{"id":1347,"date":"2025-06-17T21:15:04","date_gmt":"2025-06-17T19:15:04","guid":{"rendered":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1347"},"modified":"2025-06-21T22:25:19","modified_gmt":"2025-06-21T20:25:19","slug":"stefano-vicari-carine-duteil-mougel-discours-institutionnels-dans-les-medias-sociaux-quelles-transformations","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2025\/06\/17\/stefano-vicari-carine-duteil-mougel-discours-institutionnels-dans-les-medias-sociaux-quelles-transformations\/","title":{"rendered":"Stefano VICARI, Carine DUTEIL-MOUGEL, Discours institutionnels dans les m\u00e9dias sociaux\u00a0: quelles transformations\u00a0?"},"content":{"rendered":"\n<p>Stefano VICARI et Carine DUTEIL-MOUGEL (dir.), <em><a>Discours institutionnels dans les m\u00e9dias sociaux&nbsp;: quelles transformations&nbsp;?<\/a><\/em>, <em>Synergies Italie<\/em>, n\u00b0 21, 2025, pp. 217.<\/p>\n\n\n\n<p>Le n\u00b0 21 de <em>Synergies Italie<\/em> est consacr\u00e9 aux discours institutionnels et aux modifications dont ceux-ci font l\u2019objet \u00e0 l\u2019\u00e9gard et au sein des r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques. Dans la<em> Pr\u00e9sentation du num\u00e9ro<\/em> (pp. 9-21), les r\u00e9flexions de Stefano VICARI et Carine DUTEIL-MOUGEL partent d\u2019un constat\u00a0: la diffusion de plus en plus capillaire des discours num\u00e9riques a permis aux analystes du discours de cr\u00e9er de nouveaux paradigmes th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques en vue d\u2019int\u00e9grer de nouvelles notions ou d\u2019en revisiter d\u2019autres. D\u2019o\u00f9 un enrichissement mutuel des observables et de leur interpr\u00e9tation, ainsi que l\u2019essor de nouvelles socialit\u00e9s. Ces dynamiques engendrent un r\u00e9gime de communication plus horizontal et de plus grande proximit\u00e9 entre les partenaires de cette communication au niveau de participation citoyenne au d\u00e9bat public, des institutions et de la politique, mais aussi la cr\u00e9ation de strat\u00e9gies et de dispositifs de v\u00e9rification des faits. C\u2019est la dimension politique des pratiques discursives qui est appr\u00e9hend\u00e9e par ce num\u00e9ro, qui s\u2019y int\u00e9resse au sein des discours institutionnels. \u00c0 leur int\u00e9rieur, la dimension \u00ab\u00a0instituante\u00a0\u00bb et le statut de \u00ab\u00a0discours constituant\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0discours d\u2019autorit\u00e9\u00a0\u00bb repr\u00e9sentent les enjeux pos\u00e9s aux analystes du discours qui s\u2019adonnent \u00e0 les \u00e9tudier. Quant aux transformations que les discours institutionnels subissent sous l\u2019effet des r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques, dont la plus \u00e9vidente est leur \u00e9nonciation dans des contextes non officiels, les d\u00e9fis rel\u00e8vent tant des caract\u00e9ristiques technodiscursives des plateformes que de l\u2019ampleur des publics \u00e0 atteindre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce num\u00e9ro est compos\u00e9 de sept contributions qui, sous des angles et \u00e0 l\u2019appui d\u2019observables diff\u00e9rents, pr\u00e9sentent une homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 qui tient, au-del\u00e0 de la th\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale des discours institutionnels dans les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques, \u00e0 leur m\u00e9thodologie, qui est ancr\u00e9e sur l\u2019analyse du discours num\u00e9rique (Paveau 2017). Cette approche est con\u00e7ue \u00e0 la fois comme cadre th\u00e9orique et base \u00e0 partir desquels examiner, \u00e0 l\u2019appui d\u2019une approche \u00e9cologique de l\u2019environnement num\u00e9rique, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, la construction et la diffusion d\u2019un pouvoir discursif dans l\u2019\u00e9tude des discours num\u00e9riques de la part de figures politiques ou institutionnelles&nbsp;; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, la contestation et le d\u00e9tournement de ce pouvoir, autrement dit le discours de r\u00e9sistance. Ces deux volets correspondent aux deux sections de ce num\u00e9ro, qui est compl\u00e9t\u00e9 par deux comptes rendus de lecture.