{"id":715,"date":"2022-10-30T18:35:25","date_gmt":"2022-10-30T17:35:25","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=715"},"modified":"2022-10-31T13:37:01","modified_gmt":"2022-10-31T12:37:01","slug":"anna-giaufret-montreal-dans-les-bulles","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/10\/30\/anna-giaufret-montreal-dans-les-bulles\/","title":{"rendered":"Anna GIAUFRET, Montr\u00e9al dans les bulles"},"content":{"rendered":"\n<p>Anna Giaufret, <em>Montr\u00e9al dans les bulles. Repr\u00e9sentations de l\u2019espace urbain et du fran\u00e7ais parl\u00e9 montr\u00e9alais dans la bande dessin\u00e9e<\/em>, Qu\u00e9bec, Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, 2021.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce volume, paru aux Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, Anna Giaufret nous plonge dans l\u2019univers fascinant de la bande dessin\u00e9e montr\u00e9alaise. Le grand int\u00e9r\u00eat de cet ouvrage r\u00e9side, entre autres choses, dans le fait d\u2019aborder \u2013 \u00e0 travers l\u2019\u0153uvre de nombreux jeunes autrices et auteurs qu\u00e9b\u00e9cois \u2013 la question de la repr\u00e9sentation de la ville de Montr\u00e9al, ainsi que de la vari\u00e9t\u00e9 de fran\u00e7ais populaire parl\u00e9 dans la m\u00e9tropole qu\u00e9b\u00e9coise. Sans pr\u00e9tendre \u00e9puiser un sujet tr\u00e8s vaste comme l\u2019histoire et l\u2019\u00e9volution de la bande dessin\u00e9e au Qu\u00e9bec, l\u2019A. donne aussit\u00f4t \u00e0 son \u00e9tude une assise th\u00e9orique et terminologique pr\u00e9cise, en reconnaissant la porosit\u00e9 des fronti\u00e8res entre les genres de la bande dessin\u00e9e et du roman graphique. Par souci de coh\u00e9rence avec les positions exprim\u00e9es par les autrices et les auteurs qu\u2019elle a interview\u00e9s, Giaufret choisit d\u2019utiliser toujours la notion de \u00ab&nbsp;bande dessin\u00e9e&nbsp;\u00bb, \u00e0 moins que le contexte n\u2019exige un choix terminologique diff\u00e9rent (p. 5). En s\u2019appuyant sur deux corpus parall\u00e8les \u2013 que bon nombre de recherches men\u00e9es entre 2013 et 2019 ont permis de construire et de d\u00e9limiter \u2013 Anna Giaufret s\u2019aventure dans les m\u00e9andres de Montr\u00e9al tant\u00f4t \u00e0 travers des albums qui donnent un aper\u00e7u de la repr\u00e9sentation spatiale de la ville, tant\u00f4t en suivant un chemin qui m\u00e8ne plut\u00f4t vers l\u2019analyse des particularit\u00e9s linguistiques propres aux parlers populaires de certains quartiers, voire milieux urbains. La probl\u00e9matisation au c\u0153ur de l\u2019ouvrage est d\u2019observer \u00ab&nbsp;comment les jeunes auteures et auteurs montr\u00e9alais de la bande dessin\u00e9e repr\u00e9sentent la ville de Montr\u00e9al et son environnement, du point de vue spatial et du point de vue linguistique&nbsp;\u00bb (p. 6). La fiabilit\u00e9 des r\u00e9sultats de cette recherche est par ailleurs t\u00e9moign\u00e9e par le soin avec lequel Giaufret s\u2019attache \u00e0 combiner les crit\u00e8res (temporels, spatiaux, th\u00e9matiques\u2026) qui pr\u00e9sident \u00e0 la construction des corpus et des sous-corpus, avec les interviews qu\u2019elle a men\u00e9es aupr\u00e8s des auteurs et des autrices, des \u00e9diteurs et des \u00e9ditrices, \u00e0 propos notamment de questions linguistiques, voire de repr\u00e9sentations m\u00eame de la langue.