{"id":689,"date":"2022-10-29T17:20:06","date_gmt":"2022-10-29T15:20:06","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=689"},"modified":"2022-10-31T13:37:59","modified_gmt":"2022-10-31T12:37:59","slug":"albin-wagener-renaud-hourcade-christian-le-bart-et-camille-nous-dir-discours-climatosceptiques","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/10\/29\/albin-wagener-renaud-hourcade-christian-le-bart-et-camille-nous-dir-discours-climatosceptiques\/","title":{"rendered":"Albin WAGENER, Renaud HOURCADE, Christian LE BART et Camille NO\u00dbS (dir.), Discours climatosceptiques"},"content":{"rendered":"\n<p>Albin WAGENER, Renaud HOURCADE, Christian LE BART et Camille NO\u00dbS (dir.), Discours climatosceptiques, <em>MOTS. Les langages du politique<\/em>, n\u00b0 127, 2021, pp. 119.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il est vrai que de nombreuses \u00e9tudes sur les proc\u00e9d\u00e9s rh\u00e9toriques et argumentatifs des discours sur le climat existent d\u00e9j\u00e0, ce num\u00e9ro th\u00e9matique de <em>MOTS<\/em>, \u00ab\u00a0Discours climatosceptiques\u00a0\u00bb a le m\u00e9rite d\u2019examiner ce type de discours sous un jour nouveau, en se fondant sur l\u2019observation des liens qu\u2019il entretient avec d\u2019autres d\u00e9bats soci\u00e9taux actuels, tels que le v\u00e9ganisme ou le Brexit. Comme l\u2019expliquent Hourcade et Wagener dans leur riche introduction, cette nouvelle approche interdiscursive permet de mieux comprendre les rouages du climatoscepticisme, qui connait encore des poches de r\u00e9sistance, malgr\u00e9 le consensus scientifique et politique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 autour de la question du climat. La prise en compte de diff\u00e9rents espaces discursifs contribue \u00e0 faire ressortir les id\u00e9ologies et les syst\u00e8mes de valeurs qui les sous-tendent. Il ressort des contributions ici r\u00e9unies que ce scepticisme \u00ab\u00a0polydimensionnel\u00a0\u00bb provient d\u2019id\u00e9ologies conservatrices, qui se sentent menac\u00e9es et refusent de remettre en question des valeurs profond\u00e9ment enracin\u00e9es, telles que les notions de libert\u00e9, de capitalisme et de progr\u00e8s, \u00e0 la base des soci\u00e9t\u00e9s occidentales. Les promoteurs de ces th\u00e8ses climatosceptiques sont avant tout des groupes d\u2019influence, qui utilisent principalement les m\u00e9dias et les r\u00e9seaux sociaux. Ils se montrent m\u00eame capables de dissimuler leurs v\u00e9ritables int\u00e9r\u00eats derri\u00e8re un nouveau positionnement en faveur du climat, en proposant des solutions techniques, relevant de la g\u00e9o-ing\u00e9nierie (Johanna Gouzouazi, Camille No\u00fbs). Une contribution se distingue des autres, c\u2019est celle d\u2019Elise Schr\u00fcger, en ce qu\u2019elle \u00e9tudie sp\u00e9cifiquement l\u2019\u00e9mergence et le d\u00e9veloppement de la formule <em>climatosceptique<\/em> \u00e0 travers le discours m\u00e9diatique. Elle convient donc parfaitement \u00e0 une premi\u00e8re ouverture sur le th\u00e8me de ce num\u00e9ro.