{"id":840,"date":"2023-06-07T19:07:31","date_gmt":"2023-06-07T17:07:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=840"},"modified":"2023-06-26T09:44:00","modified_gmt":"2023-06-26T07:44:00","slug":"eric-bordas-dir-la-notion-dexpressivite","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2023\/06\/07\/eric-bordas-dir-la-notion-dexpressivite\/","title":{"rendered":"\u00c9ric BORDAS (dir.), La notion d\u2019expressivit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00c9ric BORDAS (dir.), <em>La notion d\u2019expressivit\u00e9<\/em>, <em>Langages<\/em>, 2022\/4, n\u00b0 228.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019expressivit\u00e9 il serait ais\u00e9 de dire ce que Saint-Augustin disait du temps : que nous comprenons et utilisons tous couramment ce mot bien que, interrog\u00e9s sur sa d\u00e9finition, nous demeurions incapables d\u2019en formuler une. <br>L\u2019impasse d\u00e9finitionnelle, le flou notionnel, la banalisation de cette notion sont \u00e9voqu\u00e9s, dans ce num\u00e9ro de la revue <em>Langages<\/em>, tant dans l\u2019\u00e9ditorial de Catherine Schnedecker et C\u00e9line Vaguer que dans la pr\u00e9sentation (\u00ab La notion d\u2019expressivit\u00e9 \u00bb, pp. 7-24), sign\u00e9e par le coordinateur \u00c9ric Bordas, auteur, en 2017, de \u00ab Qu\u2019est-ce que la \u00ab valeur expressive \u00bb en grammaire ? Le cas de la ponctuation \u00bb (Linx, 75). Apr\u00e8s avoir pris en compte la polyvalence du mot, auquel on peut avoir recours dans plusieurs domaines, des arts plastiques \u00e0 la musique, Bordas se concentre sur l\u2019expressivit\u00e9 langagi\u00e8re. Il dresse donc un \u00ab \u00e9tat de l\u2019art \u00bb, qui lui permet de passer en revue la vaste bibliographie concernant le sujet et de faire, \u00e0 juste raison, la part belle aux intuitions pionni\u00e8res de Bally \u2013 qui r\u00eavait de fonder une \u00ab science de l\u2019expression \u00bb \u2013 ainsi qu\u2019\u00e0 la psychom\u00e9canique de Gustave Guillaume, dans laquelle le concept de \u00ab comp\u00e9tence expressive \u00bb c\u00f4toie celui de \u00ab comp\u00e9tence linguistique \u00bb (ou grammaticale). Si les r\u00e9flexions de Guillaume sont reprises par de nombreux linguistes contemporains (Boone &amp; Joly, 2004 ; Monneret, 2010, Legallois &amp; Fran\u00e7ois, 2012) c\u2019est la stylistique de Bally, prolong\u00e9e par la linguistique de l\u2019\u00e9nonciation, que Bordas reconna\u00eet comme le domaine \u00e9pist\u00e9mologique le plus f\u00e9cond pour penser l\u2019expressivit\u00e9, dont il parvient \u00e0 proposer une d\u00e9finition \u00e0 la p. 13 : \u00ab potentiel d\u2019une valorisation du contenu informationnel du <em>dictum<\/em> par la forme du <em>modus<\/em> afin d\u2019atteindre \u00e0 une plus grande performativit\u00e9 sensible de l\u2019\u00e9change \u00bb et encore : \u00ab activit\u00e9 qui fait \u00e9merger \u00e0 la conscience par le langage le monde obscur des impressions de l\u2019esprit et de l\u2019affect \u00bb. D\u2019empan variable (des manifestations prototypiques, telles que les interjections ou les exclamations, \u00e0 la v\u00e9ritable \u00ab syntaxe expressive \u00bb qu\u2019on peut d\u00e9gager dans les \u00e9nonc\u00e9s interrogatifs ou assertifs), l\u2019expressivit\u00e9 fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9flexion amenant l\u2019auteur \u00e0 s\u2019interroger sur un certain nombre de notions qui lui sont apparent\u00e9es (l\u2019\u00e9motion, la subjectivit\u00e9, l\u2019impression). L\u2019introduction de Bordas fait \u00e9galement allusion, bien que de mani\u00e8re par trop rapide, \u00e0 l\u2019apport d\u2019approches th\u00e9oriques diverses (essentiellement la pragmatique et l\u2019analyse du discours), \u00e0 la connaissance du ph\u00e9nom\u00e8ne, connaissance que la restriction