{"id":1136,"date":"2024-07-06T18:41:50","date_gmt":"2024-07-06T16:41:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1136"},"modified":"2024-07-08T11:53:18","modified_gmt":"2024-07-08T09:53:18","slug":"michele-monte-la-parole-du-poeme-approche-enonciative-de-la-poesie-de-langue-francaise-1900-2020","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2024\/07\/06\/michele-monte-la-parole-du-poeme-approche-enonciative-de-la-poesie-de-langue-francaise-1900-2020\/","title":{"rendered":"Mich\u00e8le Monte, La Parole du po\u00e8me. Approche \u00e9nonciative de la po\u00e9sie de langue fran\u00e7aise (1900-2020)"},"content":{"rendered":"\n<p>Mich\u00e8le Monte, <em>La Parole du po\u00e8me. Approche \u00e9nonciative de la po\u00e9sie de langue fran\u00e7aise (1900-2020)<\/em>, Paris, Classiques Garnier (Coll. \u00abInvestigations stylistiques\u00bb), 2022, 692 p.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage de Mich\u00e8le Monte, <em>La Parole du po\u00e8me. Approche \u00e9nonciative de la po\u00e9sie de langue fran\u00e7aise (1900-2020)<\/em>, offre une contribution capitale aux \u00e9tudes sur la dimension \u00e9nonciative de la po\u00e9sie, pour l\u2019\u00e9tendue du cadre th\u00e9orique, pour la port\u00e9e de ses applications et pour l\u2019originalit\u00e9 de la r\u00e9flexion. T\u00e9moignant d\u2019un travail de vaste envergure, qui s\u2019est approfondi au fil des ann\u00e9es, il r\u00e9v\u00e8le jusqu\u2019\u00e0 quel point une perspective sp\u00e9cifiquement linguistique peut contribuer \u00e0 d\u00e9gager les traits caract\u00e9risant les textes po\u00e9tiques des XX<sup>e <\/sup>et XXI<sup>e <\/sup>si\u00e8cles. Leur interpr\u00e9tation, vu la complexit\u00e9 du rapport qu\u2019ils entretiennent avec les voies qu\u2019a trac\u00e9es la tradition, sollicite en effet la mise en \u0153uvre d\u2019instruments aptes \u00e0 \u00e9clairer une parole qui, dans certains cas, \u00e9chappe \u00e0 toute cat\u00e9gorisation et propose une mani\u00e8re autre de repr\u00e9senter le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>La <em>pr\u00e9face<\/em> de Marc Dominicy (9-15) est suivie d\u2019une <em>introduction<\/em> (17-27) o\u00f9 l\u2019auteure d\u00e9finit les fondements de l\u2019approche herm\u00e9neutique qui guide sa recherche, les objectifs que celle-ci poursuit et le corpus qui est l\u2019objet de son analyse. En envisageant le po\u00e8me comme l\u2019actualisation d\u2019un message qui, plus ou moins explicitement et selon des modalit\u00e9s sp\u00e9cifiques, s\u2019adresse au lecteur afin de solliciter son interpr\u00e9tation, Monte se propose de montrer \u00abque l\u2019approche \u00e9nonciative peut \u00eatre \u00e9largie \u00e0 d\u2019autres sortes de po\u00e8mes qui ne sauraient \u00eatre qualifi\u00e9s de lyriques \u2013 m\u00eame s\u2019ils peuvent parfois s\u2019appr\u00e9cier de fa\u00e7on dialectique par rapport \u00e0 la tradition lyrique\u00bb (21). C\u2019est ainsi qu\u2019elle aboutit \u00e0 la mise au point d\u2019une somme th\u00e9orique, m\u00e9thodologique et analytique permettant non seulement d\u2019\u00e9clairer des aspects de la po\u00e9sie contemporaine jusqu\u2019ici peu explor\u00e9s, mais aussi de transf\u00e9rer le type d\u2019analyse \u00e9lu \u00e0 d\u2019autres textes et \u00e0 d\u2019autres domaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Compos\u00e9 de dix chapitres, l\u2019ouvrage