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LES LIEUX DE LA QUÊTE

Table des matières

C’était un océan véritable, avec les contours capricieux des rivages

terrestres, mais désert et d’un aspect effroyablement sauvage.

( J. Verne, Voyage au centre de la terre)

Sur l’élément liquide

On voyage beaucoup dans les romans d'Alain Nadaud, on l’a vu, et lorsqu'on va par mer, c'est sur les ondes de la Méditerranée. Cela est compréhensible puisque les "personnage" de plusieurs de ses romans sont situés dans un passé historique qui se déroule autour du bassin méditerranéen ; que ce soit le "zéro" de son Archéologie, qui flotte dans l'espace par sa présence hypothétique depuis Pythagore jusqu'à son arrivée réelle avec les Arabes sur les côtes de l'Egypte ; que ce soit le poète Sextus Galba, parti à la découverte de la "mémoire" d'Érostrate ou les personnages du polar Auguste fulminant suivant les traces d'Énée et de Virgile le long d'itinéraires liés à ces routes maritimes. De façon transversale, même l' « icône » du temps des luttes de religion dans Byzance aux VIIIe et IXe siècles a affaire à la mer.

Toutefois ne pensons pas à lire dans ces romans des actions aventureuses, ni à chercher un appel romantique au voyage par mer ou quelque sens poétique particulier donné à l'élément liquide. Tout simplement, mais par un art savant de la description, la mer, les bateaux, les ports et les côtes revivent, sous la plume du romancier, tels qu'ils pouvaient être à l'époque où se déroulent les histoires narrées. En fait, il s'agit d'une reconstruction imaginaire, qui part pourtant d'un document historique que le narrateur a soin de montrer à un certain moment de la structure de son récit. De là, souvent par un procédé d'anamorphose, des lieux historiques réels, à présent perdus à jamais, s'animent et revivent. Élément portant dans l'œuvre de l'écrivain, la description mérite à elle seule une étude approfondie. Pourtant ces descriptions ne sont pas une fin en soi : dans un passage de La Mémoire d'Érostrate, on cite Cassiodore qui aurait souhaité un nouveau genre littéraire où l'érudition, la compilation, la méditation et l'action s'emboîteraient avec la description. Cette structure, sur laquelle est d'ailleurs calqué La Mémoire d'Érostrate, laisse à la description un rôle de premier plan, puisque c'est le lieu où l'histoire s'anime. De plus, et c'est le cas du voyage en mer, c'est par l'entremise de la description que la mer devient le lieu d'élection du sens profond d'une grande partie de l'œuvre de Nadaud.

L'attraction de la Méditerranée est un aspect déterminant des ouvrages que nous venons de citer. On peut avancer l’hypothèse, que l'intérêt pour les lieux de la côte méditerranéenne naît de la connaissance directe de ces sites que Nadaud peut avoir visités pendant ses voyages en Tunisie, en Egypte, ou en Turquie et en Grèce comme envoyé du gouvernement français. Aussi, dans L'Envers du Temps, le druide gaulois, vêtu de peaux d'ours, sa hache à deux tranchants pendue à sa taille, qui descend de la Bretagne vers l'Italie et se dirige vers les côtes tyrrhéniennes, reste-t-il ébloui à l'apparition de la mer tyrrhénienne, différente, dans l'aspect, de l'océan Atlantique qu'il avait connu:

Puis […] ce fut la mer au loin, et telle que je l'aimais, non pas insipide et plate, mais moutonnante, couverte d'écume et d'embruns, d'un vert instable et presque noir et ce, malgré l'éblouissement constant du soleil réfracté sur les vagues en une infinité de points d'aveuglement […]( p. 172).

Nous allons donc nous arrêter sur Archéologie du zéro, La Mémoire d'Érostrate et Auguste fulminant, ainsi que, marginalement sur L'Iconoclaste et L'Envers du temps pour mettre d'abord en lumière cette "présence". Nous l'analyserons ensuite comme un procédé structural joint à son volet stylistique, en jouissant ainsi d'elle comme d'un élément qui découle du "plaisir de l'écriture", la description fonctionnelle étant un "ornement" dans le sens rhétorique du terme. Mais, en passant aux conclusions, nous allons tâcher de démontrer que le voyage par mer est aussi la métaphore de chacune des recherches philosophiques que ces romans mettent en lumière. De sorte que la Méditerranée devient, dans l'œuvre de Nadaud un des symboles de sa quête. Et au surplus, nous voudrions rappeler qu'Auguste fulminant a obtenu le Prix Méditerranée en 1997.

La ville d'Alexandrie en Égypte est le site méditerranéen où se situe l'histoire de la secte des pythagoriciens dans Archéologie du zéro. Pythagore y aurait débarqué, après avoir quitté Samos, son île natale, suivant son pèlerinage d'île en île à la rencontre des savants de son époque, jusqu'à son dernier voyage à Délos où il mourut.

