{"id":957,"date":"2023-10-24T19:40:03","date_gmt":"2023-10-24T17:40:03","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=957"},"modified":"2023-11-01T08:22:11","modified_gmt":"2023-11-01T07:22:11","slug":"olivier-soutet-le-sens-sous-tension-psychomecanique-et-semantique-grammaticale","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2023\/10\/24\/olivier-soutet-le-sens-sous-tension-psychomecanique-et-semantique-grammaticale\/","title":{"rendered":"Olivier SOUTET, Le sens sous tension. Psychom\u00e9canique et s\u00e9mantique grammaticale"},"content":{"rendered":"\n<p>Olivier SOUTET, <em>Le sens sous tension. Psychom\u00e9canique et s\u00e9mantique grammaticale<\/em>, Paris, Honor\u00e9 Campion, 2022, pp. 325.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Le sens sous tension. Psychom\u00e9canique et s\u00e9mantique grammaticale<\/em> se veut un recueil et un d\u00e9veloppement des recherches men\u00e9es par Oliver SOUTET depuis 2005 dans le cadre de la psychom\u00e9canique du langage de Gustave Guillaume et de la s\u00e9mantique grammaticale, notamment autour de morph\u00e8mes grammaticaux polys\u00e9miques. L\u2019int\u00e9r\u00eat envers ces th\u00e8mes, que l\u2019auteur \u00e9tudie depuis les ann\u00e9es 1970 \u2013 comme il le remarque dans l\u2019<em>Avant-propos<\/em> du volume (pp. 9-10) \u2013, a l\u2019avantage de permettre de d\u00e9crire les valeurs discursives bas\u00e9es sur une vis\u00e9e paraphrastique du sens, afin d\u2019identifier un signifi\u00e9 unitaire pour les saisir, ainsi que la pertinence d\u2019une r\u00e9flexion \u00e0 la fois m\u00e9tath\u00e9orique, dot\u00e9e d\u2019abstraction, attentive \u00e0 l\u2019\u00e9gard des liens entre s\u00e9mantique et morphologie, et au va-et-vient constant entre diachronie et synchronie. C\u2019est ainsi d\u2019une synth\u00e8se constructrice et probl\u00e9matis\u00e9e de la psychom\u00e9canique du langage qu\u2019il est question dans cet ouvrage. L\u2019analyse s\u2019int\u00e9resse \u00e0 deux th\u00e8mes pivot faisant l\u2019objet des deux parties principales du volume. La premi\u00e8re rec\u00e8le des r\u00e9flexions sur la th\u00e9orie psychom\u00e9canique dans son ensemble en tant que linguistique de repr\u00e9sentation, en termes de structure contrastive et inversive de la pens\u00e9e, d\u2019ordination bitensive, de sch\u00e9matisation par le tenseur binaire et de temps op\u00e9ratif. Dans la seconde partie, l\u2019auteur vise \u00e0 exposer et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur les apports de ces r\u00e9flexions th\u00e9oriques pour l\u2019analyse de morph\u00e8mes dans le courant guillaumien. C\u2019est par le biais de leur traitement par des illustrations compl\u00e9mentaires qu\u2019il pr\u00e9sente son approche \u00e0 l\u2019\u00e9gard des morph\u00e8mes \u00e9tudi\u00e9s au sens de description, d\u2019ajouts, mais aussi de r\u00e9futation interne \u2013 toujours dans le cadre de la th\u00e9orie de la psychom\u00e9canique \u2013 vis-\u00e0-vis du p\u00e8re fondateur de cette discipline. Le volume est compl\u00e9t\u00e9 par les conclusions (pp. 291-304), par une tr\u00e8s riche bibliographie de r\u00e9f\u00e9rence (pp. 305-312), par un <em>Index rerum <\/em>(pp. 313-318), par un <em>Index nominum <\/em>(pp. 319-320) et par la <em>Table des mati\u00e8res <\/em>(pp. 321-325).