pr\u00e9sente une premi\u00e8re partie (chapitres I, II, III) o\u00f9 l\u2019auteure d\u00e9finit les crit\u00e8res adopt\u00e9s, en illustrant les d\u00e9veloppements th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques qui ont nourri son travail et en se situant par rapport \u00e0 des \u00e9tudes qui rel\u00e8vent de sph\u00e8res diff\u00e9rentes. Une seconde partie, essentiellement applicative, mais qui est constamment \u00e9tay\u00e9e par des rep\u00e8res \u00e9pist\u00e9mologiques ad\u00e9quatement \u00e9lucid\u00e9s, propose une analyse syst\u00e9matique des marques langagi\u00e8res de l\u2019\u00e9nonciation po\u00e9tique ainsi que des sc\u00e9nographies qui en d\u00e9coulent (chapitres IV, V, VI, VII, VIII, IX, X).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le premier chapitre, <em>Quelques jalons th\u00e9oriques pour penser la sp\u00e9cificit\u00e9 du texte po\u00e9tique <\/em>(29-68), Monte trace un panorama des \u00e9tudes qui sous-tendent son approche, en se penchant principalement sur les apports du fonctionnalisme de Roman Jakobson, de la th\u00e9orie s\u00e9mantico-cognitive qu\u2019a d\u00e9velopp\u00e9e Marc Dominicy, de la linguistique textuelle \u2013 avec une attention &nbsp;particuli\u00e8re aux travaux de Jean-Michel Adam et de Fran\u00e7ois Rastier&nbsp; \u2013 et de l\u2019analyse du discours, par rapport \u00e0 laquelle elle reprend surtout les notions d\u2019\u00e9thos et de sc\u00e8ne d\u2019\u00e9nonciation mises au point par Dominique Maingueneau. Le deuxi\u00e8me chapitre, <em>Les trois composantes du po\u00e8me <\/em>(69-124), est centr\u00e9 sur la description d\u2019un mod\u00e8le tridimensionnel qui repose sur les jalons th\u00e9oriques pr\u00e9c\u00e9demment illustr\u00e9s. Comme l\u2019observe l\u2019auteure, ce mod\u00e8le \u00abvise \u00e0 permettre de comparer des textes entre eux sous l\u2019angle de <em>l\u2019effort interpr\u00e9tatif <\/em>qui est demand\u00e9 \u00e0 leurs lecteurs\u00bb (82). En d\u2019autres termes, d\u2019apr\u00e8s Monte, pour interpr\u00e9ter un texte le lecteur peut s\u2019appuyer sur trois dimensions: la dimension s\u00e9mantique, la dimension esth\u00e9sique \u2013 terme emprunt\u00e9 \u00e0 Paul Valery \u2013 et la dimension \u00e9nonciative. Si la dimension s\u00e9mantique concerne la \u00abrepr\u00e9sentation du monde\u00bb (85) que v\u00e9hicule le po\u00e8me, la dimension esth\u00e9sique et le dimension \u00e9nonciative concernent respectivement \u00able signifiant (phonique et\/ou graphique)\u00bb (87) \u2013 qui est lui aussi producteur de sens \u2013 et \u00abl\u2019\u00e9cart plus ou moins grand manifest\u00e9 par le texte entre le contrat de communication qui lui donne naissance [\u2026] et la situation d\u2019\u00e9nonciation construite par le discours lui-m\u00eame\u00bb (91). Il s\u2019agit, dans ce dernier cas, de saisir la distance entre les contraintes g\u00e9n\u00e9riques d\u00e9limitant l\u2019\u00abespace\u00bb o\u00f9 s\u2019inscrit le texte et la forme que prend la sc\u00e9nographie qu\u2019engendre le discours. Ce mod\u00e8le \u00e0 trois composantes, qui ne vise pas l\u2019explication du fonctionnement textuel, mais la description du processus de r\u00e9ception, est mis en \u0153uvre dans l\u2019\u00e9tude de deux textes en vers r\u00e9guliers, l\u2019un de Victor Hugo, l\u2019autre de Jacques R\u00e9da, d\u2019un texte en vers libres de Jean Follain et d\u2019un texte en prose d\u2019Yves Bonnefoy.