de l\u2019objet de la stylistique \u00e0 la seule expressivit\u00e9 litt\u00e9raire n\u2019a certainement pas servi. L\u2019auteur rend bien compte de l\u2019\u00e9paisseur et de la complexit\u00e9 de la question, tout en laissant \u00e9merger quelques aspects probl\u00e9matiques : le recours, pour d\u00e9finir l\u2019expression, \u00e0 l\u2019impression, invite \u00e0 s\u2019interroger sur le statut non moins douteux de cette derni\u00e8re ; l\u2019insistance sur la subjectivit\u00e9 entra\u00eene un questionnement sur l\u2019articulation du singulier et du collectif ; la revendication de l\u2019intentionnalit\u00e9 individuelle soul\u00e8ve quelques doutes sur la nature de l\u2019expressivit\u00e9 involontaire, qui est pourtant \u00e9voqu\u00e9e dans ces lignes de pr\u00e9sentation. <br>Des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9ponse sont toutefois fournis dans la suite des articles qui forment le num\u00e9ro : les deux premiers abondent sur l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie de la notion, trois autres comportent des \u00e9tudes de cas concrets et le dernier remet en question l\u2019approche traditionnelle du concept, fonci\u00e8rement \u00ab \u00e9motive \u00bb.<br>Anamaria Curea (\u00abRetour sur le statut \u00e9pist\u00e9mologique de l\u2019expressivit\u00e9 en linguistique, au regard de l\u2019\u00c9cole genevoise de linguistique g\u00e9n\u00e9rale\u00bb, pp. 25-43) se penche, quant \u00e0 elle, sur les convergences et divergences du travail de stabilisation du domaine notionnel qu\u2019ont accompli trois membres illustres de la \u00ab premi\u00e8re \u00e9cole genevoise \u00bb : Bally, Sechehaye, Frei. Elle montre ainsi que leur r\u00e9flexion autour de l\u2019opposition <em>expression\/expressivit\u00e9<\/em> et leur prise en compte de la double acception de l\u2019adjectif <em>expressif <\/em> (ce qui peut s\u2019exprimer <em>vs<\/em> ce qui touche \u00e0 l\u2019affectivit\u00e9) ont ouvert la voie \u00e0 une \u00e9laboration th\u00e9orique en mesure de faire face \u00e0 trois \u00e9l\u00e9ments repr\u00e9sentant les difficult\u00e9s majeures de la probl\u00e9matique expressiviste : la variation, la subjectivit\u00e9 et la contingence (\u00e0 savoir la d\u00e9pendance du dire du contexte situationnel). L\u2019opposition communication <em>vs<\/em> expression, propos\u00e9e par Bally, est d\u00e9velopp\u00e9e tant par Sechehaye, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019interface entre la linguistique et la psychologie, que par Frei, qui formule une th\u00e9orie des besoins langagiers, se focalisant sur les ph\u00e9nom\u00e8nes de d\u00e9formation et de transgression reli\u00e9s aux exigences expressives. Les mod\u00e8les th\u00e9oriques propos\u00e9s par les trois linguistes se caract\u00e9risent finalement par une pens\u00e9e tr\u00e8s souple de la gradualit\u00e9, permettant de situer la variation dans un cadre pr\u00e9cis et d\u2019interroger \u00e0 nouveaux frais les rapports existant entre parole et convention, langue et sujet. L\u2019article de Curea pr\u00e9sente aussi l\u2019int\u00e9r\u00eat de se demander plus largement, en amont de sa r\u00e9flexion sur l\u2019expressivit\u00e9, comment il convient d\u2019approcher une \u00ab notion linguistique \u00bb.