{"id":1045,"date":"2024-02-14T19:04:52","date_gmt":"2024-02-14T18:04:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1045"},"modified":"2024-02-27T09:01:18","modified_gmt":"2024-02-27T08:01:18","slug":"blandine-pennec-les-mots-de-la-covid-19-etude-linguistique-dun-corpus-francais-et-britannique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/2024\/02\/14\/blandine-pennec-les-mots-de-la-covid-19-etude-linguistique-dun-corpus-francais-et-britannique\/","title":{"rendered":"Blandine PENNEC, Les Mots de la Covid-19. \u00c9tude linguistique d\u2019un corpus fran\u00e7ais et britannique"},"content":{"rendered":"\n<p>Blandine PENNEC, <em>Les Mots de la Covid-19. \u00c9tude linguistique d\u2019un corpus fran\u00e7ais et britannique<\/em>, Artois Presses Universit\u00e9, Arras, 2022, pp. 270.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage de Blandine Pennec s\u2019ins\u00e8re dans le sillon des \u00e9tudes linguistiques inspir\u00e9es du pic communicatif d\u00e9clench\u00e9 par la Covid-19 et, plus largement, dans la communication de crise. La p\u00e9riode concern\u00e9e par cette \u00e9tude commence au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 2020, phase initiale de la crise en Europe, et se prolonge jusqu\u2019au d\u00e9but de juin 2020, couvrant donc aussi la phase de confinement en France et au Royaume Uni. L\u2019aspect contrastif ne concerne pas seulement les deux nations impliqu\u00e9es, mais aussi les genres discursifs qui composent le corpus&nbsp;: d\u2019une part, les <em>allocutions<\/em> prononc\u00e9es pour lancer le confinement par le Pr\u00e9sident fran\u00e7ais, Emmanuel Macron (12 et 16 mars), et par le Premier ministre britannique, Boris Johnson (16, 19 et 23 mars), forment le sous-corpus <em>politique&nbsp;<\/em>; de l\u2019autre part, deux quotidiens fran\u00e7ais, <em>Le Monde<\/em> et <em>Le Figaro<\/em>, et deux quotidiens britanniques, <em>The Guardian<\/em> et <em>The Telegraph<\/em>, forment le sous-corpus <em>journalistique<\/em> (dont les articles d\u00e9crivent la situation in\u00e9dite du confinement et accompagnent la population dans cette \u00e9preuve). L\u2019auteure explique dans son <em>introduction<\/em> qu\u2019elle consid\u00e8re les deux corpus comme comparables en ce qu\u2019ils partagent certains traits&nbsp;: leur forme est monologale, ils sont \u00ab&nbsp;pr\u00e9par\u00e9s&nbsp;\u00bb, afin de r\u00e9pondre \u00e0 des objectifs pragmatiques et rh\u00e9toriques, ils offrent des informations v\u00e9rifi\u00e9es et fiables, malgr\u00e9 l\u2019urgence, lesquelles requi\u00e8rent d\u2019obtenir l\u2019adh\u00e9sion de la population. Se pla\u00e7ant dans le cadre de l\u2019analyse du discours, Pennec emprunte, articule et applique les outils de la pragmatique, de la stylistique, de l\u2019\u00e9nonciation, de la rh\u00e9torique afin de faire ressortir les modes d\u2019appropriation de la langue par un sujet (parce que les marqueurs employ\u00e9s sont les traces des op\u00e9rations de construction du sens et des vis\u00e9es poursuivies), ainsi que la mise en forme argumentative des textes analys\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le premier chapitre, <em>Une communication unidirectionnelle, mais empreinte de dialogisme<\/em>, PENNEC \u00e9tablit les caract\u00e9ristiques g\u00e9n\u00e9rales de la communication de crise politique et journalistique sous un angle linguistique. Malgr\u00e9 la forme oralis\u00e9e du sous-corpus politique et \u00e9crite du sous-corpus journalistique, ce type de communication se pr\u00e9sente comme <em>contr\u00f4l\u00e9e<\/em>, mais abordable et simple, afin de convaincre le grand public&nbsp;; essentiellement <em>verbale<\/em> (les dimensions para-verbale et visuelle restent secondaires) dans son but informatif et de recherche d\u2019adh\u00e9sion&nbsp;; et <em>unidirectionnelle<\/em> et asym\u00e9trique, bien qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 les v\u00e9ritables experts en cas de crise sanitaire ne soient pas les politiciens ni les journalistes, mais les m\u00e9decins et le personnel soignant. Cet entrelacement dialogique caract\u00e9rise les deux sous-corpus, marqu\u00e9s par l\u2019expression linguistique, stylistique et rh\u00e9torique de diff\u00e9rents positionnements \u00e9nonciatifs qui se traduisent en manifestations \u00e9thotiques omnipr\u00e9sentes. La dimension pragmatique abonde \u00e9galement&nbsp;: les actes de langage illocutoires cherchent \u00e0 informer, rassurer, convaincre, exhorter ou f\u00e9liciter (la capacit\u00e9 de faire face \u00e0 la situation), mais communiquent souvent des contenus d\u00e9riv\u00e9s, qui sont en r\u00e9alit\u00e9 des injonctions et des appels \u00e0 respecter les consignes de s\u00e9curit\u00e9 sanitaire. Des effets perlocutoires sont aussi \u00e0 l\u2019\u0153uvre, ayant pour but l\u2019apaisement de la panique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me chapitre est consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019<em>Approche linguistique des discours politiques <\/em>et se donne pour but de \u00ab\u00a0montrer comment les structures employ\u00e9es et les \u00e9l\u00e9ments grammaticaux convergent et entrent en synergie pour cr\u00e9er des effets argumentatifs et pragmatiques identifiables\u00a0\u00bb (p. 49), en mettant en regard les discours fran\u00e7ais et britanniques ayant men\u00e9 \u00e0 l\u2019installation du confinement. En premier lieu, l\u2019auteure s\u2019attache au rep\u00e9rage des structures productrices d\u2019effets rh\u00e9toriques et argumentatifs, dus \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments formels et structurants, tels que\u00a0: la r\u00e9p\u00e9tition de lex\u00e8mes significatifs concernant la gravit\u00e9 de la situation, la solidarit\u00e9, l\u2019opposition n\u00e9cessaire \/ non-n\u00e9cessaire \u2013 du c\u00f4t\u00e9 fran\u00e7ais, mais penchant plut\u00f4t sur la justesse des d\u00e9cisions, le n\u00e9cessaire et l\u2019essentiel, l\u2019ennemi invisible \u2013 du c\u00f4t\u00e9 britannique\u00a0; les anaphores et les \u00e9piphores qui semblent fonctionner comme des formules rituelles incantatoires\u00a0; les \u00e9num\u00e9rations et les effets d\u2019expansion ou de concision qui contribuent \u00e0 interpeller l\u2019auditoire ainsi qu\u2019\u00e0 susciter l\u2019\u00e9motion. En deuxi\u00e8me lieu, des deux c\u00f4t\u00e9s, l\u2019auteure analyse les structures argumentatives, dont la valeur se mesure en termes de structuration de la continuit\u00e9 logique\u00a0; les questions porteuses de dialogisme, qui anticipent des questions possibles de la part de la population et sont donc imm\u00e9diatement suivies de r\u00e9ponses circonstanci\u00e9es\u00a0; les formules m\u00e9tadicursives, qui semblent favoriser l\u2019association du locuteur et de l\u2019auditoire\u00a0; et les proc\u00e9d\u00e9s de focalisation, qui permettent de mettre en saillance certains \u00e9l\u00e9ments. En troisi\u00e8me lieu, l\u2019attention se concentre sur les mots grammaticaux qui \u00e9tayent des op\u00e9rations argumentatives\u00a0: il s\u2019agit de l\u2019emploi de \u00ab\u00a0marqueurs de totalit\u00e9 et de parcours\u00a0\u00bb (p. 98)\u00a0; d\u2019adjectifs comparatifs et superlatifs, et d\u2019adverbes de haut degr\u00e9\u00a0; de modaux exprimant une prise de position\u00a0; du recours compl\u00e9mentaire au pronoms \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0we\u00a0\u00bb \/ \u00ab\u00a0I\u00a0\u00bb\u00a0; de formes imp\u00e9ratives (qui n\u2019identifient pas seulement la population, mais le locuteur aussi, lequel se soumet \u00e0 ses propres injonctions), performatives (sous formes de requ\u00eates ayant des effets sur la population) et aspectuelles (notamment en