement une id\u00e9e commune. Henriot pense qu\u2019il peut exister une id\u00e9e de Jeu (avec un grand J) qui sous-tendrait les diff\u00e9rentes id\u00e9es du jeu. Selon l&#8217;auteur, adopter une posture \u00ab\u00a0moyenne\u00a0\u00bb entre relativisme strict et universalisme na\u00eff peut se relever une strat\u00e9gie int\u00e9ressante afin de reconna\u00eetre les diversit\u00e9s culturelles, mais aussi postuler qu\u2019un pont conceptuel et herm\u00e9neutique peut exister.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me chapitre intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;Une chose nomm\u00e9e jeu&nbsp;\u00bb (pp. 97-134) se penche sur la notion de \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb comme id\u00e9e et comme mot&nbsp;: ce que cela signifie de parler du jeu, avant de voir s\u2019il existe quelque chose qui soit jeu \u00ab&nbsp;en soi&nbsp;\u00bb. L\u2019auteur explore comment le mot \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb fonctionne, caract\u00e9ris\u00e9 par ses diff\u00e9rentes acceptions, ses m\u00e9taphores, ses limites et ce qu\u2019il en est de la r\u00e9alit\u00e9 si tant est qu\u2019il y ait \u00ab&nbsp;quelque chose de jeu&nbsp;\u00bb dans les mat\u00e9riels, les structures et les pratiques. En particulier, un objet ne devient \u00ab&nbsp;jouet&nbsp;\u00bb que dans la mesure o\u00f9 un joueur le prend comme tel&nbsp;: le jouet d\u00e9pend de l\u2019usage, de l\u2019intention, de l\u2019imaginaire de celui qui joue. De m\u00eame, une structure ou syst\u00e8me de r\u00e8gles n\u2019est pas intrins\u00e8quement jeu car il faut qu\u2019il y ait quelqu\u2019un pour jouer selon ces r\u00e8gles. Sans le joueur, la structure reste seulement un ensemble formel. Le jeu consid\u00e9r\u00e9 comme acte et comme \u00ab&nbsp;jouer&nbsp;\u00bb ajoute quelque chose que ni le mat\u00e9riel ni les r\u00e8gles ne contiennent tout seuls. L\u2019acte de jouer engage \u00e0 la fois intention, usage et subjectivit\u00e9. En outre, l\u2019auteur sugg\u00e8re que le jeu est d\u2019abord une id\u00e9e, une construction mentale qui se manifeste dans le langage, les m\u00e9taphores, les usages, avant d\u2019affirmer qu\u2019il existe quelque chose qui soit jeu \u00ab&nbsp;objectivement&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le quatri\u00e8me chapitre \u00ab&nbsp;Du jeu qui vient \u00e0 l\u2019id\u00e9e&nbsp;\u00bb (pp. 135-168), l\u2019auteur se propose de clarifier ce qu\u2019est le jeu pour lui-m\u00eame, non pas seulement comme activit\u00e9 observ\u00e9e ou comportement, d\u00e9crivant sa ph\u00e9nom\u00e9nalit\u00e9&nbsp;: comment le jeu appara\u00eet \u00e0 la conscience, comment il devient id\u00e9e, avec ses conditions, ses limites et ses implications. Le jeu est une conduite symbolique, mais il ne se r\u00e9duit pas \u00e0 ce que nous pouvons observer ext\u00e9rieurement dans les gestes ou les actions car sa seule manifestation comportementale ne suffit pas pour identifier un jeu. Henriot introduit la notion d\u2019intentionnalit\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;jouer&nbsp;\u00bb implique non seulement des actions mais aussi un dessein, une conscience de faire jeu ou du moins l\u2019id\u00e9e de jeu. Les psychologues comme Piaget, Ch\u00e2teau, et Wallon, acceptent g\u00e9n\u00e9ralement l\u2019id\u00e9e que le jeu est visible dans le comportement, principalement chez l\u2019enfant, mais ils admettent aussi qu\u2019il y a des traits d\u2019ambigu\u00eft\u00e9. En outre, le jeu ne s\u2019impose pas objectivement&nbsp;: le concept de jeu est m\u00e9diatis\u00e9 par la culture, le langage et les usages. L\u2019id\u00e9e de jeu vient de l\u2019ext\u00e9rieur autant qu\u2019elle na\u00eet \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur. Dans ce cadre, l\u2019adulte joue un r\u00f4le important car la perspective de l\u2019adulte nomme, interpr\u00e8te et valorise ce qui est jeu ou non. Pour l\u2019\u00e9tude du jeu du point de vue psychologique, ethnologique et philosophique, il faut distinguer clairement ce qui est observable, ce qui est interpr\u00e9tation et ce qui est conscience.