{"id":937,"date":"2023-10-21T18:15:44","date_gmt":"2023-10-21T16:15:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=937"},"modified":"2023-11-01T08:23:36","modified_gmt":"2023-11-01T07:23:36","slug":"equivalences-varia-49-1-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2023\/10\/21\/equivalences-varia-49-1-2\/","title":{"rendered":"\u00c9quivalences, Varia, 49\/1-2"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>\u00c9quivalences, Varia, num\u00e9ros 49\/1-2, 2022<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Ce double num\u00e9ro Varia de la revue de traduction et de traductologie de Bruxelles r\u00e9unit six \u00e9tudes sur des sujets vari\u00e9s. Celle de Christian BALLIU (\u00ab Mais vous nous faites une belle grippe ! De quelques enjeux enfouis de la traduction du discours m\u00e9dical \u00bb, pp. 5-24) aborde les enjeux th\u00e9oriques de la traduction sp\u00e9cialis\u00e9e auxquels les traductologues francophones s\u2019int\u00e9ressent assez r\u00e9cemment.\u00a0 En effet, une th\u00e9orie exclusivement litt\u00e9raire distante de la pratique des textes pragmatiques ou techniques a \u00e9t\u00e9 privil\u00e9gi\u00e9e pendant longtemps. \u00c0 partir des ann\u00e9es 70, l\u2019\u0153uvre de Jean Maillot contribuera \u00e0 r\u00e9duire cet \u00e9cart. Qu\u2019il s\u2019agisse de \u00ab\u00a0langue sp\u00e9cialis\u00e9e\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0langue de sp\u00e9cialit\u00e9\u00a0\u00bb, elle fait d\u00e9sormais l\u2019objet d\u2019\u00e9tude des linguistes et des sp\u00e9cialistes dans le domaine de la phras\u00e9ologie qui, particuli\u00e8rement dans le secteur m\u00e9dical francophone, manifestent l\u2019exigence de s\u2019affranchir de l\u2019influence anglosaxonne. L\u2019auteur reprend les principales th\u00e9ories concernant la notion de langue sp\u00e9cialis\u00e9e et les besoins en informations qui varient selon ses usagers et son public cible. Selon ce crit\u00e8re (R\u00e9gent, 1992), dans le domaine m\u00e9dical on distingue un besoin \u00e9sot\u00e9rique interne qui permet l\u2019\u00e9change et le d\u00e9bat dans le cadre de sp\u00e9cialisation\u00a0entre les chercheurs et les laboratoires pharmaceutiques ayant un m\u00eame protocole de r\u00e9f\u00e9rence ; un besoin \u00e9sot\u00e9rique externe s\u2019adressant aux m\u00e9decins g\u00e9n\u00e9ralistes ou d\u2019autres sp\u00e9cialit\u00e9s\u00a0afin de les convaincre d\u2019adopter un certain traitement ; un besoin exot\u00e9rique correspondant au propos de vulgariser les connaissances pour les non-sp\u00e9cialistes. Par ailleurs, la distinction qui s\u2019impose entre langue de sp\u00e9cialit\u00e9 et langue g\u00e9n\u00e9rale ou commune pourrait \u00eatre \u00e9galement appliqu\u00e9e \u00e0 la science m\u00e9dicale (Wimmer, 1982), en reconnaissant \u00e0 l\u2019une des qualit\u00e9s telles que la pr\u00e9cision, l\u2019univocit\u00e9 d\u00e9nominative, l\u2019\u00e9conomie, l\u2019invariance situationnelle, le rapport \u00e0 l\u2019objet, le niveau th\u00e9orique et \u00e0 l\u2019autre, au contraire, l\u2019ind\u00e9termination, l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, la redondance, la multiplicit\u00e9 situationnelle et th\u00e9matique, la quotidiennet\u00e9. Cependant, Balliu voit en cette opposition un \u00ab\u00a0leurre\u00a0\u00bb et consid\u00e8re la langue de sp\u00e9cialit\u00e9 m\u00e9dicale plut\u00f4t comme un sociolecte