{"id":1333,"date":"2025-06-15T19:12:31","date_gmt":"2025-06-15T17:12:31","guid":{"rendered":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1333"},"modified":"2025-06-21T22:24:58","modified_gmt":"2025-06-21T20:24:58","slug":"francois-gaudin-dir-alain-rey-lumieres-sur-la-langue-dijon-editions-universitaires-de-dijon-2024-pp-244","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2025\/06\/15\/francois-gaudin-dir-alain-rey-lumieres-sur-la-langue-dijon-editions-universitaires-de-dijon-2024-pp-244\/","title":{"rendered":"Fran\u00e7ois GAUDIN (dir.), Alain Rey. Lumi\u00e8res sur la langue, Dijon, \u00c9ditions Universitaires de Dijon, 2024, pp.244.\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p>Hommage en l\u2019honneur du \u201cmalin g\u00e9nie de la langue fran\u00e7aise\u201d (p.9) que fut Alain Rey, le volume dirig\u00e9 par Fran\u00e7ois Gaudin se d\u00e9veloppe autour d\u2019un fil rouge \u2013 ou plut\u00f4t, d\u2019une <em>nappe rouge<\/em> (<em>Promenade digestive<\/em>, pp.233-242), qui sert de toile de fond pour un banquet o\u00f9 les participants apportent leurs souvenirs, leurs analyses, leurs critiques autour de la conception de la langue et de la culture qu\u2019Alain Rey a repr\u00e9sent\u00e9e pour des g\u00e9n\u00e9rations de Fran\u00e7ais et francophones.<\/p>\n\n\n\n<p>Figure publique, c\u00e9l\u00e8bre aupr\u00e8s du grand public pour ses chroniques dans les \u00e9missions de France Inter, Alain Rey a contribu\u00e9 de fa\u00e7on capitale \u00e0 la popularisation de la lexicographie en France et dans les pays francophones ; les ouvrages qu\u2019il a dirig\u00e9s ou co-dirig\u00e9s (notamment avec sa femme Josette Rey-Debove, mais pas seulement) forment partie de l\u2019imaginaire collectif linguistique des locuteurs de langue fran\u00e7aise. Artisan des dictionnaires, amoureux des mots, savant \u00e0 la culture formidable, ses analyses critiques et ses \u00e9tudes fondatrices dans les domaines de la m\u00e9talexicographie, de la lexicographie culturelle, de l\u2019histoire de la langue et des id\u00e9es, de la terminologie, ont contribu\u00e9 \u00e0 la formation de g\u00e9n\u00e9rations de chercheuses et chercheurs, en France et dans le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Le volume dirig\u00e9 par Fran\u00e7ois Gaudin permet d\u2019appr\u00e9cier la richesse et la vari\u00e9t\u00e9 des int\u00e9r\u00eats de recherche qui ont caract\u00e9ris\u00e9 la vie et le travail d\u2019Alain Rey gr\u00e2ce aux t\u00e9moignages et aux r\u00e9flexions de ses coll\u00e8gues, ses collaboratrices et collaborateurs, ses \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une <em>Mise en bouche<\/em> (pp.9-12) introductive par Fran\u00e7ois Gaudin, une br\u00e8ve <em>Biographie <\/em>(pp.13-18) offre un portrait de l\u2019homme et du lexicographe, de ses d\u00e9buts \u00e0 la r\u00e9daction du <em>Grand Robert<\/em>, aux ann\u00e9es de la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 lexicographique avec le <em>Petit Robert <\/em>(avec Josette Rey-Debove et Henri Cottez, premi\u00e8re \u00e9dition 1967), le <em>Dictionnaire du fran\u00e7ais non conventionnel <\/em>(avec Jacques Cellard, 1980) Le <em>Dictionnaire historique de la langue fran\u00e7aise <\/em>(1992), <em>Le dictionnaire culturel en langue fran\u00e7aise<\/em> (2005), sans oublier ses essais sur l\u2019histoire des dictionnaires, sur la discipline plus r\u00e9cente de la terminologie, sur le lien indissoluble entre langue, culture et soci\u00e9t\u00e9 (comme en t\u00e9moignent entre autres les volumes <em>R\u00e9volution, histoire d\u2019un mot<\/em> en 2006 ou <em>Parler des camps au XXIe si\u00e8cle, les \u00e9tapes de la migration<\/em> en 2015).