{"id":713,"date":"2022-10-30T11:53:09","date_gmt":"2022-10-30T10:53:09","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=713"},"modified":"2022-10-31T13:37:14","modified_gmt":"2022-10-31T12:37:14","slug":"dorina-irimia-du-langage-judiciaire-a-la-traduction","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/10\/30\/dorina-irimia-du-langage-judiciaire-a-la-traduction\/","title":{"rendered":"Dorina IRIMIA, Du langage judiciaire \u00e0 la traduction"},"content":{"rendered":"\n<p>Dorina IRIMIA, <em>Du langage judiciaire \u00e0 la traduction.<\/em> <em>Manuel d\u2019initiation en droit et en traduction des actes judiciaires<\/em>, \u00c9ditions Sydney Laurent, 2020, 201 pp.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce <em>Manuel d\u2019initiation en droit et en traduction des actes judiciaires<\/em>, r\u00e9dig\u00e9 par Dorina IRIMIA, ancienne avocate, aujourd\u2019hui formatrice en droit et expert-traductrice et interpr\u00e8te au tribunal, est con\u00e7u pour l\u2019enseignement de la traduction de la pratique judiciaire \u2013 puisque la traduction en droit est devenue incontournable et ne peut plus \u00eatre ignor\u00e9e \u2013 partant de l\u2019analyse du processus de production et de r\u00e9daction des actes judiciaires \u00e9manant des tribunaux (et de ses diff\u00e9rents r\u00e9dacteurs&nbsp;: juge, minist\u00e8re public, avocat, huissier, greffier), comme le dit son titre principal&nbsp;: <em>Du langage judiciaire \u00e0 la traduction<\/em>. Il s\u2019agit donc d\u2019un guide utile \u00e0 la fois pour appr\u00e9hender les techniques de la traduction, expertise de plus en plus requise suite \u00e0 l\u2019\u00e9largissement des \u00e9changes \u00e9conomiques et \u00e0 la circulation des personnes dans l\u2019espace europ\u00e9en, et pour familiariser avec le vocabulaire sp\u00e9cifique des actes judiciaires, ainsi qu\u2019avec deux diff\u00e9rents syst\u00e8mes de droit&nbsp;: c\u2019est le droit avec son langage sp\u00e9cifique, en effet, qui pose des probl\u00e8mes au traducteur lequel doit en trouver des correspondants terminologiques mais aussi conceptuels. Bien que l\u2019auteure s\u2019occupe essentiellement de traduction fran\u00e7ais-roumain, l\u2019approche pr\u00e9sent\u00e9e demeure tout \u00e0 fait applicable \u00e0 d\u2019autres paires traductives impliquant le fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la premi\u00e8re partie de son manuel, IRIMIA d\u00e9finit la traduction judiciaire des actes r\u00e9dig\u00e9s par une juridiction \u2013 actes techniques, clairs, pr\u00e9cis, exacts et non ambigus, qui requi\u00e8rent une obligation de prudence de la part du traducteur ainsi que des recherches approfondies \u2013 et sugg\u00e8re la n\u00e9cessit\u00e9 de traduire selon les habitudes de r\u00e9daction des actes du syst\u00e8me cible, tout en demeurant fid\u00e8le au texte \u00e0 traduire. Le premier chapitre (<em>Conseils de traduction des actes judiciaires<\/em>, pp. 35-54) offre des conseils sur la d\u00e9marche \u00e0 suive par le traducteur. Ce dernier doit d\u2019abord analyser le texte \u00e0 traduire (par exemple, il doit reconnaitre la chronologie des faits, les verbes de la narration, le type de proc\u00e9dure et d\u2019acte, etc.) et travailler ensuite par \u00e9tapes (lecture attentive, compr\u00e9hension de la proc\u00e9dure et des faits ainsi que du cas d\u2019esp\u00e8ce, recensement des termes juridiques, attention au style, etc.). Il va de soi que le traducteur doit \u00e9galement essayer de se construire une connaissance de base des deux syst\u00e8mes juridiques pris en consid\u00e9ration (il convient de connaitre les diff\u00e9rents types de juges, les voies de recours d\u2019une d\u00e9cision de justice, les d\u00e9cisions en premi\u00e8re instance et en appel). \u00c0 cause de la polys\u00e9mie interne, qui fait qu\u2019un terme peut \u00eatre retrouv\u00e9 dans plusieurs proc\u00e9dures parfois dans une acception diff\u00e9rente, les termes \u00e0 traduire et leurs \u00e9quivalents doivent etre examin\u00e9s dans le contexte de l\u2019acte. Ce dernier est \u00e0 son tour plong\u00e9 dans les