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re section, intitul\u00e9e <em>Rh\u00e9torique communicationnelle et \u00e9nonciative dans les discours num\u00e9riques<\/em> (pp. 25-118), comprend quatre contributions.<\/p>\n\n\n\n<p>En vue de cerner la construction du discours et la figure d\u2019autorit\u00e9 politique par rapport \u00e0 leur transformation dans l\u2019espace num\u00e9rique, le premier article, r\u00e9dig\u00e9 par Irene CACOPARDI, <em>Strat\u00e9gie communicationnelle dans le discours institutionnel de Giorgia Meloni : une habile construction entre harangues, politique des \u00e9motions et auto-ironie<\/em> (pp. 25-47), s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la production discursive, aux strat\u00e9gies argumentatives et aux types de textes utilis\u00e9s par Giorgia Meloni dans les plateformes web entre 2019 et 2023. Apr\u00e8s avoir soulign\u00e9 que, dans le panorama politique italien, cette politique se sert habilement des r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques pour \u00e9tablir un lien solide avec son \u00e9lectorat, l\u2019auteure met en avant non seulement la m\u00e9diatisation et la \u00ab\u00a0plateformisation\u00a0\u00bb de la politique, mais elle analyse, plus en d\u00e9tail, les arch\u00e9types narratifs auxquels Giorgia Meloni fait appel pour construire son <em>leadership<\/em> et les aspects populaires de sa communication. Les arch\u00e9types narratifs qui la caract\u00e9risent consistent en une communication antagoniste \u00e0 l\u2019encontre de ses adversaires, par laquelle elle montre un arch\u00e9type guerrier et se construit une image de \u00ab\u00a0hyperleader\u00a0\u00bb (Gerbauto 2020), se servant des m\u00e9dias sociaux pour atteindre une audience potentiellement infinie\u00a0; en une forme d\u2019autorepr\u00e9sentation, par laquelle elle promeut \u00e9galement son c\u00f4t\u00e9 intime et familial pour se montrer proche de son \u00e9lectorat, engendrant une spectacularisation de la personnalit\u00e9 politique et du discours public\u00a0; ayant recours \u00e0 la culture pop, partag\u00e9e, mais jouant aussi sur l\u2019auto-ironie, pour influencer les perceptions et les comportements du public, ce qui lui permet \u00e9galement de renforcer son autorit\u00e9 <em>via<\/em> un processus d\u2019\u00e9motionnalisation et de path\u00e9tisation. CACOPARDI en conclut que la personnalisation croissante, la \u00ab vitrinisation \u00bb et la polarisation du discours politique de Giorgia Meloni marquent, entre autres, l\u2019abandon de la langue technico-institutionnelle et la rupture des codes communicationnels traditionnels, ainsi qu\u2019un lissage du propos politique.<\/p>\n\n\n\n<p>En revanche, ce sont les caract\u00e9ristiques \u00e9nonciatives, pragmatiques et technodiscursives des discours num\u00e9riques relevant des posts(tweets) du compte institutionnel X du minist\u00e8re fran\u00e7ais de l\u2019Agriculture et de la Souverainet\u00e9 alimentaire, et leurs effets sur la construction de l\u2019ethos du sujet locuteur institutionnel, qui font l\u2019objet de l\u2019\u00e9tude de Claudia CAGNINELLI (<em>L\u2019ethos technodiscursif dans la communication institutionnelle et politique\u00a0: entre le collectif et l\u2019individuel<\/em>, pp. 49-74). Elle vise \u00e0 identifier les sp\u00e9cificit\u00e9s du r\u00e9seau social X, qui repr\u00e9sentent \u00e9galement autant d\u2019aspects caract\u00e9risant la construction de l\u2019ethos\u00a0: le nombre de caract\u00e8res utilisables, l\u2019inclusion de formes technolangagi\u00e8res dans les posts et les pratiques discursives diverses qui sont incarn\u00e9es par les diff\u00e9rents types de posts. Ces sp\u00e9cificit\u00e9s sont appliqu\u00e9es au corpus choisi, collect\u00e9 entre f\u00e9vrier et mars 2024, lorsque des manifestations ont lieu, attirant davantage l\u2019attention de l\u2019opinion publique, \u00e0 partir de deux instances d\u2019\u00e9nonciation appartenant au m\u00eame minist\u00e8re \u2013 le ministre Marc Fesneau et la ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e Agn\u00e8s Pannier-Runacher \u2013 et \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pratiques utilis\u00e9es et du caract\u00e8re pluritechnos\u00e9miotique des posts. Il r\u00e9sulte que les pratiques initiatives \u2013 ouvrant une discussion \u2013 