Le voyage du mathématicien est décrit au lecteur à partir d'images peintes sur une fresque censée avoir été à l'intérieur de la crypte que le narrateur aurait découverte avec le professeur égyptien. Cette fresque montre Pythagore, partant de Samos, sur un itinéraire qui touche les îles de la mer Égée jusqu'en Égypte. L'auteur y ajoute sa vision du débarquement du jeune savant près du petit port fluvial de Naucratis, à l'embouchure du Nil, tel qu'il devait exister au VIe siècle avant Jésus-Christ. La description de la fresque et le tableau du débarquement constituent les deux premiers documents du roman :

 [...] nous avons découvert dans une chapelle funéraire [...] une fresque [...] avec une inscription sur le côté faisant mention du départ de Pythagore pour l'Égypte. Les tons verts, bleus, ocre et mauve y prédominent [...] ( A.Z., p. 34)

Une reconstruction de mémoire donc, comme le dit l'auteur lui-même, qui profite de l'occasion pour poser aussi le problème du rapport entre la mémoire, la création et la narration, ou pour mieux dire - comme c'est le cas ici - de la description. Celle-ci conduit le lecteur à vivre avec Pythagore la vie du port de Samos pendant le jour des préparatifs du départ : le quai, les marchandises amassées et emballées, les portefaix.... Mais il ne s’agit pas de réécrire les pages de Nadaud : il suffira de citer un passage où le navire s'éloigne sous le regard orgueilleux de son armateur. Le mathématicien, assis "au repos sur son banc de nage" prend conscience de la navigation, des odeurs, des bruits qui viennent du voilier poussé par le vent ; "en se penchant par-dessus le bastingage de l'embarcation" le voyageur voit filer les vagues et en se retournant, il voit s'éloigner la ville de Samos. La fresque hypothétique et sa reconstruction imaginaire se juxtaposent à ce moment-ci et deviennent "réelles", puisque, on ne sait comment, le narrateur paraît se trouver lui-même sur le pont du navire quand il se plaît à dire que:

D'ici, on aperçoit d'ailleurs beaucoup mieux, en toile de fond, mais à demi ensevelis dans la brume, les plages du littoral de la côte ionienne ainsi que les contours montagneux et bleutés du continent (A.Z., p. 38).

Le débarquement à Naukratis est introduit par le deuxième « document ». Cette fois il s'agit d’un extrait de L'Atlas des Routes maritimes de la Grèce antique (Londres 1953) du navigateur solitaire Stewart Cropson, qui sillonna la Méditerranée en suivant les itinéraires des navigateurs anciens avec les instruments dont ceux-ci se servaient pour s'orienter. Cet auteur paraît s'être inspiré du témoignage d'un des premiers biographes de Pythagore, Phlionte d'Athènes. À Nadaud revient la tâche de puiser dans cet ouvrage les éléments qui lui servent pour sa reconstruction personnelle de l'événement, mais aussi, en guise de commentaire, pour s'arrêter et réfléchir sur l'épisode d'une bague sertie d'une pierre de lune qui aurait été offerte au jeune savant par Mélétos, son maître, à la contemplation de laquelle Pythagore aurait eu le soupçon de

... l'existence d'intermédiaires entre le monde réel et celui des dieux - et qui ne seront autres que les Nombres ... ( A.Z p.40)

Les Nombres donc, symboles de la relation entre la terre et le ciel, commencent à voyager par la Méditerranée en attendant l'introduction du "nombre du rien", le zéro,. Le narrateur convient que cet épisode peut aussi bien être "fictif et inventé de toutes pièces" (ibidem), première référence pour la compréhension future de l'histoire.

Pour en revenir au débarquement, au deuxième chapitre, le jeune savant voyage pendant trois jours, un délai plus que court pour ceux qui faisaient voile vers les côtes de l'Afrique, nous dit le narrateur. Il s’attarde sur deux belles pages à faire revivre l'atmosphère qui règne sur le vaisseau, l'activité des marins et des passagers, les installations de fortune sur le pont pour passer la nuit, les craintes et les vœux des hommes à bord. Pythagore, lui, passe les nuits à contempler les étoiles et à

... tenter d'apercevoir [...] l'autre rive, les jardins stellaires qui figurent cette région encore inaccessible et qu'on lui avait dit être le séjour des âmes dans l'au-delà. ( A.Z, p.41)

Enfin on entrevoit la côte et on en devine la nature par

la vibration plus intense de la lumière [...] la présence menaçante du désert tapi de l'autre côté de ces plateaux bas et stériles qui dominaient la mer ( A.Z, p. 42)

L'on voit enfin s'approcher le lieu de l'accostage, le delta marécageux du Nil, le petit village de bergers et de pêcheurs, Rhakotis, où va s'élever, nous dit-on en note, la future Alexandrie d'Égypte. La navigation dans le delta, l'effort des marins aux avirons, le bruit lourd des rames fendant l'eau bourbeuse, accompagné par le rythme d'une flûte, le paysage des papyrus, les oiseaux des lieux et, parfois, « le glissement inquiétant » d'un crocodile : Nadaud fait revivre magiquement la scène, y compris l'accueil des habitants, les femmes qui les premières voient venir le navire et s'enfuient dans les cannaies en prenant leurs enfants dans les bras, les hommes qui saluent peu après les étrangers et les accompagnent de leurs cris jusqu'aux quais de la ville de Naukratis, protégée par Aphrodite, où va débarquer notre savant, pour sa première étape en Égypte.