<\/p>\n\n\n\n<p>Le volume pr\u00e9sente ensuite quatre sections.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re (<em>L\u2019artisan des mots<\/em>) s\u2019articule autour de l\u2019activit\u00e9 lexicographique d\u2019Alain Rey.<\/p>\n\n\n\n<p>Gilles Siouffi (<em>Alain Rey artisan du sentiment morphologique<\/em>, pp.21-34) se penche sur l\u2019existence, dans l\u2019\u0153uvre lexicographique d\u2019Alain Rey, d\u2019un \u00ab sentiment morphologique \u00bb, l\u2019\u00e9quivalent du \u00ab sentiment n\u00e9ologique \u00bb postul\u00e9 dans les \u00e9tudes en n\u00e9ologie (voir entre autres Sablayrolles 2003 ; 2019). Issu d\u2019une perspective saussurienne, concept complexe, \u00e9troitement li\u00e9 aux concepts corr\u00e9l\u00e9s de \u00ab sentiment linguistique \u00bb et de \u00ab sentiment lexical \u00bb, le sentiment morphologique du locuteur est ax\u00e9 sur la recherche et la reconnaissance des analogies, des r\u00e9gularit\u00e9s, des s\u00e9ries morphologiques.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution de Danielle Candel (<em>Alain Rey et le Tr\u00e9sor de la langue fran\u00e7aise (TLF). Une formation exceptionnelle \u00e0 la lexicographie<\/em>, pp.35-49) permet de souligner le r\u00f4le jou\u00e9 par Alain Rey dans la r\u00e9alisation du TLF pendant la p\u00e9riode 1975-1977, p\u00e9riode de la cr\u00e9ation de l\u2019\u00ab \u00e9quipe parisienne \u00bb du TLF, qu\u2019Alain Rey dirigeait. Le t\u00e9moignage direct de Candel et les correspondances cit\u00e9es dans le texte permettent de reconstruire aussi bien les proc\u00e9d\u00e9s de travail et de r\u00e9daction de l\u2019\u00e9quipe, ainsi que des souvenirs humains et personnels autour d\u2019Alain Rey, de sa m\u00e9thode de travail et de formation \u00e0 la lexicographie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article de Christine Jacquet-Pfau (<em>Les id\u00e9es derri\u00e8re les mots : le Dictionnaire culturel en langue fran\u00e7aise d\u2019Alain Rey<\/em>, pp.51-65) analyse la structure lexicographique et notamment l\u2019emploi des encadr\u00e9s dans le <em>Dictionnaire culturel en langue fran\u00e7aise<\/em> (DCLF). D\u00e9fini d\u00e8s la pr\u00e9face comme une \u00ab contre-encyclop\u00e9die \u00bb (l\u2019encyclop\u00e9die se situant dans l\u2019espace extralinguistique, alors que le dictionnaire culturel se veut et reste r\u00e9solument interlinguistique), le DCLF na\u00eet comme r\u00e9ponse \u00e0 une limite, la distance entre l\u2019analyse linguistique et s\u00e9mantique et l\u2019\u00e9tude sociale et culturelle. Dans le DCLF, les entr\u00e9es repr\u00e9sentent autant de portes d\u2019acc\u00e8s \u00e0 des contenus sociaux et culturels dans les diverses zones de la francophonie, dans les diverses collectivit\u00e9s sociales de locuteurs et locutrices. Ouvrage au succ\u00e8s moins \u00e9vident par rapport au Dictionnaire historique de la langue fran\u00e7aise ou \u00e0 d\u2019autres ouvrages lexicographiques d\u2019Alain Rey, le DCLF offre n\u00e9anmoins une repr\u00e9sentation \u00ab des croyances, des activit\u00e9s, des \u00e9motions et des passions exprim\u00e9es au cours de l\u2019histoire et selon les visions du monde de diverses civilisations \u00bb (<em>Pr\u00e9face <\/em>: XV) qui reste pr\u00e9cieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux derni\u00e8res contributions qui cl\u00f4turent la premi\u00e8re section du volume apportent \u00e0 l\u2019ouvrage des souvenirs directs et personnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Antoine Perraud (<em>Dans l\u2019ombre d\u2019un lexicographe m\u00e9diatique. Entretien de Laurie Fabry avec Antoine Perraud<\/em>, pp.68-71) propose un entretien avec Laurie Fabry, ancienne directrice de la communication chez Le Robert. Fabry, disparue en 2023 et \u00e0 laquelle l\u2019ouvrage entier est d\u00e9di\u00e9, raconte sa collaboration avec Alain Rey, notamment dans la p\u00e9riode \u00ab m\u00e9diatique \u00bb du lexicographe, dans ses relations avec la presse et les m\u00e9dias. Laurence Laporte (<em>Travailler avec Alain Rey<\/em>, pp.73-76) \u00e9voque ses souvenirs comme membre de la r\u00e9daction du Petit Robert avec Alain Rey et Josette Rey-Debove, \u00e0 partir des ann\u00e9es 70 jusqu\u2019aux ann\u00e9es 90 ; comme dans toutes les contributions du volume, le texte permet d\u2019appr\u00e9cier l\u2019aspect professionnel, mais \u00e9galement les qualit\u00e9s humaines et intellectuelles d\u2019Alain Rey.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me section, <em>Les mots en marge<\/em>, met l\u2019accent sur l\u2019attention port\u00e9e par Alain Rey \u00e0 l\u2019\u00e9gard des mots d\u00e9crits par Gaudin comme \u00ab reprouv\u00e9s par la biens\u00e9ance \u00bb (<em>Mise en bouche<\/em>, p.11), contre tout exc\u00e8s puriste dans la repr\u00e9sentation des usages linguistiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7oise Gu\u00e9rand (<em>Un dictionnaire pas tr\u00e8s catholique<\/em>, pp.79-87) s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la gen\u00e8se et \u00e0 la structure du Dictionnaire du fran\u00e7ais non conventionnel, r\u00e9dig\u00e9 par Jacques Cellard et Alain Rey en 1980. L\u2019\u00e9tiquette \u00ab non conventionnel \u00bb refuse toute cat\u00e9gorisation qui pourrait s\u2019av\u00e9rer impr\u00e9cise (notamment, celle de \u00ab dictionnaire d\u2019argot \u00bb) et identifie le vocabulaire objet de l\u2019ouvrage comme l\u2019ensemble des mots qui est utilis\u00e9 dans un contexte particulier, et dans le but de transgresser la convention sociale. La p\u00e9riode d\u2019analyse consid\u00e9r\u00e9e par Cellard et Rey (1880-1980) permet d\u2019appr\u00e9cier les \u00e9volutions de ce vocabulaire. Gu\u00e9rand raconte la m\u00e9thode de travail des deux auteurs, leurs recherches afin de constituer un corpus litt\u00e9raire pour les exemples, de Balzac aux s\u00e9ries de bandes dessin\u00e9es Les Pieds-Nickel\u00e9s, de C\u00e9line \u00e0 Proust, dans un jeu lexicographique qui manifeste tout l\u2019amour d\u2019Alain Rey pour les mots, y compris les mots \u00ab en marge \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution de Louis-Jean Calvet (<em>D\u2019un<\/em> Non Con <em>\u00e0 l\u2019autre<\/em>, pp.89-97) porte sur la comparaison de deux \u00e9ditions du Dictionnaire du fran\u00e7ais non conventionnel (1980-1991), en particulier sur les \u00e9volutions du vocabulaire \u00ab non conventionnel \u00bb au cours d\u2019une p\u00e9riode de onze ans. De nouvelles entr\u00e9es apparaissent alors dans la deuxi\u00e8me \u00e9dition, mais on voit en filigrane une continuit\u00e9 dans la m\u00e9thode de collecte et d\u2019analyse : \u00ab une structure qui \u00e9volue assez peu, la volont\u00e9 de \u00ab r\u00e9habiliter \u00bb toute une partie du vocabulaire fran\u00e7ais n\u00e9glig\u00e9 par les dictionnaires traditionnels, une constante recherche de notices historiques [\u2026] et le fait de toujours s\u2019appuyer sur un corpus \u00e9crit, essentiellement litt\u00e9raire \u00bb (p.96).