affichent la promotion d\u2019un discours officiel et la volont\u00e9 de partager des liens \u00ab\u00a0internes\u00a0\u00bb au minist\u00e8re, auxquelles participent \u00e9galement un contenu techno-iconique et le message verbal. Dans ces pratiques, le sujet locuteur se montre proche des cat\u00e9gories sociales concern\u00e9es par son action. D\u2019autres tendances consistent \u00e0 relayer des communiqu\u00e9s officiels, dont les posts pr\u00e9sentent une structure textuelle et \u00e9nonciative stable qui est le reflet de la co\u00efncidence \u00e9nonciative entre le sujet locuteur du post et celui du contenu partag\u00e9, ou \u00e0 conf\u00e9rer une dimension de vulgarisation du contenu \u00e0 publication p\u00e9riodique pour solliciter l\u2019attention du public. En revanche, les pratiques citationnelles sous forme de repost concernent tant des reposts entre le ministre et la ministre d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e, ayant des effets sur l\u2019ethos institutionnel du minist\u00e8re et des sujets concern\u00e9s \u2013 sous forme de comptes rendus de dires et d\u2019activit\u00e9s ou \u00e9v\u00e9nements du minist\u00e8re, affermissant la construction d\u2019un ethos de cr\u00e9dibilit\u00e9 \u2013, qu\u2019un embo\u00eetement citationnel entre les posts du minist\u00e8re et ceux du ministre, aux dimensions valorisantes. L\u2019analyse des posts examin\u00e9s par CAGNINELLI montre donc que les propri\u00e9t\u00e9s et les contraintes de l\u2019environnement num\u00e9rique ont une influence particuli\u00e8re sur l\u2019ethos de l\u2019institution concern\u00e9e en raison du contexte num\u00e9rique.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me contribution, <em>La triade rh\u00e9torique vue \u00e0 travers les blogs orthodoxes<\/em> (pp. 75-95), r\u00e9dig\u00e9e par Natalia BRUFFAERTS, s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019\u00e9tude de la triade rh\u00e9torique en tant que cl\u00e9 de lecture pour examiner les strat\u00e9gies rh\u00e9toriques qui sont utilis\u00e9es dans les blogs orthodoxes de deux c\u00e9l\u00e8bres influenceurs en langue russe. Le but vis\u00e9 est de mettre en \u00e9vidence le lien entre certains types d\u2019arguments et de figures, et les objectifs \u00e0 atteindre par ceux-ci. Apr\u00e8s avoir parcouru l\u2019histoire de la rh\u00e9torique en tant que discipline pour ensuite l\u2019appliquer au contexte contemporain, notamment au discours religieux num\u00e9rique russophone <em>via <\/em>des blogs orthodoxes, l\u2019analyse proc\u00e8de par les posts publi\u00e9s au sein des deux blogs choisis au sujet de la v\u00e9n\u00e9ration des saints dans la tradition orthodoxe, de l\u2019attitude envers les interventions du patriarche Cyrille et de l\u2019\u00e9vocation de faits historiques dans le discours religieux \u2013 la bataille de Koulikovo (1380) entre les Mongols et les troupes russes. Des postures tr\u00e8s diverses \u00e9mergent des discours des deux influenceurs. Les textes du blog du p\u00e8re Dimitri, un pr\u00eatre, ont une vis\u00e9e persuasive caract\u00e9ris\u00e9e par des arguments inh\u00e9rents au pathos \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ses destinataires, qui est atteinte par le renvoi \u00e0 des sources faisant autorit\u00e9, mais sans les citer correctement \u2013 au seul but de susciter des r\u00e9actions aupr\u00e8s de son public. Au contraire, le discours de l\u2019autre influenceur, le p\u00e8re Andre\u00ef, un diacre, est fond\u00e9 sur le raisonnement logique, donc sur le logos\u00a0: en t\u00e9moigne la vis\u00e9e d\u2019informer ses destinataires du bien-fond\u00e9 de ses arguments, qu\u2019il appuie sur des sources faisant autorit\u00e9, notamment les faits et les <em>realia<\/em> historiques, en tant que base pour analyser l\u2019\u00e9poque contemporaine, pour r\u00e9futer des affirmations fallacieuses et pour en tirer des conclusions.