{"id":929,"date":"2023-10-21T18:34:21","date_gmt":"2023-10-21T16:34:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=929"},"modified":"2023-11-01T08:23:05","modified_gmt":"2023-11-01T07:23:05","slug":"carmen-pineira-tresmontant-eds-dire-et-ne-pas-dire-la-violence","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2023\/10\/21\/carmen-pineira-tresmontant-eds-dire-et-ne-pas-dire-la-violence\/","title":{"rendered":"Carmen PINEIRA-TRESMONTANT (\u00e9ds.), Dire et ne pas dire la violence"},"content":{"rendered":"\n<p>Carmen PINEIRA-TRESMONTANT (\u00e9ds.), <em>Dire et ne pas dire la violence,<\/em> Paris, L\u2019Harmattan, 2022, 276 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous vivons une \u00e9poque o\u00f9 la violence sous toutes ses formes (guerres, crimes, violences institutionnelles et interpersonnelles) se manifeste, du point de vue ph\u00e9nom\u00e9nologique, comme trait in\u00e9vitable de la vie sociale et, du point de vue discursif, comme ce qu\u2019on pourrait qualifier comme un \u00ab&nbsp;mot-argument&nbsp;\u00bb (cfr. Moirand, <em>Les discours de la presse quotidienne&nbsp;: observer, analyser, comprendre<\/em>, 2007) qui stigmatise le ph\u00e9nom\u00e8ne nomm\u00e9 et vise \u00e0 mobiliser. C\u2019est sur cet arri\u00e8re-plan que l\u2019on peut situer le volume collectif <em>Dire et ne pas dire la violence, <\/em>dirig\u00e9 par Carmen PINEIRA-TRESMONTANT, qui r\u00e9unit des articles consacr\u00e9s aux diff\u00e9rents moyens employ\u00e9s dans le discours pour exprimer, repr\u00e9senter ou bien taire la violence dans le monde hispanophone. La violence verbale, en particulier, interroge d\u2019autant plus qu\u2019aujourd\u2019hui les r\u00e9seaux sociaux s\u2019en font un v\u00e9hicule puissant. Moyens d\u2019expression tr\u00e8s accessibles \u00e0 quiconque (ne serait-ce que dans une partie du monde), les r\u00e9seaux pr\u00e9sentent des caract\u00e9ristiques comme l\u2019anonymat, le d\u00e9r\u00e8glement, l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 et la capacit\u00e9 \u00e0 ressembler ou \u00e0 polariser qui encouragent l\u2019expression de pulsions n\u00e9gatives en toute impunit\u00e9 pour des internautes d\u00e9sireux de s\u2019affirmer sur un march\u00e9 de l\u2019information et de la subjectivit\u00e9 narcissique tr\u00e8s comp\u00e9titif.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s une introduction o\u00f9 PINEIRA-TRESMONTANT (<em>De quels discours s\u2019agit-il ici ?<\/em>) pr\u00e9sente le volume comme itin\u00e9raire intellectuel conduisant de la violence verbale \u00e0 la violence du silence et du silence \u00e0 la prise de parole, Patrick CHARAUDEAU (<em>R\u00e9flexions pour l&#8217;analyse de la violence verbale<\/em>) fait le point sur l\u2019analyse pragmatico-discursive de la violence, notamment sous sa forme verbale. Tout d\u2019abord, il d\u00e9joue les id\u00e9es re\u00e7ues et s\u2019attaque d\u2019un cot\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e que \u00ab&nbsp;les propos sont plus blessants que les coups&nbsp;\u00bb et d\u2019un autre cot\u00e9 au fait que les femmes seraient plus victimis\u00e9es que d\u2019autres sujets sociaux malgr\u00e9 l\u2019attention sans pr\u00e9c\u00e9dents qui a \u00e9t\u00e9 accord\u00e9 au ph\u00e9nom\u00e8ne des violences envers les femmes \u00e0 plusieurs niveaux et par diff\u00e9rents sujets plus ou moins institutionnels au cours des vingt derni\u00e8res