Annoncée par la note qui indique sa future construction, Alexandrie est la ville où iront se réfugier les pythagoriciens afin de pouvoir conserver les enseignements du maître, poursuivre les recherches qu'il avait amorcées sur les combinaisons mathématiques et pratiquer les rites religieux qui ramenaient les nombres à la divinité créatrice de l'univers. Poursuivis par les chrétiens fanatiques, d'abord, et devenus par la suite les Adorateurs du Zéro, ils y vivront tapis dans les nécropoles pour échapper aux persécutions, jusqu'à leur extermination au VIIe siècle.

Dans ces pages aussi, le lecteur partage la vie de la ville au fil des siècles par les comptes-rendus des divers documents. Il visite le site urbain et son dédale de ruelles, imagine la ville souterraine des nécropoles, prend part aux émeutes qui ensanglantent les rues, tour à tour provoquées par des partis opposés ou par le fanatisme des chrétiens visant à exterminer le paganisme. Nadaud imagine les lieux, tels qu'ils pouvaient être réellement dans les temps anciens et les anime ainsi qu'il avait animé, dans les pages précédentes, le départ de Pythagore de son île natale, Samos, et son débarquement à l'embouchure du Nil. Il a le don de faire voir le mouvement, de faire sentir au lecteur jusqu'aux odeurs des lieux. Le vent de la mer souffle dans tout le roman, dans la navigation sur mer comme dans les rues de la ville d'Alexandrie.

Bien moins solaires que dans Archéologie du Zéro sont les flots de la Méditerranée de L'Envers du temps et de L'Iconoclaste. En fait, ils ont une présence marginale dans ces deux livres. Néanmoins ils prennent une valence profonde en accord avec les circonstances. Si le voyage de Pythagore était à l'enseigne du soleil, de l'espoir dans une connaissance future qui ouvre de nouvelles voies aux possibilités latentes de la pensée humaine, l'embarquement de Julius Marcellus à Massilia commence déjà sous de mauvais auspices et son voyage pour rejoindre la Palestine est tout aussi aventureux que risqué. Il se situe vers la fin du roman, quand le héros – entraîné à l'envers dans le temps et qui a déjà subi plusieurs aventures et changements dans son existence en redevenant le gaulois qu'il était avant de devenir citoyen romain –, rencontre un certain Simon dans les geôles de Rome, qui l’entretient d'un certain Messie dont il est disciple. Sachant que Simon est parti vers Jérusalem, Julius cherche lui aussi à rejoindre ce lieu pour essayer de comprendre et pour voir si la rencontre avec cet homme qui se dit le fils de Dieu peut lui donner la réponse aux questions qu'il se pose depuis si longtemps. Ainsi, cette navigation est-elle le support d'une quête spirituelle, hautement significative:

 Interminable fut le voyage qui devait me conduire jusqu'aux rivages de la Palestine ( E.T., p. 233).

Le chapitre IX commence par ces mots, qui décrit les péripéties de cette traversée de Marseille en Sardaigne, la difficulté du héros à trouver un embarquement, les risques du voyage à bord d'un bateau à la cargaison douteuse naviguant de nuit. Arrivé dans un petit port de Sardaigne, Julius Marcellus doit descendre à terre et, bien qu'à contrecœur, accepter de mettre pied dans une barque qui fait route vers Syracuse. La bonace qui ne cesse, l'équipage à la rame, les requêtes d'argent de plus en plus menaçantes du capitaine font que Julius craint fort de ne pas arriver à destination. Mais enfin ils touchent la Sicile, que le voyageur traverse à dos de mulet, pour déboucher sur des hauteurs au-dessus de la mer, d'où il voit enfin

... les eaux profondes toutes sillonnées de voiles et, dans un renforcement, un port tout blanc, avec ses rues montantes et ses navires à quai... (E.T., 235)

Finalement le vaisseau qui le prend à bord appareille et la traversée se fait à vive allure, en accord avec l'impatience du voyageur, qui ne quitte point la proue tant est vif son désir de toucher enfin au but : « mon impatience se doublait d'une non moins forte appréhension » (E.T., 236). Et, en fait, la rencontre, ou pour mieux dire, les rencontres qu'il fera à Jérusalem et ce qui va s’ensuivre ne manqueront pas de le troubler.

