{"id":1383,"date":"2025-10-15T19:11:39","date_gmt":"2025-10-15T17:11:39","guid":{"rendered":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1383"},"modified":"2025-10-26T21:08:33","modified_gmt":"2025-10-26T20:08:33","slug":"bochra-kammarti-marie-claire-willems-dilek-yankaya-david-douyere-dominique-desmarchelier-dir-nommer-le-religieux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2025\/10\/15\/bochra-kammarti-marie-claire-willems-dilek-yankaya-david-douyere-dominique-desmarchelier-dir-nommer-le-religieux\/","title":{"rendered":"Bochra KAMMARTI, Marie-Claire WILLEMS, Dilek YANKAYA, David DOUYERE, Dominique DESMARCHELIER (dir.), Nommer le religieux"},"content":{"rendered":"\n<p>Bochra Kammarti, Marie-Claire Willems, Dilek Yankaya, David Douy\u00e8re, Dominique Desmarchelier (dir.), <em>Nommer le religieux<\/em>, in&nbsp;<em>Mots. Le langage du politique<\/em>, n\u00b0 135, 2024, 136 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Le num\u00e9ro 135 de la revue <em>Mots. Le langage du politique<\/em>, sous la direction de Bochra Kammarti, Marie-Claire Willems, Dilek Yankaya, David Douy\u00e8re et Dominique Desmarchelier, comprend sept articles, dont six composent la section \u00ab&nbsp;Dossier&nbsp;\u00bb qui porte sp\u00e9cifiquement sur les pratiques nominatives du religieux, avec les enjeux qui en d\u00e9coulent, alors qu\u2019un article figure dans la cat\u00e9gorie \u00ab&nbsp;Varia&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En ouverture, la contribution sign\u00e9e par les cinq auteur.es qui ont coordonn\u00e9 le volume (<em>Comment nommer le religieux&nbsp;? Enjeux confessionnels, politiques et savants<\/em>, p. 9-18) introduit le th\u00e8me central du num\u00e9ro, partant d\u2019une pr\u00e9misse&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nommer est une action sociale qui consiste \u00e0 d\u00e9finir, distinguer et reconna\u00eetre&nbsp;\u00bb (p. 9). Quelles sont alors les modalit\u00e9s par lesquelles les acteurs du religieux se nomment-ils&nbsp;? Et dans quelle mesure les diverses formes de nomination et\/ou d\u2019autod\u00e9nomination changent-elles suivant les contextes historiques et politiques, ainsi que selon les logiques sociales et culturelles&nbsp;? Engageant une d\u00e9finition pr\u00e9alable de ce qui rel\u00e8ve de la religion et de ce qui l\u2019en distingue, nommer le religieux s\u2019av\u00e8re finalement un acte social, en m\u00eame temps qu\u2019un acte linguistique&nbsp;; \u00ab&nbsp;c\u2019est participer \u00e0 l\u2019institution du r\u00e9el, mais aussi construire dans la m\u00e9moire collective des repr\u00e9sentations singuli\u00e8res qui se rapportent \u00e0 des r\u00e9alit\u00e9s sociales pr\u00e9sentes et futures&nbsp;\u00bb (p. 15-16).<\/p>\n\n\n\n<p>Ari\u00e9 L\u00c9VY (<em>D\u00e9finir la religion en droit. Effets et m\u00e9faits des d\u00e9nominations juridiques des groupes et pratiques religieux<\/em>, p. 19-35) s\u2019attache aux qualifications juridiques du religieux. Il constate d\u2019embl\u00e9e les limites d\u2019un travail de d\u00e9nomination dans ce domaine, exigeant de conjuguer des \u00e9l\u00e9ments objectifs, propres \u00e0 l\u2019approche juridique, et des \u00e9l\u00e9ments subjectifs, issus de l\u2019autod\u00e9finition des croyants qu\u2019implique la neutralit\u00e9 de l\u2019\u00c9tat. Les d\u00e9finitions explicites restent donc \u00ab&nbsp;h\u00e9sitantes&nbsp;\u00bb (p. 26), faute de \u00ab&nbsp;correspondance