ann\u00e9es. Le linguiste op\u00e8re une distinction s\u00e9mantique entre <em>violence<\/em> et <em>rapports de force<\/em>, <em>rapports de pouvoir<\/em>, <em>domination<\/em> dont \u00e9merge la d\u00e9finition suivante&nbsp;: \u00abla notion de violence d\u00e9signe un \u00e9tat global marqu\u00e9 par la force et la puissance de diverses actions, et celui qui subit la violence peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme victime&nbsp;\u00bb (p. 22). En effet, l\u2019\u00e9tymologie latine du substantif <em>violence<\/em> l\u2019apparente \u00e0 <em>vis<\/em>, la force, et sa structure attributive sous-jacente renvoie \u00e0 la perception d\u2019une qualit\u00e9\/propri\u00e9t\u00e9 : <em>violence<\/em> est l\u2019acte qui atteint et qui blesse et dont on per\u00e7oit la force. Le cadre d\u00e9finitoire se pr\u00e9cise ult\u00e9rieurement par le biais d\u2019une comparaison avec d\u2019autres lexies connexes telles qu\u2019<em>agression<\/em>, qui se r\u00e9f\u00e8re \u00e0 l\u2019acte plut\u00f4t qu\u2019\u00e0 la qualit\u00e9, ou <em>harc\u00e8lement<\/em>, qui suppose la r\u00e9p\u00e9tition plut\u00f4t que l\u2019acte ponctuel. Ensuite, l\u2019a. aborde cette forme sp\u00e9cifique qu\u2019est la violence verbale en balisant le champ lexical de ses manifestations&nbsp;: <em>insulte<\/em>, <em>injure<\/em>, <em>invective<\/em>, <em>offense<\/em> dont il passe en revue quelques exemples politico-m\u00e9diatiques. Tout en se r\u00e9v\u00e9lant le sympt\u00f4me d\u2019un mal-\u00eatre psychologique et\/ou social, la violence verbale a n\u00e9anmoins un effet de catharsis sublimant la violence physique. Charaudeau interroge les conditions de production de la violence verbale (acteurs, contexte culturel, intentions et r\u00e9actions) comme acte de langage qui \u00ab&nbsp;d\u00e9pend pour son sens et sa compr\u00e9hension du sujet qui l\u2019interpr\u00e8te et donc de sa r\u00e9action&nbsp;\u00bb (p. 52). La cible des attaques participe \u00e0 la co-construction d\u2019un acte \u00e0 la fois d\u2019assujettissement \u00e0 l\u2019insulte et de subjectivation, \u00e0 savoir de construction identitaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;la violence, en g\u00e9n\u00e9ral, est un ph\u00e9nom\u00e8ne qui s\u2019inscrit dans les rapports sociaux, comme force intrins\u00e8que \u00e0 la vie en soci\u00e9t\u00e9, et [\u2026], dans ces rapports sociaux, la violence verbale est une marque de pouvoir ou de contrepouvoir qui produit des effets sur la construction identitaire des individus&nbsp;\u00bb (p. 56-7). La subjectivation ouvre alors \u00e0 la possibilit\u00e9 de formes de contestation, d\u2019ironie, de renversement. Ce rapport entre discours et contre-discours se d\u00e9veloppe dans la suite du volume.<\/p>\n\n\n\n<p>La partie 1 \u00ab&nbsp;Violence et parole contr\u00f4l\u00e9e&nbsp;?&nbsp;\u00bb comporte dans son intitul\u00e9e une interrogation propice \u00e0 ouvrir un espace de r\u00e9flexion sur la violence comme marque double aussi bien du discours d\u2019autorit\u00e9, imposant des contraintes \u00e0 la parole autoris\u00e9e, que des contre-discours visant le d\u00e9voilement et l\u2019accusation.