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re contribution de cette section revient sur le contexte fran\u00e7ais et sur l\u2019\u00e9tude de X pour examiner les comptes officiels du minist\u00e8re de la Justice et de son porte-parole, C\u00e9dric Logelin. Isabelle HURE (<em>Le minist\u00e8re de la Justice et son porte-parole sur X : des strat\u00e9gies diff\u00e9renci\u00e9es pour se l\u00e9gitimer<\/em>, pp. 97-118) montre que, tout en d\u00e9ployant des discours institutionnels publics, ces deux comptes s\u2019appuient sur des strat\u00e9gies technodiscursives diff\u00e9rentes pour justifier la l\u00e9gitimit\u00e9 et l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019institution judiciaire. Le but de cette recherche est ainsi de montrer la mani\u00e8re dont X en tant que dispositif participe de la construction de ces discours. \u00c0 partir des 50 messages examin\u00e9s dans chacun des deux comptes et \u00e0 l\u2019appui d\u2019une approche d\u2019inspiration austinienne bas\u00e9e sur les actes de langage pour analyser les technodiscours qui sont d\u00e9ploy\u00e9s par le minist\u00e8re et par son porte-parole, des buts diff\u00e9rents sont affich\u00e9s, auxquels contribuent des strat\u00e9gies distinctes. Le minist\u00e8re de la Justice se sert de X pour renforcer le lien entre \u00c9tat et public citoyen <em>via <\/em>le d\u00e9ploiement de la \u00ab\u00a0marque \u00c9tat\u00a0\u00bb, fondant la cr\u00e9dibilit\u00e9 des discours publics institutionnels, pour nouer une relation directe avec le public citoyen plut\u00f4t que pour communiquer une vis\u00e9e informative. En revanche, la strat\u00e9gie communicationnelle et technodiscursive de son porte-parole \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ce dispositif montre qu\u2019il vise \u00e0 affermir sa double posture et ses deux fonctions. L\u2019une, primaire, de source officielle d\u2019informations pour les journalistes, <em>via<\/em> un discours liss\u00e9 d\u00e9pourvu de tout caract\u00e8re pol\u00e9mique visant \u00e0 valoriser l\u2019action du minist\u00e8re\u00a0; l\u2019autre, secondaire et plus limit\u00e9e, d\u2019animateur de la communaut\u00e9 judiciaire \u00e9tendue, l\u00e0 o\u00f9 la valorisation des agents travaillant dans la sph\u00e8re (para)judiciaire est effectu\u00e9e par un sujet qui y est l\u00e9gitim\u00e9 par l\u2019appartenance au m\u00eame groupe.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les trois derni\u00e8res contributions, repr\u00e9sentant la seconde section de ce num\u00e9ro, intitul\u00e9e <em>L\u2019agir par le discours et le contre-discours<\/em> (pp. 121-199), les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques sont abord\u00e9s comme outils \u00e0 la fois d\u2019expression pour les mouvements contestataires et de d\u00e9construction des r\u00e9cits h\u00e9g\u00e9moniques.<\/p>\n\n\n\n<p>En particulier, dans <em>Faire de la r\u00e9sistance dans les r\u00e9seaux sociaux : les discours num\u00e9riques et leurs outils de lutte<\/em> (pp. 121-147), Isabel ROBOREDO SEARA et Michelle Gomes ALONSO DOMINGUEZ s\u2019int\u00e9ressent aux sp\u00e9cificit\u00e9s discursives des discours de r\u00e9sistance sur Facebook et Twitter \u00e0 partir de l\u2019analyse de 20 tweets et posts contestant les mesures adopt\u00e9es par le pr\u00e9sident br\u00e9silien Ja\u00efr Bolsonaro pendant la pand\u00e9mie de Covid, entre avril 2020 et avril 2021, en vue de montrer la mani\u00e8re dont les \u00e9l\u00e9ments technodiscursifs contribuent \u00e0 constituer un discours de r\u00e9sistance en soulignant la pol\u00e9micit\u00e9 de ce discours et la vague de contestation. Ce sont ainsi des r\u00e9flexions sur la contestation comme r\u00e9sistance qui sont pr\u00e9sent\u00e9es par les deux auteures pour relever, suivant une m\u00e9thodologie combinant analyse critique du discours, th\u00e9orie sociale critique du discours de Thompson (2011), conception gramscienne de l\u2019id\u00e9ologie et analyse du discours num\u00e9rique, que la r\u00e9sistance au sein des r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques, en tant que pratique sociale, est aliment\u00e9e par le moment discursif et repr\u00e9sente l\u2019opposition au pouvoir h\u00e9g\u00e9monique. Sa manifestation discursive est ainsi la contre-h\u00e9g\u00e9monie. Il se rend \u00e9vident que ce sont les ressources technodiscursives, notamment l\u2019hypertextualit\u00e9 h\u00e9g\u00e9monique et les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques comme espace discursif de protestation et de manifestation, qui sont \u00e0 la base de la r\u00e9sistance et qui permettent aux discours de r\u00e9sistance de devenir un outil de lutte et de se constituer en mouvement autour de la collectivisation d\u2019une cause, notamment <em>via <\/em>les technodiscours rapport\u00e9s et les hashtags.