entre les d\u00e9finitions <em>terminologiques<\/em> des cat\u00e9gories juridiques et leurs d\u00e9finitions <em>effectives<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 27). Ceci \u00e9tant donn\u00e9, L\u00e9vy fait une distinction entre noms de groupes et noms de pratiques. Pour ce qui est des noms de groupes, la cat\u00e9gorie de \u00ab&nbsp;culte&nbsp;\u00bb en est un exemple&nbsp;: ce choix terminologique pour d\u00e9signer un groupe juridiquement reconnu tient au souci de marquer le caract\u00e8re d\u00e9confessionnalis\u00e9 de l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais vis-\u00e0-vis des religions (loi du 9 d\u00e9cembre 1905 ou loi de s\u00e9paration). Parmi les noms de pratiques, la cat\u00e9gorie de \u00ab&nbsp;signe religieux&nbsp;\u00bb, tel le port du voile musulman, est particuli\u00e8rement frappante. L\u2019introduction de l\u2019hyperonyme \u00ab&nbsp;<em>signes ou tenues manifestant une appartenance religieuse<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 30) \u00e0 propos des v\u00eatements des \u00e9l\u00e8ves des \u00e9coles publiques, avec la loi du 15 mars 2004, a eu des retomb\u00e9es concr\u00e8tes, vu que la qualification de \u00ab&nbsp;signe religieux&nbsp;\u00bb plut\u00f4t que de \u00ab&nbsp;signe culturel&nbsp;\u00bb pour un v\u00eatement marque la ligne de partage entre interdiction ou non. \u00c0 l\u2019inverse, avec la loi du 11 octobre 2010 qui interdit la dissimulation du visage dans l\u2019espace public au nom de la protection de la soci\u00e9t\u00e9, la qualification juridique de la <em>burqa<\/em> comme v\u00eatement \u00ab&nbsp;culturel&nbsp;\u00bb et non \u00ab&nbsp;religieux&nbsp;\u00bb en a d\u00e9termin\u00e9 la prohibition. Loin d\u2019\u00eatre univoque, la signification des noms peut donc changer, y compris dans le langage juridique, selon les contextes d\u2019\u00e9nonciation. En d\u00e9finitive, pr\u00e9cise l\u2019auteur, \u00ab&nbsp;le droit contribue \u00e0 forger les grilles d\u2019intelligibilit\u00e9 du monde social&nbsp;\u00bb (p. 32).<\/p>\n\n\n\n<p>Les modalit\u00e9s publiques de d\u00e9signation des pratiques professionnelles par les acteurs \u00e9conomiques islamiques, en Europe ainsi qu\u2019au Maghreb, font l\u2019objet de l\u2019\u00e9tude de Bochra KAMMARTI (<em>De l\u2019(in)visibilit\u00e9 publique du r\u00e9f\u00e9rent islamique&nbsp;: la m\u00e9taphore du <\/em>moucharabieh, p. 37-54). La charge symbolique qui connote l\u2019islam entra\u00eene des interdits et des \u00ab&nbsp;<em>tabous linguistiques<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 38), au point que les musulmans optent souvent pour des formes de nomination \u00e9mique plus voil\u00e9es. \u00c0 l\u2019aide de la m\u00e9taphore du <em>moucharabieh<\/em>, soit le grillage plac\u00e9 devant une fen\u00eatre dans les pays arabes, qui permet de voir sans \u00eatre vu, Kammarti m\u00e8ne sa r\u00e9flexion sur les jeux d\u2019ostentation et de discr\u00e9tion du r\u00e9f\u00e9rent islamique en fonction du contexte politique, social et culturel d\u2019\u00e9nonciation. Apr\u00e8s un survol des conflits s\u00e9miotiques de la (d\u00e9)nomination en raison des assignations sociales et des <em>stigmates<\/em> couramment associ\u00e9s \u00e0 l\u2019islam (soumission, terrorisme et islamisme), l\u2019auteure passe en revue diff\u00e9rents cas de figure class\u00e9s de la fa\u00e7on suivante&nbsp;: <em>moucharabieh<\/em> ouvert, qui ne renonce pas \u00e0 une r\u00e9f\u00e9rence islamique explicite (Islamic Bank of Britain, dont le nom est n\u00e9anmoins devenu AI Rayan Bank, apr\u00e8s le rachat de la banque par le groupe qatari Masraf AI Rayan), <em>moucharabieh<\/em> discret, qui fait une r\u00e9f\u00e9rence subtile au r\u00e9pertoire islamique (BNP <em>Najmah<\/em>, \u00ab&nbsp;coaching halal&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;<em>modest fashion<\/em>&nbsp;\u00bb) et <em>moucharabieh<\/em> ferm\u00e9, qui \u00e9vite le recours \u00e0 des termes ou \u00e0 des symboles controvers\u00e9s (\u00ab&nbsp;produits et services \u00e9thiques&nbsp;\u00bb au lieu de \u00ab&nbsp;finance islamique&nbsp;\u00bb&nbsp;; \u00ab&nbsp;comit\u00e9 \u00e9thique&nbsp;\u00bb \u00e0 la place de <em>shar\u00eea board&nbsp;<\/em>; ou encore, le financement de structures islamiques, comme les <em>awqafs<\/em> en Tunisie, par un dispositif non islamique, tel que le <em>crowdfunding<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric DEJEAN, pour sa part, centre son int\u00e9r\u00eat sur la mani\u00e8re dont deux \u00c9glises \u00e9vang\u00e9liques qu\u00e9b\u00e9coises, La Chapelle et Axe21, s\u2019identifient et se pr\u00e9sentent, s\u2019inscrivant dans un mod\u00e8le \u00ab&nbsp;non d\u00e9nominationnel&nbsp;\u00bb (<em>\u00ab&nbsp;Ni baptiste ni \u00e9vang\u00e9lique, tout simplement chr\u00e9tien&nbsp;\u00bb&nbsp;: enjeux de la d\u00e9signation \u00e9mique au sein de deux \u00c9glises non d\u00e9nominationnelles qu\u00e9b\u00e9coises<\/em>, p. 55-74). Le trait distinctif de ce mod\u00e8le, qui exclue toute \u00e9tiquette ou r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 une tradition th\u00e9ologique, r\u00e9side dans le souci de rompre avec l\u2019image institutionnelle associ\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00c9glise, au profit d\u2019une exp\u00e9rience spirituelle authentique, qui puisse englober des parcours religieux vari\u00e9s. Les deux \u00c9glises en question se qualifient \u00e9galement d\u2019\u00ab&nbsp;urbaines&nbsp;\u00bb pour mettre en avant leur ancrage dans la r\u00e9alit\u00e9 locale&nbsp;: elles se veulent le reflet de la diversit\u00e9 qui caract\u00e9rise une ville, fortes d\u2019\u00ab&nbsp;un rapport d\u00e9complex\u00e9 \u00e0 la s\u00e9cularisation&nbsp;\u00bb (p. 62). Relevant de la famille des \u00ab&nbsp;noms-programmes&nbsp;\u00bb (l\u2019une des deux familles de noms d\u2019\u00c9glises dans le monde \u00e9vang\u00e9lique qu\u00e9b\u00e9cois, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des \u00ab&nbsp;noms-identit\u00e9s ou appartenances&nbsp;\u00bb), La Chapelle et Axe21 illustrent la tendance, r\u00e9pandue au Qu\u00e9bec, \u00e0 adopter des noms \u00e0 valeur programmatique&nbsp;: respectivement, une id\u00e9e forte de communaut\u00e9 et de proximit\u00e9, avec un renvoi manifeste \u00e0 la tradition catholique, et l\u2019attention pour la r\u00e9alit\u00e9 du XXIe si\u00e8cle. Au final, remarque Dejean, il s\u2019agit pour les deux \u00c9glises de prendre les distances des milieux \u00e9vang\u00e9liques qu\u00e9b\u00e9cois et \u00e9tats-uniens, et des controverses y rattach\u00e9es, ainsi que de \u00ab&nbsp;[r]en\u00e9gocier le rapport \u00e0 la tradition&nbsp;\u00bb (p. 70), en proposant un mod\u00e8le d\u2019\u00c9glise original mais enracin\u00e9 dans les exp\u00e9riences des premi\u00e8res communaut\u00e9s chr\u00e9tiennes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article