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le premier chapitre, Giaufret dresse un \u00e9tat de l\u2019art des ouvrages fondateurs, ainsi que des \u00e9diteurs ind\u00e9pendants o\u00f9 de nombreux \u00ab&nbsp;artisans&nbsp;\u00bb de la BD ont vu le jour depuis les derni\u00e8res ann\u00e9es. Si l\u2019on exclut en effet quelques b\u00e9d\u00e9istes c\u00e9l\u00e8bres tels que Michel Rabagliati, Richard Suicide et Skip Jensen, la plupart des autrices et des auteurs convoqu\u00e9s dans la construction du corpus est active depuis le d\u00e9but de ce si\u00e8cle. Beaucoup d\u2019entre eux repr\u00e9sentent cet \u00ab&nbsp;extr\u00eame contemporain&nbsp;\u00bb dont les ouvrages de vulgarisation consacr\u00e9s \u00e0 la BD francophone en Am\u00e9rique du Nord n\u2019ont pas encore dessin\u00e9 les contours. Ce fourmillement ne serait pourtant pas pensable sans la prise de conscience que ces jeunes autrices et auteurs op\u00e8rent dans un milieu intellectuel et artistique favorable \u00e0 la cr\u00e9ation, o\u00f9 la tradition francophone rencontre le milieu anglophone, et o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat pour la traduction en Europe des ouvrages nord-am\u00e9ricains n\u2019est plus sous-estim\u00e9 (au moins en ce qui concerne la vente des droits qui de toute \u00e9vidence d\u00e9passe la distribution fort co\u00fbteuse des albums sur le march\u00e9 franco-europ\u00e9en). La fortune que conna\u00eet actuellement la BD francophone montr\u00e9alaise est en partie redevable aussi du nombre de plus en plus \u00e9lev\u00e9 de jeunes autrices, mais aussi de plusieurs \u00e9diteurs ind\u00e9pendants qui \u2013 contrairement \u00e0 leurs homologues europ\u00e9ens \u2013 non seulement donnent droit de cit\u00e9 mais valorisent cette pr\u00e9sence f\u00e9minine.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est dans le deuxi\u00e8me chapitre consacr\u00e9 aux repr\u00e9sentations de l\u2019espace montr\u00e9alais dans la BD que Giaufret nous am\u00e8ne au c\u0153ur de sa recherche. Peu importe que la nature de cet espace soit tangible ou symbolique, sa repr\u00e9sentation au sein des albums se fait de mani\u00e8re sui-r\u00e9f\u00e9rentielle ou, si l\u2019on pr\u00e9f\u00e8re, suivant une dimension m\u00e9talinguistique&nbsp;: \u00ab&nbsp;un espace qui repr\u00e9sente un espace. Un espace au carr\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 58). Ainsi, Giaufret nous fait d\u00e9couvrir une dimension h\u00e9t\u00e9roclite, o\u00f9 le paysage z\u00e9nithal de <em>Mile End<\/em> (Hellman), ancr\u00e9 sur le territoire, concurrence avec la dimension plus intimement identitaire du lieu et de sa r\u00e9appropriation symbolique, comme dans <em>Paul dans le Nord<\/em> (Rabagliati), <em>Les pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9s<\/em> (Turgeon et Giard) ou encore dans <em>Hiver nucl\u00e9aire <\/em>(Cab), o\u00f9 les histoires individuelles dialoguent avec celle de la ville. Dans bien d\u2019autres cas, cet espace peut \u00eatre aussi le lieu de l\u2019incommunicabilit\u00e9, de la s\u00e9gr\u00e9gation et de la solitude, un <em>non-lieu<\/em> o\u00f9 l\u2019exp\u00e9rience humaine se r\u00e9alise au sein d\u2019un espace claustrophobique qui d\u00e9shumanise le personnage et le contraint \u00e0 l\u2019isolement (<em>Du chez-soi<\/em> d\u2019Ariane D\u00e9nomm\u00e9, entre autres). Aussi les rapports traditionnels entre centre et p\u00e9riph\u00e9rie se trouvent-ils remis en question lorsqu\u2019on a affaire \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 comme Montr\u00e9al, o\u00f9 le c\u0153ur de la ville peut englober plusieurs banlieues r\u00e9sidentielles soit par le refus de certaines classes ais\u00e9es de se conformer \u00e0 l\u2019id\u00e9e de \u00ab&nbsp;ville-centre&nbsp;\u00bb, soit par la pr\u00e9sence de barri\u00e8res, notamment naturelles, qui dessinent le territoire suivant une structure topographique pr\u00e9cise et favorisent en m\u00eame temps l\u2019\u00e9mergence chez les montr\u00e9alais d\u2019un imaginaire collectif autour de l\u2019objet ville.