<\/p>\n\n\n\n<p>Coralie PRESSACCO DE LA LUZ (<em>La narco-litt\u00e9rature et ses multiples voix<\/em>) se penche sur la dite \u201cnarco-litt\u00e9rature\u201d au Mexique, production h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de textes narratifs plus ou moins fictionnels datant des ann\u00e9es de la pr\u00e9sidence de Felipe Calder\u00f3n (2006-2012) et de sa guerre aux cartels de drogue, dont elle d\u00e9crit les caract\u00e9ristiques stylistiques et th\u00e9matiques dans la perspective du contraste avec le genre de discours m\u00e9diatique des <em>notas rojas<\/em> o\u00f9 prolif\u00e8rent la d\u00e9rivation (<em>narco<\/em>-), la composition et toute sorte de strat\u00e9gie \u00e0 sensation. Les narrateurs, en revanche, subliment, sugg\u00e8rent ou transfigurent la violence parfois avec sarcasme, d\u2019autres fois en choisissant des points de vue insolites afin d\u2019\u00e9veiller les consciences, d\u2019exorciser les d\u00e9mons. Qui plus est, si l\u2019\u00e9loignement g\u00e9ographique va de pair avec la distanciation narrative, ceux qui vivent au c\u0153ur m\u00eame de la violence adoptent plut\u00f4t un registre r\u00e9aliste sans pour autant c\u00e9der aux poncifs. Toujours au Mexique, Maria Eugenia FLORES TREVI\u00f1O (<em>La violencia en el discurso p\u00fablico. Un estudio desde el noreste de M\u00e9xico<\/em>) se situe dans le champ des \u00e9tudes s\u00e9miotiques et pragmatiques dans une optique de genre en observant les manifestations du sexisme dans le discours d\u2019\u00e9lus dont l\u2019imaginaire situe les femmes dans l\u2019infrahumain&nbsp;: l\u00e9gitimation discursive de la brutalit\u00e9 dans un pays o\u00f9 le crime foisonne.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis plus de dix ans, l\u2019analyse du discours politique et institutionnel s\u2019int\u00e9resse \u00e0 Twitter comme plateforme cl\u00e9 d\u2019expression et de d\u00e9veloppement de pol\u00e9miques digitales et au tweet comme sous-genre nouveau. Laura BONILLA NEIRA (P<em>ol\u00e9mica en Twitter por la \u00abresistencia\u00bb al Acuerdo de paz en Colombia<\/em>) se penche sur le d\u00e9bat qui a accompagn\u00e9 l\u2019accord de paix entre l\u2019\u00e9tat et les FARC en Colombie en 2016 \u00e0 partir d\u2019un corpus de tweets. Elle analyse l\u2019\u00e9mergence et la circulation de \u00ab<em>resistencia civil<\/em>&nbsp;\u00bb, comme formule (Krieg-Planque) au caract\u00e8re, par d\u00e9finition, controvers\u00e9 qui nominalise l\u2019\u00e9v\u00e9nement sous un certain point de vue et donne lieu \u00e0 une rubrique qui sollicite des productions discursives dichotomis\u00e9es (Amossy), des d\u00e9finitions antagonistes de la paix, de la r\u00e9sistance et de la justice (acte l\u00e9gitime ou ill\u00e9gal&nbsp;?) ainsi que des qualifications synth\u00e9tis\u00e9es en mots-cl\u00e9s (<em>paz falsa<\/em> vs. <em>la verdadera pa<\/em>z&nbsp;; <em>justicia ama\u00f1ada<\/em> vs. <em>justicia equilibrada<\/em>&nbsp;; <em>resistencia civil<\/em> vs. <em>resistencia armada<\/em>). Outre \u00e0 disqualifier les adversaires, ces lexies et les arguments qui les v\u00e9hiculent permettent de construire des identit\u00e9s discursives collectives, Twitter venant \u00e0 se configurer comme un espace de participation citoyenne dont la conflictualit\u00e9 accrue permet n\u00e9anmoins de g\u00e9rer le d\u00e9saccord et l\u2019expression d\u00e9mocratique d\u2019opinions divergentes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>M\u00e9moire et oubli de la violence napol\u00e9onienne dans la presse espagnole \u00e0 la fin du Triennat Lib\u00e9ral<\/em>, C\u00e9line LOU\u00c9 recule dans le temps pour \u00e9tudier la couverture