de St\u00e9phane DUFOUR (<em>De quoi No\u00ebl est-il encore le nom&nbsp;? Tensions et controverses autour de la d\u00e9nomination des f\u00eates de la Nativit\u00e9<\/em>, p. 75-94) aborde un sujet qui a anim\u00e9 un vif d\u00e9bat ces derni\u00e8res ann\u00e9es&nbsp;: la d\u00e9nomination, ou bien, la renomination de la f\u00eate de la Nativit\u00e9. En adoptant une approche prax\u00e9matique, selon laquelle l\u2019acte de nommer\/renommer un objet laisse filtrer la repr\u00e9sentation que le locuteur s\u2019en fait, Dufour se penche sur le prax\u00e8me \u00ab&nbsp;No\u00ebl&nbsp;\u00bb qui, par son \u00e9tymologie m\u00eame, est indissociablement li\u00e9 \u00e0 la naissance de J\u00e9sus-Christ et donc \u00e0 la religion chr\u00e9tienne. Or, au cours de l\u2019histoire, il y a eu bien des tentatives de la\u00efciser cette f\u00eate liturgique pour n\u2019en conserver que l\u2019enracinement social. Deux s\u00e9quences ont marqu\u00e9 l\u2019espace francophone au XXIe si\u00e8cle&nbsp;: la substitution de \u00ab&nbsp;sapin de No\u00ebl&nbsp;\u00bb par \u00ab&nbsp;grand sapin des F\u00eates&nbsp;\u00bb dans un discours institutionnel vers la fin des ann\u00e9es 2000 au Qu\u00e9bec, et la sollicitation, par un document de la Commission europ\u00e9enne en 2021, \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019expression \u00ab&nbsp;Joyeuses f\u00eates&nbsp;\u00bb au lieu de \u00ab&nbsp;Joyeux No\u00ebl&nbsp;\u00bb. On met en place par l\u00e0 une praxis inclusive qui, sans vouloir nier le contenu religieux intrins\u00e8que \u00e0 la Nativit\u00e9, comme le pr\u00f4naient les partisans de la la\u00efcit\u00e9, instaure une relation hi\u00e9rarchique entre l\u2019hyponyme \u00ab&nbsp;No\u00ebl&nbsp;\u00bb et l\u2019hyperonyme \u00ab&nbsp;F\u00eates de fin d\u2019ann\u00e9e&nbsp;\u00bb. L\u2019auteur rappelle que ce conflit d\u00e9nominatif, accompagn\u00e9 des enjeux d\u2019ostension des signes religieux dans l\u2019espace public, n\u2019a pas manqu\u00e9 de susciter de fortes r\u00e9actions par les personnalit\u00e9s politiques de droite et par les repr\u00e9sentants de l\u2019Eglise, qui ont mis en garde contre l\u2019effacement des racines chr\u00e9tiennes de l\u2019Europe&nbsp;: au nom du respect de la diversit\u00e9 religieuse, on risque de p\u00e9naliser les chr\u00e9tiens&nbsp;; parall\u00e8lement, on acc\u00e9l\u00e8re la s\u00e9cularisation des f\u00eates de la Nativit\u00e9 par un r\u00e9tr\u00e9cissement s\u00e9mantique de No\u00ebl \u00e0 sa dimension festive.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa contribution, Solveig HENNEBERT (<em>Les victimes de l\u2019antis\u00e9mitisme sont-elles juives&nbsp;? Le traitement m\u00e9diatique des attentats antis\u00e9mites en France<\/em>, p. 95-112) revient sur les attentats qui ont marqu\u00e9 le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000 en France. Pour analyser les mani\u00e8res de nommer le religieux juif dans le traitement m\u00e9diatique, Hennebert s\u2019appuie sur un corpus ax\u00e9 sur deux \u00e9v\u00e9nements majeurs&nbsp;: la tuerie perp\u00e9tr\u00e9e par Mohamed Merah devant le coll\u00e8ge juif Ozar Hatorah, \u00e0 Toulouse, en 2012, et la prise d\u2019otages de l\u2019Hyper Cacher, \u00e0 Paris, en 2015. Les articles retenus pour l\u2019\u00e9tude sont parus dans les versions imprim\u00e9es de trois quotidiens nationaux&nbsp;: <em>Le Monde<\/em>, <em>Le Figaro<\/em> et <em>Lib\u00e9ration<\/em>, lors