<\/p>\n\n\n\n<p>Les chapitres cinq et six de l\u2019ouvrage constituent la deuxi\u00e8me partie consacr\u00e9e \u00e0 la <em>Pens\u00e9e du jeu<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cinqui\u00e8me chapitre \u00ab&nbsp;Ex\u00e9g\u00e8se d\u2019un lieu commun&nbsp;\u00bb (pp. 173-221) illustre de fa\u00e7on critique les d\u00e9finitions re\u00e7ues du \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb li\u00e9es au plaisir, \u00e0 la gratuit\u00e9 et \u00e0 la libert\u00e9, montrant aussi leurs limites, leurs contradictions, et pourquoi il faut aller au-del\u00e0 des id\u00e9es re\u00e7ues pour proposer une approche conceptuelle plus rigoureuse. L\u2019auteur commence par relever la difficult\u00e9 de d\u00e9finir \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb dans les dictionnaires&nbsp;: les d\u00e9finitions qui pr\u00e9tendent \u00eatre claires tombent souvent dans la circularit\u00e9 de l\u2019\u00e9quivalence de synonymes (jouer = se r\u00e9cr\u00e9er = se divertir). Henriot distingue trois types de d\u00e9finitions possibles&nbsp;: d\u2019abord, des d\u00e9finitions circulaires ou tautologiques&nbsp;; ensuite, des d\u00e9finitions analytiques ou descriptives&nbsp;; enfin, des d\u00e9finitions g\u00e9n\u00e9tiques ou explicatives. L\u2019auteur critique les trois notions les plus couramment associ\u00e9es au jeu, \u00e0 savoir le plaisir, la gratuit\u00e9 et la libert\u00e9. Dire que \u00ab&nbsp;jouer c\u2019est pour le plaisir&nbsp;\u00bb est trop vague car le \u00ab&nbsp;plaisir&nbsp;\u00bb lui-m\u00eame est un concept flou. De plus, il est possible de jouer sans \u00ab&nbsp;s\u2019amuser&nbsp;\u00bb au sens sensible, et au m\u00eame temps il est possible de s\u2019amuser sans \u00eatre dans un jeu. L\u2019auteur soutient que le plaisir comme motivation ne suffit pas \u00e0 caract\u00e9riser le jeu. Puis, le jeu est souvent pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00ab&nbsp;gratuit&nbsp;\u00bb, \u00e0 savoir d\u00e9pourvu d\u2019utilit\u00e9 ou de finalit\u00e9 ext\u00e9rieure. Cette notion m\u00eame de gratuit\u00e9 est ambigu\u00eb&nbsp;: gratuit par rapport \u00e0 quoi et dans quel sens&nbsp;? L\u2019auteur montre que certaines activit\u00e9s qualifi\u00e9es de \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb ne sont pas totalement gratuites, et que cette gratuit\u00e9 suppos\u00e9e ne permet pas de distinguer rigoureusement le jeu des autres activit\u00e9s. Enfin, le jeu est fr\u00e9quemment pens\u00e9 comme activit\u00e9 libre&nbsp;: le joueur choisit, cesse ou modifie le jeu \u00e0 sa guise. Cependant, cette libert\u00e9 n\u2019est pas suffisante comme crit\u00e8re exclusif car de nombreuses actions humaines suppos\u00e9es \u00ab&nbsp;non ludiques&nbsp;\u00bb impliquent aussi une forme de libert\u00e9. La libert\u00e9 revendiqu\u00e9e dans le jeu n\u2019est pas toujours pure parce que des contraintes, des r\u00e8gles et des obligations internes interviennent. L\u2019auteur aborde aussi les oppositions classiques \u00e9tablies souvent autour du jeu&nbsp;: jeu et vie courante&nbsp;; jeu et travail&nbsp;; jeu et s\u00e9rieux&nbsp;; jeu et r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le sixi\u00e8me chapitre \u00ab&nbsp;\u00c9l\u00e9ments pour une d\u00e9finition&nbsp;\u00bb (pp. 223-306) cl\u00f4t l\u2019ouvrage et propose une formulation de d\u00e9finition du jeu, tirant les conclusions des analyses pr\u00e9c\u00e9dentes. L\u2019auteur cherche \u00e0 d\u00e9gager les \u00ab&nbsp;\u00e9l\u00e9ments&nbsp;\u00bb constitutifs du jeu (dans l\u2019id\u00e9e) sans pr\u00e9tendre \u00e0 une d\u00e9finition rigide, mais \u00e0 une proposition \u00e9clairante, articul\u00e9e autour des conditions et des m\u00e9canismes du \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb. Henriot remarque qu\u2019\u00e0 premi\u00e8re vue, presque n\u2019importe quoi pourrait potentiellement devenir un jeu&nbsp;: l\u2019essentiel est que la situation