{"id":1096,"date":"2024-07-08T10:41:10","date_gmt":"2024-07-08T08:41:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1096"},"modified":"2024-07-08T11:41:49","modified_gmt":"2024-07-08T09:41:49","slug":"patrick-charaudeau-le-sujet-parlant-en-sciences-du-langage-contraintes-et-libertes-une-perspective-pluridisciplinaire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2024\/07\/08\/patrick-charaudeau-le-sujet-parlant-en-sciences-du-langage-contraintes-et-libertes-une-perspective-pluridisciplinaire\/","title":{"rendered":"Patrick CHARAUDEAU, Le sujet parlant en sciences du langage. Contraintes et libert\u00e9s. Une perspective pluridisciplinaire"},"content":{"rendered":"\n<p>Patrick CHARAUDEAU, <em>Le sujet parlant en sciences du langage. Contraintes et libert\u00e9s. Une perspective pluridisciplinaire<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas, 2023, pp. 296.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le sujet parlant en sciences du langage. Contraintes et libert\u00e9s. Une perspective pluridisciplinaire<\/em> enrichit la tr\u00e8s vaste production scientifique de Patrick CHARAUDEAU par rapport \u00e0 un th\u00e8me et \u00e0 un concept fondateurs de son approche vis-\u00e0-vis du langage\u00a0: le sujet parlant et son inscription au sein de l\u2019activit\u00e9 humaine. C\u2019est dans le cadre de la pluridisciplinarit\u00e9, qui a toujours caract\u00e9ris\u00e9 ses ouvrages, et dans la poursuite des recherches qui int\u00e9ressent toutes les disciplines qui touchent au sujet parlant qu\u2019appara\u00eet le pr\u00e9sent ouvrage. Il se veut une mise au point par rapport aux r\u00e9flexions de l\u2019auteur, dont il pr\u00e9sente une relecture raisonn\u00e9e et mise \u00e0 jour, \u00e0 partir de la litt\u00e9rature existante et de ses propres travaux sur le sujet parlant, dans le cadre de l\u2019intertextualit\u00e9, comme il le pr\u00e9cise dans l\u2019<em>Avant-propos<\/em> (pp. 9-15). Trois int\u00e9r\u00eats justifient l\u2019entreprise qui est men\u00e9e au fil de cet ouvrage et qui fait l\u2019objet des travaux ant\u00e9rieurs et en cours de l\u2019auteur\u00a0: le langage, en toutes ses composantes et dans tous les d\u00e9bats qui permettent de lui donner de la \u00ab\u00a0signifiance\u00a0\u00bb et qui am\u00e8nent les \u00eatres humains \u00e0 entrer en relation les uns avec les autres\u00a0; le sujet, notamment le \u00ab\u00a0sujet parlant\u00a0\u00bb en tant que noyau des activit\u00e9s humaines, lesquelles passent par le langage, dans l\u2019intrication du singulier et du collectif\u00a0; l\u2019analyse du discours en tant que courant de la linguistique au sein duquel l\u2019auteur situe son point de vue, autrement dit \u00ab\u00a0un ensemble de pr\u00e9suppos\u00e9s th\u00e9oriques, de concepts et de m\u00e9thodologies qui ne demandent qu\u2019\u00e0 \u00eatre discut\u00e9s\u00a0\u00bb (pp. 14-15).<\/p>\n\n\n\n<p>Le parcours discursif et les r\u00e9flexions langagi\u00e8res que P. CHARAUDEAU invite \u00e0 entreprendre donnent lieu \u00e0 neuf chapitres r\u00e9partis en trois sections et \u00e0 une conclusion, compl\u00e9t\u00e9s par la <em>Bibliographie de l\u2019ouvrage<\/em> (pp. 273-284), par la <em>Bibliographie de l\u2019auteur <\/em>(pp. 285-286) et par l\u2019<em>Index nominum<\/em> (pp. 287-290).<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re partie, <em>Parcours interdisciplinaire<\/em> (pp. 19-75), se compose de trois chapitres, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par une <em>Introduction aux parcours<\/em> (pp. 19-25). Ce chapitre liminaire sert de jalon pour la d\u00e9marche que P. CHARAUDEAU adopte tout au long de son ouvrage, \u00e0 savoir celle de l\u2019interdisciplinarit\u00e9 qui caract\u00e9rise les sciences humaines et sociales, avec des confrontations r\u00e9ciproques entre concepts et disciplines. Cela permet d\u2019\u00e9clairer des ph\u00e9nom\u00e8nes humains et sociaux par le biais d\u2019une \u00ab&nbsp;focalisation&nbsp;\u00bb sur des notions et des concepts que chaque sp\u00e9cialiste aborde par rapport \u00e0 sa propre discipline mais qui sont red\u00e9finis \u00e0 la suite de cette confrontation. Quant aux concepts recevant un traitement interdisciplinaire, l\u2019auteur s\u2019appuie sur ceux d\u2019\u00ab&nbsp;influence&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;strat\u00e9gie&nbsp;\u00bb, de \u00ab&nbsp;norme&nbsp;\u00bb, d\u2019\u00ab&nbsp;identit\u00e9&nbsp;\u00bb et d\u2019\u00ab&nbsp;imaginaire&nbsp;\u00bb, qui font \u00e9galement l\u2019objet de la psychologie sociale, de la sociologie, de l\u2019anthropologie et de la philosophie. Avant d\u2019entamer ce parcours, des mises au point sont pr\u00e9sent\u00e9es. La premi\u00e8re concerne la distinction entre \u00ab&nbsp;concept&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;notion&nbsp;\u00bb&nbsp;: P. CHARAUDEAU propose de se servir des deux mots, issus du lexique courant, indiff\u00e9remment, pour leur donner une autonomie en tant que \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentation abstraite&nbsp;\u00bb condensant des propositions qui lui sont applicables. Une autre mise au point int\u00e9ressante rel\u00e8ve de l\u2019intradisciplinarit\u00e9 des concepts, dont le mouvement est \u00e9tabli \u00e0 partir de courants diff\u00e9rents. Encore propose-t-il une pr\u00e9cision, essentielle, relativement \u00e0 la notion de \u00ab&nbsp;sujet&nbsp;\u00bb en termes d\u2019interdisciplinarit\u00e9, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019elle est employ\u00e9e en philosophie, en logique et en grammaire, avec des d\u00e9veloppements qui sont le propre de chaque discipline. Le parcours de lecture et de r\u00e9flexion qui est pr\u00e9sent\u00e9 est donc le r\u00e9sultat du parcours subjectif de l\u2019auteur, qui souligne la confrontation entre th\u00e9ories intra- et interdisciplinaires&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019un parcours philosophique, d\u2019un parcours sociologique et d\u2019un parcours linguistique, autrement dit les trois chapitres qui constituent la premi\u00e8re partie de cet ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p>Le parcours philosophique, trait\u00e9 au chapitre 1<sup>er<\/sup> (pp. 25-39), est entrepris \u00e0 partir d\u2019une pr\u00e9misse pour souligner le r\u00f4le de chercheur en sciences du langage de l\u2019auteur. Il se sert de l\u2019approche philosophique dans un esprit d\u2019interdisciplinarit\u00e9, au niveau de ses diff\u00e9rents courants, en tant que moment \u00ab&nbsp;ind\u00e9passable&nbsp;\u00bb qui permet de s\u2019interroger sur la notion de \u00ab&nbsp;sujet&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019appui de l\u2019\u0153uvre de Platon, d\u2019Aristote, de Descartes, d\u2019ouvrages tir\u00e9s de l\u2019histoire de la philosophie et de dictionnaires philosophiques qui, depuis l\u2019Antiquit\u00e9, interrogent cette notion. Dans ce parcours, qui passe de la pens\u00e9e entre r\u00e9alit\u00e9 et langage de la philosophie classique \u00e0 la raison logique de la grammaire de Port-Royal, et qui fait du langage le reflet de la pens\u00e9e, l\u2019auteur rappelle que c\u2019est la pens\u00e9e contemporaine qui d\u00e9veloppe les questions qui sont \u00e0 la base de la notion de \u00ab&nbsp;sujet&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 partir de la philosophie transcendantale, de la ph\u00e9nom\u00e9nologie, de la psychanalyse, de l\u2019herm\u00e9neutique et, finalement, de l\u2019inscription du sujet dans le discours par l\u2019\u0153uvre de Michel Foucault. L\u2019approche philosophique permet de constater l\u2019autonomisation du sujet, mais aussi sa remise en cause et sa red\u00e9finition dans le temps, jusqu\u2019\u00e0 la pens\u00e9e contemporaine, o\u00f9 il est possible d\u2019observer un rapport tant subjectif, entre le \u00ab&nbsp;Moi&nbsp;\u00bb et un \u00ab&nbsp;non-Moi&nbsp;\u00bb, qu\u2019intersubjectif, entre le \u00ab&nbsp;Moi&nbsp;\u00bb et un sujet \u00ab&nbsp;autre&nbsp;\u00bb, justifiant l\u2019ouverture du sujet vers les sciences humaines et sociales.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 le parcours sociologique, qui fait l\u2019objet du ch. 2 (pp. 40-53), par rapport auquel le premier constat de l\u2019auteur porte sur l\u2019interdisciplinarit\u00e9 entre philosophie et sciences sociales, t\u00e9moign\u00e9e par l\u2019identification des principaux penseurs fran\u00e7ais du XX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle \u00e0 la fois comme sociologues, psychologues, anthropologues ou philosophes. Pour ce qui est de la notion de \u00ab&nbsp;sujet&nbsp;\u00bb, la sociologie pose la question du \u00ab&nbsp;sujet social&nbsp;\u00bb&nbsp;: cette question est \u00e9galement partag\u00e9e, entre autres, par la philosophie politique car les deux disciplines focalisent leur attention sur l\u2019\u00eatre humain vivant en soci\u00e9t\u00e9. Pour comprendre quelle notion de \u00ab&nbsp;sujet&nbsp;\u00bb est mise en place par les sciences sociales, P. CHARAUDEAU s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la relation entre le monde et le sujet de la connaissance, dont celui-ci fait partie, dans une probl\u00e9matique objectiviste \u2013 s\u2019opposant \u00e0 la probl\u00e9matique subjectiviste de la philosophie. Pour souligner la complexit\u00e9 de la r\u00e9alit\u00e9 sociale et pour chercher de d\u00e9finir son \u00ab&nbsp;objectivisme&nbsp;\u00bb, il examine les param\u00e8tres qui la constituent, \u00e0 savoir la prise en compte des faits mat\u00e9riels, du poids de l\u2019histoire, et des r\u00e8gles et des lois sociales. Quant \u00e0 la nature du monde social, ce sont Marx et Weber qui sont repris pour expliquer les notions de \u00ab&nbsp;stratification sociale&nbsp;\u00bb et d\u2019\u00ab&nbsp;historicit\u00e9&nbsp;\u00bb de la r\u00e9alit\u00e9 sociale. L\u2019attention porte \u00e9galement sur la place du sujet, qui rel\u00e8ve d\u2019une conscience sociale qui le d\u00e9passe et le surd\u00e9termine, et d\u2019un d\u00e9terminisme historique que le sujet int\u00e9riorise comme membre d\u2019une entit\u00e9 collective surd\u00e9termin\u00e9e. D\u2019o\u00f9, suivant Durkheim, une conception du sujet comme conscience collective, oppos\u00e9e \u00e0 d\u2019autres courants, plus r\u00e9cents, qui verraient un recentrement du r\u00f4le de l\u2019individu. Ces positionnements permettent \u00e0 P. CHARAUDEAU de les encadrer au sein des sociologies \u00ab&nbsp;constructivistes&nbsp;\u00bb&nbsp;: la d\u00e9marche pr\u00e9sent\u00e9e est celle de Pierre Bourdieu, qui \u00e9labore les concepts de \u00ab&nbsp;champ&nbsp;\u00bb \u2013 l\u2019aspect objectif de la r\u00e9alit\u00e9 sociale \u2013 et de \u00ab&nbsp;habitus&nbsp;\u00bb \u2013 son aspect subjectif int\u00e9rioris\u00e9 par les individus \u2013 en tant que dimensions de la r\u00e9alit\u00e9 sociale soulignant tant l\u2019opposition entre \u00ab&nbsp;objectivisme&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;subjectivisme&nbsp;\u00bb que son d\u00e9passement par le concept de \u00ab&nbsp;capital symbolique&nbsp;\u00bb. Le bilan que l\u2019auteur tire du parcours sociologique montre que, bien que la tendance sociologique principale consiste \u00e0 consid\u00e9rer le sujet du point de vue du collectif, elle ne fait pas consensus mais pose des questions qui rel\u00e8vent \u00e9galement du sujet en science du langage.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le parcours linguistique, trait\u00e9 dans le ch. 3 (pp. 54-74), porte sur le concept de \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb en science du langage et repose sur la notion de \u00ab\u00a0sujet parlant\u00a0\u00bb en tant qu\u2019\u00eatre de langage qui construit la langue et cr\u00e9e des repr\u00e9sentations du monde. L\u2019itin\u00e9raire propos\u00e9 par l\u2019auteur permet de souligner non seulement l\u2019ambivalence de la notion de \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb en tant que \u00ab\u00a0d\u00e9pendance\u00a0\u00bb, d\u2019apr\u00e8s la grammaire de Port-Royal, et en tant que \u00ab\u00a0motif\u00a0\u00bb et donc origine d\u2019une action, mais aussi sa conception en linguistique comme absent, comme ordonnateur de la parole, comme agissant, comme t\u00e9moin de son identit\u00e9 et comme pris dans son rapport \u00e0 l\u2019autre. Si dans le sujet parlant comme absent il est possible de constater l\u2019opposition entre le structuralisme saussurien et la grammaire g\u00e9n\u00e9rative de Chomsky, dans le courant d\u2019Oswald Ducrot combinant l\u2019approche \u00e9nonciative d\u2019\u00c9mile Benveniste et la pragmatique de Austin et Grice le sujet est \u00ab\u00a0pris\u00a0\u00bb dans le \u00ab\u00a0dire\u00a0\u00bb. D\u2019apr\u00e8s P. CHARAUDEAU, cette approche a le m\u00e9rite d\u2019introduire le r\u00f4le de \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0Tu\u00a0\u00bb comme instances d\u2019\u00e9nonciation, au point que le sujet de l\u2019\u00e9nonciation peut \u00eatre porteur d\u2019une multiplicit\u00e9 de voix dans une polyphonie qui engendre diverses extensions de la th\u00e9orie de l\u2019\u00e9nonciation de Ducrot. Pour ce qui est du sujet parlant comme participant \u00e0 