<\/p>\n\n\n\n<p>Plus en d\u00e9tail, dans la premi\u00e8re partie, <em>La psychom\u00e9canique, une linguistique de repr\u00e9sentation(s)<\/em> (pp. 11-137), est propos\u00e9e une analyse critique de certains concepts et propositions cl\u00e9s de la th\u00e9orie de la psychom\u00e9canique du langage. L\u2019attention est notamment focalis\u00e9e sur la notion de \u00ab&nbsp;repr\u00e9sentation&nbsp;\u00bb et sur son r\u00f4le charni\u00e8re dans la th\u00e9orie linguistique pour rendre compte du lien entre langagier et non langagier par rapport \u00e0 une analyse tant ontologique et existentielle du langage que s\u00e9miotique du m\u00e9talangage. Cette section est compos\u00e9e de deux chapitres, dont le premier, <em>Langage, psychom\u00e9canique et repr\u00e9sentation<\/em> (pp. 13-60), s\u2019ouvre par le projet repr\u00e9sentationniste de la psychom\u00e9canique de Gustave Guillaume. Cette approche repose sur les hypoth\u00e8ses d\u2019apr\u00e8s lesquelles la langue renvoie \u00e0 l\u2019univers, en le repr\u00e9sentant, et cette repr\u00e9sentation est fond\u00e9e sur l\u2019association entre pens\u00e9e et langage, \u00e0 l\u2019appui tant de l\u2019\u0153uvre de G. Guillaume que des linguistes qui l\u2019ont poursuivie en la r\u00e9am\u00e9nageant. SOUTET examine les notions qui sont \u00e0 la base de la th\u00e9orie psychom\u00e9canique du langage par rapport \u00e0 la repr\u00e9sentation, qui est consid\u00e9r\u00e9e comme mise \u00e0 distance et comme figuration pour ensuite aborder son traitement en tant que repr\u00e9sent\u00e9. Il s\u2019agirait d\u2019une \u00ab&nbsp;image arr\u00eat\u00e9e&nbsp;\u00bb (p. 30), <em>in situ<\/em>, qui permet d\u2019observer ce qui est repr\u00e9sent\u00e9 dans le langage \u2013 la langue \u2013 vis-\u00e0-vis de ce qui ne l\u2019est pas et, par rapport \u00e0 ce repr\u00e9sent\u00e9, les traits qui le caract\u00e9risent et sa position relative. Si ces traits am\u00e8nent \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur le champ du syst\u00e9matique rapport\u00e9 \u00e0 la langue en tant que \u00ab&nbsp;syst\u00e8me de syst\u00e8mes&nbsp;\u00bb, en reprenant G. Guillaume, et \u00e0 ce qui est syst\u00e9matique dans la langue, le \u00ab&nbsp;seuil transitionnel&nbsp;\u00bb est aussi bien mobile qu\u2019ouvert entre langue et discours, et vice-versa. C\u2019est pour autant \u00e9galement d\u2019une langue <em>in actu<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire un mouvement diachronique dont le fait linguistique est construit, qu\u2019il est question dans l\u2019approche guillaumienne, \u00e0 partir de temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes qui interviennent plus ou moins directement dans l\u2019acte de langage. Parmi ces temporalit\u00e9s, c\u2019est celle du \u00ab&nbsp;temps op\u00e9ratif&nbsp;\u00bb qui est davantage d\u00e9taill\u00e9e car il s\u2019agit du pivot du mod\u00e8le guillaumien en termes \u00e9pist\u00e9mologiques \u2013 en interne et en externe, justifiant par ailleurs l\u2019importance capitale du temps op\u00e9ratif pour \u00e9tudier la langue \u2013 et ontologique \u2013 en termes de \u00ab&nbsp;r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;non r\u00e9alit\u00e9&nbsp;\u00bb du temps op\u00e9ratif.