anglais\u00a0: aspects <em>be-ing<\/em> et <em>have-en<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me chapitre s\u2019occupe en revanche de l\u2019<em>Approche linguistique de la communication journalistique<\/em>, notamment de la presse \u00e9crite \u00ab\u00a0non directement interactionnelle\u00a0\u00bb (p.135), dont les discours sont pr\u00e9par\u00e9s en amont et susceptibles d\u2019\u00eatre retouch\u00e9s, ainsi que porteurs d\u2019un point de vue assum\u00e9\u00a0: autant de d\u00e9nominateurs communs avec les discours politiques. Il s\u2019ensuit que les discours journalistiques, comme les discours politiques, font intervenir les composantes argumentatives du <em>logos<\/em> (pour mettre en forme les points de vue exprim\u00e9s) et de l\u2019<em>ethos<\/em> (pour donner une certaine image aux lecteurs), mais surtout \u2013 en temps de crise sanitaire \u2013 du <em>pathos<\/em>, afin d\u2019engendrer une prise de conscience et de susciter un sentiment d\u2019empathie dans la collectivit\u00e9. L\u2019auteure examine donc par quelles strat\u00e9gies ces \u00e9l\u00e9ments sont mis en \u0153uvre des deux c\u00f4t\u00e9s fran\u00e7ais et britannique\u00a0: on retrouve, comme dans les discours politiques, les questions \u00e0 valeur dialogique\u00a0; le recours \u00e0 de nombreux actes illocutoires \u00e0 valeur de conseils (souvent en forme infinitive ou nominale <em>vs<\/em> relative nominale)\u00a0ou d\u2019injonctions (imp\u00e9ratifs et auxiliaires modaux)\u00a0; le jeu entre pronoms personnels de premi\u00e8re personne du singulier et du pluriel <em>vs<\/em> de deuxi\u00e8me personne\u00a0; les effets de focalisation\u00a0; la reconstruction de relations causales\u00a0; les strat\u00e9gies implicites pour exprimer des critiques ou des remises en cause, par le biais de strat\u00e9gies de pr\u00e9supposition, de pr\u00e9construction et de sous-entendus. Et encore, les comparatifs et les superlatifs g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par la mise en regard d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9pandu dans le monde entier, qui pousse \u00e9galement \u00e0 tenter des pr\u00e9visions, pr\u00e9dictions et d\u00e9ductions (en forme de conditionnel, futur, pr\u00e9sent accompagn\u00e9 de formes lexicales de pr\u00e9vision <em>vs<\/em> phrases hypoth\u00e9tiques, emploi du modal <em>will<\/em>, et formes verbales au pr\u00e9sent avec des \u00e9l\u00e9ments \u00e9voquant l\u2019avenir. Enfin, Pennec montre l\u2019articulation et l\u2019interaction des \u00e9l\u00e9ments relev\u00e9s dans son corpus dans le corps d\u2019un article fran\u00e7ais et britannique et met en relief que, parmi beaucoup de ressemblances entre les deux sous-corpus, politique et journalistique, ce dernier montre en plus des directions partiellement antagonistes. Et cela tout en sachant que celles-ci instaurent un climat d\u2019inqui\u00e9tude \u00e0 l\u2019\u00e9gard des risques et des dangers pr\u00e9sents et futurs, contrebalanc\u00e9 par les tentatives de rassurer, s\u2019apaiser, garder l\u2019espoir, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage est enrichi par un glossaire des notions de linguistique employ\u00e9es, ainsi que par des annexes contenant la transcription des discours politiques du corpus et les r\u00e9f\u00e9rences des articles de presse du corpus journalistique.<\/p>\n\n\n\n<p>[Chiara PREITE]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Blandine PENNEC, Les Mots de la Covid-19. \u00c9tude linguistique d\u2019un corpus fran\u00e7ais et britannique, Artois Presses Universit\u00e9, Arras, 2022, pp. 270. L\u2019ouvrage de Blandine Pennec s\u2019ins\u00e8re dans le sillon des \u00e9tudes linguistiques inspir\u00e9es du pic communicatif d\u00e9clench\u00e9 par la Covid-19 et, plus largement, dans la communication de crise. 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