dont les usagers appartiennent \u00e0 un groupe professionnel (\u00ab\u00a0caste\u00a0\u00bb) et, \u00e0 travers le codage cognitif de l\u2019information (\u00ab\u00a0cryptodogmatisme\u00a0\u00bb), adoptent une posture de sup\u00e9riorit\u00e9 par rapport au patient. En t\u00e9moigne l\u2019usage de termes techniques tels que st\u00e9atose ou dyspn\u00e9e \u00e0 la place des mots et des syntagmes communs correspondants (foie gras et difficult\u00e9 \u00e0 respirer) ainsi que le choix de terminologiser ou de d\u00e9terminologiser selon les circonstances. Dans une perspective traductive, une opposition concret\/abstrait (tennis elbow\/\u00e9picondylite lat\u00e9rale) peut \u00eatre observ\u00e9e dans la comparaison des langues et des cultures concern\u00e9es. En outre, le discours m\u00e9dical a parfois recours \u00e0 un vocabulaire militaire afin de dissimuler une faiblesse th\u00e9rapeutique (strat\u00e9gie antivirale, traitement d\u2019attaque, population cible, etc.). L\u2019anecdote concernant la naissance de l\u2019instrument m\u00e9dical qui s\u2019appellera st\u00e9thoscope sert \u00e0 l\u2019auteur pour montrer l\u2019instabilit\u00e9 et la polys\u00e9mie des d\u00e9nominations (IVG en gyn\u00e9cologie et en cardiologie). L\u2019auteur s\u2019exprime m\u00eame en termes d\u2019\u00ab\u00a0obsession terminologique\u00a0\u00bb comme \u00ab\u00a0marqueur de la d\u00e9personnalisation du patient par le m\u00e9decin\u00a0\u00bb. \u00c0 son avis, seuls deux progr\u00e8s auraient pu inverser cette tendance\u00a0: la naissance de l\u2019immunologie comme discipline m\u00e9dicale (1960) avec sa conception holistique de l\u2019individu d\u00e9passant le simple organe\u00a0ainsi que le d\u00e9veloppement de la psychiatrie et de la psychanalyse en Europe occidentale, lesquelles ont mis en \u00e9vidence la composante psychologique de certaines pathologies dont le \u00ab\u00a0facteur d\u2019identification\u00a0et d\u2019am\u00e9lioration\u00a0\u00bb serait donc le logos, celui-ci se retrouvant dans l\u2019anamn\u00e8se et dans l\u2019expression du mal-\u00eatre du patient. Balliu analyse les mots qui composent la description s\u00e9m\u00e9iologique, en s\u2019appuyant sur quelques extraits tir\u00e9s des \u0153uvres de Jules Romains (Knock ou le Triomphe de la m\u00e9decine) et d\u2019Henri Mondor (Diagnostics urgents\u00a0: Abdomen) et en avan\u00e7ant l\u2019hypoth\u00e8se selon laquelle les mots que le patient utilise pour dire ses sympt\u00f4mes sont plus \u00ab\u00a0pr\u00e9cis\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0descriptifs\u00a0\u00bb que les termes scientifiques, au contraire\u00a0\u00ab\u00a0d\u00e9nu\u00e9s de tout ressenti ou affect\u00a0\u00bb. L\u2019auteur focalise \u00e9galement l\u2019attention sur la connotation qu\u2019exprime cette terminologie, notamment certains syntagmes de sp\u00e9cialit\u00e9 (douleur exquise, tueur silencieux, ventre de bois, etc.) ou aphorismes (Primum non nocere, \u00ab\u00a0L\u2019\u00e9pilepsie n\u2019est pas une maladie sacr\u00e9e\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Le r\u00eave prot\u00e8ge le sommeil\u00a0\u00bb, etc.). Il arrive \u00e0 la conclusion que ces traits particuliers du discours m\u00e9dical rel\u00e8vent d\u2019une conception occidentale de la m\u00e9decine et que le traducteur ne peut n\u00e9gliger ni ses diff\u00e9rents niveaux ni ses motivations profondes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son \u00e9tude (\u00ab&nbsp;\u201cI bambini son gli stessi\u201d. Tradurre G\u00f6ttingen, una canzone contro la guerra&nbsp;\u00bb, pp. 25-68) Mirella CONENNA propose une analyse de la chanson G\u00f6ttingen, \u00e9crite et interpr\u00e9t\u00e9e par Barbara en 1964, \u00e0 travers la comparaison des traductions italienne, allemande, su\u00e9doise et yiddish. En partant du pr\u00e9suppos\u00e9 que l\u2019histoire d\u2019une chanson et l\u2019ensemble des anecdotes autour de sa naissance sont utiles tant \u00e0 son \u00e9tude g\u00e9n\u00e9tique qu\u2019\u00e0 sa traduction, l\u2019auteure \u00e9voque certains \u00e9pisodes concernant la carri\u00e8re de la \u00ab&nbsp;chanteuse de minuit&nbsp;\u00bb, dans lesquels on peut rep\u00e9rer les traces du texte de sa chanson la plus connue au niveau international. Cette forme d\u2019anamn\u00e8se comprend les canons du \u00ab&nbsp;discours g\u00e9n\u00e9tique&nbsp;\u00bb, \u00e0 la fois \u00ab&nbsp;r\u00e9cit et autoportrait&nbsp;: un art po\u00e9tique en acte&nbsp;\u00bb et contient les traits saillants de la chanson&nbsp;: l\u2019espace de deux villes, G\u00f6ttingen et Paris, l\u2019enfance de Barbara et des contes de sa grand-m\u00e8re, le moment actuel des \u00ab&nbsp;enfants blonds de G\u00f6ttingen&nbsp;\u00bb, le r\u00f4le du public. Le mot-cl\u00e9 qui n\u2019est pas dit mais efficacement v\u00e9hicul\u00e9 est \u201cr\u00e9conciliation\u201d et fait de la chanson un hymne \u00e0 la paix franco-allemande. En 1967 Barbara interpr\u00e9tera la version allemande de Walter Brandin&nbsp;; bien que fid\u00e8le et r\u00e9ussie cette traduction pr\u00e9sente certains \u00e9carts par rapport \u00e0 l\u2019original (la substitution des noms propres et quelques changements au niveau s\u00e9mantique) que Conenna rel\u00e8ve et justifie sur la base de son exp\u00e9rience de traductrice. Une version en su\u00e9dois a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e par le chanteur et acteur Rikard Wolff,&nbsp;dans laquelle certaines diff\u00e9rences peuvent \u00eatre observ\u00e9es&nbsp;ainsi qu\u2019une op\u00e9ration d\u2019annexion qui r\u00e9v\u00e8le le point de vue nordique tant du traducteur que de son public. La version italienne est suscit\u00e9e par l\u2019\u00e9v\u00e9nement historique qui a marqu\u00e9 l\u2019ann\u00e9e 2022, \u00e0 savoir l\u2019invasion de l\u2019Ukraine par la Russie&nbsp;: l\u2019association que fait Conenna des enfants ukrainiens \u00e0 l\u2019image \u00e9voqu\u00e9e par le vers \u00ab&nbsp;les enfants ce sont les m\u00eames&nbsp;\u00bb est imm\u00e9diate. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment ce pouvoir iconique de G\u00f6ttingen qui a inspir\u00e9 l\u2019exp\u00e9rience directe de sa traductrice. R\u00e9fl\u00e9chissant sur ses choix traductifs, elle avoue sa difficult\u00e9 aux prises avec le titre et avec les autres toponymes ainsi qu\u2019avec le sch\u00e8me des rimes et des assonances. Comme elle l\u2019observe en conclusion, la chanson en italien est le r\u00e9sultat d\u2019une \u00ab&nbsp;traduction collaborative&nbsp;\u00bb ayant impliqu\u00e9 la participation aussi bien de chanteurs et de musiciens que d\u2019autres sp\u00e9cialistes des langues cibles. Ce travail \u00e0 plusieurs mains&nbsp;a en effet produit une version in\u00e9dite et inattendue qu\u2019est la traduction yiddish au titre fortement symbolique (Pariz-Getingen) et dont la valeur r\u00e9conciliatrice est encore plus significative.