m\u00e9diatique des huit mois de campagne militaire voulue par Louis XVIII dans la P\u00e9ninsule ib\u00e9rique en 1882-3, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 neuf ans de distance d\u2019une occupation napol\u00e9onienne dont le souvenir s\u2019inscrit en discours sous diff\u00e9rentes formes en fonction des orientations et des enjeux id\u00e9ologiques des sources \u00e9nonciatives. Ainsi, si les journalistes lib\u00e9raux d\u00e9ploient maintes strat\u00e9gies (glorification du pass\u00e9 espagnol, discours francophobe et antir\u00e9volutionnaire, association de l\u2019arm\u00e9e napol\u00e9onienne \u00e0 des images de barbarie extr\u00eame, analogie entre pass\u00e9 et pr\u00e9sent) pour inspirer l\u2019indignation et d\u00e9fendre la monarchie constitutionnelle, les absolutistes choisissent de ne pas faire r\u00e9f\u00e9rence au pass\u00e9 conflictuel. L\u2019auteure interpr\u00e8te ce silence \u00e9loquent \u00e0 l\u2019aune de deux conceptions compl\u00e9mentaires de l\u2019oubli : \u00e0 savoir celle d\u2019<em>oubli exerc\u00e9<\/em>, d\u00e9finie par Paul Ricoeur comme une forme de manipulation de la m\u00e9moire par les d\u00e9tenteurs du pouvoir, et celle d\u2019<em>oubli de recommencement<\/em> d\u00e9velopp\u00e9e par Marc Aug\u00e9 pour nommer ces manifestations de d\u00e9ni du pass\u00e9 fonctionnelles \u00e0 l\u2019ouverture d\u2019un nouveau chapitre de l\u2019histoire apr\u00e8s un conflit. A l\u2019occurrence, il s\u2019agit, pour la presse absolutiste espagnole, de ne pas dire la violence du pr\u00e9sent ni de la guerre d\u2019Ind\u00e9pendance dans le but de faciliter l\u2019avenir des relations diplomatiques entre la France et l\u2019Espagne des Bourbons.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici cinquante ans, un coup d\u2019\u00e9tat au Chili mettait fin au gouvernement d\u00e9mocratique de Salvador Allende en imposant de ce fait une dictature militaire brutale destin\u00e9e \u00e0 durer seize ans. La violence \u00e9tant non seulement un <em>dictum<\/em> mais encore un <em>modus<\/em> de porter la parole, Maud BENETEAU (<em>\u00ab Sin tener carne de m\u00e1rtir, no dar\u00e9 un paso atr\u00e1s \u00bb. Violencia<br>contextual y violencia discursiva en las alocuciones de Salvador Allende<\/em>) interroge l\u2019impact de la violence contextuelle sur le style verbal pr\u00e9sidentiel au fil de six discours, les uns du d\u00e9but de son mandat (<em>discurso de triunfo<\/em>, 5 septembre 1970), les autres de sa derni\u00e8re p\u00e9riode, \u00e0 savoir de la tentative de putsch de juin 1973 (<em>discurso del Tanquetazo<\/em>) jusqu\u2019au coup d\u2019\u00e9tat de septembre 1973 (messages \u00e9mis \u00e0 Radio Corporaci\u00f3n et Radio Magallanes). A l\u2019aide du logiciel Lexico3, elle r\u00e9unit des donn\u00e9es lexicales qu\u2019elle interpr\u00e8te sur la base des notions \u00e9nonciatives de distance, modalisation et tension (d\u2019apr\u00e8s Jean Dubois). Les r\u00e9sultats permettent d\u2019op\u00e9rer une distinction entre les strat\u00e9gies convoqu\u00e9es par le <em>Compa\u00f1ero Presidente<\/em> jusqu\u2019\u00e0 juin 1973 pour ressembler le peuple et construire une communaut\u00e9 et les suivantes, alors que l\u2019expression de la col\u00e8re, l\u2019opposition aux adversaires, les imp\u00e9ratifs et la modalit\u00e9 d\u00e9ontique dominent sans pour autant impliquer quelque violence que ce soit de la part