<br>L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 de l\u2019adjectif <em>expressif,<\/em> ainsi que du d\u00e9riv\u00e9 <em>expressivit\u00e9<\/em> (apparus, respectivement au XVIIe et au tout d\u00e9but du XXe si\u00e8cle), augment\u00e9e de la double possibilit\u00e9 de se r\u00e9f\u00e9rer tant au locuteur qu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9nonciateur, repr\u00e9sente le point de d\u00e9part de l\u2019article de Bernard Combettes (\u00abLa linguistique historique et l\u2019expressivit\u00e9 : les avatars d\u2019une notion\u00bb, pp. 45-56). Bien que pr\u00e9sente en germe chez certains grammairiens de l\u2019\u00e2ge classique (notamment Nicolas Beauz\u00e9e), la notion d\u2019expressivit\u00e9 se stabilise dans le domaine de la linguistique historique gr\u00e2ce aux sp\u00e9culations de Bally et de Meillet, qui lui reconnaissent un r\u00f4le fondamental dans l\u2019\u00e9volution des langues. Alternant avec les notions d\u2019<em>insistance<\/em> et d\u2019<em>emphase<\/em> et peu sujette \u00e0 une th\u00e9orisation autonome, l\u2019expressivit\u00e9 continue d\u2019\u00eatre vue comme un facteur d\u2019innovation chez les historiens de la langue de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle (en particulier Brunot &amp; Bruneau, 1961) tant dans le domaine de la prosodie que de la morphosyntaxe et du lexique. En revanche, la p\u00e9riode structuraliste voit une r\u00e9duction de l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la question : exception faite de quelques travaux (par exemple l\u2019\u00e9tude synchronique sur l\u2019ancien fran\u00e7ais de Wagner, 1974) qui mentionnent des dispositifs de mise en valeur ou en relief, la probl\u00e9matique de l\u2019expressivit\u00e9 suit le m\u00eame destin de marginalisation qui concerne en g\u00e9n\u00e9ral la stylistique. Ce sont, par la suite, l\u2019exploitation du domaine de l\u2019\u00e9nonciation et la prise en compte du ph\u00e9nom\u00e8ne de la grammaticalisation (surtout avec les travaux de Traugott, 1982 ; 1995, etc.) qui permettent la reprise des conceptions de Meillet, reconnu comme un pr\u00e9curseur. Dans le cadre du renouveau des \u00e9tudes diachroniques qui s\u2019op\u00e8re gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019observation des processus de grammaticalisation, l\u2019auteur observe la mise en \u0153uvre de la notion de subjectivit\u00e9 et le ph\u00e9nom\u00e8ne de la subjectivation, recoupant partiellement la notion d\u2019expressivit\u00e9, quoique le cadre th\u00e9orique soit diff\u00e9rent. Enfin, Combettes prend en consid\u00e9ration l\u2019intersubjectivit\u00e9 et illustre sa mise en valeur distincte, selon qu\u2019on envisage la dimension communicationnelle ou la dimension \u00e9nonciative. <br>St\u00e9phane Bikialo &amp; Julien Riault (\u00abExpressivit\u00e9, exclamation et ponctuation\u00bb, pp. 57-72) s\u2019occupent de la forme arch\u00e9typale de l\u2019expressivit\u00e9 : l\u2019exclamation et son marqueur graphique, le point d\u2019exclamation. Avant de pr\u00e9senter, dans la deuxi\u00e8me partie, une \u00e9tude de cas (l\u2019 \u00ab \u00e9criture plate \u00bb, voire \u00ab inexpressive \u00bb, d\u2019Annie Ernaux) l\u2019article offre, \u00e0 travers l\u2019historicisation du point d\u2019exclamation, un nouveau parcours diachronique et une dense mise au point \u00e9pist\u00e9mologique de la notion d\u2019expressivit\u00e9. Sont donc abord\u00e9es plusieurs difficult\u00e9s th\u00e9oriques d\u00e9j\u00e0 \u00e9voqu\u00e9es dans les \u00e9tudes pr\u00e9c\u00e9dentes et notamment : la relation dynamique qui s\u2019instaure entre expressivit\u00e9 <em>vs <\/em>impressivit\u00e9 (cette derni\u00e8re entendue, pragmatiquement, comme effet sur le destinataire), la question de la quantit\u00e9 et de l\u2019usure du mat\u00e9riau verbal investi dans l\u2019expressivit\u00e9, la relation avec le corps (gestuelle, mimique) dans l\u2019oral, les manifestations expressives dans l\u2019\u00e9crit et, enfin, le lien probl\u00e9matique que l\u2019expressivit\u00e9 entretient avec les notions de modalit\u00e9 et d\u2019affectivit\u00e9. Apr\u00e8s avoir constat\u00e9 la raret\u00e9 des points d\u2019exclamation dans la langue d\u2019Annie Ernaux, se voulant \u00ab langue de tous \u00bb et se revendiquant comme \u00ab neutre \u00bb et \u00ab amodale \u00bb, les auteurs montrent que la pr\u00e9sence