{"id":1186,"date":"2024-10-12T17:41:26","date_gmt":"2024-10-12T15:41:26","guid":{"rendered":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1186"},"modified":"2024-10-23T13:24:21","modified_gmt":"2024-10-23T11:24:21","slug":"laura-santone-autour-de-la-traduction-voix-rythmes-et-resonances","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2024\/10\/12\/laura-santone-autour-de-la-traduction-voix-rythmes-et-resonances\/","title":{"rendered":"Laura SANTONE, Autour de la traduction : voix, rythmes et r\u00e9sonances"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Laura SANTONE, <em>Autour de la traduction : voix, rythmes et r\u00e9sonances,<\/em> Peter Lang, Lausanne, 2024, 226 p.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00e9sent ouvrage rend accessible \u00e0 un plus large public diverses contributions de Laura Santone parues depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, et qui trouvent ici leurs places chez Peter Lang, dans la collection consacr\u00e9e \u00e0 la recherche interdisciplinaire et plurilingue en France et dans d&#8217;autres pays europ\u00e9ens. C\u2019est donc avec un regard linguistique, litt\u00e9raire, psychanalytique, ethnologique, sur un corpus m\u00ealant l\u2019anglais, le fran\u00e7ais, l\u2019italien, que nous est pr\u00e9sent\u00e9e une r\u00e9flexion sur la traduction qui va au-del\u00e0 des strat\u00e9gies proprement traductives ou des questions de fid\u00e9lit\u00e9 et du sens des mots. La question centrale qui int\u00e9resse la chercheure est, en effet, la traduction du \u00ab plus d\u2019une langue \u00bb (Derrida) situ\u00e9 aux fronti\u00e8res du langage, comme \u00ab&nbsp;la voix&nbsp;\u00bb d\u2019un po\u00e8me, \u00ab&nbsp;sa respiration la plus secr\u00e8te, son souffle le plus intime&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les trois parties (avec chacune une bibliographie conclusive) qui articulent l\u2019ouvrage permettent \u00e0 l\u2019auteure de montrer sa profonde connaissance de F\u00f3nagy, \u00e0 qui elle accorde une place pr\u00e9pond\u00e9rante. Mais on m\u00e9ditera \u00e9galement au fil des pages au miroir de Bonnefoy, Risset, Kristeva, Levi-Srauss, Benveniste, Meschonnic, \u00e0 la recherche des <em>pulsions, pulsations, rythmes, souffles, \u00e9nergies<\/em> au c\u0153ur des textes traduits, qu\u2019il s\u2019agisse de po\u00e9sie, roman, film, publicit\u00e9, BD ou dictionnaire. Sans doute la richesse des approches et la vari\u00e9t\u00e9 des \u00e9tudes de cas mises en avant auraient-elles m\u00e9rit\u00e9 une conclusion en guise de bilan\/perspective \u00e0 ce livre \u00e9rudit.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re partie (\u00ab&nbsp;\u00c0 l\u2019\u00e9coute de la voix&nbsp;\u00bb) \u00e9claire les bases th\u00e9oriques et le projet de travail de l\u2019auteure. Laura Santone se propose de repenser la traduction dans ses rapports avec la lettre \u00e0 partir de la voix, en sortant de l\u2019opposition entre l\u2019oral et l\u2019\u00e9crit, entre le son et le sens, entre la musique et le langage. En prenant appui sur les recherches linguistiques d\u2019Iv\u00e1n F\u00f3nagy (1920-2005), pour qui la r\u00e9alisation individuelle d\u2019un style vocal dont les marques prosodiques, la \u00ab mani\u00e8re de prononcer ou la mani\u00e8re de parler \u00bb, expriment des \u00e9tats int\u00e9rieurs, le c\u00f4t\u00e9 \u00e9motionnel \u2013 paralinguistique \u2013 de la signification, elle observe que le sens n\u2019est jamais indissociable de la forme car le rythme, la prosodie, la gestuelle phonique, la position des mots concourent \u00e0 ce jeu de forces \u2013 et de pulsions \u2013 qu\u2019on appelle la signifiance, pour \u00ab&nbsp;entendre&nbsp;\u00bb la traduction.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie (\u00ab&nbsp;Entre rythme, corps et langage&nbsp;\u00bb) est d\u2019abord consacr\u00e9e \u00e0 Jacqueline Risset, \u00e0 son travail c\u00e9l\u00e8bre sur Dante ou \u00e0 celui -moins connu- sur Fellini, dont Laura Santone retrace l\u2019histoire (et les d\u00e9boires) de la traduction du film <em>Intervista<\/em>.&nbsp; Elle poursuit par l\u2019examen de l\u2019autotraduction italienne d\u2019Anna Livia Plurabelle que Joyce avait faite en 1938, insistant sur l\u2019exigence po\u00e9tique intimement li\u00e9e \u00e0 la recherche de jeux phoniques \u00e0 mettre en corr\u00e9lation avec les choix de rythme. Comme dans le texte original anglais, la traduction doit restituer selon les v\u0153ux de Joyce, une \u0153uvre ouverte<em>, in progress,<\/em> ce qui explique le choix de s\u2019autotraduire en abordant d\u2019un m\u00eame geste deux niveaux apparemment inconciliables : d\u2019une part, le dialecte de Trieste er, d\u2019autre part, la langue litt\u00e9raire italienne, plus exactement celle de Dante. Elle aborde ensuite la traduction d\u2019un tout petit texte que Giovanna publie en 1976, \u00ab&nbsp;William Blake. Innocence et Exp\u00e9rience \u00bb qui veut d\u00e9passer le niveau du sens pour restituer et redistribuer les rythmes, les pauses, les silences, les vibrations du texte original. Enfin, l\u2019auteure se penche sur quatre traductions italiennes de <em>Madame Bovary<\/em>, (dont les plus c\u00e9l\u00e8bres de Diego Valer et d\u2019Oreste del Buono, de Maria Luisa Spaziani jusqu\u2019\u00e0 celle plus r\u00e9cente de Sandra Teroni, dat\u00e9e 2004), notamment sur le cas de la m\u00e9taphore, et du \u00ab bleu \u00bb, une couleur qui traverse et \u00ab&nbsp;enveloppe&nbsp;\u00bb toute la vie d\u2019Emma Bovary.