de la premi\u00e8re comm\u00e9moration des attentats antis\u00e9mites. L\u2019auteure souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de saisir le contexte d\u2019\u00e9nonciation afin de mieux interroger le langage sur le religieux. Pour l\u2019attentat de Toulouse, le nom et la personnalit\u00e9 du terroriste, per\u00e7u comme \u00ab&nbsp;un loup solitaire&nbsp;\u00bb, sont au centre de la sc\u00e8ne m\u00e9diatique, plus que les victimes et le lieu de la tuerie, jusqu\u2019\u00e0 parler de \u00ab&nbsp;l\u2019affaire Merah&nbsp;\u00bb (p. 101), alors que les articles consacr\u00e9s \u00e0 l\u2019attaque de l\u2019Hyper Cacher accordent plus de place au toponyme, la prise d\u2019otages s\u2019inscrivant dans une vague d\u2019attentats plus large. En fait, qualifier les crimes en tant qu\u2019actes terroristes n\u2019est pas si \u00e9vident&nbsp;: l\u00e0 o\u00f9 le mot \u00ab&nbsp;attentat&nbsp;\u00bb est charg\u00e9 de sens politique, des termes comme \u00ab&nbsp;assassinat&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;tuerie&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;prise d\u2019otages&nbsp;\u00bb, d\u00e9crivant l\u2019acte commis, sont plus objectifs. Mohammed Merah est nomm\u00e9 en tant que terroriste, mais les personnes tu\u00e9es, elles, sont victimes de meurtre ou d\u2019assassinat&nbsp;; il en va autrement pour l\u2019Hyper Cacher, d\u00e9fini comme un \u00ab&nbsp;attentat&nbsp;\u00bb presque \u00e0 l\u2019unanimit\u00e9. Quant \u00e0 la nomination de la juda\u00efcit\u00e9 des victimes, celles-ci sont pr\u00e9sent\u00e9es comme juives, sans pour autant expliciter les \u00e9l\u00e9ments cultuels du religieux (le fait qu\u2019une des victimes de Toulouse \u00e9tait un rabbin, ou bien, que la prise d\u2019otages \u00e0 l\u2019\u00e9picerie casher a eu lieu un vendredi matin, le jour des courses avant le d\u00e9but du <em>shabbat<\/em>). Autrement dit, au nom de la la\u00efcit\u00e9 reconnue comme un principe fondamental de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, les r\u00e9cits m\u00e9diatiques glissent sur les aspects li\u00e9s \u00e0 une identit\u00e9 religieuse et non plus sociale, politique ou culturelle. De m\u00eame, observe encore Hennebert, lors des comm\u00e9morations, les journaux laissent de c\u00f4t\u00e9 le caract\u00e8re antis\u00e9mite propre aux attaques, et lorsque l\u2019antis\u00e9mitisme est \u00e9voqu\u00e9, il est envisag\u00e9 en tant que ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e9ral qui touche la France. Deux \u00ab&nbsp;s\u00e9rialit\u00e9s interpr\u00e9tatives distinctes&nbsp;\u00bb (p. 109) se d\u00e9gagent ainsi de l\u2019analyse des cotextes des termes \u00ab&nbsp;attentats&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;antis\u00e9mite&nbsp;\u00bb&nbsp;: celle des actes terroristes, qui renvoie \u00e0 l\u2019universalisme et \u00e0 l\u2019unit\u00e9 nationale (excluant l\u2019\u00e9vocation des particularismes), et celle des actes antis\u00e9mites, \u00e0 savoir les crimes et d\u00e9lits visant les juifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Concernant la section \u00ab\u00a0Varia\u00a0\u00bb, l\u2019article d\u2019\u00c9tienne HUDON (<em>S\u2019adresser \u00e0 un gouvernement r\u00e9volutionnaire\u00a0: le monde de la boulangerie et la Commune de Paris de 1871<\/em>, p. 115-130) se situe dans la p\u00e9riode insurrectionnelle de la Commune de Paris, au printemps 1871. Une fois retrac\u00e9e, dans