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces remarques, notamment le fait que l\u2019acte de langage, op\u00e9ratif, repose sur un mouvement de la langue visant l\u2019acte d\u2019expression, permettent \u00e0 SOUTET de cr\u00e9er un pont entre le ch. 1<sup>er<\/sup> et le ch. 2, consacr\u00e9 \u00e0 <em>La sch\u00e9matisation comme repr\u00e9sentation de la repr\u00e9sentation&nbsp;: le tenseur binaire radical entre linguistique et m\u00e9talinguistique<\/em> (pp. 61-137). Ce chapitre rel\u00e8ve de la dimension m\u00e9canique de l\u2019acte de langage \u2013 lequel est en puissance de nature m\u00e9canique \u2013, que Gustave Guillaume rapporte au \u00ab&nbsp;tenseur binaire radical&nbsp;\u00bb (TBR). C\u2019est sur la conceptualisation du TBR qu\u2019est centr\u00e9e la premi\u00e8re partie de l\u2019analyse, autour de l\u2019approche intentionnelle du TBR, enrichi de sch\u00e8mes <em>ad hoc<\/em>, \u00e0 partir de son \u00e9laboration par G. Guillaume, et de ses d\u00e9veloppements dans les travaux d\u2019autres sp\u00e9cialistes de la psychom\u00e9canique du langage. Sont ainsi \u00e9num\u00e9r\u00e9es les propri\u00e9t\u00e9s du TBR \u2013 ses principes de fonctionnement \u2013 selon une approche tant intentionnelle qu\u2019extensionnelle, \u00e0 l\u2019appui d\u2019exemples issus de l\u2019analyse des microsyst\u00e8mes de l\u2019article et du nombre, notamment les articles <em>le<\/em> et <em>un<\/em>, et les emplois de <em>il <\/em>comme \u00ab&nbsp;personne d\u2019univers&nbsp;\u00bb (p. 81). La section relative \u00e0 l\u2019approche extensionnelle du TBR s\u2019int\u00e9resse en revanche \u00e0 l\u2019analyse des faits de langue d\u00e9crits par G. Guillaume dans le cadre du TBR, c\u2019est-\u00e0-dire leurs applications au langage et \u00e0 des paradigmes morphos\u00e9mantiques. L\u2019ampleur des analyses qui font l\u2019objet de ces paragraphes t\u00e9moigne non seulement de la richesse argumentative li\u00e9e au foisonnement de la pens\u00e9e guillaumienne, mais aussi et surtout au travail de r\u00e9flexion et de r\u00e9\u00e9laboration effectu\u00e9 par SOUTET tout au long de cet ouvrage. <em><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie, <em>Le sens en repr\u00e9sentation <\/em>(pp. 139-289), vise \u00e0 examiner une s\u00e9lection de faits de langue rassembl\u00e9s autour de la polys\u00e9mie grammaticale et lexico-grammaticale appliqu\u00e9es \u00e0 la repr\u00e9sentation du sens par rapport \u00e0 la personne, \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00e9nement et \u00e0 la cat\u00e9gorie de la quantit\u00e9. C\u2019est la notion de \u00ab&nbsp;puissance&nbsp;\u00bb qui permet d\u2019aller au-del\u00e0 de la m\u00e9canique appliqu\u00e9e \u00e0 la pure quantit\u00e9, dont t\u00e9moignent le syst\u00e8me du nombre et de l\u2019article, pour aboutir au traitement de la repr\u00e9sentation de la personne et de l\u2019\u00e9v\u00e9nement en termes de jeux d\u2019opposition. Le jeu de la puissance fait ainsi l\u2019objet de cette partie de l\u2019ouvrage, organis\u00e9e autour de trois chapitres, \u00e0 propos du traitement de la repr\u00e9sentation de la personne, de la repr\u00e9sentation de l\u2019\u00e9v\u00e9nement et de la structure lexico-s\u00e9mantique de morph\u00e8mes <em>ad hoc<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>En particulier, le ch. 3, <em>L\u2019agent en tension&nbsp;: <\/em>\u00eatre <em>et <\/em>avoir (pp. 141-186), aborde ces deux verbes<em> <\/em>dans leur opposition en tant qu\u2019auxiliaires mais aussi en tant qu\u2019application privil\u00e9gi\u00e9e