<\/p>\n\n\n\n<p>Nadia Duch\u00eane consacre son \u00e9tude (\u00ab\u00a0Le voyage d\u2019Agrippine en Espagne\u00a0\u00bb, pp. 69-100) \u00e0 la traduction en espagnol du 8<sup>e<\/sup> volume de la s\u00e9rie Agrippine d\u00e9confite (2009), le dernier album publi\u00e9 par Claire Bret\u00e9cher. La bande dessin\u00e9e offre un \u00ab\u00a0r\u00e9cit en images\u00a0\u00bb qui rel\u00e8ve \u00e0 la fois de la litt\u00e9rature et de l\u2019art graphique, fruit de la collaboration d\u2019un sc\u00e9nariste et d\u2019un dessinateur et lieu de rencontre des syst\u00e8mes scriptural et iconique. Quant \u00e0 la question du genre, elle a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet aussi bien d\u2019une vision \u00e9litiste que d\u2019une autre qui la rel\u00e8gue \u00e0 la culture populaire et la consid\u00e8re comme un sous-genre litt\u00e9raire. \u00c0 la suite de son essor d\u00e8s les ann\u00e9es \u201860, la bande dessin\u00e9e entre de plain-pied dans la culture et sera consid\u00e9r\u00e9e une \u0153uvre d\u2019art \u00e0 part enti\u00e8re. Il s\u2019agit d\u2019un genre \u00ab\u00a0sous contrainte\u00a0\u00bb, son espace non-extensible posant la difficult\u00e9 majeure en traduction. Duch\u00eane se penche sur l\u2019\u0153uvre de l\u2019illustratrice et auteure r\u00e9cemment disparue, Claire Bret\u00e9cher, qui s\u2019est impos\u00e9e sur la sc\u00e8ne de la BD francophone pendant ces derni\u00e8res d\u00e9cennies, notamment gr\u00e2ce \u00e0 la rencontre avec Ren\u00e9 Goscinny et l\u2019influence de l\u2019auteur franco-belge Andr\u00e9 Franquin. Par le biais d\u2019un regard ironique et lucide, la dessinatrice cible un milieu social bien pr\u00e9cis, la bourgeoisie intellectuelle parisienne, dont elle critique l\u2019hypocrisie et les contradictions. Les huit volumes de la s\u00e9rie d\u2019Agrippine offrent le r\u00e9cit d\u2019une adolescente de quinze ans qui, malgr\u00e9 son jeune \u00e2ge et des \u00e9preuves douloureuses, parvient \u00e0 affirmer avec d\u00e9termination sa personnalit\u00e9 et ses convictions. Ce que le crayon de l\u2019auteure saisit tr\u00e8s bien \u00e0 travers un trait originel et fortement expressif et sait traduire par le langage du corps. Eva Reyes de U\u00f1a traduit ces deux albums avec le titre Agripine est\u00e1 confusa. Sauf pour le changement en petit format, la version espagnole calque le nombre des pages et le lettrage de l\u2019original, sans alt\u00e9rer son \u00e9quilibre narratif et sa coh\u00e9sion graphique. S\u2019appuyant sur les travaux th\u00e9oriques autour de la traduction de la bande dessin\u00e9e (Keindl, Celotti, Zanettin, Yuste Fr\u00edas, Sinagra Decorvet) Duch\u00eane analyse les trois codes pictural, typographique et verbal qui s\u2019y entrecroisent. Reprenant la m\u00e9thode de Hewson, sa traduction peut \u00eatre analys\u00e9e aux niveaux microstructrurel, m\u00e9sostructurel et macrostructurel et selon les strat\u00e9gies traductives mises en \u0153uvre (accroissement, r\u00e9duction, d\u00e9formation). En outre, l\u2019auteure emprunte \u00e0 Krapp la notion de \u00ab\u00a0dialecte visuel\u00a0\u00bb qui consiste \u00e0 \u00e9tablir une correspondance entre l\u2019orthographe d\u2019un terme et sa r\u00e9alisation phonique. Une telle vari\u00e9t\u00e9 linguistique marqu\u00e9e par l\u2019oralit\u00e9 se pr\u00eate \u00e0 la caract\u00e9risation