<\/p>\n\n\n\n<p>L&#8217;article d\u2019Elise Schr\u00fcgers \u00ab\u00a0Circulation du mot climatosceptique\u00a0: trajectoire et enjeux sociodiscursifs d\u2019une formule\u00a0\u00bb (pp. 23-41) interroge la discursivit\u00e9 du ph\u00e9nom\u00e8ne <em>climatosceptique<\/em> du point de vue des m\u00e9tadiscours dans la presse \u00e9crite francophone (France et Belgique), d\u00e9bouchant sur un int\u00e9r\u00eat conceptuel pour la circulation du terme climatosceptique et ses mutations morphosyntaxiques \u00e0 travers le concept de formule. Deux corpus ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9s\u00a0: un corpus exploratoire, constitu\u00e9 de six quotidiens g\u00e9n\u00e9ralistes, et un corpus de contr\u00f4le, \u00e0 partir desquels chaque occurrence a \u00e9t\u00e9 comptabilis\u00e9e manuellement. L&#8217;\u00e9tude est parvenue \u00e0 \u00e9tablir trois phases chronologiques d&#8217;utilisation (2004-2008, 2009-2014, 2015-2019). Avant 2009, le lex\u00e8me \u00e9tait tr\u00e8s rare, mais \u00e0 partir de 2010, on constate un emploi plus r\u00e9gulier du mot. \u00c0 partir de 2015, date o\u00f9 le mot <em>climatosceptique<\/em> fait son entr\u00e9e dans le Robert, on constate une certaine \u00ab\u00a0d\u00e9vitalisation\u00a0\u00bb de la formule, accompagn\u00e9e d\u2019une hausse de sa fr\u00e9quence d\u2019usage. Globalement, on peut dire que la p\u00e9riode 2004-2008 correspond \u00e0 sa stabilisation progressive comme s\u00e9quence unifi\u00e9e\u00a0; par la suite, on observe \u00ab\u00a0l\u2019installation de la formule et de sa charge pol\u00e9mique\u00a0\u00bb, qui sera suivie d\u2019une forme de \u00ab\u00a0lassitude linguistique\u00a0\u00bb, doubl\u00e9e d\u2019une certaine productivit\u00e9 lexicologique et morphosyntaxique, contribuant ainsi \u00e0 la circulation de la formule. C\u2019est \u00e0 partir de l\u00e0, qu\u2019on observe plusieurs variations de la forme initiale, avec l\u2019apparition du suffixe en <em>isme<\/em> ou son emploi adjectival. Schr\u00fcgers \u00e9voque alors le caract\u00e8re pol\u00e9mique de la forme, \u00e0 travers le d\u00e9figement, d\u2019o\u00f9 l\u2019apparition d\u2019emplois m\u00e9tadiscursifs r\u00e9currents (par ex. on opposera les \u00ab\u00a0climato-convaincus\u00a0\u00bb aux \u00ab\u00a0climatosceptiques\u00a0\u00bb), qui marquent bien \u00ab\u00a0son acc\u00e8s au rang de formule\u00a0\u00bb (p. 33-34). Au terme de son \u00e9tude, l\u2019auteure constate surtout que la formule <em>climatosceptique<\/em> s\u2019est affermie dans son usage non pas sous l\u2019avanc\u00e9e des connaissances sur le climat, mais plut\u00f4t sous l\u2019effet du renforcement du consensus m\u00e9diatique et politique autour de la question sur le climat.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution d\u2019Albin Wagener, \u00ab Que ferait-on des prairies, puisque l\u2019homme ne sait pas dig\u00e9rer l\u2019herbe ? \u00bb : les discours climatosceptiques \u00e0 l\u2019assaut des discours v\u00e9ganes&nbsp;\u00bb (pp. 43-63) est la premi\u00e8re de cette livraison \u00e0 aborder la relation des discours climatosceptiques avec d\u2019autres discours soci\u00e9taux. Son objectif est d\u2019analyser les associations existant entre les discours climatosceptiques et les discours anti-v\u00e9ganes. Pour ce faire, Wagener se base sur un corpus num\u00e9rique, constitu\u00e9 de commentaires de r\u00e9seaux sociaux mais aussi d\u2019articles (presse, magazines, blogs) et de r\u00e9actions \u00e0 ces articles, portant sur l\u2019anti-v\u00e9ganisme. Son \u00e9tude tient compte de l\u2019interp\u00e9n\u00e9tration des discours de l\u2019\u00e8re post-digitale, qui s\u2019influencent mutuellement et du r\u00f4le important des <em>think tanks<\/em> conservateurs dans la diffusion du scepticisme quant \u00e0 la responsabilit\u00e9 humaine vis-\u00e0-vis du changement climatique. Il constate en effet que