du m\u00e9canisme de la \u00ab&nbsp;subduction&nbsp;\u00bb. Celui-ci, abord\u00e9 dans la derni\u00e8re partie du ch. 2, repose, <em>via <\/em>un renvoi m\u00e9taphorique, sur le m\u00e9canisme par lequel ces deux verbes s\u2019av\u00e8rent polys\u00e9miques, \u00e0 la fronti\u00e8re entre lexique et grammaire. \u00c0 partir des remarques de G. Guillaume sur les situations d\u2019alternance entre les deux auxiliaires, et des r\u00e9flexions de G. Moignet (1981), il s\u2019agit de comprendre si l\u2019hypoth\u00e8se de la subduction peut \u00eatre \u00e9tendue \u00e0 d\u2019autres unit\u00e9s signifiantes. Pour ce faire, deux sch\u00e8mes linguistiques des deux verbes permettent de rendre compte de leur statut de verbes pleins et auxiliaires ainsi que des traits sp\u00e9cifiques qui les distinguent. Ceux-ci peuvent \u00eatre rapport\u00e9s, pour <em>\u00eatre<\/em>, \u00e0 son statut de verbe copule, d\u2019expression du passif et d\u2019expression d\u2019une puissance existentielle orient\u00e9e vers la source, donc en int\u00e9riorit\u00e9<em>&nbsp;<\/em>; pour <em>avoir<\/em>, \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9tat et \u00e0 l\u2019id\u00e9e de puissance existentielle orient\u00e9e vers l\u2019ext\u00e9rieur en termes de possession relative, donc en ext\u00e9riorit\u00e9. L\u2019analyse men\u00e9e consiste en un rappel des donn\u00e9es lexicographiques, historiques et textuelles li\u00e9es \u00e0 ces verbes, ce qui permet de cerner leurs effets de sens et d\u2019ouvrir la voie \u00e0 une hypoth\u00e8se de traitement unifi\u00e9. En d\u00e9tail, apr\u00e8s avoir soulign\u00e9 sa singularit\u00e9 \u00e9tymologique et son \u00e9volution diachronique, \u00e0 la lumi\u00e8re du m\u00e9canisme de la subduction, SOUTET propose une ordination s\u00e9mantique d\u2019<em>\u00eatre<\/em> bas\u00e9e sur une double tension, l\u2019une visant \u00e0 la construction conceptuo-r\u00e9f\u00e9rentielle du signifi\u00e9, l\u2019autre \u00e0 une tension dont les termes sont invers\u00e9s. Or, le seuil d\u2019inversion est \u00e0 son avis repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019emploi pl\u00e9nier du signe, lequel correspond aux emplois d\u2019<em>\u00eatre <\/em>issus de sa conceptualisation standard ainsi que ceux, \u00ab&nbsp;banals&nbsp;\u00bb, qui sont le r\u00e9sultat de sa conceptualisation naturelle au sens large. L\u2019auteur repr\u00e9sente <em>\u00eatre<\/em> sous une dimension dynamique \u2013 en soulignant son lien avec <em>aller<\/em> \u2013 au sein de laquelle la valeur d\u2019\u00e9tat n\u2019est qu\u2019un effet de sens, r\u00e9sultant d\u2019un processus d\u2019\u00ab&nbsp;\u00e9tat-isation&nbsp;\u00bb, de stabilisation. Cette \u00ab&nbsp;\u00e9tat-isation&nbsp;\u00bb permet, entre autres, de rendre compte des \u00ab&nbsp;d\u00e9s-\u00e9tat-isations&nbsp;\u00bb d\u2019<em>\u00eatre<\/em>, correspondant \u00e0 son emploi comme copule, comme auxiliaire du passif et comme auxiliaire d\u2019aspect. Au bout de son analyse, SOUTET en conclut que la repr\u00e9sentation statique d\u2019<em>\u00eatre<\/em> serait le r\u00e9sultat d\u2019une suspension du mouvement. Pour ce qui est du verbe <em>avoir<\/em>, son rappel lexicographique et diachronique est, de m\u00eame que pour <em>\u00eatre<\/em>, suivi de l\u2019identification du seuil d\u2019inversion, correspondant \u00e0 l\u2019emploi d\u2019infinitif substantiv\u00e9 et \u00e0 l\u2019emploi absolu du verbe. Ce qui est int\u00e9ressant d\u2019y constater, c\u2019est qu\u2019<em>avoir<\/em> se construit \u00e0 partir d\u2019<em>\u00eatre<\/em>, en tant que modalit\u00e9 du \u00ab&nbsp;non-\u00eatre&nbsp;\u00bb (p. 180).