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie (\u00ab&nbsp;Entre traduisible et intraduisible&nbsp;\u00bb) s\u2019attarde sur l\u2019espace bab\u00e9lien des langues et des traductions. L\u2019auteure convoque Berman, mais aussi Benveniste (dont la fameuse \u00e9tude sur l\u2019hospitalit\u00e9) pour questionner la sp\u00e9cificit\u00e9 d\u2019un texte \u00e0 l\u2019aide des notions de transgression, d\u2019\u00e9tranger, de limite, de d\u00e9paysement, de m\u00e9tissage, de mythe. Elle enchaine ici des analyses int\u00e9ressantes et instructives sur des genres dits ordinaires, tels que le roman graphique, la publicit\u00e9, le dictionnaire au prisme de la psychanalyse et de l\u2019ethnographie, ce qui lui permet d\u2019aborder la traduction comme un espace d\u2019interrogation du rapport de l\u2019homme avec le langage, les langues et la langue maternelle.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que Santone analyse les strat\u00e9gies traductives de transcription pseudo-phon\u00e9tique dans la traduction italienne du premier volume de <em>L\u2019 Arabe du Futur<\/em> de Riad Sattouf, en particulier la difficult\u00e9 de traduire les injures, le langage violent, voire haineux. Dans la publicit\u00e9, ensuite, elle analyse les \u00ab ajustements \u00bb de sens qui interviennent dans le passage d\u2019une langue-culture \u00e0 l\u2019autre, en particulier dans la mati\u00e8re sonore. Elle rel\u00e8ve combien les formes imp\u00e9ratives en fran\u00e7ais publicitaire sont rares, contrairement \u00e0 l\u2019anglais\u00a0: celles-ci n\u2019adh\u00e8rent gu\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00ab esprit \u00bb des francophones, c\u2019est-\u00e0-dire aux praxis langagi\u00e8res de leur contexte socio-culturel. Le consommateur fran\u00e7ais semble en fait ne pas beaucoup aimer les imp\u00e9ratifs, sa nature moins pragmatique que celle des Anglo-saxons lui fait pr\u00e9f\u00e9rer l\u2019invitation, le conseil, la suggestion. C\u2019est ainsi que le traducteur\/adaptateur propose des reformulations qui affichent un v\u00e9ritable travail de recr\u00e9ation au niveau de l\u2019<em>inventio<\/em> dans le choix et le traitement de tournures, n\u00e9ologismes, effets homophoniques, calembours\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Elle aborde, enfin, quelques dictionnaires d\u00e9tourn\u00e9s qui exaltent sur le fil de l\u2019hybridation langue-culture, la composition n\u00e9ologique, le bizarre et l\u2019\u00e9quivoque, la parodie ou le pastiche, en particulier dans <em>Ralentir : mots-valises !<\/em> (1979) <em>Distractionnaire<\/em> (1986) de Galisson, <em>Le Dictionnaire des mots qui n\u2019existent pas<\/em> (1992). Si les dictionnaires d\u00e9tourn\u00e9s, \u00ab remotivent \u00bb le langage par des proc\u00e9d\u00e9s morphologiques et s\u00e9mantiques en attribuant de nouveaux signifi\u00e9s aux signifiants existant ou en fabriquant de nouvelles lexies, comment traduire les mots d\u00e9tourn\u00e9s ?<\/p>\n\n\n\n<p>Signalons, pour terminer, la belle pr\u00e9face de Martin Rueff (\u00ab Le m\u00eame-autre qui se cache dans ma propre langue \u00bb), traducteur, \u00e9diteur, po\u00e8te, polyglotte, auteur d\u2019un essai sur le langage po\u00e9tique <a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a> qui offre une r\u00e9flexion sur le partage des voix et la traduction au bord des langues, donnant ainsi le la \u00e0 l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Au bout de la langue<\/em>, 2024, Nous, Antiphilosophique Collection, Caen.<\/p>\n\n\n\n<p>[Fran\u00e7oise RIGAT]<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laura SANTONE, Autour de la traduction : voix, rythmes et r\u00e9sonances, Peter Lang, Lausanne, 2024, 226 p. Le pr\u00e9sent ouvrage rend accessible \u00e0 un plus large public diverses contributions de Laura Santone parues depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, et qui trouvent ici leurs places chez Peter Lang, dans la collection consacr\u00e9e \u00e0 la recherche interdisciplinaire et\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2024\/10\/12\/laura-santone-autour-de-la-traduction-voix-rythmes-et-resonances\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[46],"tags":[],"class_list":["post-1186","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n53"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1186"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1186"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1186\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1216,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1186\/revisions\/1216"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1186"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1186"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1186"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}