<\/p>\n\n\n\n<p>Hugues Galli (<em>Cinquante nuances de grisbi<\/em>, pp.99-119) se penche sur le traitement lexicographique des mots d\u2019argot, en particulier les mots renvoyant au domaine de l\u2019argent. L\u2019analyse de trois dictionnaires de langue g\u00e9n\u00e9rale (le Grand Robert 2001, le Grand Larousse de la Langue Fran\u00e7aise et le Tr\u00e9sor de la Langue Fran\u00e7aise), puis de quatre dictionnaires sp\u00e9cialis\u00e9s (Esnault 1965, Cellard-Rey 1980, Doillon 2003 et Colin 2010) permet \u00e0 l\u2019auteur de v\u00e9rifier l\u2019ouverture des dictionnaires de langue g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 l\u2019\u00e9gard du vocabulaire non conventionnel, ainsi que d\u2019approfondir l\u2019analyse des probl\u00e8mes li\u00e9s aux crit\u00e8res d\u2019attribution des marques d\u2019usage. La synergie entre dictionnaires de langue g\u00e9n\u00e9rale et dictionnaires sp\u00e9cialis\u00e9s est \u00e9galement \u00e9tudi\u00e9e, notamment dans le cas du <em>Grand Robert<\/em> et du <em>Dictionnaire du fran\u00e7ais non conventionnel<\/em> de Cellard et Rey.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me section du volume (<em>Le th\u00e9oricien de la terminologie<\/em>) aborde l\u2019activit\u00e9 d\u2019Alain Rey dans la d\u00e9finition du champ disciplinaire de la terminologie, surtout pour ce qui est des \u00e9tudes en langue fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte d\u2019H\u00e9l\u00e8ne Cajolet-Lagani\u00e8re (<em>Alain Rey, aux premi\u00e8res loges de l\u2019am\u00e9nagement de la langue au Qu\u00e9bec<\/em>, pp.123-132) passe en revue les \u00e9tapes de la politique d\u2019am\u00e9nagement linguistique au Qu\u00e9bec \u00e0 partir de la cr\u00e9ation de l\u2019OQLF en 1961. Cajolet-Lagani\u00e8re d\u00e9crit le r\u00f4le d\u2019Alain Rey dans le d\u00e9bat autour de la langue fran\u00e7aise au Qu\u00e9bec, sa participation assidue aux colloques et rencontres organis\u00e9s par l\u2019OQLF, sa contribution \u00e0 la politique d\u2019am\u00e9nagement linguistique. En particulier, son apport \u00e0 la description scientifique de la notion de terminologie a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cieux afin d\u2019en d\u00e9finir les enjeux sociaux et politiques, les rapports avec les autres disciplines. Ses r\u00e9flexions sur la notion de n\u00e9ologie, et surtout sa sensibilit\u00e9 pour la relation entre norme et usages dans la pratique lexicographique, ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 l\u2019origine de la publication d\u2019ouvrages comme le <em>Dictionnaire qu\u00e9b\u00e9cois d\u2019aujourd\u2019hui<\/em> (1991) et de la collaboration au projet lexicographique <em>Franqus<\/em>, devenu ensuite le dictionnaire <em>Usito<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>John Humbley (<em>La terminologie selon Alain Rey, une discipline \u00e0 facettes<\/em>, pp.133-148) se propose de mettre en \u00e9vidence le r\u00f4le essentiel jou\u00e9 par la r\u00e9flexion terminologique dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Alain Rey, par \u00ab une lecture s\u00e9lective de l\u2019\u0153uvre de Rey en faisant ressortir les relations que la terminologie, \u00e0 ses yeux, entretient avec ses autres pr\u00e9occupations linguistiques et extra-linguistiques \u00bb (p.133). Humbley