<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est autour de <em>L\u2019\u00e9v\u00e9nement en tension&nbsp;: l\u2019actuel et le virtuel<\/em> (pp. 187-250) qu\u2019est organis\u00e9 le ch. 4, consacr\u00e9 \u00e0 la morphos\u00e9mantique et \u00e0 la syntaxe du verbe en termes de modalit\u00e9 et de combinatoires verbo-conjonctives, respectivement. Le point de d\u00e9part de SOUTET pour d\u00e9crire le fonctionnement de l\u2019indicatif et du subjonctif est repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019ordination chronog\u00e9n\u00e9tique guillaumienne, donc par un rappel sur la repr\u00e9sentation globale du syst\u00e8me verbal du fran\u00e7ais d\u2019apr\u00e8s Gustave Guillaume, rassembl\u00e9e autour de la \u00ab&nbsp;chronog\u00e9n\u00e8se&nbsp;\u00bb. Cette th\u00e9orie est mise en cause et reformul\u00e9e en vue d\u2019\u00e9tudier le fonctionnement des deux mots introduisant, respectivement, le verbe \u00e0 l\u2019indicatif \u2013 <em>que<\/em>, \u00ab&nbsp;mot qui pose&nbsp;\u00bb \u2013 et le verbe au subjonctif \u2013 <em>si<\/em>, \u00ab&nbsp;mot qui suppose&nbsp;\u00bb (p. 188). Les remarques pr\u00e9sent\u00e9es par SOUTET s\u2019appuient sur des sch\u00e8mes rigoureux permettant de saisir la conception guillaumienne du verbe, y compris la nomenclature des modes verbaux flexionnels et non flexionnels et des temps verbaux, en termes aspectuels, temporels et modaux. Il pr\u00e9sente ainsi les emplois des temps verbaux, illustr\u00e9s par le biais d\u2019une repr\u00e9sentation orthogonale, l\u00e0 o\u00f9 la ligne du temps est franchie par une ligne d\u2019incidence \u2013 c\u2019est le mod\u00e8le qui est le propre de l\u2019indicatif, entre autres \u2013 ou sous-tendus par une organisation parall\u00e8le \u2013 tel est le cas du subjonctif. Une analyse fine est consacr\u00e9e aux temps verbaux du mode indicatif, dont nous rappellerons, \u00e0 titre d\u2019exemple, pour le pass\u00e9, l\u2019imparfait et, pour la zone de l\u2019avenir, le futur, comprenant \u00e9galement le mode commun\u00e9ment appel\u00e9 \u00ab&nbsp;conditionnel&nbsp;\u00bb. C\u2019est \u00e0 partir du mode subjonctif qu\u2019est d\u00e9ploy\u00e9e une analyse critique qui investit tant l\u2019indicatif que, plus en g\u00e9n\u00e9ral, le syst\u00e8me global de la chronog\u00e9n\u00e8se. SOUTET propose ainsi un nouveau sch\u00e8me chronog\u00e9n\u00e9tique permettant de privil\u00e9gier les paradigmes flexionnels au d\u00e9triment des sym\u00e9tries temporelles. Ce traitement engendrerait un <em>terminus a quo<\/em>, repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019infinitif, et un <em>terminus ad quem<\/em>, identifi\u00e9 par le participe pass\u00e9, avec, au milieu, les divers paradigmes flexionnels, dans le cadre formel du sch\u00e8me bi-tensif, repris par G. Guillaume et retravaill\u00e9 par SOUTET. Quant aux deux morph\u00e8mes <em>que<\/em> et <em>si<\/em>, rapport\u00e9s au subjonctif et \u00e0 l\u2019indicatif, respectivement, apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 la description de <em>que <\/em>dans le cadre guillaumien et son traitement vis-\u00e0-vis