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le troisi\u00e8me chapitre, <em>L\u2019\u00e9thos, de la th\u00e9orie \u00e0 la pratique<\/em> (125-171), l\u2019auteure se sert du concept d\u2019\u00e9thos afin de montrer le r\u00f4le qu\u2019il joue dans \u00abla relation qui s\u2019\u00e9tablit entre l\u2019\u00e9nonciateur du po\u00e8me et le lecteur\u00bb (125). Apr\u00e8s un bref aper\u00e7u th\u00e9orique et terminologique, o\u00f9 elle reprend la d\u00e9finition tripartite de l\u2019instance auctoriale qu\u2019a propos\u00e9e Dominique Maingueneau et les notions d\u2019<em>image d\u2019auteur<\/em> et de <em>posture litt\u00e9raire <\/em>qu\u2019ont \u00e9labor\u00e9es respectivement Ruth Amossy et J\u00e9r\u00f4me Meizoz, ainsi que la distinction entre \u00e9thos \u00abpr\u00e9discursif\u00bb ou \u00abpr\u00e9alable\u00bb, \u00e9thos \u00abmontr\u00e9\u00bb et \u00e9thos \u00abdit\u00bb, Monte s\u2019arr\u00eate sur la diff\u00e9rence entre \u00e9thos et style, en pr\u00e9cisant que \u00abl\u00e0 o\u00f9 le mot <em>style<\/em> met l\u2019accent sur le travail de l\u2019\u00e9criture, l\u2019\u00e9thos [\u2026] insiste sur le fait que le texte produit sur le lecteur un effet qui peut le conduire \u00e0 adh\u00e9rer \u00e0 l\u2019univers de discours ou \u00e0 s\u2019en d\u00e9tourner\u00bb (144). Le chapitre se cl\u00f4t sur \u00abune \u00e9tude de cas\u00bb (148) portant sur \u00able monde \u00e9thique\u00bb qui se d\u00e9gage de <em>Peau <\/em>d\u2019Antoine \u00c9maz et de <em>Si peu de terre, tout <\/em>de James Sacr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les chapitres qui suivent, consacr\u00e9s \u00e0 la structure \u00e9nonciative des textes, mettent en \u00e9vidence toute la complexit\u00e9 d\u2019une d\u00e9marche analytique qui, en derni\u00e8re instance, aboutit \u00e0 des r\u00e9sultats f\u00e9conds et innovateurs. Le quatri\u00e8me, <em>\u00c9nonciateur textuel et locuteurs, des relations \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable <\/em>(173-228), regarde \u00ables modalit\u00e9s d\u2019interaction entre l\u2019\u00e9nonciateur textuel, et les diverses instances \u00e9nonciatives pr\u00e9sentes dans le texte\u00bb (173). \u00c0 partir de la stratification \u00e9nonciative qu\u2019a mise au point Jacques D\u00fcrrenmatt dans <em>Stylistique de la po\u00e9sie <\/em>(2005), Monte prend en consid\u00e9ration diff\u00e9rentes situations, en se concentrant sur des cas de \u00abquasi effacement de l\u2019\u00e9nonciateur textuel\u00bb (183), de \u00abvisibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9nonciateur textuel\u00bb (193) et d\u2019\u00abeffacement \u00e9nonciatif\u00bb (207). Les diverses typologies sont illustr\u00e9es par des exemples extraits des \u0153uvres de Jos\u00e9-Flore Tappy, Tristan Corbi\u00e8re, Eug\u00e8ne Guillevic, Jacques-Henri Michot, Lorand Gaspar, Marcel Migozzi et Jean Grosjean.