Dans L'Iconoclaste, le site est une ville méditerranéenne au Moyen-âge, comme dans l'Archéologie du zéro : Byzance au temps des luttes religieuses entre iconoclastes et iconophiles. Le romancier reconstruit la ville à partir des restes de la ville grecque, qui, de nos jours encore, sont sur pied dans Istanbul. Les églises byzantines, devenues maintenant des mosquées, la piste de l'hippodrome, les ruines des remparts et des vieilles portes de la ville retrouvent leur intégralité dans la reconstruction imaginaire et deviennent le scénario des faits historiques. La principale, la porte Chalcée, aujourd'hui détruite, où trônait le mosaïque du Christ Pantocrator, devient presque un personnage du roman tellement sont forts sa présence et son rôle dans l'histoire. Enfin, on voit la mer de Marmara, qui léchait les marches de l'ancien palais de Justinien, le Boucaléon, abordaient les embarcations impériales.

La structure du roman, qui s'appuierait sur cette rédaction supposée perdue et retrouvée d'un itinéraire touristique écrit par Baedeker, s'inspire en réalité au guide véritable du même auteur. C'est l'organisation seule de l'histoire (celle de l’iconoclastie) qui revient au romancier, les textes relatant des évènement réels. Le guide donc propose plusieurs promenades et l'une d'elles concerne le palais de Justinien:

À partir de l'extrémité sud de l'Hippodrome, le voyageur pourra gagner à pied ce qui reste [...] de l'ancien palais de Justinien. Il tâchera de se diriger vers la mer de Marmara, en descendant droit devant lui, pour ne pas s'égarer dans le dédale de petites ruelles en pente ... ( L'I., p. 49).

L'auteur nous amène maintenant, selon sa coutume, dans la description des restes des sites, dans le réseau topographique actuel, dans les passages des caves souterraines jusqu'au sommet des murailles maritimes, pour imaginer la magnificence de ce que devait être l'ancien palais « face à la Propontide, bleue et calme, bien que souvent noyée de brumes » ( Ivi, p. 50). Le promeneur se fraiera un chemin parmi les broussailles le long d'un petit sentier, à la fin duquel il se trouvera devant

 ... ces trois larges baies, ouvertes en grand sur la mer immense, qui formaient jadis la partie la plus avancée du palais [...] Cette loggia [...] dominait le port artificiel du Boucaléon, qui devait son nom à une île toute proche sur laquelle s'élevait une sculpture représentant un taureau assailli par un lion; là pendant les soirs d'été, l'empereur aimait à venir profiter de la brise ( ibidem).

Ce n'est pas ce moment de repos paisible qu'évoque pourtant le témoignage du document annexé à cette promenade. Le palais est le théâtre, dans cette histoire, d’un épisode parmi les plus violents des luttes religieuses, l'assassinat d'un évêque iconoclaste, Michel de Pégast, par la main même de l'empereur, Justinien II. C'est un des compagnons du malheureux évêque qui raconte l'histoire: exaspéré par la résistance que lui opposait le prélat

 ...toujours tirant Michel par les cheveux, Justinien s'approcha de la fenêtre. Je crus qu'il voulait lui montrer, de l'autre côté, les lumières tremblantes au loin qui manquaient les contours des rivages de l'Asie. [...] Et c'est là, sans prévenir, avec une force que je ne soupçonnais pas, qu'il le poussa par dessus la balustrade, à travers la baie grande ouverte devant lui. Il y eut un cri dans la nuit. Une vague au même instant s'étant brisée au pied de la muraille, je ne suis pas sûr d'avoir entendu son corps tomber sur les rochers ( ivi, p. 62).

Si les ondes qui, dans le roman précédent, emportent le navire du druide gaulois vers la Palestine sont génératrices d'anxiété, celles qui touchent les marches du palais du Boucaléon sont donc décidément sinistres. De même que violente est la lutte qui met les uns contre les autres ceux qui soutiennent une divinité spirituelle et ceux qui ont besoin d'un appui visible matériel: l'icône, l'image, dressée contre son symbole informel.

Donnant une reconstruction réaliste, le journal de bord imaginaire du narrateur de La Mémoire d'Érostrate revient de façon récurrente dans le texte. Ainsi qu’on l’a vu dans le schéma de la structure, les descriptions (descriptio) alternent avec les méditations (meditatio) du narrateur, à leur tour suivies de scholies historiques et de compilations (compilatio). Ces descriptions insérés dans le texte sont le reportage du voyage par mer dont le narrateur note de jour en jour les péripéties : depuis la description réaliste du bateau fendant les ondes, les bruits de la coque et les voix de l'équipage à la saveur de l'embrun. Nous sommes encore une fois en présence du plaisir de la reproduction sur la page écrite des sensations de la navigation et de la découverte des lieux. Pendant que le navire longe les côtes en descendant toujours plus au sud, on rencontre l'île de Stromboli:

C'est la première fois que je descend si avant dans le sud et je m'étonne de l'hostilité de cette côte, que je ne soupçonnais pas, barre grise tendue de falaises, hérissée de caps aigus qui lancent vers nous, au ras du flot, leurs écueils insidieux et mortels [...] Nous avons passé à main droite le cône de Strongyle ... ( M.É., p. 117)

La halte à Messine est une des pires étapes de la navigation. Alertés par la rumeur selon laquelle la galère était chargée d’une cargaison précieuse, les marchands de denrées haussent les prix du ravitaillement au point que les marins repartent sans rien acheter, ce qui rend furieux les habitants. Massés sur la rive, ils insultent les navigateurs et leur lancent des mottes de terre et des cailloux (M.É., p. 147-148).