l\u2019\u00ab\u00a0action\u00a0\u00bb, sont \u00e9voqu\u00e9es les th\u00e9ories pragmatiques de l\u2019action, d\u2019origine anglo-saxonne et anglo-am\u00e9ricaine, \u00e0 partir de la conception du langage en tant qu\u2019acte dot\u00e9 d\u2019une force dont le sujet parlant est \u00e0 l\u2019origine et qui est orient\u00e9e vers l\u2019interlocuteur. En poursuivant le parcours li\u00e9 \u00e0 l\u2019action, la sociolinguistique fait du sujet un \u00ab\u00a0acteur social\u00a0\u00bb depuis les ann\u00e9es 1970 et, par la suite, en France, gr\u00e2ce \u00e0 William Labov, ce sujet est \u00e0 la base des repr\u00e9sentations conscientes ou inconscientes et de la situation dans laquelle il parle, au sein de relations de hi\u00e9rarchies. Il s\u2019adapte donc \u00e0 son environnement social et est surd\u00e9termin\u00e9 par cet environnement. Encore faut-il rapporter \u00e0 une autre branche de la sociolinguistique, \u00e0 savoir la microsociolinguistique, la mani\u00e8re dont le sujet parlant interagit avec d\u2019autres individus dans des situations interactionnelles diff\u00e9rentes. Il en r\u00e9sulte, encore une fois, un sujet en action dans un processus de communication avec des partenaires, dans une relation d\u2019influences r\u00e9ciproques, l\u00e0 o\u00f9 le sujet devient un \u00ab\u00a0Je-Tu\u00a0\u00bb pourvu de traits identitaires. Ces remarques d\u2019ordre sociolinguistique se poursuivent par la notion de \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb en tant qu\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0sociologique\u00a0\u00bb, \u00e0 l\u2019appui de Pierre Bourdieu, autrement dit en tant qu\u2019individu social qui se sert du discours. Ce mod\u00e8le est aussi bien d\u00e9fendu que compl\u00e9t\u00e9 par P. CHARAUDEAU, qui montre que le sujet parlant est \u00e9galement pourvu des aspects psycho-socio-langagiers lui permettant d\u2019\u00e9tablir des rapports d\u2019influence et que ce sont ses choix, plus ou moins conscients, qui contribuent \u00e0 l\u2019efficacit\u00e9 du langage. Le parcours du sujet parlant trac\u00e9 par l\u2019auteur se termine, comme dans un cercle, par sa conception en tant que \u00ab\u00a0sujet du discours\u00a0\u00bb dans le cadre de l\u2019\u00ab\u00a0\u00c9cole fran\u00e7aise d\u2019analyse du discours\u00a0\u00bb, le courant qu\u2019il a contribu\u00e9 lui-m\u00eame \u00e0 enrichir et \u00e0 faire conna\u00eetre. D\u2019apr\u00e8s cette conception, le sujet n\u2019existerait que de mani\u00e8re illusoire, car il est surd\u00e9termin\u00e9 par le discours et par l\u2019interdiscours. C\u2019est toujours dans la lign\u00e9e des \u00e9tudes du \u00ab\u00a0sujet de discours\u00a0\u00bb que l\u2019auteur inscrit la <em>Critical Discourse Analysis<\/em>, par laquelle l\u2019acteur social d\u00e9pend d\u2019un contexte socialement constitutif. Le bilan qui est tir\u00e9 au terme du parcours linguistique de la notion de \u00ab\u00a0sujet\u00a0\u00bb dans les sciences du langage montre que celui-ci est dot\u00e9 d\u2019une identit\u00e9 plurielle, qu\u2019il est plus ou moins conscient des op\u00e9rations qu\u2019il accomplit, et qu\u2019il est soumis \u00e0 des contraintes issues de l\u2019\u00e9nonciation.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est la dimension \u00e9nonciative qui fait l\u2019objet de la deuxi\u00e8me partie de l\u2019ouvrage (pp. 77-133), organis\u00e9e autour de deux chapitres.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le ch. 4, <em>Le sujet parlant et la fabrique du sens<\/em> (pp. 79-104), P. CHARAUDEAU souligne que le \u00ab\u00a0sujet parlant\u00a0\u00bb est un \u00ab\u00a0sujet conscience-de-soi\u00a0\u00bb\u00a0: il est \u00e0 la fois constitu\u00e9 et donc construit mais aussi en train de se construire par rapport \u00e0 sa relation avec l\u2019autre. Il pr\u00e9sente d\u2019abord les principes qui sous-tendent le sujet parlant pour ensuite s\u2019int\u00e9resser \u00e0 sa construction du sens et, enfin, \u00e0 la d\u00e9termination de ses comp\u00e9tences. Dans le paragraphe consacr\u00e9 aux principes fondateurs, il s\u2019attarde sur le postulat d\u2019\u00ab\u00a0intentionnalit\u00e9\u00a0\u00bb, emprunt\u00e9 \u00e0 Searle, qui est examin\u00e9 du point de vue d\u2019une analyse du langage, en consid\u00e9rant l\u2019intention comme un \u00ab\u00a0agir par la parole\u00a0\u00bb (p. 80). Cette conception justifie les \u00ab\u00a0principes de coop\u00e9ration\u00a0\u00bb introduits par Paul Grice dans le cadre des analyses conversationnelles mais aussi la notion de \u00ab\u00a0cadrage\u00a0\u00bb introduite par Goffman. D\u2019apr\u00e8s P. CHARAUDEAU, tout acte de communication suppose un cadre d\u2019intentionnalit\u00e9 par rapport auquel l\u2019instance de production et l\u2019instance de r\u00e9ception se reconnaissent mutuellement, ainsi que les conditions qu\u2019il faut satisfaire pour \u00ab\u00a0l\u00e9gitimer\u00a0\u00bb un projet de parole. En particulier, quatre principes sont \u00e0 la base du projet de parole, \u00e0 savoir le principe d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 par rapport \u00e0 l\u2019autre, le principe d\u2019influence motivant l\u2019intentionnalit\u00e9 du sujet parlant, le principe de r\u00e9gulation de l\u2019\u00e9change par rapport \u00e0 l\u2019autre, et le principe de pertinence de co-construction du sens. Il est int\u00e9ressant de remarquer que l\u2019auteur justifie son choix de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 des \u00ab\u00a0principes\u00a0\u00bb plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 des \u00ab\u00a0r\u00e8gles\u00a0\u00bb, mot tr\u00e8s polys\u00e9mique et li\u00e9 \u00e0 une prescription normative, et \u00e0 des \u00ab\u00a0maximes\u00a0\u00bb, mot qui est devenu synonyme de \u00ab\u00a0sentence\u00a0\u00bb, l\u00e0 o\u00f9 \u00ab\u00a0principe\u00a0\u00bb renvoie \u00e0 l\u2019\u00e9l\u00e9ment fondateur d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne tout comme aux connaissances \u00e9l\u00e9mentaires qui fondent une discipline. Quant aux conditions de la construction du sens, abord\u00e9es dans le deuxi\u00e8me paragraphe, l&#8217;auteur attire l\u2019attention sur le fait que celle-ci est tant un r\u00e9sultat que, surtout, un processus. C\u2019est le sujet parlant, mu par les principes ci-dessus, qui doit travailler la mat\u00e9rialit\u00e9 langagi\u00e8re pour construire du sens dont le r\u00e9sultat n\u2019est pas toujours connu au pr\u00e9alable. Pour aborder ce processus, l\u2019auteur cite l\u2019exemple \u00ab\u00a0Les guerres, \u00e7a suffit comme \u00e7a\u00a0\u00bb pour souligner tant