de ce marqueur de \u00ab pure expressivit\u00e9 \u00bb qu\u2019est le point d\u2019exclamation concerne prioritairement, dans l\u2019\u00e9criture d\u2019Ernaux, la repr\u00e9sentation du discours autre (tout particuli\u00e8rement les slogans politiques et publicitaires) et que son apparition est souvent introduite par une glose, ayant la fonction de \u00ab pr\u00e9parer \u00bb l\u2019irruption de l\u2019expressivit\u00e9, ce qui accentue le style volontairement \u00ab plat \u00bb de la narratrice. Ces constatations permettent aux auteurs de revenir, en conclusion, sur la question capitale du caract\u00e8re singulier <em>vs<\/em> collectif de l\u2019expressivit\u00e9. <br>Avec l\u2019article suivant, de Marc Bonhomme (\u00abDe l\u2019expressivit\u00e9 des figures de discours\u00bb, pp. 73-86), l\u2019attention se d\u00e9place sur la rh\u00e9torique. Si cette derni\u00e8re s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e \u00e0 l\u2019expressivit\u00e9 depuis l\u2019Antiquit\u00e9, une th\u00e9orisation g\u00e9n\u00e9rale de la question fait largement d\u00e9faut, les approches \u00e9tant souvent lacunaires et tiraill\u00e9es entre une conception de l\u2019expressivit\u00e9 comme manifestation langagi\u00e8re de la force et des passions (dans le sillage de Arnaud &amp; Nicole, Bernard Lamy, etc.) et une optique \u00ab cognitive \u00bb, visant l\u2019op\u00e9ration de mise en relief (\u00e0 partir de Marmontel). S\u2019interrogeant sur la sp\u00e9cificit\u00e9 de l\u2019expressivit\u00e9 figurale, Bonhomme propose une approche rh\u00e9torico-pragmatique qui appr\u00e9hende ce ph\u00e9nom\u00e8ne en tant que processus discursif, d\u00e9fini comme un \u00ab positionnement \u00e9nonciatif ostensible\u00bb, susceptible de se concr\u00e9tiser tant sur les saillances formelles que s\u00e9mantiques et de cumuler des composantes affectives, axiologiques, tensionnelles. Le mod\u00e8le de Bonhomme met ainsi en relation quelques facteurs majeurs du d\u00e9ploiement figural : ceux de \u00ab matrice rh\u00e9torique \u00bb, de \u00ab saillance \u00bb et d\u2019\u00ab effet \u00bb pragmatique et interactif. Organisant sa d\u00e9monstration sur trois niveaux (infradiscursif, discursif, interactif) et concentrant ses exemples sur un nombre r\u00e9duit de figures (la m\u00e9taphore, l\u2019hyperbole et le mot-valise), l\u2019auteur parvient \u00e0 distinguer trois \u00e9l\u00e9ments porteurs d\u2019expressivit\u00e9 : le <em>potentiel<\/em> (relatif au fonctionnement des matrices rh\u00e9toriques \u00e0 un niveau infradiscursif), la <em>port\u00e9e<\/em> (relative \u00e0 l\u2019activit\u00e9 \u00e9nonciative marqu\u00e9e se produisant \u00e0 l\u2019occasion des saillances figurales) et l\u2019<em>effet<\/em> (instable et \u00e9valuable \u00e0 la r\u00e9ception, pouvant converger ou non avec la port\u00e9e expressive). Reprenant dans un nouveau contexte th\u00e9orique quelques-uns des questionnements qui traversent enti\u00e8rement ce num\u00e9ro de <em>Langages<\/em> (question de la subjectivit\u00e9, de l\u2019\u00e9motion, de la routinisation discursive, etc.), l\u2019\u00e9tude de Bonhomme montre aussi la valeur heuristique des modes d\u2019expressivit\u00e9 d\u00e9finis par Legallois et Fran\u00e7ois (2012), qui feront l\u2019objet du dernier travail du recueil : \u00e0 savoir les modes <em>path\u00e9mique, mim\u00e9sique<\/em> et <em>\u00e9thique<\/em>.