du personnage ainsi que de son accent et demande au traducteur une solution \u00e9quivalente tout aussi transgressive et d\u00e9viante. C\u2019est justement l\u2019idiolecte d\u2019Agrippine, aussi ludique que cryptique, qui conf\u00e8re un trait distinctif au personnage\u00a0; l\u2019oralit\u00e9 phonique ou graphique, la contraction lexicale, les abr\u00e9viations, la troncation, la m\u00e9taphore, la polyphonie, les n\u00e9ologismes et les x\u00e9nismes ne sont que quelques-uns des proc\u00e9d\u00e9s caract\u00e9risant l\u2019argot adolescent qui prend la d\u00e9nomination d\u2019\u00ab\u00a0agrippin\u00a0\u00bb. L\u2019un des soucis majeurs du traducteur est ici de transposer la r\u00e9alit\u00e9 socio-culturelle avec ses vari\u00e9t\u00e9s diatopiques et diastratiques en restituant des idiolectes et des sociolectes, lesquels posent des probl\u00e8mes m\u00eame entre deux langues proches telles que le fran\u00e7ais et l\u2019espagnol. La langue d\u2019Agrippine en r\u00e9sultera d\u00e9form\u00e9e et sujette \u00e0 adaptation ou \u00e0 neutralisation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude d\u2019Andr\u00e9 Dussart (\u00ab&nbsp;Traduire Kaff d\u2019Arno Schmidt, une gageure&nbsp;\u00bb, pp. 103-136) prend en examen les strat\u00e9gies mises en \u0153uvre par le traducteur Claude Riehl face \u00e0 une \u0153uvre difficile et parsem\u00e9e d\u2019embuches du romancier allemand Arno Schmidt (1914-1979) dont le style extr\u00eamement condens\u00e9 et la typographie inhabituelle constituent un d\u00e9fi majeur tant pour son lecteur que pour son traducteur. \u00c9crivain non conformiste et provocateur, Schmidt partage l\u2019imp\u00e9n\u00e9trabilit\u00e9 de Joyce et le travail sur la langue de Lewis Carrol, dont il reconnait lui-m\u00eame l\u2019influence ainsi que celle de Raymond Queneau. Dussart s\u2019attarde sur diff\u00e9rents aspects de son style original et impr\u00e9visible, notamment l\u2019orthographe, la syntaxe, l\u2019emploi des dialectes, les m\u00e9taphores, les n\u00e9ologismes, le m\u00e9lange des langues et de ses registres, les citations et les \u00e9carts. En donnant de nombreux exemples, il observe comment le traducteur reproduit les mots-valises, les amalgames, les contractions sans pour autant imiter l\u2019auteur. On retrouve la m\u00eame condensation au niveau syntaxique (ellipses, phrases coup\u00e9es, emploi des parenth\u00e8ses, etc.) sous forme d\u2019\u00e9l\u00e9ments juxtapos\u00e9s et d\u2019expressions tr\u00e8s denses. Pour ce qui est du recours aux dialectes, les personnages s\u2019expriment dans diff\u00e9rentes vari\u00e9t\u00e9s de l\u2019allemand dont le patois bas allemand ou niederdeutsch. Le traducteur choisira le picard qui se pr\u00eate en raison de ses caract\u00e9ristiques phon\u00e9tiques dont les chuintantes sourdes. Parmi les figures rh\u00e9toriques employ\u00e9es, la m\u00e9taphore de nouvelle cr\u00e9ation est privil\u00e9gi\u00e9e. Schmidt invente \u00e9galement des n\u00e9ologismes, notamment des mots compos\u00e9s ou d\u00e9riv\u00e9s qui condensent le maximum de l\u2019expression. Au niveau phon\u00e9tique, l\u2019auteur privil\u00e9gie les assonances, les consonances et les paronomases pour lesquelles le traducteur ne peut qu\u2019inventer des \u00e9quivalences particuli\u00e8res. Le m\u00e9lange des langues consiste en des r\u00e9f\u00e9rences humoristiques \u00e0 l\u2019anglais et \u00e0 la germanisation des mots anglais alors que les registres de langue qu\u2019il convoque sont plusieurs et comprennent m\u00eame les plus vulgaires. Ne manquent pas les citations et les r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 divers ouvrages. Le peu d\u2019\u00e9cart entre l\u2019original et sa traduction concernent les passages ou les tournures pratiquement intraduisibles.