Si la navigation du poète romain s'inspire des itinéraires de voyage que les géographes de l'Antiquité avaient tracés et que le scholiaste cite dans ses commentaires, mystérieuses sont les ondes sur lesquelles se déplacent les personnages d'Auguste fulminant. Ici – comme on l’a vu –, deux voyages par mer se superposent dans le temps, et d'autres s'entrecroisent, en tissant un itinéraire réel le long duquel l'imaginaire se déchaîne en puisant dans des hypothèses historiques, en inventant des histoires contemporaines liées pourtant au passé, selon les meilleures stratégies narratives du polar érudit.

Pour interpréter les histoires des héros, rappelons-nous que deux personnages aussi se superposent : dans le mythe, Énée fuyant Troie en flammes, perdant on ne sait comment sa femme Créuse, emportant son fils, et, dans le polar, le muséologue René Teucère, lui aussi se sauvant d'Istanbul avec son fils Jules, laissant là sa femme, morte à la suite d'une rixe. Tous deux perdent leurs femmes dans cette ville à cause - paraît-il – d’un comportement inattentif. Teucère débarque en Tunisie comme le héros troyen, comme lui il connaît une femme qui tombe amoureuse de lui et la quitte sans la prévenir ; comme Didon, Anne Sindonis meurt désespérée. La Méditerranée guide la destinée de ce personnage imaginaire dans se pérégrinations, de même qu'elle guide le narrateur, ce reporter, dont on ne comprend pas très bien le rôle, à la rencontre d'un autre personnage, l'attaché culturel Virandes, envoyé en Grèce par punition, soupçonné d'avoir été lié à l'incendie d'un musée à Pléggah, mis sur pied par les deux archéologues. Ici, à partir d'une mosaïque repérée dans les fouilles, se construit l'autre polar, la fin étrange de Virgile.

Le dernier voyage en mer de Virgile, accompagné par son ami Rufus, est décrit à partir des circonstances dans lesquelles un crime est organisé. Furieux à l'idée que le monument érigé à sa gloire, l'Énéide, puisse être détruit à cause des lubies d'un poète en proie à des scrupules excessifs, Auguste « fulminant » décide que l'œuvre doit être sauvée coûte que coûte. Dans des épîtres échangées entre les deux éditeurs de l’ Énéide il est question d’éliminer Virgile. Rufus s'exécute, la mort dans l'âme, en lui administrant jour après jour le poison qui va finalement le tuer.

Cela se passera à bord du bateau qui amène les deux compagnons à Athènes, à la rencontre de l'empereur. Une dernière lettre raconte les stades du mal qui frappe Virgile, et dont les marins sont préoccupés : l'équipage "effectue ses manœuvres en silence, et la chiourme peine sur ses rames en essayant de provoquer le moins de secousses possibles" ( ibidem). Dans les moments où le mal lui procure quelque répit, le poète demande à son ami de lui faire la lecture de quelques passages du poème. Quoique désespéré, Rufus s'exécute en tâchant de convaincre Virgile que son ouvrage est beau et du reste la preuve en est que les matelots eux-mêmes, appelés par le son des vers s'approchent l'un après l'autre des voyageurs et alors

... comme portée par le souffle du poème et le rythme du vaisseau balancé par la houle, dans l'air bleu du soir ( Ivi, p. 195)

la voix du lecteur prend au fur et à mesure de l'ampleur et met de la magie dans la navigation en rendant autour d'eux "toutes choses singulières" (ibidem).

Une deuxième navigation emportera le poète moribond à bord de la galère impériale vers Brindisi,

 ... le splendide navire, orné du bois précieux, à la coque laquée de noir, bordée de lisérés d'or, dont les oriflammes pourpres en haut du mât, sous l'effet de la brise, lentement se déploient et claquent d'un coup sec en leur extrémité ( ivi, p. 201)

En même temps Auguste rentre à Rome en possession du précieux manuscrit, cet Auguste qui ne va même pas daigner de prendre des nouvelles de Virgile, sinon pour conseiller à Rufus de parachever au plus tôt la tâche entreprise.