les op\u00e9rations du sujet parlant comme locuteur que comme interlocuteur. Cet exemple \u2013un slogan imprim\u00e9 sur une affiche \u00e9lectorale de 1992 \u2013 est employ\u00e9 pour montrer qu\u2019il faut que les locuteurs et les interlocuteurs partagent des donn\u00e9es pour qu\u2019il y ait intercompr\u00e9hension dans l\u2019\u00e9change langagier. Ces constats am\u00e8nent l\u2019auteur \u00e0 s\u2019interroger sur le sens du m\u00eame \u00e9nonc\u00e9 en ou hors situation de communication et plus en g\u00e9n\u00e9ral sur la notion de \u00ab\u00a0sens\u00a0\u00bb, qu\u2019il distingue de la notion de \u00ab\u00a0signification\u00a0\u00bb. Son point de d\u00e9part est repr\u00e9sent\u00e9 par la phrase dans le cadre de l\u2019analyse s\u00e9mantique, pour ensuite aboutir \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 et au contexte de l\u2019\u00e9nonc\u00e9, tandis que l\u2019intervention de la pragmatique fait en sorte que la notion de \u00ab\u00a0sens\u00a0\u00bb tienne aux conditions de v\u00e9rit\u00e9 des phrases. La distinction du sens en s\u00e9mantique et en pragmatique permet ainsi d\u2019identifier, pour tout acte de langage, un niveau de compr\u00e9hension litt\u00e9ral et explicite, correspondant au \u00ab\u00a0sens de langue\u00a0\u00bb, et un niveau de compr\u00e9hension indirecte et li\u00e9e aux contextes, autrement dit le \u00ab\u00a0sens de discours\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0signification\u00a0\u00bb. P. CHARAUDEAU r\u00e9fl\u00e9chit ainsi sur la notion de \u00ab\u00a0contexte\u00a0\u00bb et sur son \u00e9largissement progressif du linguistique au paratextuel, au textuel, au m\u00e9satextuel, \u00e0 l\u2019hypertextuel, mais aussi au situationnel. Dans sa conclusion \u00e0 l\u2019\u00e9gard du processus de construction du sens, il souligne que la signification r\u00e9sulte tant d\u2019un processus de \u00ab\u00a0transformation\u00a0\u00bb du monde \u00e0 signifier, hors situation, en monde signifi\u00e9, que, par cons\u00e9quent, d\u2019un processus de \u00ab\u00a0transaction\u00a0\u00bb pour ce qui est des instances de l\u2019\u00e9change, de leurs rapports et des effets qui peuvent s\u2019ensuivre. Pour ce qui concerne, enfin, le troisi\u00e8me paragraphe relatif aux comp\u00e9tences du sujet parlant, l\u2019attention est d\u2019abord focalis\u00e9e sur la notion de \u00ab\u00a0comp\u00e9tence\u00a0\u00bb dans le cadre de la sociologie d\u2019Ogien et dans celui de la linguistique, l\u00e0 o\u00f9 c\u2019est Chomsky qui a introduit cette notion au sein de la grammaire g\u00e9n\u00e9rative en termes de comp\u00e9tence cognitive, tandis que c\u2019est la pragmatique qui permet de d\u00e9placer l\u2019attention sur la comp\u00e9tence pragmatique, \u00e0 laquelle il est possible d\u2019associer la comp\u00e9tence sociolinguistique et socio-communicative sous l\u2019influence de la sociologie du langage. Il en r\u00e9sulte une comp\u00e9tence composite du sujet parlant, dont les composantes sont repr\u00e9sent\u00e9es par les calculs qu\u2019il doit op\u00e9rer dans le cadre du processus de transformation et de transaction. Les op\u00e9rations langagi\u00e8res du sujet parlant sont donc le r\u00e9sultat de quatre types de calculs qui d\u00e9terminent quatre niveaux de comp\u00e9tence. Le sujet doit partir de la construction du sens en langue, dans le cadre de la langue comme syst\u00e8me de r\u00e8gles et de normes sociales, op\u00e9rant un calcul interne pour aboutir \u00e0 la comp\u00e9tence linguistique, alors que le deuxi\u00e8me type de calcul, contextuel, engendre la comp\u00e9tence \u00e9nonciative et textuelle du sujet parlant, qui emploie les \u00e9l\u00e9ments du syst\u00e8me de la langue en fonction de la situation d\u2019\u00e9nonciation, mettant en sc\u00e8ne le langage. Le troisi\u00e8me type de calcul, interdiscursif, fait en sorte que le sujet parlant soit en mesure de manier les savoirs de connaissance et les savoirs de croyance circulant dans la soci\u00e9t\u00e9 et de saisir la mani\u00e8re dont les individus per\u00e7oivent le monde et le jugent, dans le discours\u00a0: l\u2019individu est investi d\u2019une comp\u00e9tence topicalisante en tant que sens commun qui est partag\u00e9 par un groupe de pens\u00e9e. Enfin, le dernier type de calcul, situationnel, rel\u00e8ve de la situation de communication dans sa globalit\u00e9 et des instructions discursives qui concourent \u00e0 produire de la signification et \u00e0 conf\u00e9rer au sujet parlant une comp\u00e9tence communicationnelle. La comp\u00e9tence discursive est ainsi la r\u00e9sultante de ces comp\u00e9tences pr\u00e9alables et permet de mettre en \u0153uvre un \u00ab\u00a0acte de langage\u00a0\u00bb dont les composantes rel\u00e8vent de ses quatre dimensions linguistique, \u00e9nonciative, communicationnelle et topicalisante, correspondant aux quatre types de pratiques langagi\u00e8res sous-tendus par les quatre types de m\u00e9moire linguistique, \u00e9nonciative, communicationnelle et topicalisante et par les quatre principes du postulat d\u2019intentionnalit\u00e9 du sujet parlant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lien entre comp\u00e9tences du sujet parlant et \u00ab\u00a0acte de langage\u00a0\u00bb permet de poser les pr\u00e9misses pour aborder la mise en sc\u00e8ne de l\u2019acte de langage, \u00e0 laquelle est d\u00e9di\u00e9 le ch. 5 (<em>La mise en sc\u00e8ne de l\u2019acte de langage. Le sujet parlant aux prises avec son identit\u00e9<\/em>, pp. 105-133), qui aborde la relation entre le sujet parlant et son identit\u00e9. Cette derni\u00e8re notion fait l\u2019objet de la premi\u00e8re partie du chapitre, \u00e0 partir de sa d\u00e9finition dans le cadre de la philosophie ph\u00e9nom\u00e9nologique et donc de la prise de conscience de soi, pour \u00eatre ensuite trait\u00e9e dans diverses disciplines des sciences humaines et sociales. Par \u00a0rapport \u00e0 celles-ci, P. CHARAUDEAU attire l\u2019attention sur deux questions, \u00e0 savoir le traitement de l\u2019identit\u00e9 en tant que \u00ab\u00a0m\u00eamet\u00e9\u00a0\u00bb, dans le rapport de similitude entre deux \u00e9l\u00e9ments, et en tant qu\u2019\u00ab\u00a0ips\u00e9it\u00e9\u00a0\u00bb, dans le rapport \u00e0 soi de la part de sujets dot\u00e9s d\u2019une conscience. Ces concepts philosophiques sont fonctionnels aux principes d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et de r\u00e9gulation, ce qui d\u00e9montre que la question de l\u2019identit\u00e9 rel\u00e8ve de soi, mais aussi des autres et de soi par le biais du regard des autres. L\u2019auteur rappelle que