retrace ainsi les r\u00e9flexions d\u2019Alain Rey sur les relations entre terminologie et philosophie (la distinction entre concept et notion, le probl\u00e8me fondamental de la d\u00e9finition en terminologie), entre terminologie et linguistique (notamment pour ce qui est des origines de la discipline terminologique et sa filiation des \u00e9tudes lexicologiques sur les vocabulaires sp\u00e9cialis\u00e9s, mais \u00e9galement pour sa nature de pr\u00e9curseur de la linguistique de corpus), entre terminologie et lexicographie (qu\u2019il consid\u00e9rait comme des disciplines compl\u00e9mentaires plut\u00f4t que comme deux approches concurrentes, plaidant pour une autonomie scientifique de la terminologie et pr\u00e9figurant par ses recherches la th\u00e9orie des portes de Maria Teresa Cabr\u00e9). Humbley ne n\u00e9glige pas le bin\u00f4me terminologie et encyclop\u00e9disme (valorisant l\u2019importance de l\u2019h\u00e9ritage des encyclop\u00e9distes dans l\u2019\u00e9laboration de la th\u00e9orie moderne de la terminologie) et accorde une place importante \u00e0 la distinction entre terminologie et terminographie dans l\u2019\u0153uvre d\u2019Alain Rey (qui avait lui-m\u00eame cr\u00e9\u00e9 le n\u00e9ologisme terminographie et qui avait activement particip\u00e9 \u00e0 la codification des principes et m\u00e9thodes de cette discipline) ; la relation entre terminologie et am\u00e9nagement linguistique occupe \u00e9galement une place importante dans la r\u00e9flexion d\u2019Alain Rey, notamment dans la forme de l\u2019exp\u00e9rience qu\u00e9b\u00e9coise \u00e0 laquelle il avait particip\u00e9 activement. Le lien entre terminologie et n\u00e9ologie est l\u2019un des domaines o\u00f9 la contribution d\u2019Alain Rey s\u2019av\u00e8re particuli\u00e8rement f\u00e9conde, notamment dans la d\u00e9finition de l\u2019outil de l\u2019orthonymie. \u00c0 l\u2019autre p\u00f4le du continuum temporel, Alain Rey n\u2019a pas oubli\u00e9 le rapport entre terminologie et diachronie, contribuant \u00e0 replacer l\u2019\u00e9tude des termes dans la discipline plus ample de l\u2019histoire des id\u00e9es et des concepts dans les domaines sp\u00e9cialis\u00e9s. Les \u00e9tudes r\u00e9centes en terminologie t\u00e9moignent enfin, selon Humbley, le r\u00f4le pionnier d\u2019Alain Rey et sa capacit\u00e9 d\u2019aborder les multiples facettes du poly\u00e8dre terminologique.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est encore la m\u00e9taphore du poly\u00e8dre qui est au centre de la contribution de Fran\u00e7ois Gaudin (<em>L\u2019orthonymie, un concept \u00e0 facettes ?<\/em>, pp.149-154) qui retrace l\u2019histoire du concept d\u2019orthonymie, l\u2019utopie de la nomination correcte qui se heurte \u00e0 la force des usages. La perspective normative de la terminologie se trouve confront\u00e9e \u00e0 la multiplicit\u00e9 des d\u00e9nominations dans la r\u00e9alit\u00e9 des communications courantes, \u00e0 la segmentation des communaut\u00e9s de locuteurs, aux contextes variables. La fonction r\u00e9gulatrice de la terminologie est ainsi mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve. N\u00e9anmoins, les locuteurs manifestent encore ce que Gaudin appelle un \u00ab sentiment orthonymique \u00bb (p.152) : on en retrouve les traces notamment dans des formes de r\u00e9sistance au changement, aux red\u00e9nominations des concepts (Gaudin en donne quelques exemples r\u00e9cents), surtout dans des cas o\u00f9 le processus de red\u00e9nomination est per\u00e7u comme un