Fouilles dans le « désert »

Désert Physique et Le Livre des Malédictions conduisent le lecteur dans deux « déserts », au sens classique du terme, lieux éloignés de la vie sociale, sites étrangers à la civilisation occidentale. Dans le premier roman, le narrateur, un archéologue, arrive en Iraq pour poursuivre des fouilles dans la région du Bas-Samrud à Tello-Bahrain près de Bassora, à la recherche des premières tablettes cunéïformes. Dans le deuxième, le paléographe Tracher va se perdre dans le Sinaï, après la découverte dans des grottes de Qumran des manuscrits attribués à la secte des Essènes disparue au Ier siècle après Jésus-Christ, secte connue pour son austérité.

Cherchant les traces des signes du passé, tout deux fouillent physiquement la terre, l’archéologue creusant avec pelle, pioche et de ses propres mains, le paléographe cherchant à même la terre. Dans chacun des deux romans, une catastrophe menace les chercheurs aussi bien que les repères qu’ils peuvent avoir trouvés. Une guerre est annoncée ou est en cours ; l’archéologue risque de se faire tuer par son comportement imprudent, le paléographe vit sous la menace d’une nouvelle apocalypse. Les guerres, dans Désert Physique et dans Le Livre des Malédictions, détruisent les traces de l’écriture, le témoignage précieux de la première activité intellectuelle de l’homme1.

Nadaud déclare (Archit.) que c’est au cours des deux années qu’il a passées en Irak qu’a germé en lui de la manière la plus insistante le désir d’écrire. Les interrogations qui le harcelaient à l’époque tournaient autour de la question de la naissance de l’écriture, des raisons qui avaient poussé l’homme à passer au signe alphabétique, au symbole, et encore, autour du pouvoir même que ce signe avait en lui. On a vu que ces questions en partie avaient été abordées dans les nouvelles de La Tache aveugle.

Nulle difficulté, donc, à lire Désert Physique comme un roman d’initiation. Comme dans ce genre romanesque, le héros doit se confronter avec un certain nombre d’épreuves : un premier voyage, la solitude, la méfiance des collègues et des autorités contre laquelle il doit se défendre ; la naïveté d’un rapport amoureux dans un pays dont il ne connaît pas les usages et qu’il ne peut pas gérer avec prudence ; l’initiation à l’écriture et aux réflexions qui la concernent. Nadaud lui-même avoue la part autobiographique qui revient à ce texte, concernant son séjour à Bassorah, en Irak, et sa collecte sur le site de Tello, de tablettes d’argile recouvertes d’écritures cunéiformes. Dans Architexture, il déclare que 

Ce roman aménage dans la fiction ce qui avait été abordé dans la « Lettre de Mésopotamie » par rapport à l’invention de l’écriture. Il reprend sur une base autobiographique […] ce qui n’avait pas cessé de tarauder jusqu’ici, […], c’est-à-dire la tentative d’un retour à la source, à ce point d’origine d’où ça s’écrit.

Ici une double interprétation du sens du « point d’origine » s’impose, puisque l’archéologue-narrateur ne découvre pas seulement les tablettes des premières écriture, mais aussi – et surtout – les restes du cercle de pierres noires qui fait remonter le site à un culte matriarcal. Les fouilles dans le corps de la terre deviennent ainsi un geste physique, analogue à une descente difficile à l’intérieur de lui-même. C’est encore une fois l’auteur qui nous convie à voir dans le rôle de la mère « ce surgissement de l’écriture que les tablettes de la bibliothèque tant convoitée » le portent à découvrir. Comme si la découverte du lieu sacrificiel coïncidait avec sa prise de conscience de la source personnelle de son écriture à lui.

En tant que livre d’initiation, Désert Physique est aussi un livre d’expérience de vie. La dimension sociale – les rapports avec les collègues, avec les autorités locales, avec les usages d’une civilisation étrangère – aussi bien que la dimension érotique rentrent dans un rodage juvénile. En fait, la réaction de l’archéologue à la découverte du cercle de pierre est aussi un geste de rébellion juvénile. La destruction du site qu’il effectue de ses propres mains n’est pas le geste de celui qui a compris et qui accepte. Le « désert » demeure donc en lui, et la descente dans les profondeurs ne servent pas, du moins encore pour le moment, à atteindre l’apaisement.

Cet état d’âme qui confine à la rage et à l’excitation, qui vient à la surface dans Désert physique n’est pas soulagé non plus par la présence apaisante d’amours partagées. La fin tragique de l’aventure de l’archéologue avec Leïla, aussi bien que, dans Le Livre des Malédictions, la distance physique et psychologique que Tracher met entre lui et Olga, sont autant d’échecs sur ce plan, et ne font qu’exacerber la solitude et l’obsession des chercheurs. Pour Tracher, ce n'est pas un sentiment d’amour qui l’unit à Olga, mais plutôt le désir que les deux amant ont de se consoler réciproquement. Le manque d'habitude à vivre à deux les porte à un érotisme qui s’efforce de cacher,

 sous les rires ou un redoublement de caresses et d'affection, la gaucherie réciproque de nos corps mal accordés, la gêne et la soudaine impudeur que nous ressentons ... (L.M., , p.98 )