l\u2019\u00e9mergence du sentiment identitaire est li\u00e9e au moment o\u00f9 l\u2019identit\u00e9 est mise en cause tant au niveau individuel que collectif. Si le premier paragraphe du chapitre s\u2019int\u00e9resse au sujet en tant que centre de la construction identitaire, le deuxi\u00e8me porte sur le sujet dans l\u2019acte d\u2019\u00e9nonciation. Relativement \u00e0 l\u2019identit\u00e9, la conscience identitaire ne peut appara\u00eetre que par rapport \u00e0 l\u2019autre et \u00e0 sa diff\u00e9rence vis-\u00e0-vis de soi-m\u00eame, mais P. CHARAUDEAU constate que le rapport \u00e0 l\u2019autre engendre \u00e9galement la port\u00e9e de cette diff\u00e9rence et le d\u00e9clenchement d\u2019un mouvement soit d\u2019attraction soit de rejet. C\u2019est, en particulier, dans ce mouvement de rejet envers l\u2019autre port\u00e9 \u00e0 l\u2019extr\u00eame que les jugements peuvent prendre la forme de st\u00e9r\u00e9otypes mais aussi d\u2019essentialisation de l\u2019identit\u00e9 de l\u2019autre, bien que seul dans la diff\u00e9rence il soit possible de prendre conscience de sa propre existence. De surcro\u00eet, cette diff\u00e9rence permet de consid\u00e9rer soi et l\u2019autre comme appartenant \u00e0 un groupe, d\u2019o\u00f9 la question de l\u2019identit\u00e9 collective et du \u00ab\u00a0Nous\u00a0\u00bb, lequel n\u2019est pas (seulement) con\u00e7u du point de vue grammatical, mais surtout en termes \u00e9nonciatifs d\u2019identification du sujet \u00e9nonciateur au sein du collectif dans lequel il s\u2019inclut. C\u2019est ainsi que pour acc\u00e9der au \u00ab\u00a0Nous\u00a0\u00bb il faut passer par le \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb, lequel est le seul qui puisse, <em>via<\/em> ses choix de parole, s\u2019instituer en un \u00ab\u00a0Nous\u00a0\u00bb collectif, au-del\u00e0 des outils grammaticaux qu\u2019il emploie. Sous cet aspect, P. CHARAUDEAU montre que l\u2019identit\u00e9 collective, d\u00e9finie \u00e0 partir de l\u2019argumentation dans le discours, est le r\u00e9sultat d\u2019un acte de partage qui est effectu\u00e9 \u00e0 partir de deux modalit\u00e9s, l\u2019une <em>in praesentia<\/em>, l\u2019autre <em>in absentia\u00a0<\/em>: en t\u00e9moigne, dans ce dernier cas, l\u2019exemple de l\u2019Appel du 18 juin 1940 du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, qui est \u00e9voqu\u00e9 pour souligner que le \u00ab\u00a0Nous\u00a0\u00bb dont il est question r\u00e9sulte de groupes d\u2019individus s\u00e9par\u00e9s mais qui ont un commun un m\u00eame id\u00e9al. Des remarques ponctuelles sont \u00e9galement pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9gard du st\u00e9r\u00e9otype\u00a0: il permet aussi bien de percevoir une menace r\u00e9sultant de la d\u00e9fense de la part du \u00ab\u00a0Je-Nous\u00a0\u00bb de l\u2019existence de sa collectivit\u00e9 que de montrer une fonction identitaire de d\u00e9fense du groupe, de stigmatisation du groupe autre et de r\u00e9v\u00e9lation de la mani\u00e8re dont son propre groupe est vu par le sujet. C\u2019est pour autant surtout dans les effets de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9 qu\u2019il est possible de trouver les r\u00e9flexions portant sur les r\u00e9actions du sujet collectif\u00a0: celles-ci peuvent prendre la forme du repli du groupe sur soi, de la domination d\u2019un groupe par l\u2019autre, ainsi que de l\u2019ouverture du groupe vers les autres et c\u2019est \u00e0 partir de ces r\u00e9actions que, comme CHARAUDEAU le souligne, \u00ab\u00a0se diff\u00e9rencient, \u00e0 grande \u00e9chelle, les identit\u00e9s collectives, [\u2026] comme on le voit dans l\u2019histoire, et encore aujourd\u2019hui en diff\u00e9rentes parties du monde\u00a0\u00bb (p. 118), avec des effets parfois m\u00eame d\u00e9l\u00e9t\u00e8res port\u00e9s par la radicalisation. Pour ce qui concerne le paragraphe sur le sujet pris dans l\u2019acte d\u2019\u00e9nonciation, la question du d\u00e9doublement identitaire du sujet impose la pr\u00e9sence \u00e9galement d\u2019un \u00ab\u00a0Il-tiers\u00a0\u00bb porteur de discours de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019un \u00ab Je\u00a0\u00bb et d\u2019un \u00ab\u00a0Tu\u00a0\u00bb. D\u2019apr\u00e8s P. \u00a0CHARAUDEAU, s\u2019inspirant de Ducrot, le sujet parlant fait l\u2019objet d\u2019une dissociation au moment o\u00f9 il prend la parole, entre notamment un sujet agissant et donc \u00ab\u00a0communiquant\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0Je-personne\u00a0\u00bb, et un sujet \u00ab\u00a0\u00e9nonciateur\u00a0\u00bb inscrit dans un acte d\u2019\u00e9nonciation, le \u00ab\u00a0Je-personnage\u00a0\u00bb, qui est mis en sc\u00e8ne par l\u2019acte d\u2019\u00e9nonciation, mais ce d\u00e9doublement peut \u00e9galement concerner le \u00ab\u00a0Tu\u00a0\u00bb dans la mani\u00e8re dont le sujet communiquant construit l\u2019image de son sujet partenaire de la communication. Celui-ci est l\u2019interlocuteur du sujet communiquant mais aussi un \u00ab\u00a0Tu-personnage\u00a0\u00bb en tant que \u00ab\u00a0sujet destinataire\u00a0\u00bb id\u00e9al. Or, puisque, de son c\u00f4t\u00e9, il existe m\u00eame un sujet r\u00e9cepteur en tant que sujet agissant qui est responsable du processus d\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019acte de langage, il \u00e9merge un mod\u00e8le de communication \u00e0 quatre protagonistes et des cat\u00e9gorisations d\u2019un sujet \u00e0 quatre instances, qui peuvent relever de l\u2019identit\u00e9 psychologique singuli\u00e8re du sujet lui-m\u00eame ou de l\u2019identit\u00e9 sociale collective. Par rapport \u00e0 celle-ci, il est possible de distinguer des cat\u00e9gories entrem\u00eal\u00e9es d\u2019ordre biologique, d\u2019appartenance \u00e0 une classe sociale ou institutionnelle, mais aussi personnologiques li\u00e9es \u00e0 des traits d\u2019identit\u00e9 psychologiques et moraux. Ces cat\u00e9gorisations peuvent \u00e9galement faire l\u2019objet de l\u2019identit\u00e9 discursive, notamment lorsque l\u2019acte de langage est \u00e9nonc\u00e9 et que des proc\u00e9d\u00e9s linguistiques interviennent pour marquer des positionnements et qualifier par le lexique les sujets qui agissent dans la communication. Trois exemples sont \u00e0 ce propos pr\u00e9sent\u00e9s pour illustrer ce mod\u00e8le, tir\u00e9s d\u2019un roman, d\u2019une publicit\u00e9 et de l\u2019ironie comme jeu dans l\u2019interaction. Ce chapitre permet \u00e0 l\u2019auteur de d\u00e9montrer que les identit\u00e9s sociale et discursive d\u00e9pendent l\u2019une de l\u2019autre et que leur distinction est ainsi op\u00e9ratoire, confirmant que le sujet parlant est au centre de l\u2019activit\u00e9 langagi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me partie de l\u2019ouvrage, relative \u00e0 <em>La dimension communicationnelle <\/em>(pp. 135-199), vise \u00e0 rappeler que le sujet parlant est aussi bien contraint que partiellement libre dans ses choix communicationnels.