ses grandes lignes, la gen\u00e8se des organisations ouvri\u00e8res boulang\u00e8res avec lesquelles la Commune a eu le plus de contact, notamment la Soci\u00e9t\u00e9 de secours mutuels des ouvriers boulangers de la Seine, ou la \u00ab\u00a0Saint-Honor\u00e9\u00a0\u00bb, et la Chambre syndicale des ouvriers boulangers de Paris, l\u2019auteur porte son attention sur les formes que prend l\u2019interaction entre la mutualit\u00e9, le syndicat et la Commune, en vue de cerner les repr\u00e9sentations du pouvoir r\u00e9volutionnaire. Le diff\u00e9rend entre les deux organisations boulang\u00e8res de la ville se concr\u00e9tise dans la revendication d\u2019une loi r\u00e9glementant le travail des ouvriers boulangers, qui a fait l\u2019objet de plusieurs interpellations. Si la Chambre syndicale demande la suppression du travail de nuit et la municipalisation du syst\u00e8me de placement, confiant dans l\u2019attention de la Commune aux instances populaires, la Saint-Honor\u00e9 demande l\u2019autorisation de maintenir ses bureaux de placement, leur suppression risquant de rendre encore \u00ab\u00a0plus despotique\u00a0\u00bb (p. 123) le placement priv\u00e9 qui, affirme-t-elle, subsisterait illicitement. Hudon montre que la p\u00e9tition et l\u2019adresse ont \u00e9t\u00e9 les deux modalit\u00e9s d\u2019action les plus efficaces mobilis\u00e9es par les organisations ouvri\u00e8res\u00a0: la premi\u00e8re plus d\u00e9mocratique et collective, la seconde plus rapide et institutionnelle, toutes les deux t\u00e9moignent \u00ab\u00a0d\u2019une conception inclusive de la d\u00e9mocratie repr\u00e9sentative\u00a0\u00bb (p. 124) telle qu\u2019elle est incarn\u00e9e par la Commune, trouvant son point de force dans la participation directe des citoyens et dans le dialogue avec les groupes civils.<\/p>\n\n\n\n<p>Le num\u00e9ro de la revue se termine par un compte rendu de lecture, r\u00e9dig\u00e9 par Salih AKIN (p. 131-136), de l\u2019ouvrage <em>Politiques des noms de lieux. D\u00e9nommer le monde<\/em>, coordonn\u00e9 par Fr\u00e9d\u00e9ric Giraut et Myriam Houssay-Holzschuch.<\/p>\n\n\n\n<p>[ALESSANDRA ROLLO]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bochra Kammarti, Marie-Claire Willems, Dilek Yankaya, David Douy\u00e8re, Dominique Desmarchelier (dir.), Nommer le religieux, in&nbsp;Mots. Le langage du politique, n\u00b0 135, 2024, 136 p. Le num\u00e9ro 135 de la revue Mots. Le langage du politique, sous la direction de Bochra Kammarti, Marie-Claire Willems, Dilek Yankaya, David Douy\u00e8re et Dominique Desmarchelier, comprend sept articles, dont six\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2025\/10\/15\/bochra-kammarti-marie-claire-willems-dilek-yankaya-david-douyere-dominique-desmarchelier-dir-nommer-le-religieux\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[50],"tags":[],"class_list":["post-1383","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-56"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1383"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1383"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1383\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1427,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1383\/revisions\/1427"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1383"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1383"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1383"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}