<\/p>\n\n\n\n<p>La traductrice Audrey Laur focalise son attention sur la ponctuation (\u00ab&nbsp;La virgule et ses multiples interpr\u00e9tations&nbsp;\u00bb, pp. 137-155), laquelle joue un r\u00f4le fondamental dans la construction et l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019une phrase et prend en examen certains cas de mauvais placement ou d\u2019omission de la virgule pouvant \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de cons\u00e9quences financi\u00e8res et juridiques, comme cela est d\u00e9montr\u00e9 plus loin. Le traducteur doit conna\u00eetre les r\u00e8gles de ponctuation de la langue source ainsi que celles de la langue cible. L\u2019auteure se concentre particuli\u00e8rement sur les r\u00e8gles de placement de la virgule en fran\u00e7ais et en anglais et sur sa fonction dans les num\u00e9raux. Ce qui \u00e9merge surtout dans les documents juridiques, financiers ou commerciaux c\u2019est le d\u00e9calage entre le fran\u00e7ais et l\u2019anglais dans l\u2019utilisation de la virgule et du point comme s\u00e9parateur d\u00e9cimal. Cette divergence est \u00e0 l\u2019origine d\u2019une mauvaise traduction en raison d\u2019une erreur de calcul et parfois m\u00eame d\u2019importantes pertes financi\u00e8res. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 du mauvais placement, l\u2019absence de virgule peut \u00e9galement donner lieu \u00e0 une fausse interpr\u00e9tation de l\u2019intention de l\u2019auteur ou cr\u00e9er de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9, voire un contre-sens.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude de Stoyan Trachliev (\u00ab\u00a0Les classiques non traduits de la litt\u00e9rature bulgare en fran\u00e7ais\u00a0: situations et perspectives\u00a0\u00bb, pp. 157-182) est consacr\u00e9e aux lacunes concernant la traduction de la litt\u00e9rature bulgare en fran\u00e7ais. L\u2019auteur dresse un parall\u00e8le entre deux romans bulgares :<em> Sous le joug <\/em>d\u2019Yvan Vazov et <em>Le Cand\u00e9labre de fer<\/em> de Dimitar Talev, dont le premier a fait l\u2019objet de quatre traductions en fran\u00e7ais alors que l\u2019autre n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 traduit. Dans le but d\u2019\u00e9clairer les raisons de ce d\u00e9calage, l\u2019auteur formule quelques hypoth\u00e8ses\u00a0: la r\u00e9ticence des \u00e9diteurs \u00e0 publier ce genre de litt\u00e9rature\u00a0\u00e0 cause du besoin de rentabilit\u00e9 ; les comp\u00e9tences du traducteur et sa r\u00e9putation aupr\u00e8s des \u00e9diteurs\u00a0; la lisibilit\u00e9 et la traductibilit\u00e9 d\u2019une \u0153uvre classique bulgare dans sa sp\u00e9cificit\u00e9\u00a0; les pr\u00e9f\u00e9rences personnelles du traducteur. En retra\u00e7ant les \u00e9tapes de l\u2019histoire des textes litt\u00e9raires bulgares traduits en fran\u00e7ais, du R\u00e9veil national (1762-1878) \u00e0 nos jours, Trachliev identifie les ann\u00e9es 1870 comme la premi\u00e8re r\u00e9ception de la langue et de la litt\u00e9rature bulgares par le