sp\u00e9cificit\u00e9s de son syst\u00e8me de droit, selon la langue prise en consid\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me chapitre (<em>Se situer dans le contexte de la proc\u00e9dure<\/em>, pp. 55-103) est consacr\u00e9 aux contextes de la proc\u00e9dure civile, p\u00e9nale, fiscale et administrative. Bien qu\u2019elles pr\u00e9sentent des notions communes, chacune se caract\u00e9rise surtout par des diff\u00e9rences sp\u00e9cifiques qui font varier non seulement le style mais aussi, parfois, le sens des termes. Il est aussi recommand\u00e9 au traducteur de savoir distinguer entre certains termes qui ont une valeur g\u00e9n\u00e9rique (par exemple, <em>instance<\/em> et <em>juridiction<\/em>) et d\u2019autres plus pr\u00e9cis, selon la proc\u00e9dure (par exemple, l\u2019<em>assign\u00e9<\/em>, le <em>d\u00e9faillant<\/em>, le <em>demandeur<\/em>, le <em>requ\u00e9rant<\/em>, l\u2019<em>appelant<\/em>, l\u2019<em>intim\u00e9<\/em>, le <em>plaignant<\/em>, etc. qui renvoient tous aux parties au proc\u00e8s), aussi bien que d\u2019\u00e9viter de s\u2019exprimer avec un langage commun (par exemple, il convient d\u2019utiliser <em>imputer \u00e0<\/em>, au lieu d\u2019<em>attribuer la responsabilit\u00e9 \u00e0<\/em>), tout en faisant attention \u00e0 ne pas sortir les termes de leur contexte proc\u00e9dural. Enfin, il convient de faire attention \u00e0 la performativit\u00e9 du langage judiciaire, notamment \u00e0 l\u2019expression de l\u2019obligation et de la n\u00e9cessit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me chapitre (<em>Autres difficult\u00e9s<\/em>, pp. 104-128) concentre l\u2019attention sur d\u2019autres pi\u00e8ges que le traducteur avis\u00e9 devra \u00e9viter (rapprochements phon\u00e9tiques, polys\u00e9mie interne, etc.) ou d\u2019autres difficult\u00e9s qu\u2019il devra essayer de rendre de mani\u00e8re \u00e9quivalente dans la langue-culture cible (tournures impersonnelles, technicismes et expressions sp\u00e9cifiques aux actes judiciaires \u2013 <em>attendu (que)<\/em>, <em>il saurait\u2026 d\u00e8s lors<\/em>, <em>de surcroit<\/em>, <em>ledit<\/em> et sa d\u00e9clinaison \u2013, <em>nous<\/em> de majest\u00e9 \u2013 <em>ordonnons que le dossier<\/em>\u2026 \u2013 et euph\u00e9mismes \u2013 <em>dire<\/em>, <em>indiquer<\/em>, <em>fixer<\/em>, etc. au sens d\u2019<em>ordonner<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la deuxi\u00e8me partie, IRIMIA illustre le <em>style<\/em> officiel, voire sacramentel, et le <em>formalisme<\/em> du langage des actes judiciaires, rempli de clich\u00e9s, de formules, d\u2019expressions sp\u00e9cifiques et fig\u00e9es qui, d\u2019une part, sont justifi\u00e9s par l\u2019exigence d\u2019assurer \u00e0 l\u2019acte l\u2019autorit\u00e9 n\u00e9cessaire mais, d&#8217;autre part, risquent de n\u2019\u00eatre compris que par les sp\u00e9cialistes. Dans le premier chapitre (<em>Techniques de traduction<\/em>, pp. 131-137), l\u2019auteure sugg\u00e8re une s\u00e9rie de strat\u00e9gies qu\u2019il est possible d\u2019activer afin d\u2019am\u00e9liorer le travail du traducteur. Tout d\u2019abord ce dernier doit \u00eatre organis\u00e9 soigneusement et la premi\u00e8re \u00e9tape de la d\u00e9marche consiste \u00e0 r\u00e9gler les maladresses du texte source, sans recourir \u00e0 des notes en bas de page, v\u00e9cues comme une d\u00e9faite, sauf en cas d\u2019incoh\u00e9rence grave. Il est \u00e9galement pr\u00e9f\u00e9rable de ne pas enrichir le texte et dire plus que le document source\u00a0; les phrases doivent \u00eatre courtes, l\u2019\u00e9criture dense, il faut faire \u00e9conomie de mots pour obtenir un texte de m\u00eame longueur. Si une phrase est trop longue, il vaut mieux de la couper par un point-virgule ou de recourir \u00e0 d\u2019autres strat\u00e9gies\u00a0: abonder en verbes, \u00e9viter les p\u00e9riphrases, les r\u00e9p\u00e9titions et les redondances.