proc\u00e9d\u00e9 manipulatoire, qui contrevient au pacte langagier \u00e0 la base de toute communaut\u00e9 linguistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Loic Depecker (<em>L\u2019exemple du terme<\/em> catastrophe naturelle <em>dans le domaine des assurance<\/em>s, pp.155-171) se penche \u00e0 son tour sur les probl\u00e9matiques de la compr\u00e9hension et de l\u2019extension, qui constituent un enjeu fondamental dans la th\u00e9orie de la terminologie. Prenant comme point de d\u00e9part la r\u00e9flexion d\u2019Arnauld et Nicole dans la <em>Logique de Port-Royal <\/em>(1662), Depecker construit un pont entre logique et terminologie, valorisant l\u2019h\u00e9ritage de l&#8217;\u00e2ge classique dans la pratique terminologique actuelle. Le cas d\u2019\u00e9tude du terme catastrophe naturelle dans le domaine des assurances illustre ce principe de continuit\u00e9, \u00ab balancement entre signe et concept, linguistique et logique, qu\u2019il serait utile d\u2019int\u00e9grer d\u00e9finitivement aux sciences du langage \u00bb (p.167).<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re section du volume (<em>L\u2019essayiste engag\u00e9<\/em>) est compos\u00e9e de quatre contributions.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re (Bruno Paoli, <em>L\u2019avant-dernier voyage d\u2019Alain Rey<\/em>, pp.175-185) rend hommage au lexicographe en prolongeant, par une s\u00e9rie d\u2019exemples comment\u00e9s, l\u2019essai <em>Le voyage des mots <\/em>d\u2019Alain Rey et Lassa\u00e2d Metoui (2014). Apr\u00e8s avoir pass\u00e9 en revue l\u2019histoire de mots comme <em>caf\u00e9 <\/em>et <em>vin<\/em>, <em>past\u00e8que <\/em>et <em>pistache<\/em>, <em>douane <\/em>et <em>divan<\/em>, Paoli compare ensuite les r\u00e9pertoires Rey-Metoui et Guimeriche (<em>Dictionnaire des mots fran\u00e7ais d\u2019origine arabe<\/em>, 2007).<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution d\u2019Alexandra Cunita (<em>Alain Rey : le camp des mots<\/em>, pp.187-203) se penche sur l\u2019\u00e9tude des encadr\u00e9s culturels dans le Dictionnaire culturel en langue fran\u00e7aise (2005), focalisant l\u2019attention sur le traitement du mot <em>camp <\/em>et sa \u00ab \u201cbiographie\u201d, qui porte l\u2019empreinte des \u00e9v\u00e9nements de l\u2019histoire de l\u2019humanit\u00e9 \u00bb (p.192). Cet exemple, analys\u00e9 dans le d\u00e9tail avec finesse, permet \u00e0 l\u2019autrice de mettre en relief l\u2019engagement d\u2019Alain Rey dans son activit\u00e9 lexicographique et de s\u2019interroger sur les enjeux sociaux et politiques li\u00e9s au mot <em>camp<\/em> pendant ces derni\u00e8res ann\u00e9es, ainsi que sur le r\u00f4le que les linguistes et les lexicographes peuvent jouer dans la formation d\u2019un esprit critique du corps social.<\/p>\n\n\n\n<p>Agn\u00e8s Steuckardt (<em>\u00ab R\u00e9volution \u00bb. Histoire d\u2019un mot. La fabrique d\u2019une enqu\u00eate lexicale<\/em>, pp.205-218) choisit, quant \u00e0 elle, de se concentrer sur l\u2019ouvrage d\u2019Alain Rey autour du mot <em>r\u00e9volution<\/em>. Dans cet ouvrage, Rey adopte une approche d\u2019<em>arch\u00e9ologie<\/em> s\u00e9mantique et conceptuelle (dans le sillage de Foucault et de son <em>Arch\u00e9ologie des savoirs<\/em>), puisant dans l\u2019histoire des usages linguistiques pour reconstruire l\u2019histoire des id\u00e9es. L\u2019analyse men\u00e9e par Alain Rey dans son ouvrage autour de l\u2019\u00e9volution du mot <em>r\u00e9volution<\/em>, dans ses migrations successives (de l\u2019astronomie \u00e0 la politique) est ensuite mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du corpus Frantext : Steuckardt confirme par une approche d\u2019analyse outill\u00e9e les r\u00e9sultats des r\u00e9flexions contenues dans l\u2019ouvrage d\u2019Alain Rey, et son intuition de l\u2019<em>incarnation<\/em> (ou du \u00ab passage du ciel \u00e0 la terre \u00bb, p.207) de ce mot \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la R\u00e9volution fran\u00e7aise.