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cinqui\u00e8me et le sixi\u00e8me chapitres examinent \u00able fonctionnement de certains marqueurs [\u2026] afin de cerner la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019actualisation en po\u00e9sie et ses r\u00e9percussions sur la r\u00e9ception du texte\u00bb (229). Dans le cinqui\u00e8me, <em>Les relations de personne en po\u00e9sie <\/em>(229-302), l\u2019auteure se penche sur les marques pronominales de personne associ\u00e9es au locuteur et aux allocuteurs. Elle abonde sur les fonctions de l\u2019apostrophe et consacre plusieurs pages \u00e0 la structure de la sc\u00e8ne \u00e9nonciative dans <em>Vents <\/em>de Saint-John Perse. L\u2019analyse r\u00e9v\u00e8le la tendance des po\u00e8mes \u00e0 prendre une dimension essentiellement dialogale, \u00abqu\u2019il s\u2019agisse d\u2019une interlocution entre des locuteurs mis en sc\u00e8ne par l\u2019\u00e9nonciateur textuel ou de l\u2019interlocution entre celui-ci et le lecteur\u00bb (301), l\u2019absence de cette dimension \u00e9tant en revanche le signe d\u2019une aptitude du texte \u00e0 se pr\u00e9senter comme un discours. Le sixi\u00e8me chapitre, <em>Le temps du po\u00e8me <\/em>(303-384), illustre les configurations temporelles les plus fr\u00e9quentes dans la po\u00e9sie des XX<sup>e<\/sup> et XXI<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. En reprenant la terminologie de Damourette et Pichon, Monte choisit de parler de \u00abtiroirs verbaux\u00bb et r\u00e9serve l\u2019emploi du mot \u00abtemps\u00bb \u00e0 la dimension physique et psychologique. Elle s\u2019arr\u00eate d\u2019abord sur les fonctions que remplit le pr\u00e9sent de l\u2019indicatif, pour se concentrer ensuite sur les traits qui, au niveau temporel, caract\u00e9risent les po\u00e8mes narratifs. L\u2019analyse porte sur des po\u00e8mes d\u2019Henri Michaux, de Max Jacob, de Pierre Reverdy et de Louis Aragon. Apr\u00e8s avoir examin\u00e9 les effets que produit l\u2019alternance entre les diff\u00e9rents temps du pass\u00e9 et le pr\u00e9sent, elle explore l\u2019emploi du futur chez plusieurs auteurs: Marcel Migozzi, Paul \u00c9luard, Aim\u00e9 C\u00e9saire, James Sacr\u00e9, Jacques Pr\u00e9vert, Philippe Jaccottet et d\u2019autres encore. Cette premi\u00e8re partie est suivie d\u2019une \u00e9tude des tiroirs verbaux dans des textes \u00e9l\u00e9giaques d\u2019Eug\u00e8ne Guillevic et d\u2019Emmanuel Hocquart.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le septi\u00e8me chapitre, <em>Dialogues et dialogisme dans le po\u00e8me<\/em> (385-442), l\u2019analyse utilise la notion de <em>discours autre<\/em> qu\u2019a d\u00e9velopp\u00e9e Jacqueline Authier-Revuz. Monte prend en consid\u00e9ration en particulier les marques du dialogisme interlocutif, du dialogisme interdiscursif et du dialogisme intralocutif et propose toute une suite d\u2019exemples extraits des \u0153uvres d\u2019Eug\u00e8ne Guillevic, Robert Desnos, Marcel Migozzi, Andr\u00e9 Salmon, Guillaume Apollinaire, Val\u00e9rie Rouzeau. La seconde partie du chapitre est consacr\u00e9e \u00e0 une analyse fine et d\u00e9taill\u00e9e de la pratique citationnelle dans <em>\u00c9g\u00e9e <\/em>de Lorand Gaspar: le dialogisme interdiscursif \u00aby rel\u00e8ve tant\u00f4t de la distance, tant\u00f4t de l\u2019adh\u00e9sion aux discours cit\u00e9s, mais, paradoxalement, il assoit la coh\u00e9rence de l\u2019\u0153uvre\u00bb &nbsp;(409). Le huiti\u00e8me chapitre, <em>La confrontation des points de vue dans le po\u00e8me<\/em> (443-493), est centr\u00e9 sur \u00ables conflits de points de vue dont les po\u00e8mes sont le si\u00e8ge, que ces points de vue soient exprim\u00e9s dans des dialogues ou soient port\u00e9s par des \u00e9nonc\u00e9s sans \u00e9change de paroles\u00bb (443). En adoptant la perspective th\u00e9orique mise au point par