de l\u2019\u00e9nonciateur. Il s\u2019agit l\u00e0 plut\u00f4t d\u2019exercer une forme d\u2019autorit\u00e9 face \u00e0 la crise, d\u2019exprimer une volont\u00e9 morale et une n\u00e9cessit\u00e9 \u00e0 agir. Face \u00e0 la violence martiale, le pr\u00e9sident Allende l\u00e8gue alors au peuple en p\u00e9ril un message d\u2019espoir et de r\u00e9sistance malgr\u00e9 tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout autre est l\u2019ethos qui se d\u00e9gage de la parole pr\u00e9sidentielle observ\u00e9e par Renata DE MELLO dans <em>L\u2019argumentation dans le conflit entre Bolsonaro et les m\u00e9dias<\/em>. L\u2019article, \u00e9crit avant l\u2019\u00e9lection de Luiz In\u00e1cio Lula da Silva en 2023, dessine le portrait d\u2019un Br\u00e9sil sous l\u2019emprise d\u2019une forte polarisation id\u00e9ologique et path\u00e9mique r\u00e9gie et aliment\u00e9e par Bolsonaro et par les m\u00e9dias qui le disqualifient sans r\u00e9pit: \u00ab\u00a0Le peuple br\u00e9silien finit par \u201c ruminer \u201d \u00e0 la fois l\u2019actualit\u00e9 et les \u00e9motions qui en d\u00e9coulent, il se sent concern\u00e9, prend parti pour l\u2019un ou l\u2019autre, apporte les \u00e9motions qui y sont mises en sc\u00e8ne \u00e0 sa vie personnelle, provoquant un ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9vastateur jamais vu dans l\u2019histoire du Br\u00e9sil\u00a0\u00bb (p. 187). Apr\u00e8s avoir analys\u00e9 des tweets pr\u00e9sidentiels et des reportages journalistiques \u00e0 l\u2019aide des outils de la nouvelle rh\u00e9torique e de l\u2019argumentation dans le discours (Amossy, Charaudeau, Maingueneau, Plantin), De Mello argue qu\u2019en fin des comptes les deux instances \u00e9nonciatives mettent en jeu des effets de miroir d\u00e9l\u00e9t\u00e8res pour le d\u00e9bat d\u00e9mocratique. Toujours est-il que si Bolsonaro affichait un go\u00fbt pour l\u2019autoritarisme et la mystification tout en d\u00e9plorant sa victimisation par des sources informatives qu\u2019il inondait d\u2019injures, les articles pris en exemple semblent exercer la fonction critique qui revient au journalisme en tant que contre-pouvoir.<\/p>\n\n\n\n<p>La partie 2 \u00ab&nbsp;Violence et parole sublim\u00e9e&nbsp;?\u00bb compte quatre contributions d\u2019approche socio-litt\u00e9raire. C\u00e9dric COLA\u00cbRT (<em>Sadisme, horreur et politique dans quelques contes d\u2019Augusto Roa Bastos<\/em>) \u00e9tudie l\u2019enchev\u00eatrement de sadisme<em>, <\/em>horreur et enjeux politiques dans les deux versions du conte <em>El trueno entre las hojas<\/em> (1953) de l\u2019\u00e9crivain paraguayen Augusto Roa Bastos ainsi que dans la transposition cin\u00e9matographique sign\u00e9e par l\u2019argentin Armando B\u00f3 en 1958. La dialectique entre textes et images laisse \u00e9merger \u00ab&nbsp;l\u2019incompr\u00e9hension de deux mondes qui ne partagent ni la langue ni la philosophie de vie en opposant l\u2019anglais et l\u2019espagnol, le capitalisme et le sentiment communautaire&nbsp;\u00bb (p. 204). Cependant, si les textes pr\u00e9sentent une dimension plus anthropologique dans la mesure o\u00f9 la violence extr\u00eame du conflit supplante le langage et aboutit \u00e0 l\u2019indicible, les films se chargent, selon l\u2019auteur, d\u2019une intention communicationnelle plus sch\u00e9matique et contingente qui diabolise l\u2019\u00e9tats-unien et se range du c\u00f4t\u00e9 du \u00abbon sauvage\u00bb