public fran\u00e7ais. Cette m\u00eame p\u00e9riode voit l\u2019apparition des premi\u00e8res traductions. Dans la seconde moiti\u00e9 du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle co\u00efncidant avec la p\u00e9riode communiste en Bulgarie, seulement 25 livres bulgares ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s en traduction en France, dont deux retraductions de <em>Sous le joug<\/em>. Contrairement \u00e0 ces deux premi\u00e8res phases, au cours des ann\u00e9es suivantes qui vont de la fin de la R\u00e9publique populaire de Bulgarie \u00e0 l\u2019accession de l\u2019\u00c9tat bulgare \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne en 2007, le nombre des titres traduits augmente consid\u00e9rablement, en raison d\u2019une affirmation du fran\u00e7ais comme premi\u00e8re langue de traduction. Parmi les genres des textes les plus traduits on trouve la prose narrative\/fiction, la po\u00e9sie, le th\u00e9\u00e2tre, la litt\u00e9rature de jeunesse, l\u2019essai. De m\u00eame, les auteurs bulgares les plus traduits sont Kadiiski, Gospodinov, Kantchev, Boytchev, Raditchkov, Wagenstein, Sugarev, Dvorianova. Consid\u00e9r\u00e9 comme le \u00ab\u00a0Patriarche des Lettres bulgares\u00a0\u00bb, Yvan Vazov \u00e9crit <em>Sous le joug<\/em> \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1880 durant son exil \u00e0 Odessa dans l\u2019intention d\u2019\u00e9crire un roman \u00e0 la structure narrative complexe ayant comme mod\u00e8le <em>Les Mis\u00e9rables<\/em> de Victor Hugo. Pour sa part, Dimitar Talev, qui a lui-aussi connu l\u2019exil politique et les cons\u00e9quences de la censure, dans <em>Le Cand\u00e9labre de fer<\/em> (1946) met en sc\u00e8ne le drame humain de ses h\u00e9ros dans le contexte de l\u2019histoire tragique nationale. Le rapprochement des deux romans, appartenant \u00e0 la \u00ab\u00a0ligne \u00e9pique\u00a0\u00bb de la prose bulgare de l\u2019apr\u00e8s-lib\u00e9ration s\u2019appuie sur certains traits esth\u00e9tiques communs dont la longueur, la narration \u00e0 la troisi\u00e8me personne et la focalisation z\u00e9ro. En outre, tous deux offrent un r\u00e9cit de la vie du peuple bulgare \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la domination ottomane et du R\u00e9veil national qui en d\u00e9coule. En tenant compte des difficult\u00e9s de nature notamment \u00e9conomique qui entravent la publication d\u2019\u0153uvres litt\u00e9raires bulgares en Europe, Trachliev conclut son \u00e9tude envisageant quelques solutions\u00a0dont le lancement d\u2019un projet de traduction en faveur des \u00e9diteurs int\u00e9ress\u00e9s aux litt\u00e9ratures moins connues\u00a0; l\u2019exploitation des avantages des programmes d\u2019aide \u00e0 la traduction (des bourses du Minist\u00e8re de la culture bulgare, des prix de traduction litt\u00e9raire, etc.)\u00a0; la cr\u00e9ation d\u2019une plateforme interactive en ligne qui offrirait des corpus de textes classiques peu ou partiellement traduits afin de faciliter l\u2019acc\u00e8s des lecteurs \u00e0 cette r\u00e9alit\u00e9 culturelle et litt\u00e9raire.<\/p>\n\n\n\n<p>[Simona Pollicino]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9quivalences, Varia, num\u00e9ros 49\/1-2, 2022 Ce double num\u00e9ro Varia de la revue de traduction et de traductologie de Bruxelles r\u00e9unit six \u00e9tudes sur des sujets vari\u00e9s. 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