Alain Rabatel, l\u2019auteure s\u2019arr\u00eate d\u2019abord sur le cas des po\u00e8mes monologaux, o\u00f9 l\u2019\u00e9nonciateur textuel dialogue de fa\u00e7on implicite avec le lecteur, pour se tourner ensuite vers des textes caract\u00e9ris\u00e9s par la pr\u00e9sence de personnages d\u00e9veloppant des points de vue que l\u2019\u00e9nonciateur peut accepter ou rejeter. La dimension dialogique est envisag\u00e9e dans des typologies diff\u00e9rentes: le po\u00e8me de combat, le po\u00e8me-d\u00e9bat, le po\u00e8me-question et le po\u00e8me qui sollicite l\u2019adh\u00e9sion du lecteur. Le cinqui\u00e8me paragraphe concerne l\u2019oxymore, qui est con\u00e7u ici comme un cas particulier de confrontation de points de vue. Le chapitre se cl\u00f4t sur une section qui conjugue la question de la stratification \u00e9nonciative et les enjeux li\u00e9s aux points de vue dans l\u2019examen de textes de Jacques Pr\u00e9vert, d\u2019Andr\u00e9 Salmon et d\u2019Yves Bonnefoy. En derni\u00e8re instance, l\u2019analyse permet de saisir des positionnements esth\u00e9tiques diff\u00e9rents et r\u00e9v\u00e8le la dimension argumentative de nombreux po\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le neuvi\u00e8me chapitre, <em>Relations intertextuelles et interg\u00e9n\u00e9ricit\u00e9<\/em> (495-565), Monte aborde la probl\u00e9matique de l\u2019intertextualit\u00e9, du moins dans ses formes les plus manifestes, pour consid\u00e9rer ensuite le rapport que les textes po\u00e9tiques peuvent entretenir avec des genres non litt\u00e9raires. Elle \u00e9tudie la pratique de la parodie chez Robert Desnos, Paul \u00c9luard et Benjamin P\u00e9ret et la pratique du collage chez Val\u00e9rie Rouzeau et Olivier Cadiot; elle s\u2019arr\u00eate \u00e9galement sur la fonction des \u00ab\u00e9nonc\u00e9s dictionnairiques\u00bb (513) dans les textes de Francis Ponge et de Ren\u00e9 Char. Pour analyser le travail g\u00e9n\u00e9rique, l\u2019auteure choisit la \u00abforme ouverte\u00bb (520) du sonnet. Certains textes d\u2019Yves Bonnefoy, de Robert Marteau et de Val\u00e9rie Rouzeau montrent que \u00absa stabilit\u00e9 formelle (qui admet toutefois de nombreuses variantes) s\u2019accommode d\u2019une tr\u00e8s grande vari\u00e9t\u00e9 th\u00e9matique et pragmatique\u00bb (522). La partie conclusive de ce chapitre d\u00e9veloppe une \u00e9tude de la topique du <em>locus amoenus<\/em> dans des textes qui appartiennent au registre \u00e9pidictique selon la d\u00e9finition de Marc Bonhomme. Le dixi\u00e8me et dernier chapitre, <em>Variations \u00e9nonciatives et diversit\u00e9 des formes po\u00e9tiques <\/em>(567-631), propose l\u2019analyse de deux recueils: <em>L\u2019\u00e2me errante et ses attaches <\/em>de Gaston Puel et <em>Quelque chose noir <\/em>de Jacques Roubaud. L\u2019\u00e9tude prend en consid\u00e9ration la relation vers-prose et les choix \u00e9nonciatifs afin d\u2019\u00e9clairer les traits constitutifs d\u2019exp\u00e9riences po\u00e9tiques diff\u00e9rentes, mais qui finalement contribuent toutes \u00e0 construire \u00abl\u2019\u00e9thos du po\u00e8te comme chercheur dans le langage\u00bb (631).