de <em>quoi <\/em>par G. Moignet (1981), l\u2019auteur propose une nouvelle cin\u00e8se constructrice de ce morph\u00e8me. Celle-ci permet de rendre compte de deux mouvements successifs et oppos\u00e9s, de l\u2019actuel au virtuel, et vice-versa, mais aussi d\u2019emplois de <em>que <\/em>en ancien fran\u00e7ais et dans le syst\u00e8me hypoth\u00e9tique. Quant \u00e0 <em>si<\/em>, SOUTET s\u2019oppose \u00e0 l\u2019interpr\u00e9tation propos\u00e9e par G. Moignet (1981) de la th\u00e9orie guillaumienne au sujet du rapport entre <em>si <\/em>et l\u2019indicatif. Il souligne que c\u2019est par le biais d\u2019un ajustement morphologique et de l\u2019\u00e9volution de <em>si <\/em>et <em>se <\/em>d\u2019abord en ancien fran\u00e7ais, ensuite en moyen fran\u00e7ais, qu\u2019on aboutit aux emplois contemporains de ce morph\u00e8me. SOUTET en conclut que les deux morph\u00e8mes sont superposables en termes d\u2019orientation, inversant du n\u00e9gatif, mais qu\u2019ils sont distincts relativement \u00e0 leur intensit\u00e9 virtualisante. Celle-ci est plus forte pour <em>si <\/em>que pour <em>que<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est autour du <em>Retour vers le nombre<\/em> (pp. 251-289) que l\u2019auteur structure le dernier chapitre de l\u2019ouvrage. Celui-ci porte sur la cat\u00e9gorie du nombre, notamment l\u2019antonymie du lex\u00e8me-gramm\u00e8me <em>bien<\/em>, le couple scalaire <em>autant\/tant<\/em>, li\u00e9 au comparatif et au superlatif, et le morph\u00e8me scalaire <em>plus<\/em>. <em>Bien <\/em>oscille, d\u2019apr\u00e8s SOUTET, entre l\u2019antonymie de la totalit\u00e9 et de la nullitude, l\u00e0 o\u00f9 le signifi\u00e9 de langue<em> <\/em>est rapport\u00e9 \u00e0 un m\u00e9canisme par lequel on passe de la n\u00e9gation sans valeur identifi\u00e9e \u00e0 l\u2019invalidation, avec, au milieu, un seuil de transition de maximalisation du positif. En revanche, <em>autant <\/em>et <em>tant <\/em>sont examin\u00e9s en termes d\u2019expression de l\u2019identit\u00e9 et du processus comparatif pour <em>autant<\/em>, superlatif pour <em>tant<\/em>, pour ensuite aboutir \u00e0 leur orientation concessive \u00e0 l\u2019\u00e9gard du couple <em>pourtant\/ pour autant<\/em> \u2013 le premier a montr\u00e9 son aptitude \u00e0 l\u2019expression de la concession avant que le second. Il s\u2019ensuit que pour <em>autant<\/em> l\u2019emploi concessif s\u2019est impos\u00e9 en vertu de sa compatibilit\u00e9 avec des contextes restrictifs. Pour ce qui concerne, enfin, <em>plus<\/em>, dont l\u2019analyse proc\u00e8de de la double r\u00e9alisation phon\u00e9tique et discursive et des principaux contextes s\u00e9mantico-syntaxiques qui lui sont associ\u00e9s, SOUTET s\u2019attache \u00e0 montrer la logique qui sous-tend les deux r\u00e9alisations phon\u00e9tiques de cet adverbe, notamment en termes d\u2019une double tension.