<br>Dans l\u2019article \u00abFormes de la pr\u00e9dication phrastique et expressivit\u00e9\u00bb (pp. 87-102), Nicolas Laurent se concentre sur deux ensembles de r\u00e9alisation de l\u2019expressivit\u00e9, d\u00e9gag\u00e9s \u00e0 partir des remarques formul\u00e9es \u00e0 ce sujet par Guillaume : d\u2019un c\u00f4t\u00e9, les interjections \u00e9motives et les \u00e9nonc\u00e9s \u00e0 la premi\u00e8re personne, du type : \u00ab J\u2019ai mal \u00e0 la t\u00eate \u00bb et, de l\u2019autre, les phrases construites \u00e0 partir d\u2019un pr\u00e9sentatif corr\u00e9latif <em>c\u2019est &#8230;qu-, il (n\u2019) y a (que) &#8230; qu-, ce qu- &#8230;, c\u2019est<\/em>. Prenant comme point de d\u00e9part la relation quantitative inverse que Guillaume suppose exister entre l\u2019expressivit\u00e9 et le volume phrastique de l\u2019expression (<em>A\u00efe<\/em> ou <em>Ahi<\/em> seraient plus expressifs que <em>J\u2019ai mal \u00e0 la t\u00eate<\/em> ; <em>Chut !<\/em> plus que <em>Taisez-vous ! <\/em>etc.), Laurent analyse, dans un premier moment, l\u2019expressivit\u00e9 implicite des interjections \u00e9motives et des \u00e9nonc\u00e9s \u00e0 la premi\u00e8re personne, ou \u00ab \u00e9nonc\u00e9s \u00e9gologiques \u00bb, ce qui donne lieu \u00e0 une comparaison de leurs propri\u00e9t\u00e9s convergentes et divergentes. Tout en reconnaissant \u00e0 Guillaume le m\u00e9rite d\u2019avoir mis sur la voie de deux types diff\u00e9rents d\u2019expressivit\u00e9, l\u2019auteur souligne l\u2019antagonisme qui en caract\u00e9rise le fonctionnement, l\u2019un tendant \u00e0 la r\u00e9duction et l\u2019autre \u00e0 l\u2019augmentation du mat\u00e9riel phrastique mis en jeu. Dans la deuxi\u00e8me partie de l\u2019article, Laurent illustre, en effet, l\u2019expressivit\u00e9 du deuxi\u00e8me type (i.e. les constructions \u00e0 pr\u00e9sentatif corr\u00e9latif), montrant qu\u2019elle est de nature explicite et qu\u2019elle comporte, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de celle du premier type, une extension du volume phrastique (ex. Pierre est venu <em>vs <\/em>C\u2019est Pierre qui est venu). Du point de vue de la pr\u00e9dicativit\u00e9 (l\u2019auteur prend soin de signaler que d\u2019autres formes d\u2019expressivit\u00e9 sont possibles, par exemple celles qui rel\u00e8vent de l\u2019ordre des mots), l\u2019article d\u00e9crit ainsi deux structures qui s\u2019opposent, entre autres, par le rapport qu\u2019elles \u00e9tablissent respectivement avec le sujet d\u2019\u00e9nonciation et l\u2019allocutaire (le microsyst\u00e8me interjectif-\u00e9gologique pouvant fonctionner sans allocutaire, les phrases pr\u00e9sentatives corr\u00e9latives portant, en revanche, sans restriction, sur le <em>moi <\/em>ou sur le <em>hors-moi<\/em>). Comme l\u2019observe Laurent, la possibilit\u00e9 de construire une \u00ab grammaire de l\u2019expressivit\u00e9 \u00bb, \u00e9voqu\u00e9e par Wilmet d\u00e8s 1984, revient \u00e0 th\u00e9oriser celle-ci \u00ab dialectiquement et cin\u00e9tiquement \u00bb, dans le cadre d\u2019une pens\u00e9e syst\u00e9matique de la langue, apte \u00e0 faire comprendre ce qu\u2019est l\u2019acte pr\u00e9dicatif, voire \u00ab ce que l\u2019on fait quand on pr\u00e9dique \u00bb.<br>Une palette nettement plus \u00e9largie de manifestations de l\u2019expressivit\u00e9 est prise en compte dans le dernier article du num\u00e9ro (Dominique Legallois, \u00abAnalyse critique des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9finitoires du ph\u00e9nom\u00e8ne expressif\u00bb, pp. 103-118). Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9, dans une premi\u00e8re section de son article, les trois \u00ab modes expressifs \u00bb (<em>path\u00e9mique, mim\u00e9sique, \u00e9thique<\/em>), ayant d\u00e9j\u00e0 fait l\u2019objet d\u2019une r\u00e9flexion (Legallois et Fran\u00e7ois, 2012), Legallois s\u2019attache \u00e0 illustrer toute la complexit\u00e9 de la notion d\u2019expressivit\u00e9, qui \u00e9chappe tant \u00e0 la dimension \u00e9motionnelle-affective dans laquelle on l\u2019a traditionnellement cantonn\u00e9e, qu\u2019\u00e0 l\u2019observation de cet ensemble de ph\u00e9nom\u00e8nes que la culture anglosaxonne d\u00e9signe du nom d\u2019<em>expressive<\/em> (en