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la conclusion g\u00e9n\u00e9rale (633-635), Monte retrace les diverses phases de la d\u00e9marche analytique qu\u2019elle a suivie, en pr\u00e9cisant que, si la premi\u00e8re partie de son ouvrage concerne la r\u00e9ception du texte po\u00e9tique et donc les \u00e9l\u00e9ments qui suscitent et d\u00e9terminent l\u2019interpr\u00e9tation de la part d\u2019un lecteur non sp\u00e9cialiste, la seconde partie \u2013 consacr\u00e9e au dispositif \u00e9nonciatif \u2013 suit un sch\u00e9ma plus traditionnel et offre des outils permettant de d\u00e9crire toute la complexit\u00e9 d\u2019une production qui r\u00e9clame, de la part de l\u2019ex\u00e9g\u00e8te et du lecteur, une attention accrue. En effet, la po\u00e9sie contemporaine, par la \u00abdiversit\u00e9\u00bb (635) qui la caract\u00e9rise, par son h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 (635), par sa tendance \u00e0 engendrer un \u00abquestionnement\u00bb (635), \u00abexige souvent de reconna\u00eetre en elle une fa\u00e7on de nous faire repr\u00e9senter le monde qui s\u2019\u00e9loigne aussi bien des proc\u00e9dures rationnellement r\u00e9gl\u00e9es que de celles qui s\u2019appuient sur des routines ancr\u00e9es dans la langue ordinaire\u00bb (22). Elle comporte une remise en question des sch\u00e9mas cat\u00e9goriels normalement reconnus et partag\u00e9s et finit par imposer une conception autre de la po\u00e9ticit\u00e9. Cet ouvrage imposant, qui parfois requiert plusieurs lectures, se change ainsi en un instrument fondamental pour penser la sp\u00e9cificit\u00e9 du texte po\u00e9tique \u00e0 l\u2019heure actuelle, ind\u00e9pendamment de mod\u00e8les trop souvent scl\u00e9ros\u00e9s et de d\u00e9finitions pr\u00e9fabriqu\u00e9es. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pour mieux comprendre les enjeux heuristiques et m\u00e9thodologiques de cet ouvrage, nous nous permettons de signaler un entretien avec l&#8217;auteure, qui analyse le\u00a0<em>Petit trait\u00e9 du racisme en Am\u00e9rique<\/em>\u00a0(Grasset, 2023) de Dany Laferri\u00e8re: <a href=\"https:\/\/www.fabula.org\/colloques\/document12412.php\">https:\/\/www.fabula.org\/colloques\/document12412.php<\/a>.   <\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>[Annafrancesca NACCARATO]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mich\u00e8le Monte, La Parole du po\u00e8me. Approche \u00e9nonciative de la po\u00e9sie de langue fran\u00e7aise (1900-2020), Paris, Classiques Garnier (Coll. \u00abInvestigations stylistiques\u00bb), 2022, 692 p. L\u2019ouvrage de Mich\u00e8le Monte, La Parole du po\u00e8me. Approche \u00e9nonciative de la po\u00e9sie de langue fran\u00e7aise (1900-2020), offre une contribution capitale aux \u00e9tudes sur la dimension \u00e9nonciative de la po\u00e9sie, pour\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2024\/07\/06\/michele-monte-la-parole-du-poeme-approche-enonciative-de-la-poesie-de-langue-francaise-1900-2020\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[45],"tags":[],"class_list":["post-1136","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n52"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1136"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1136"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1136\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1173,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1136\/revisions\/1173"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1136"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1136"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1136"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}