perverti par le capitalisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Isabelle BILLOO (<em>Modelos de la violencia o violencia de los modelos en <\/em>La carroza de Bol\u00edvar <em>de Evelio Rosero<\/em>) analyse la nouvelle <em>La carroza de Bol\u00edvar<\/em> (en fr. <em>Le carnaval des innocents<\/em>) du colombien Evelio Rosero, portrait d\u2019une petite ville du sud de la Colombie o\u00f9, sur fond d\u2019une paix apparente mais fragilis\u00e9e par les mythes et les mensonges, la violence se sublime sous forme symbolique et polaris\u00e9e. Seul le docteur Justo Pastor Proceso se d\u00e9marque des antagonismes binaires faisant fi tant\u00f4t des mod\u00e8les violents tant\u00f4t de la violence des mod\u00e8les pour affirmer les droits de la pens\u00e9e critique et de la libert\u00e9 personnelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Nathalie F\u00dcRSTENBERGER (<em>Groussac \u00e0 la lueur de<\/em> La Lanterne <em>(Buenos Aires, 1894-1895)<\/em>) relate le scandale qui investit la presse communautaire francophone dans le Buenos Aires de la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle en opposant, \u00e0 coups d\u2019outrances verbales, plaintes et diffamations m\u00e9diatis\u00e9es, Paul Groussac du <em>Courrier fran\u00e7ais<\/em> et Daniel Cothereau du <em>Journal de Buenos Ayres <\/em>auquel s\u2019ajout\u00e8rent bient\u00f4t les fr\u00e8res Fournier de <em>La Lanterne<\/em>. La v\u00e9rit\u00e9 des faits \u00e9tant \u00e0 ce jour difficile \u00e0 \u00e9tablir tout comme les enjeux r\u00e9els (concurrence d\u00e9loyale\u00a0? jalousie\u00a0? diff\u00e9rends politiques\u00a0?), l\u2019article s\u2019int\u00e9resse \u00e0 cette querelle entre deux g\u00e9n\u00e9rations d\u2019immigr\u00e9s fran\u00e7ais en Argentine comme image d\u2019\u00ab\u00a0une communaut\u00e9 qui se d\u00e9chire, les uns d\u00e9fendant les valeurs qui soudaient jusqu\u2019alors la collectivit\u00e9, les autres faisant le choix de s\u2019int\u00e9grer pleinement dans leur pays d\u2019accueil\u00a0\u00bb (p. 220). Marina RUIZ CANO (<em>La parole violente dans le th\u00e9\u00e2tre basque contemporain<\/em>) se penche, de son cot\u00e9, sur le th\u00e9\u00e2tre basque contemporain o\u00f9 l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une r\u00e9gion en conflit, donne forme \u00e0 des trag\u00e9dies \u00e9crites dans un langage cru, r\u00e9volt\u00e9, d\u00e9chir\u00e9, susceptible de montrer le manque d\u2019innocence fondamental de tout signe verbal.<\/p>\n\n\n\n<p>La partie 3 \u00ab\u00a0Violence et parole silencieuse\u00a0\u00bb aborde la question \u00e9pineuse du t\u00e9moignage, de la responsabilit\u00e9 face \u00e0 l\u2019histoire et des limites du langage \u00e0 dire le mal. Comment trouver une parole \u00e0 la hauteur d\u2019un v\u00e9cu inou\u00ef\u00a0? Olivier ROTA (<em>Du \u00ab bagne industriel \u00bb aux camps de concentration. T\u00e9moigner par la parole et le silence<\/em>) passe l\u2019\u00e9criture concentrationnaire (Jorge Semprun, Aharon Appelfeld, Robert Antelme, \u00c9lie Wiesel et Primo Levi) au crible des r\u00e9flexions sur la mort et la d\u00e9shumanisation confi\u00e9es par Simone Weil aux pages de <em>La personne et le sacr\u00e9<\/em>. Malgr\u00e9 les quelques analogies avec l\u2019exploitation industrielle exp\u00e9riment\u00e9e par la philosophe, pour les rescap\u00e9s de la Shoah \u00ab\u00a0[l]a difficult\u00e9 de t\u00e9moigner