anglais) : interjections, onomatop\u00e9es, marqueurs de mirativit\u00e9, d\u2019emphase, vocatifs, intensifieurs, etc. Outre les effets \u00e9motionnels que produisent certains \u00abexpressifs discursifs \u00bb, dont Legallois commente un exemple efficace, par ailleurs puis\u00e9 dans les travaux de pragmatique cognitive de Saussure et Wharton (2019), l\u2019auteur se concentre sur deux autres facteurs trop souvent d\u00e9laiss\u00e9s : l\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019\u00e9thos de l\u2019\u00e9nonciateur (ce qui, dans son mod\u00e8le, constitue le mode \u00e9thique) et la repr\u00e9sentativit\u00e9 de la sc\u00e8ne (ce que Perelman &amp; Oltrechts-Tyteca appellent \u00ab l\u2019effet de pr\u00e9sence \u00bb et qui, dans la triade de Legallois, correspond au mode mim\u00e9sique). C\u2019est l\u2019approfondissement de ce mode qui occupe la deuxi\u00e8me section de son \u00e9tude : loin de se borner aux cas de figure classiques (l\u2019<em>ekphrasis<\/em>, l\u2019hypotypose, etc.), Laurent prend en consid\u00e9ration un type de discours r\u00e9put\u00e9 totalement \u00e9tranger \u00e0 l\u2019\u00e9motion : le discours scientifique. Ce dernier pr\u00e9senterait des effets d\u2019expressivit\u00e9 mim\u00e9sique consistant dans les proc\u00e9d\u00e9s de monstration du raisonnement, de mise en valeur des passages, d\u2019exhibition de la structuration textuelle, qu\u2019on peut globalement ramener aux strat\u00e9gies d\u2019<em>enargeia<\/em> (latin : <em>evidentia<\/em>). Deux notions compl\u00e9mentaires font l\u2019objet des deux derni\u00e8res sections de l\u2019article : la <em>d\u00e9-formation <\/em>(d\u00e9marcation \u00e9vidente de l\u2019emploi standard, que Legallois illustre \u00e0 travers quatre exemples) et la <em>monstration<\/em>. Le statut de l\u2019acte de monstration (inh\u00e9rent ou pas \u00e0 l\u2019expressivit\u00e9, pouvant se pr\u00e9senter aussi dans des fonctionnements langagiers non expressifs) forme le questionnement probl\u00e9matique sur lequel se cl\u00f4t l\u2019\u00e9tude de Legallois, qui avance alors une hypoth\u00e8se de recherche de vaste envergure. Suivant celle-ci, l\u2019expressivit\u00e9, longtemps marginalis\u00e9e dans les \u00e9tudes de linguistique, pourrait aujourd\u2019hui devenir \u00ab r\u00e9v\u00e9latrice de processus g\u00e9n\u00e9raux en \u0153uvre dans les \u00e9nonc\u00e9s \u00bb et permettre ainsi \u00ab des perspectives renouvel\u00e9es sur la syntaxe, la s\u00e9mantique et la pragmatique des langues \u00bb (p.116). <br><br>[Paola PAISSA]<br><br>   <br><br><br><br><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00c9ric BORDAS (dir.), La notion d\u2019expressivit\u00e9, Langages, 2022\/4, n\u00b0 228. De l\u2019expressivit\u00e9 il serait ais\u00e9 de dire ce que Saint-Augustin disait du temps : que nous comprenons et utilisons tous couramment ce mot bien que, interrog\u00e9s sur sa d\u00e9finition, nous demeurions incapables d\u2019en formuler une. L\u2019impasse d\u00e9finitionnelle, le flou notionnel, la banalisation de cette notion\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2023\/06\/07\/eric-bordas-dir-la-notion-dexpressivite\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[42],"tags":[],"class_list":["post-840","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-49"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/840"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=840"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/840\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":871,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/840\/revisions\/871"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=840"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=840"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=840"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}