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir recommand\u00e9, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des phrases courtes, d\u2019\u00e9viter les doubles n\u00e9gations et d\u2019embellir le texte au d\u00e9triment de la concision, de privil\u00e9gier un vocabulaire simple, clair et pr\u00e9cis et des expressions neutres, le deuxi\u00e8me chapitre (<em>Style de la traduction<\/em>, pp. 138-147) s\u2019occupe en particulier de deux strat\u00e9gies, \u00e0 savoir la paraphrase \u2013 \u00e0 utiliser lorsque les termes sont v\u00e9ritablement propres \u00e0 un syst\u00e8me juridique et, par-l\u00e0, intraduisibles (par exemple, <em>juge d\u2019instruction<\/em>, <em>mise en examen<\/em>, <em>t\u00e9moin<\/em> <em>assist\u00e9<\/em>, etc.) \u2013 et la mise en relief \u2013 qui peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e par les pr\u00e9sentatifs en t\u00eate de phrase ou bien en pla\u00e7ant en d\u00e9but de phrase l\u2019\u00e9l\u00e9ment que l\u2019on d\u00e9sire faire ressortir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me chapitre d\u00e9place l\u2019attention vers les r\u00e8gles de la grammaire et de la syntaxe de la langue de traduction (<em>Grammaire et syntaxe<\/em>, pp. 147-167). Certaines particularit\u00e9s sont pourtant propres du langage judiciaire, comme l\u2019emploi fr\u00e9quent du verbe \u00e0 la place d\u2019un substantif, les constructions verbales qui r\u00e9clament une pr\u00e9position (par exemple, <em>astreindre \u00e0<\/em>, <em>comparaitre devant<\/em>, <em>d\u00e9battre de<\/em>, <em>recevoir dans<\/em>, etc.), et certains connecteurs logiques et indicateurs de liaison entre les paragraphes (<em>d\u00e8s<\/em> <em>lors<\/em>, <em>or<\/em>, <em>au demeurant<\/em>, <em>sous pr\u00e9texte que<\/em>, <em>de sorte que<\/em>, <em>\u00e0 l\u2019effet de<\/em>, etc.). Le quatri\u00e8me et dernier chapitre se concentre sur la pr\u00e9sentation des aspects typographiques des actes traduits (<em>Techniques d\u2019une r\u00e9daction propre<\/em>, pp. 168-191), parce que le fait de produire une traduction correcte du point de vue linguistique n\u2019est pas suffisant. Il s\u2019av\u00e8re donc n\u00e9cessaire de faire attention non seulement \u00e0 d\u2019autres r\u00e8gles \u2013 telles l\u2019emploi des majuscules (par exemple, pour certaines fonctions de justice), d\u2019une orthographe correcte, des abr\u00e9viations cod\u00e9es aussi bien que le choix avis\u00e9 des caract\u00e8res gras et italique, des guillemets, etc., \u2013 mais aussi \u00e0 une pr\u00e9sentation qui respecte celle d\u2019origine pour permettre au lecteur de se retrouver, en termes de subdivision en paragraphes, nombre de lignes et de mots, police de l\u2019\u00e9criture, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>De ce manuel, il apparait clairement que la traduction des actes judiciaires est une t\u00e2che complexe, d\u00e9coulant de la complexit\u00e9 du droit lui-m\u00eame, et exige la maitrise du langage technique des sp\u00e9cialistes du droit.<\/p>\n\n\n\n<p>[Chiara PREITE]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dorina IRIMIA, Du langage judiciaire \u00e0 la traduction. Manuel d\u2019initiation en droit et en traduction des actes judiciaires, \u00c9ditions Sydney Laurent, 2020, 201 pp. Ce Manuel d\u2019initiation en droit et en traduction des actes judiciaires, r\u00e9dig\u00e9 par Dorina IRIMIA, ancienne avocate, aujourd\u2019hui formatrice en droit et expert-traductrice et interpr\u00e8te au tribunal, est con\u00e7u pour l\u2019enseignement\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/10\/30\/dorina-irimia-du-langage-judiciaire-a-la-traduction\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[33],"tags":[],"class_list":["post-713","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-47"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/713"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=713"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/713\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":736,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/713\/revisions\/736"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=713"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=713"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=713"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}