se posait au niveau m\u00eame du gouffre ouvert entre irrationalit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience radicale du mal et de la mort, et rationalit\u00e9 n\u00e9cessaire du r\u00e9cit testimonial\u00a0\u00bb (p. 258). Face \u00e0 l\u2019interdit de se taire et \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9 de parler (comme le dit Wiesel \u00e0 Semprun) \u00ab [i]l fallut faire le deuil du r\u00e9cit int\u00e9gral, assumer que le t\u00e9moignage ne pouvait \u00eatre que partiel, incomplet, allusif\u00a0\u00bb (p. 264). La philosophe et psychoth\u00e9rapeute Mari Carmen REJAS MARTIN cl\u00f4t cet itin\u00e9raire en se demandant\u00a0: <em>Peut-on dire qu\u2019un silence est pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 une parole violente ?<\/em> Elle cherche une r\u00e9ponse, f\u00fbt-elle partielle, dans l\u2019exploration de deux <em>corpora<\/em>: la transmission manqu\u00e9e de la m\u00e9moire de la guerre civile espagnole (1936-1939) et l\u2019exp\u00e9rience infantile d\u2019abus sexuels. De par leurs diff\u00e9rences, les deux soul\u00e8vent un autre questionnement sur la nature du silence, \u00e0 savoir s\u2019il \u00ab\u00a0r\u00e9side dans une force impos\u00e9e ou dans une enveloppe protectrice\u00a0\u00bb (p. 268). Si dans le premier cas le silence peut constituer pour le sujet une tentative de survie au traumatisme, il engendre n\u00e9anmoins aupr\u00e8s des g\u00e9n\u00e9rations post\u00e9rieures des vides de m\u00e9moire, des myst\u00e8res et des formes de d\u00e9liaison qui battent en br\u00e8che toute d\u00e9marche protectrice d\u00e8s lors qu\u2019ils s\u2019apparentent \u00e0 l\u2019oubli, \u00e0 l\u2019ignorance et \u00e0 la tyrannie. Dans le cas des abus, le mutisme impos\u00e9 par la honte et par la parole violente du bourreau p\u00e8se \u00e0 jamais\u00a0; violence de la parole et violence du silence se r\u00e9v\u00e8lent interd\u00e9pendants tout comme la prise de parole demande r\u00e9ciprocit\u00e9 et \u00e9coute pour pallier le sentiment d\u2019inutilit\u00e9 et pour que la vie reprenne le dessus sur la mort et la destruction.<\/p>\n\n\n\n<p>[Silvia NUGARA]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Carmen PINEIRA-TRESMONTANT (\u00e9ds.), Dire et ne pas dire la violence, Paris, L\u2019Harmattan, 2022, 276 p. Nous vivons une \u00e9poque o\u00f9 la violence sous toutes ses formes (guerres, crimes, violences institutionnelles et interpersonnelles) se manifeste, du point de vue ph\u00e9nom\u00e9nologique, comme trait in\u00e9vitable de la vie sociale et, du point de vue discursif, comme ce qu\u2019on\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2023\/10\/21\/carmen-pineira-tresmontant-eds-dire-et-ne-pas-dire-la-violence\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[43],"tags":[],"class_list":["post-929","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-50"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/929"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=929"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/929\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":985,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/929\/revisions\/985"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=929"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=929"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=929"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}