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ch. 6, <em>Le sujet parlant contraint. Du \u00ab\u00a0contrat de communication\u00a0\u00bb au \u00ab\u00a0contrat de parole\u00a0\u00bb<\/em> (p. 137-174), commence par des r\u00e9flexions sur la notion de \u00ab\u00a0communication\u00a0\u00bb et sur ses quatre conceptions, selon ses domaines d\u2019emploi et les sujets parlants qui s\u2019en emparent. La communication peut \u00eatre con\u00e7ue comme support de l\u2019information, dans un environnement qui, caract\u00e9ris\u00e9 m\u00eame par l\u2019irr\u00e9versibilit\u00e9 du d\u00e9veloppement technologique, voit tout comme communiquable. Cette conception de la communication s\u2019oppose \u00e0 celle de l\u2019activit\u00e9 journalistique, qui voit dans la communication la source potentielle d\u2019une manipulation. Une troisi\u00e8me conception de la communication la consid\u00e9rerait ainsi comme manipulatoire, voire, dans une quatri\u00e8me conception, comme une illusion de la part des philosophes. Face \u00e0 ces visions issues de disciplines diverses, P. CHARAUDEAU rappelle que l\u2019acte de communication engendre des individus, leur interaction et leur influence r\u00e9ciproques par le biais du langage, d\u2019o\u00f9 la conception de l\u2019acte de communication comme acte de langage, notamment la totalit\u00e9 d\u2019un acte langagier produit en situation r\u00e9elle d\u2019\u00e9change. L\u2019auteur s\u2019emploie \u00e0 caract\u00e9riser et \u00e0 d\u00e9finir la situation de communication \u00e0 partir des quatre principes fondateurs du postulat d\u2019intentionnalit\u00e9 pour montrer non seulement que l\u2019acte de communication est un acte de reconnaissance r\u00e9ciproque des partenaires de l\u2019\u00e9change langagier mais aussi que l\u2019ensemble des conditions d\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019acte de langage s\u2019inscrit dans une \u00ab\u00a0situation de communication\u00a0\u00bb. Celle-ci est alors abord\u00e9e dans le cadre de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise d\u2019analyse du discours\u00a0: l\u2019image de la sc\u00e8ne de th\u00e9\u00e2tre est \u00e0 ce propos employ\u00e9e par l\u2019auteur pour montrer que la situation de communication est soumise \u00e0 des contraintes d\u2019espace, de temps, de relations, de paroles, par rapport \u00e0 laquelle les \u00e9changes langagiers ont lieu. La situation de communication est ainsi pourvue de composantes, \u00e0 savoir l\u2019identit\u00e9 du sujet parlant\u00a0; la finalit\u00e9 qui est vis\u00e9e par l\u2019acte de langage, laquelle diff\u00e9rera selon la modalit\u00e9 \u00e9nonciative, la position de l\u00e9gitimit\u00e9 du sujet communiquant et la place du sujet destinataire\u00a0; le propos, autrement dit le contenu de parole par rapport \u00e0 un domaine de savoir\u00a0; le dispositif, c\u2019est-\u00e0-dire les circonstances mat\u00e9rielles dans lesquelles a lieu l\u2019\u00e9change, qui, dans le cadre de la communication, peut porter sur les dispositifs de base de \u00ab\u00a0conversation\u00a0\u00bb, de \u00ab\u00a0m\u00e9diation\u00a0\u00bb et de \u00ab\u00a0sc\u00e8ne\u00a0\u00bb. Ces composantes confirment que les partenaires de l\u2019\u00e9change doivent tenir compte de contraintes psychosociales pour que l\u2019intercompr\u00e9hension se produise, ce qui justifie la souscription, au pr\u00e9alable, d\u2019un \u00ab\u00a0contrat de communication\u00a0\u00bb pour souligner le type d\u2019\u00e9change langagier qui les engage. La notion de \u00ab\u00a0contrat de communication\u00a0\u00bb s\u2019av\u00e8re donc \u00eatre fonctionnelle pour rendre compte de tous les actes de langage et de toutes les situations de communication. L\u2019auteur justifie son choix du concept de \u00ab\u00a0contrat\u00a0\u00bb dans la science du langage en le distinguant d\u2019autres notions et en soulignant la pertinence du choix de ce mot en ayant recours aux cas de filiations, tant implicites qu\u2019explicites, qui attribuent \u00e0 l\u2019acte de langage une d\u00e9finition contractuelle. Cette partie rev\u00eat un int\u00e9r\u00eat particulier car elle permet d\u2019expliquer et d\u2019expliciter des choix terminologiques qui sont \u00e0 la base de la distinction des notions op\u00e9rationnelles tant dans les sciences du langage que dans d\u2019autres domaines des sciences humaines et sociales. Il en est ainsi de celle entre \u00ab\u00a0contrat\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0genre\u00a0\u00bb, et de celle entre \u00ab\u00a0contrat\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0sc\u00e9nographie\u00a0\u00bb, par rapport auxquelles l\u2019auteur explique les points communs et les divergences entre sa d\u00e9marche et celle qui est suivie par Dominique Maingueneau. En particulier, dans l\u2019approche de P. CHARAUDEAU la notion de \u00ab\u00a0contrat\u00a0\u00bb permet de rendre compte des conditions situationnelles tant d\u2019\u00e9nonciation que d\u2019interpr\u00e9tation et de faire comprendre qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019\u00e9change langagier\u00a0: le sujet parlant est ainsi soumis \u00e0 des contraintes. Avant de pr\u00e9senter les marges de \u00ab\u00a0libert\u00e9 surveill\u00e9e\u00a0\u00bb de celui-ci, l\u2019auteur fournit quelques exemples de \u00ab\u00a0contrats-genres\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir d\u2019id\u00e9aux-types, de cat\u00e9gories conceptuelles qui donnent des indications minimales sur les conditions de r\u00e9alisation de l\u2019\u00e9change, c\u2019est-\u00e0-dire le contrat-genre de la situation de communication scientifique\u00a0et le contrat-genre de la situation de vulgarisation scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p>Parler de la marge de manouvre dont dispose le sujet parlant revient \u00e0 s\u2019interroger sur ses strat\u00e9gies d\u2019\u00ab\u00a0individuation\u00a0\u00bb, qui sont trait\u00e9es au ch. 7 (<em>Le sujet parlant en libert\u00e9 surveill\u00e9e. Les strat\u00e9gies d\u2019\u00ab\u00a0individuation\u00a0\u00bb<\/em> (pp. 175-199). Le point de d\u00e9part est dans ce cas repr\u00e9sent\u00e9 par la notion de \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb et par son application \u00e0 l\u2019analyse du discours pour v\u00e9rifier son emploi par le sujet parlant, \u00e0 l\u2019appui du postulat d\u2019intentionnalit\u00e9 et de ses principes, notamment celui d\u2019influence. Il \u00e9merge que les strat\u00e9gies discursives ne sont pas toujours le r\u00e9sultat d\u2019une rationalit\u00e9 logique, mais qu\u2019elles mettent en sc\u00e8ne des discours qui font appara\u00eetre l\u2019\u00ab\u00a0individuation\u00a0\u00bb du sujet, c\u2019est-\u00e0-dire le processus par lequel le sujet cherche \u00e0 se singulariser faisant preuve de sa libert\u00e9 et par rapport au principe d\u2019alt\u00e9rit\u00e9, au moment de l\u2019acte d\u2019\u00e9nonciation, pour agir vis-\u00e0-vis de son interlocuteur, mais toujours dans un cadre de contraintes. Les strat\u00e9gies d\u2019individuation sont pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 partir des enjeux qui sont pos\u00e9s au sujet parlant\u00a0: il peut se servir d\u2019une strat\u00e9gie de l\u00e9gitimation pour justifier son droit \u00e0 prendre la parole\u00a0; d\u2019une strat\u00e9gie de cr\u00e9dibilit\u00e9 pour consid\u00e9rer sa propre parole comme fond\u00e9e\u00a0; d\u2019une strat\u00e9gie de captation pour \u00ab\u00a0toucher l\u2019autre\u00a0\u00bb en faisant appel \u00e0 la raison ou \u00e0 l\u2019\u00e9motion. L\u2019auteur montre que l\u2019individuation du sujet parlant passe aussi par des proc\u00e9d\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire des cat\u00e9gories linguistiques qui sont inscrites dans la langue et qui sont rep\u00e9rables, mais aussi en partie contr\u00f4l\u00e9es et en partie impr\u00e9visibles par rapport \u00e0 leur effet de sens en contexte. Le contr\u00f4lable rel\u00e8ve notamment d\u2019instructions discursives explicites des contrats de communication et de la r\u00e9currence de certains proc\u00e9d\u00e9s dans des situations plus ou moins ritualis\u00e9es. Le sujet parlant peut ainsi se servir de marqueurs linguistiques particuliers dans certaines situations de communication, mais aussi de modes d\u2019organisation du discours qui permettent de produire un effet strat\u00e9gique. Parmi les exemples qui sont pr\u00e9sent\u00e9s par l\u2019auteur pour confirmer le bien-fond\u00e9 de ses r\u00e9flexions, rappelons, entre autres, l\u2019emploi du \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb, celui du conditionnel, l\u2019implicite ou la politesse, la contradiction et les mots insultants parmi les marqueurs linguistiques ; le descriptif, le narratif, l\u2019argumentatif et l\u2019\u00e9nonciatif, en revanche, pour ce qui est des modes d\u2019organisation du discours.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est <em>La dimension topicalisante<\/em> (pp. 201-272), correspondant au sujet parlant \u00ab&nbsp;aux prises avec les savoirs&nbsp;\u00bb (p. 201), qui conclut le parcours discursif propos\u00e9 par P. CHARAUDEAU.<\/p>\n\n\n\n<p>Le ch. 8, <em>Les \u00ab\u00a0imaginaires sociodiscursifs\u00a0\u00bb<\/em> (pp. 203-248), porte sur la mani\u00e8re dont le sujet parlant est en relation avec le monde et dont est effectu\u00e9 le travail de repr\u00e9sentation signifiante du monde. Celui-ci d\u00e9pend de l\u2019interaction entre le \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0Tu\u00a0\u00bb, qui produisent des \u00ab\u00a0imaginaires sociaux\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des repr\u00e9sentations collectivement partag\u00e9es dans une communaut\u00e9 linguistique. Pour les aborder, le point de d\u00e9part de l\u2019auteur est repr\u00e9sent\u00e9 par la d\u00e9finition du \u00ab\u00a0savoir\u00a0\u00bb, \u00e0 partir de Foucault, et par la relation que le savoir entretient avec les pratiques discursives, distinguant le savoir de la \u00ab\u00a0v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb et du \u00ab\u00a0pouvoir\u00a0\u00bb, soulignant les points de contact entre ces notions et leurs distinctions, mais aussi pr\u00e9sentant une d\u00e9finition de la \u00ab\u00a0r\u00e9alit\u00e9\u00a0\u00bb pour aboutir \u00e0 ses repr\u00e9sentations. Sont ainsi pr\u00e9sent\u00e9es les modalit\u00e9s de construction du savoir, par rapport auxquelles il importe de comprendre quel savoir construit ce que le sujet parlant dit, qui d\u00e9pendent de la source du savoir\u00a0: d\u2019o\u00f9 la distinction entre \u00ab\u00a0savoirs de connaissance\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0savoirs de croyance\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0savoirs d\u2019opinion\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0savoir de r\u00e9v\u00e9lation\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0savoir de fiction\u00a0\u00bb. Ces modalit\u00e9s de savoir permettent \u00e0 P. CHARAUDEAU de d\u00e9crire quelques-unes des configurations qui sont le r\u00e9sultat d\u2019un savoir particulier, \u00e0 savoir les \u00ab\u00a0figures des syst\u00e8mes de pens\u00e9e\u00a0\u00bb que sont les \u00ab\u00a0th\u00e9ories\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0doctrines\u00a0\u00bb, les \u00ab\u00a0id\u00e9ologies\u00a0\u00bb, les figures d\u2019\u00ab\u00a0opinion commune\u00a0\u00bb ou discours porteurs d\u2019imaginaires \u2013 la \u00ab\u00a0doxa\u00a0\u00bb, le \u00ab\u00a0st\u00e9r\u00e9otype\u00a0\u00bb et l\u2019\u00ab\u00a0id\u00e9ologie\u00a0\u00bb \u2013, et l\u2019\u00ab\u00a0imaginaire\u00a0\u00bb avec ses deux niveaux transculturels et socio-culturels. C\u2019est notamment de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s et de la fragmentation des imaginaires qui y circulent qu\u2019il est question pour montrer que cette instabilit\u00e9 permet d\u2019adapter les imaginaires aux disciplines auxquelles ils se r\u00e9f\u00e8rent et \u00e0 un moment donn\u00e9, ainsi sans en d\u00e9terminer <em>a priori<\/em> la cat\u00e9gorie, selon le corpus auquel ils sont appliqu\u00e9s. Il r\u00e9sulte que le sujet parlant est producteur d\u2019imaginaires sociaux par ses propres discours mais qu\u2019il est aussi contraint par ceux-ci, qu\u2019ils soient conscients ou inconscients, et qu\u2019il en est \u00e0 l\u2019origine en tant qu\u2019\u00e9nonciateur et en tant qu\u2019interpr\u00e9tant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier chapitre de l\u2019ouvrage est consacr\u00e9 au sujet interpr\u00e9tant (pp. 249-270), \u00e0 la fois coconstructeur et r\u00e9cepteur de l\u2019acte accompli par le sujet \u00e9nonciateur, ainsi que sujet qui est \u00e0 la base du processus de compr\u00e9hension et d\u2019interpr\u00e9tation. L\u2019attention est alors focalis\u00e9e sur