Ce qui lie David Tracher à Olga c’est sa capacité d’apaiser « ce minuscule point de souffrance qui jamais ne me quitte . » (L.M., , p. 99)

Dans le « désert » de l’obsession qui les hante, chacun des deux héros est donc tout seul pendant ses fouilles et ses recherches. L’archéologue va trouver sous la terre ce qui, par la suite, prendra un sens plus profond dans les « fouilles » que l’écrivain va effectuer dans ses livres à venir : les traces de l’ancienne civilisation matriarcale, l’organisation du cercle de pierres qu’il va détruire de ses propres mains. Tracher ira se perdre, hanté aussi par l’idée de l'Apocalypse qui se prépare sur terre2. Les moines qui se retirent dans leur monastère à l'annonce de la guerre, congédient le paléographe en lui citant cette phrase de l'Apocalypse (6, 12-14):

... alors il se fit un violent tremblement de terre, et le soleil devint noir comme une étoffe de crin, et la lune devint toute entière comme du sang et les astres du ciel s'abattirent sur la terre comme les figues avortées que projette un figuier tordu par la tempête, et le ciel disparut comme un livre qu'on roule ...

Comme le geste violent du narrateur de Désert Physique, Tracher aussi, ressent en lui la même rage de Moïse brisant les Tables, où l'écriture de Dieu était "tracée en « lettres de feu»" ( L.M., p. 44), au moment où le prophète trouve les Hébreux en train d’adorer le veau d’or. C’est ici la colère que ressentent d’autres chercheurs dans l’œuvre de Nadaud, qui se retirent d’une société vouée à la seule idée du profit, où l’écriture, quelle que soit sa forme, s’est éloignée son but premier, celui de chercher la Vérité3. Le Livre des Malédictions (doc. n.10) met en garde les « scribes » infidèles et présomptueux qui ont cessé d’écrire comme ils le devraient pour glorifier le nom du Tout-puissant

Car Il ne pouvait supporter les velléités d'indépendance d'aucun de Ses scribes Celui qui règne dans la splendide et souveraine clarté du signe écrit. Craignez que Sa colère ne s'abatte sur la terre infestée des hommes qui ont depuis cessé de croire en Lui. Gardez-vous, ô mes frères, de tomber dans un travers semblable et obéissez à la moindre de Ses injonctions si vous ne voulez qu'Il déchaîne contre vous la horde hurlante des peuples illettrés. En dépit de toute votre science, et sans l'aide du Seigneur, vous ne réussirez alors à les contenir ou à les repousser [...] Dédaigneux de leurs pratiques, outré de ce que Ses serviteurs se soient mis à écrire pour leur propre compte et non plus pour Sa seule gloire, le Seigneur qui se refuse au partage a détourné Ses regards de ceux qu'il avait pourtant choisis [...] puisqu'ils ont cru pouvoir échapper à la tutelle de Celui qui les a créés et initiés au savoir d'où ils tirent à présent toute leur suffisance.

Et Dieu dit à celui qui fut jadis Son serviteur [...] «Or tu as oublié que Je t'ai délié la langue quand elle ne poussait que des grognements; que Je t'ai tenu la main et affermi tes doigts quand, trop grossiers, ceux-ci ne parvenaient encore à se saisir du calame. Et tu M'as trahi! Et tu as osé retourner contre Moi les armes mêmes dont Je t'avais pourvu. Maudit sois-tu pour les siècles des siècles! » ( LM., pp.155-156)

Transposant la malédiction divine à une prise de position moins apocalyptique et plus contingente, depuis toujours toutefois « l’écriture est première pour cette simple raison qu’à travers la matérialité de la graphie une signification se fait jour et s’élabore, qui n’existait pas avant » ( L.L.M., p 151) : cela vaut donc de tous temps pour l’acte de l’écrivain qui élabore sa pensée par l’exercice de l’écriture. Non seulement l’engagement vertueux de l’écriture est souhaitable dans le contexte social, mais il l’est aussi pour l’hygiène mentale de son créateur, puisque c’est une activité qui peut, à la longue, porter à une sorte de dépendance psychique, si on ne l’oriente pas vers la recherche et l’expression de la vérité ultime. Les menaces de Jahvé d’abîmer les scribes qui ne s’emploient pas à cette tâche sont une hyperbole de la pensée profonde du texte.