<\/p>\n\n\n\n<p>La partie finale du volume, <em>Conclusion<\/em> (pp. 291-304), r\u00e9sume l\u2019analyse critique pr\u00e9sent\u00e9e, articul\u00e9e autour de concepts et de propositions d\u2019envergure de la psychom\u00e9canique du langage, appliqu\u00e9s \u00e0 des faits de langue sp\u00e9cifiques. Ces analyses ayant fait l\u2019objet de recherches personnelles ant\u00e9rieures r\u00e9unies dans le pr\u00e9sent volume, Olivier SOUTET dresse un cadre th\u00e9orique \u00e0 la fois homog\u00e8ne dans sa filiation plus ou moins directe avec la th\u00e9orie de la psychom\u00e9canique du langage de Gustave Guillaume, mais h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne en termes de points de vue et de th\u00e9orisations, construit autour de la notion de \u00ab&nbsp;tenseur binaire radical&nbsp;\u00bb. Il se veut int\u00e9grateur en termes tant de compr\u00e9hension d\u2019op\u00e9rations de langage consid\u00e9r\u00e9es dans leur g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 que de description et interpr\u00e9tation de parcours s\u00e9mantiques sp\u00e9cifiques pour les morph\u00e8mes concern\u00e9s. L\u2019ensemble des analyses conduites souligne que la langue est une m\u00e9canique du signifi\u00e9 dont la syst\u00e9maticit\u00e9 est accrue, qui est partiellement appliqu\u00e9e \u00e0 la structure du signifiant et qui s\u2019ins\u00e8re dans un processus de simplification et de m\u00e9canisation de la langue, en passant par une int\u00e9riorisation du temps. L\u2019appui sur l\u2019anthropologie d\u2019A. Gehlen ainsi que sur la philosophie ph\u00e9nom\u00e9nologique permet \u00e0 SOUTET de se rapporter au temps op\u00e9ratif de G. Guillaume. Ce temps ancre la psychom\u00e9canique du langage dans l\u2019anthropologie et s\u2019av\u00e8re, comme SOUTET le rappelle, le propre de l\u2019homme et du temps.<\/p>\n\n\n\n<p>La riche synth\u00e8se de la psychom\u00e9canique du langage de Gustave Guillaume, ses applications et ses convergences et divergences par rapport aux travaux et aux r\u00e9flexions d\u2019Olivier SOUTET soulignent non seulement la vivacit\u00e9 de cette approche pour cerner tout ph\u00e9nom\u00e8ne langagier mais aussi que ses fondements et l\u2019appui sur la dimension diachronique sont le r\u00e9sultat d\u2019interf\u00e9rences et de trajectoires fructueuses dont les applications, les reformulations, voire les r\u00e9futations s\u2019av\u00e8rent importantes et toujours actuelles.<\/p>\n\n\n\n<p>[Alida M. SILLETTI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Olivier SOUTET, Le sens sous tension. Psychom\u00e9canique et s\u00e9mantique grammaticale, Paris, Honor\u00e9 Campion, 2022, pp. 325. Le sens sous tension. Psychom\u00e9canique et s\u00e9mantique grammaticale se veut un recueil et un d\u00e9veloppement des recherches men\u00e9es par Oliver SOUTET depuis 2005 dans le cadre de la psychom\u00e9canique du langage de Gustave Guillaume et de la s\u00e9mantique grammaticale,\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2023\/10\/24\/olivier-soutet-le-sens-sous-tension-psychomecanique-et-semantique-grammaticale\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":21,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[43],"tags":[],"class_list":["post-957","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-50"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/957"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/21"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=957"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/957\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":960,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/957\/revisions\/960"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=957"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=957"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=957"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}