rev\u00eate la forme du jeu plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre d\u00e9j\u00e0 \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb en soi. L\u2019auteur insiste sur le r\u00f4le de la parole et du langage dans cette \u00ab&nbsp;mise en forme&nbsp;\u00bb&nbsp;: ce d\u00e9tour conceptuel est presque in\u00e9vitable car nous nommons, nous interpr\u00e9tons et transformons les ph\u00e9nom\u00e8nes v\u00e9cus en objets de pens\u00e9e. L\u2019id\u00e9e est que le jeu est intimement li\u00e9 \u00e0 la pens\u00e9e du possible&nbsp;: poser des hypoth\u00e8ses, \u00ab&nbsp;jouer le jeu&nbsp;\u00bb de supposer, imaginer, envisager des sc\u00e9narios non strictement r\u00e9els, mais possibles. Cet aspect rejoint la pens\u00e9e formelle au sens de Piaget&nbsp;: la capacit\u00e9 \u00e0 raisonner sur des hypoth\u00e8ses, \u00e0 envisager des alternatives et \u00e0 suspendre le jugement. Selon l\u2019auteur, cette dimension de l\u2019hypoth\u00e9tique correspond bien \u00e0 ce que le jeu mobilise. Dans cette perspective, le jeu est une d\u00e9cision consciente ou semi-consciente de mettre en \u0153uvre un ensemble de sch\u00e8mes per\u00e7us comme al\u00e9atoires ou soumis \u00e0 l\u2019incertitude, dans le cadre d\u2019un th\u00e8me arbitraire choisi. Enfin, l\u2019auteur affirme qu\u2019\u00ab&nbsp;[o]n appelle jeu <em>tout proc\u00e8s m\u00e9taphorique r\u00e9sultant de la d\u00e9cision prise et maintenue de mettre en \u0153uvre un ensemble plus ou moins coordonn\u00e9 de sch\u00e8mes consciemment per\u00e7us comme al\u00e9atoires pour la r\u00e9alisation d\u2019un th\u00e8me d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment pos\u00e9 comme arbitraire<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 306). Cette d\u00e9finition offre un cadre afin d\u2019analyser ce qui rend une activit\u00e9 ludique plut\u00f4t que simplement r\u00e9cr\u00e9ative ou symbolique.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Sous couleur de jouer<\/em> se pr\u00e9sente comme bien plus qu\u2019une \u00e9tude sur le jeu&nbsp;: cet ouvrage est une enqu\u00eate philosophique et critique sur la mani\u00e8re dont nous pensons, nommons et utilisons ce concept dans nos soci\u00e9t\u00e9s. Refusant les d\u00e9finitions simplistes fond\u00e9es sur le plaisir, la libert\u00e9 ou la gratuit\u00e9, l\u2019auteur invite les lecteurs \u00e0 consid\u00e9rer le jeu comme un objet th\u00e9orique instable, dont le sens varie selon les \u00e9poques, les langues, les cultures et les contextes. L\u2019originalit\u00e9 de l\u2019approche tient dans le d\u00e9centrement qu\u2019il op\u00e8re&nbsp;: au lieu de partir du jeu en tant qu\u2019activit\u00e9 observable, il commence par les mots, les discours, les cadres culturels dans lesquels \u00e9merge l\u2019id\u00e9e m\u00eame de jeu. Il d\u00e9montre ainsi que le jeu n\u2019est jamais une essence, mais toujours une construction discursive&nbsp;: ce que nous appelons \u00ab&nbsp;jeu&nbsp;\u00bb d\u00e9pend de notre mani\u00e8re de le nommer, de l\u2019interpr\u00e9ter, de le circonscrire et de lui donner forme. L\u2019auteur propose une d\u00e9finition exigeante mais f\u00e9conde du jeu&nbsp;: un proc\u00e8s m\u00e9taphorique, n\u00e9 d\u2019un choix d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de manipuler des sch\u00e8mes incertains dans un cadre arbitraire. Cette d\u00e9finition refuse les oppositions traditionnelles entre jeu et travail, jeu et s\u00e9rieux, jeu et r\u00e9alit\u00e9. Elle met en lumi\u00e8re une v\u00e9rit\u00e9 plus profonde&nbsp;: le jeu n\u2019est pas le contraire du r\u00e9el, mais devient une autre mani\u00e8re d\u2019entrer en rapport avec lui par la simulation, l\u2019hypoth\u00e8se, l\u2019exp\u00e9rimentation et la fiction partag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>[Gloria ZANELLA]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Jacques HENRIOT, Sous couleur de jouer. La m\u00e9taphore ludique, Lyon, ENS \u00c9ditions, 2023, pp. 326. 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