Qu’après cela, Tracher ait eu l'intuition d'aller chercher ces fragments de l'écriture céleste, c’est une lubie qui fait sourire son directeur Caillotte et lui fait dire qu’il aurait mieux fait d’être …. romancier:

Bien sûr, il n'y avait là-dedans rien de bien sérieux ni de très scientifique, mais l'idée était tellement originale [...] peut-être aurait-il dû être romancier ... ( L.L.M. p.161)

La réflexion sur le travail créatif du romancier émerge ici et là dans ce roman. Comme pour le paléographe – nous partageons l’avis du directeur Caillotte – pour l'écrivain aussi,

 Un détail frappait son imagination, une idée s'imposait à son esprit, que personne n'avait eue avant lui. [...] Il avait une sorte de don pour mettre en contact des choses qui n'étaient pas faites pour aller ensemble et que nul n'aurait songé à rapprocher. [...] À partir de là, il ne lui restait plus qu'à échafauder des hypothèses [...] qui ensuite s'emboîtaient les unes dans les autres, s'affermissaient au fur et à mesure qu'il progressait dans ses recherches [...]. C'était comme si la réalité se recomposait d'elle-même autour de ce qu'il s'était contenté au départ de supposer [...]. De cet amas d'arguments hétéroclites et de fantasmagories surgissait au bout du compte un édifice étonnant, certes quelque peu impalpable, mais qui néanmoins tenait debout, à la fois imaginaire et cohérent ( L.M. pp. 141-142)

C’est encore Tracher qui enregistre ces réflexions sur l'Esprit qui se donne forme à travers l'écriture (doc. n. 7, p. 111) ; il pousse là jusqu’aux dernières conséquences une discussion déjà amorcée dans la nouvelle La Disparition4, où un des personnages soutenait que ce n’est que quand elles étaient « décrites et couchées sur le papier que les choses prenaient quelque importance et commençaient d’exister »5. Dans le document n.9 (l’histoire de la destruction des Tables écrites du "doigt de Dieu"), il est dit que les deuxièmes Tables, celles qui furent écrites de la main de Moïse n'étaient pas susceptibles de constituer l'Alliance avec Dieu. Selon les manuscrits trouvés à Qumran, on serait à la recherche d'une nouvelle Alliance, celle-là même que le Prophète Elie était allé chercher lors de son voyage à Horeb. Cette idée des Essènes renversait la tradition, et même certains scribes extrémistes soutenaient que seule l'écriture était une puissance supérieure: « Car c'était l'écriture, selon eux, qui était Dieu » (L.M., p.150). Non seulement Dieu existe parce qu’existe l’écriture, donc, mais aussi, en renversant les données de l’axiome, Dieu est celui qui sait se servir de l’écriture : avec toute la tradition romantique que cette idée se comporte, et avec toutes les conséquences qu’on peut imaginer… En effet, Tracher, le chercheur de l’écriture de Dieu, se perd aussi bien que son alter ego, le détective envoyé à se recherche.

Les allusions au statut de l’écrivain, à ses techniques narratives, à l’éthique et à la politique de l’écriture ne sont pas les seuls indices qui nous amènent à lire ce roman comme une réflexion profonde sur l’essence de l’écriture. Dans un texte imprégné de la manie obsessionnelle du chercheur, car telle est la démarche du protagoniste, un passage paraît là où on l’attendrait le moins : c’est celui où Tracher parle de l'intérêt qu'il portait, tout enfant, à la paléographie, et où il raconte comment il aimait visiter ces sections des musées avec son père. Et là, il fait une comparaison entre son incapacité à déchiffrer les textes qui le fascinaient et l'impossibilité qu'il avait à entrer, parfois, dans la chambre de ses parents :

...comme si j'avais été relégué dans un couloir, obscur du fait que la porte de la chambre de mes parents aurait été devant moi refermée, sans que je pusse ni rien voir ni rien entendre de ce qui se passait à l'intérieur? Et j'avais beau tambouriner des deux poings sur le battant, donner de grand coups de pied dans la chambranle, je savais que cette porte-là ne s'ouvrirait plus pour moi, du moins pas avant longtemps, et qu'il me fallait me contenter de ce mince rai de lumière qui filtrait au ras du sol ( L.M., 152)

Nous avons suivi jusqu’ici, les chemins de la quête des chercheurs. Quêtes horizontales, sur les eaux de la Méditerranée où le chercheur va, porté par les témoignages trouvés sur la page écrite, pages d’histoire revisitées par l’imagination. Quêtes verticales aussi, plus hasardeuses celles-ci, à même la terre et vers le centre d’une « terre » d’où pourrait venir une réponse concernant l’essence, la nécessité, le sens de l’écriture. Il nous reste encore à identifier son parcours linéaire souterrain, s’il y en a un, à travers le labyrinthe fascinant des pages romanesques de notre auteur.


Pour citer cet article :

Rosa Galli Pellegrini, "Les lieux de la quête", in Alain Nadaud: voyage au centre de l’écriture, l’écriture au centre du voyage, Publif@rum, Etudes, 2, 2005, URL : http://www.publifarum.farum.it/s/02/lieux.php

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1 Les Goths, dans La Mémoire d’Érostrate, détruisent la bibliothèque, le réservoir des connaissances acquises par l’homme dans le temps.
2Idée menaçante qui domine aussi L’Envers du Temps.
3 On se souviendra ici des idées de l’auteur de Malaise dans la Littérature.
4 Dans Voyage au pays des bords du gouffre.
5 Ivi, éd. cit., p. 107)