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re contribution du volume (Christophe Rey, <em>Alain Rey et Antoine Fureti\u00e8re : une rencontre (m\u00e9ta)lexicographique fertile<\/em>, pp.219-230) se penche sur le rapport passionn\u00e9 entre Alain Rey et la figure d\u2019Antoine Fureti\u00e8re, \u00e0 laquelle est d\u00e9di\u00e9e la monographie <em>Antoine Fureti\u00e8re. Un pr\u00e9curseur des Lumi\u00e8res sous Louis XIV <\/em>(2006). Premi\u00e8re monographie enti\u00e8rement consacr\u00e9e \u00e0 Fureti\u00e8re lexicographe, l\u2019ouvrage d\u2019Alain Rey est le premier d\u2019une s\u00e9rie de volumes ax\u00e9s sur la figure et sur l\u2019entreprise lexicographique de Fureti\u00e8re, sur son r\u00f4le de dissident au sein de l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise, sans oublier la \u00ab querelle des dictionnaires \u00bb (p.224) qui vit Fureti\u00e8re oppos\u00e9 \u00e0 ses confr\u00e8res. L\u2019article de Christophe Rey analyse l\u2019ouvrage consacr\u00e9 \u00e0 Fureti\u00e8re et son h\u00e9ritage (la <em>post\u00e9rit\u00e9 fertile<\/em> \u00e9voqu\u00e9e dans le titre), offrant en filigrane un dernier hommage \u00e0 Alain Rey.<\/p>\n\n\n\n<p>Le volume se termine par un souvenir acad\u00e9mique et personnel (Fran\u00e7ois Gaudin, <em>La nappe rouge<\/em>, pp.233-242) qui \u00e9voque encore une fois le m\u00e9talexicographe, le linguiste, mais surtout l\u2019homme Alain Rey. Riche, \u00e9rudit, passionn\u00e9, vari\u00e9 dans les tons et les contenus, ce volume repr\u00e9sente enfin un ouvrage incontournable pour toutes et tous les sp\u00e9cialistes en m\u00e9talexicographie.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">[Micaela ROSSI]<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hommage en l\u2019honneur du \u201cmalin g\u00e9nie de la langue fran\u00e7aise\u201d (p.9) que fut Alain Rey, le volume dirig\u00e9 par Fran\u00e7ois Gaudin se d\u00e9veloppe autour d\u2019un fil rouge \u2013 ou plut\u00f4t, d\u2019une nappe rouge (Promenade digestive, pp.233-242), qui sert de toile de fond pour un banquet o\u00f9 les participants apportent leurs souvenirs, leurs analyses, leurs critiques\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2025\/06\/15\/francois-gaudin-dir-alain-rey-lumieres-sur-la-langue-dijon-editions-universitaires-de-dijon-2024-pp-244\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[49],"tags":[],"class_list":["post-1333","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n55"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1333"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1333"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1333\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1355,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1333\/revisions\/1355"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1333"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1333"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1333"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}