<\/p>\n\n\n\n<p>La relation entre langue \u00e9crite et langue parl\u00e9e est au c\u0153ur de la r\u00e9flexion du troisi\u00e8me chapitre dont l\u2019objectif est de cerner les traits typiques de la bande dessin\u00e9e en g\u00e9n\u00e9ral, avant de s\u2019attarder plus longuement sur le deuxi\u00e8me volet de la recherche&nbsp;: la repr\u00e9sentation du fran\u00e7ais qu\u00e9b\u00e9cois parl\u00e9 dans les bandes dessin\u00e9es ayant pour protagoniste la ville de Montr\u00e9al. Il ne s\u2019agit pas seulement ici de saisir la complexit\u00e9 et l\u2019unicit\u00e9 de la situation linguistique montr\u00e9alaise, o\u00f9 le bin\u00f4me anglais\/fran\u00e7ais s\u2019estompe au profit d\u2019une diversification culturelle beaucoup plus composite et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne que dans le reste du Qu\u00e9bec. Or, comment saisir parall\u00e8lement la richesse de la langue populaire qu\u00e9b\u00e9coise \u00e0 l\u2019\u00e9crit dans un genre qui, de toute \u00e9vidence, ne peut pas faire abstraction de sa composante iconique&nbsp;? La question se pose <em>a fortiori<\/em> en traduction lorsqu\u2019il faut traduire des id\u00e9ogrammes qui sont s\u00e9mantiquement tant\u00f4t transparents tant\u00f4t opaques pour le lecteur, qui ne partage pas forc\u00e9ment certaines connaissances socio-culturelles. Une place aussi importante est accord\u00e9e \u00e0 la repr\u00e9sentation mim\u00e9tique de l\u2019oralit\u00e9 \u00e0 travers l\u2019\u00e9crit ou, selon les termes de Giaufret, \u00e0 l\u2019\u00ab&nbsp;oral scripturis\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 152). Ainsi, tandis que de nombreux artifices graphiques permettent de saisir les particularit\u00e9s phon\u00e9tiques du parler populaire qu\u00e9b\u00e9cois, \u00e0 l\u2019exception \u00e9videmment des traits suprasegmentaux, la variation sociolinguistique diastratiquement et diaphasiquement marqu\u00e9e r\u00e9side surtout dans la panoplie de qu\u00e9b\u00e9cismes lexicaux, s\u00e9mantiques et phras\u00e9ologiques dont les BD qu\u00e9b\u00e9coises sont parsem\u00e9es. Giaufret classe bon nombre de ces occurrences en se servant de diff\u00e9rents r\u00e9pertoires pour v\u00e9rifier la pr\u00e9sence et le marquage des unit\u00e9s lexicales, une recherche minutieuse qui se poursuit sur une r\u00e9flexion tr\u00e8s pointue autour des anglicismes et de leur classement, avant de s\u2019achever par la repr\u00e9sentation de la langue dans sa dimension syntaxique et n\u00e9ographique non standard.<\/p>\n\n\n\n<p>[Francesco Attruia]&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Anna Giaufret, Montr\u00e9al dans les bulles. Repr\u00e9sentations de l\u2019espace urbain et du fran\u00e7ais parl\u00e9 montr\u00e9alais dans la bande dessin\u00e9e, Qu\u00e9bec, Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, 2021. Dans ce volume, paru aux Presses de l\u2019Universit\u00e9 Laval, Anna Giaufret nous plonge dans l\u2019univers fascinant de la bande dessin\u00e9e montr\u00e9alaise. 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