l\u2019interpr\u00e9tation discursive \u00e0 partir de l\u2019herm\u00e9neutique par rapport \u00e0 la compr\u00e9hension, \u00e0 savoir le moment d\u2019appr\u00e9hension globale du sens, et au parcours qui est \u00e0 l\u2019\u0153uvre de la compr\u00e9hension du sens \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation de la signification, par rapport \u00e0 laquelle est prise en compte la pr\u00e9sence du sujet parlant ainsi que celle du sujet autre. Quant aux possibilit\u00e9s d\u2019interpr\u00e9tation des \u00e9nonc\u00e9s, des op\u00e9rations d\u2019inf\u00e9rence interviennent pour permettre au sujet r\u00e9cepteur de relier des donn\u00e9es internes \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 et des donn\u00e9es externes \u00e0 l\u2019acte d\u2019\u00e9nonciation, dont le r\u00e9sultat sera une compr\u00e9hension subjective, autrement dit \u00ab\u00a0un discours sur des discours\u00a0\u00bb (p. 259). Celui-ci doit \u00eatre activ\u00e9 par des inf\u00e9rences \u00e0 partir de donn\u00e9es externes au contrat de parole, de la connaissance de l\u2019interpr\u00e9tant sur l\u2019identit\u00e9 du sujet communiquant, et de la configuration discursive qui est \u00e0 la base d\u2019une signification latente. Toute activit\u00e9 d\u2019interpr\u00e9tation est en outre favoris\u00e9e par des supports qui d\u00e9pendent des composantes situationnelles de l\u2019acte de langage \u2013 le contrat de parole, les traits d\u2019identit\u00e9, le dispositif, des savoirs de croyance, des savoirs id\u00e9ologis\u00e9s et des donn\u00e9es relatives \u2013 et des imaginaires partag\u00e9s. P. CHARAUDEAU montre que le processus d\u2019interpr\u00e9tation est \u00e9galement soumis au statut du sujet interpr\u00e9tant dans le dispositif d\u2019\u00e9change selon les contraintes du contrat de communication, mais aussi \u00e0 ses caract\u00e9ristiques psychologiques et sociales, d\u2019o\u00f9 des interpr\u00e9tations en situation d\u2019\u00e9change interpersonnel priv\u00e9, en situation de r\u00e9ception d\u2019une parole publique, en situation de sujet analysant en tant que sujet \u00e9valuateur ou en tant que sujet chercheur. Enfin, puisque l\u2019interpr\u00e9tation est con\u00e7ue comme un processus, l\u2019auteur se demande si, parmi les interpr\u00e9tations, certaines sont plus \u00ab\u00a0justes\u00a0\u00bb que d\u2019autres, bien que ce ne soit qu\u2019aux sujets acteurs de juger de la justesse ou de la fausset\u00e9 d\u2019une interpr\u00e9tation, tandis que cette question est diff\u00e9remment pos\u00e9e lorsque l\u2019interpr\u00e9tation a lieu en situation de sujet analysant. Dans ce cas, c\u2019est en effet la coh\u00e9rence qui permet de trancher pour une interpr\u00e9tation parmi toutes les interpr\u00e9tations possibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la <em>Conclusion. Le Sujet parlant entre contrainte et libert\u00e9<\/em> (pp. 271-272), qui reprend tant le titre que la troisi\u00e8me partie du volume, l\u2019auteur confirme que dans le cadre de l\u2019analyse du discours le sujet parlant est au centre de l\u2019activit\u00e9 langagi\u00e8re comme acteur, h\u00e9ritier et t\u00e9moin, mais qu&#8217;il se trouve \u00e9galement au centre d\u2019une activit\u00e9 de communication qui lui impose des contraintes et qui le met dans un rapport d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 vis-\u00e0-vis d\u2019un autre sujet. C\u2019est dans les diverses situations de parole, d\u2019\u00e9change et de communication que le sujet parlant acquiert son existence et que celui-ci, \u00ab\u00a0contraint et libre, t\u00e9moigne, par la mise en sc\u00e8ne de ses actes de langage et par ses discours, de son h\u00e9ritage, de sa pr\u00e9sence au monde, aux autres et \u00e0 lui-m\u00eame\u00a0\u00bb (p. 272).<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9merge de cet ouvrage composite, qui place au centre des pr\u00e9occupations langagi\u00e8res et discursives le \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb, que celui-ci est en fait \u00e0 rapporter continuellement \u00e0 un \u00ab&nbsp;Nous&nbsp;\u00bb, par lequel le premier s\u2019exprime en vertu des influences auxquelles il est soumis. Or, l\u2019auteur se refl\u00e8te dans ce \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb, soulignant qu\u2019il tente d\u2019effectuer une recomposition en cl\u00e9 tant int\u00e9grative que r\u00e9actualis\u00e9e de ses propres ouvrages pour les placer dans une perspective d\u2019ensemble et pour y ajouter de nouveaux \u00e9l\u00e9ments, voire rectifier des propositions pr\u00e9alables.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le sujet parlant en sciences du langage. Contraintes et libert\u00e9s. Une perspective pluridisciplinaire<\/em> s\u2019av\u00e8re ainsi \u00eatre un ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence qui \u00e0 la fois r\u00e9sume et met \u00e0 jour, sous une lumi\u00e8re tant g\u00e9n\u00e9ralisante que particularisante, le point de vue de l\u2019auteur, t\u00e9moignant de son inscription dans le courant pragmatico-\u00e9nonciatif de l\u2019\u00c9cole fran\u00e7aise d\u2019analyse du discours. La vis\u00e9e vulgarisatrice de l\u2019auteur est confirm\u00e9e par une organisation intertextuelle ordonn\u00e9e et coh\u00e9rente, o\u00f9 chaque partie est introduite par des pr\u00e9misses et se termine par un bilan ou une conclusion provisoires, et o\u00f9 plusieurs exemples justifient le bien-fond\u00e9 des concepts introduits dans la partie la plus empirique du travail. Les publics auxquels l\u2019ouvrage est destin\u00e9 sont donc vari\u00e9s tant par l&#8217;\u00e2ge que par l&#8217;origine et la formation\u00a0: il pourrait s\u2019adresser \u00e0 des \u00e9l\u00e8ves en disciplines li\u00e9es aux sciences humaines et sociales ainsi qu\u2019\u00e0 des sp\u00e9cialistes de domaines et d\u2019origines diff\u00e9rents, dont le d\u00e9nominateur commun est de mieux comprendre ou saisir le r\u00f4le du sujet parlant en sciences du langage. C\u2019est pourquoi sa lecture peut \u00eatre conseill\u00e9e \u00e0 toute personne, sp\u00e9cialiste ou n\u00e9ophyte, qui s\u2019emploie \u00e0 mieux comprendre la vie en soci\u00e9t\u00e9 et le r\u00f4le qui y joue le sujet parlant.<\/p>\n\n\n\n<p>[Alida M. SILLETTI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Patrick CHARAUDEAU, Le sujet parlant en sciences du langage. Contraintes et libert\u00e9s. Une perspective pluridisciplinaire, Limoges, Lambert-Lucas, 2023, pp. 296. Le sujet parlant en sciences du langage. Contraintes et libert\u00e9s. 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