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en revanche la lutte contre les violences bas\u00e9es sur le genre, particuli\u00e8rement \u00e0 l\u2019encontre des femmes, qui fait l\u2019objet des discours de r\u00e9sistance sur les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques qui sont abord\u00e9s dans les deux derni\u00e8res contributions.<\/p>\n\n\n\n<p>Nicoletta ARMENTANO traite des pratiques discursives num\u00e9riques adopt\u00e9es par l\u2019institution internationale de l\u2019ONU charg\u00e9e de l\u2019\u00e9galit\u00e9 des sexes et de l\u2019autonomisation des femmes <em>ONU Femmes<\/em> contre la violence bas\u00e9e sur le genre (<em>Les pratiques discursives num\u00e9riques adopt\u00e9es par ONU Femmes contre la violence bas\u00e9e sur le genre. Est-il possible d\u2019\u00eatre agentif via<\/em> X<em>&nbsp;?<\/em>, pp. 149-174). Son attention est notamment focalis\u00e9e sur les \u00e9ditions 2021, 2022 et 2023 de la premi\u00e8re campagne <em>ONU Femmes <\/em>de sensibilisation sur les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques, <em>16 Jours d\u2019activisme contre la violence bas\u00e9e sur le genre<\/em>, lanc\u00e9e en 2000, pour examiner ses tweets en fran\u00e7ais accompagn\u00e9s du hashtag #16jours. Il est question de la mani\u00e8re dont X traite des messages issus de campagnes de sensibilisation, dont la port\u00e9e est ainsi \u00e9ducative et civique, relevant des institutions qui les promeuvent \u2013 <em>ONU Femmes <\/em>s\u2019appuie, entre autres, sur des partenariats avec les organisations m\u00e9diatiques. Cette \u00e9tude vise \u00e0 v\u00e9rifier si cette finalit\u00e9 de communiquer des contenus proposant un changement soci\u00e9tal y est gard\u00e9e et si la transmission de ce discours <em>via <\/em>des r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques a une influence sur la vis\u00e9e de cr\u00e9er une communaut\u00e9 engag\u00e9e. Pour ce faire, sont pr\u00e9sent\u00e9s les caract\u00e9ristiques de l\u2019\u00e9nonciation, la relation entre l\u2019institution et les destinataires de la campagne sur les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques, et les traits techno-discursifs qui sont le propre de cette campagne. Il \u00e9merge un caract\u00e8re instituant d\u2019<em>ONU Femmes<\/em> permettant de garder sa pro\u00e9minence institutionnelle tout en reconfigurant son discours <em>via <\/em>X, mais son autorit\u00e9 change si la r\u00e9appropriation et la mise en circulation du discours d\u2019<em>ONU Femmes <\/em>rel\u00e8vent d\u2019institutions ou d\u2019associations qui reconnaissent l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019ONU, ou bien d\u2019internautes relayant de mani\u00e8re individuelle les messages d\u2019<em>ONU Femmes <\/em>comme source d\u2019autorit\u00e9. Dans ce dernier cas, la notion d\u2019\u00ab&nbsp;autorit\u00e9&nbsp;\u00bb bascule vers la visibilit\u00e9 et l\u2019influence. ARMENTANO souligne que, pour pouvoir s\u2019inscrire dans la continuit\u00e9 de ses modes communicatifs m\u00eame sur les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques, <em>ONU Femmes<\/em> a d\u00fb construire une communaut\u00e9 \u00e0 engagement diff\u00e9renci\u00e9 vis-\u00e0-vis de laquelle elle doit chercher \u00e0 devenir ou \u00e0 rester une autorit\u00e9, en d\u00e9pit d\u2019un environnement en constante \u00e9volution.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re contribution de ce num\u00e9ro, qui aborde \u00e9galement la lutte contre les violences faites aux femmes, porte sur le discours institutionnel \u00e0 l\u2019encontre des violences patriarcales qui est \u00e9nonc\u00e9 depuis le compte officiel X du minist\u00e8re fran\u00e7ais charg\u00e9 de l\u2019\u00c9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations (<em>Discours institutionnel (socio) num\u00e9rique et violences patriarcales : une \u00e9tude des strat\u00e9gies \u00e9nonciatives, d\u00e9nominatives et rh\u00e9toriques du minist\u00e8re charg\u00e9 de l\u2019\u00c9galit\u00e9 entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations sur X<\/em>, pp. 175-199). \u00c0 l\u2019appui d\u2019un cadre m\u00e9thodologique bas\u00e9 sur l\u2019analyse du discours \u00ab\u00a0de l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise\u00a0\u00bb et sur l\u2019argumentation, Nora GATTIGLIA \u00e9tudie, au sein d\u2019un corpus de 114 xeets relevant du genre de la \u00ab\u00a0campagne promotionnelle\u00a0\u00bb entre 2015 et 2024, les dynamiques \u00e9nonciatives des discours sur les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques (la composition et la d\u00e9lin\u00e9arisation), les strat\u00e9gies de nomination des violences (notamment les d\u00e9nominations \u00ab\u00a0violences sexistes et sexuelles \u00bb, \u00ab\u00a0violences faites aux femmes\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0violences conjugales\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0auteurs de violences\u00a0\u00bb) et la mani\u00e8re dont tant les personnes qui subissent ces violences patriarcales que celles qui les accomplissent sont repr\u00e9sent\u00e9es. Son analyse montre que le discours institutionnel sur les violences patriarcales s\u2019av\u00e8re \u00eatre aussi bien un outil de communication qu\u2019un moyen de gouvernementalit\u00e9 qui fa\u00e7onne les repr\u00e9sentations sociales des violences et des victimes. Elle rel\u00e8ve \u00e9galement que si le compte minist\u00e9riel se sert de toutes les possibilit\u00e9s technodiscursives mises \u00e0 disposition par les affordances de X, le discours autour des violences reste plut\u00f4t de type traditionnel. Sont ainsi soulign\u00e9s les limites d\u2019un cadrage institutionnel du minist\u00e8re fran\u00e7ais concern\u00e9 qui fait en sorte que les figures des victimes soient homog\u00e9n\u00e9is\u00e9es, en raison de la non-prise en compte des subjectivit\u00e9s et des traits qui sont le propre de la violence, et apparaissent comme passives, tandis que les responsables des violences tendent \u00e0 \u00eatre effac\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La richesse des contributions r\u00e9unies dans ce num\u00e9ro th\u00e9matique permet non seulement de rendre compte de l\u2019actualit\u00e9 et de l\u2019importance du pouvoir discursif relevant de la mise en relation entre discours institutionnel et discours num\u00e9rique \u2013 en termes de construction et de diffusion de ce pouvoir, et en tant que lieu de contestation, de dissensus et de d\u00e9tournement \u2013, mais aussi de contribuer \u00e0 une r\u00e9flexion plus vaste sur le r\u00f4le des r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques comme espaces hybrides caract\u00e9ris\u00e9s par la copr\u00e9sence des notions d\u2019\u00ab&nbsp;autorit\u00e9&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;dissidence&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>[Alida M. SILLETTI]<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Stefano VICARI et Carine DUTEIL-MOUGEL (dir.), Discours institutionnels dans les m\u00e9dias sociaux&nbsp;: quelles transformations&nbsp;?, Synergies Italie, n\u00b0 21, 2025, pp. 217. Le n\u00b0 21 de Synergies Italie est consacr\u00e9 aux discours institutionnels et aux modifications dont ceux-ci font l\u2019objet \u00e0 l\u2019\u00e9gard et au sein des r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques. Dans la Pr\u00e9sentation du num\u00e9ro (pp. 9-21),\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2025\/06\/17\/stefano-vicari-carine-duteil-mougel-discours-institutionnels-dans-les-medias-sociaux-quelles-transformations\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":21,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[49],"tags":[],"class_list":["post-1347","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n55"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1347"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/21"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1347"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1347\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1369,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1347\/revisions\/1369"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1347"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1347"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1347"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}