les discours anti-v\u00e9ganes apparaissent en r\u00e9action \u00e0 une r\u00e9actualisation des discours v\u00e9ganes concernant le lien entre la production de produits carn\u00e9s et les \u00e9missions \u00e0 effet de serre. \u00c0 l\u2019aide du logiciel <em>Iramuteq,<\/em> l\u2019auteur m\u00e8ne une analyse textuelle et lexicom\u00e9trique automatis\u00e9e, qui lui permet d\u2019avoir quatre visions compl\u00e9mentaires des dimensions argumentatives pr\u00e9sentes dans le corpus. Il en ressort surtout une diff\u00e9renciation entre l\u2019animal comme \u00eatre vivant ou comme produit de consommation (discours sp\u00e9ciste) mais aussi entre un positionnement plus technique (effet de l\u2019\u00e9levage sur le r\u00e9chauffement climatique) et une orientation plus id\u00e9ologique, o\u00f9 il est question de libert\u00e9 individuelle. Une derni\u00e8re analyse, fond\u00e9e sur les concordances des lex\u00e8mes \u00ab&nbsp;climat&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;climatique, \u00ab&nbsp;viande&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;animal&nbsp;\u00bb montre de mani\u00e8re plus approfondie de quelle mani\u00e8re les discours anti-v\u00e9ganes abordent la question climatique. Ces derniers tendent \u00e0 minimiser les effets de l\u2019\u00e9levage bovin sur le r\u00e9chauffement climatique, jusqu\u2019\u00e0 affirmer leur effet b\u00e9n\u00e9fique sur les p\u00e2turages, notamment au niveau de la biodiversit\u00e9. Par ailleurs, la plupart affichent une conception utilitariste de l\u2019animal, appartenant \u00e0 l\u2019ordre naturel des choses, o\u00f9 l\u2019animal est vu comme une ressource, assurant la sant\u00e9 et le bien-\u00eatre des humains. M\u00eame si certains discours anti-v\u00e9ganes ont recours \u00e0 des arguments \u00e9thiques vis-\u00e0-vis de l\u2019animal, arguments utilis\u00e9s pour att\u00e9nuer leur effet sur le climat, c\u2019est la logique sp\u00e9ciste, o\u00f9 l\u2019animal est consid\u00e9r\u00e9 comme une simple ressource nutritionnelle, qui l\u2019emporte et les conduit \u00e0 mettre en doute l\u2019impact de la consommation de viande sur les \u00e9missions de CO2. Ces discours, o\u00f9 sont m\u00eal\u00e9es id\u00e9ologies et repr\u00e9sentations, montrent combien \u00ab&nbsp;choix alimentaires et repr\u00e9sentations de l\u2019environnement se trouvent intimement li\u00e9s&nbsp;\u00bb (p. 58), d\u00e9bouchant sur un \u00ab&nbsp;d\u00e9ni plus confortable que la perspective des tr\u00e8s nombreux changements sociaux \u00e0 engager&nbsp;\u00bb (p. 59).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019article suivant \u00ab&nbsp;Le discours climatosceptique des <em>Brexiters<\/em> au Royaume-Uni&nbsp;\u00bb (65-80), Alma-Pierre Bonnet se propose quant \u00e0 elle de se pencher sur les discours des <em>Brexiters<\/em>, qui doivent affronter entre 2016 et 2019 la situation paradoxale du Royaume -Uni, o\u00f9 la majorit\u00e9 de la population croit \u00e0 l\u2019urgence climatique alors qu\u2019eux-m\u00eames nourrissent des doutes sur le bien-fond\u00e9 de cette croyance. La position climatosceptique des <em>Brexiters<\/em> trouve sa raison d\u2019\u00eatre d\u2019une part dans leur rejet de toute intervention supranationale &#8211; comme celle de l\u2019UE &#8211; dans leur politique \u00e9conomique, domin\u00e9e par des valeurs n\u00e9olib\u00e9rales et d\u2019autre part, par leur d\u00e9fiance envers les \u00e9lites, ces derni\u00e8res \u00e9tant g\u00e9n\u00e9ralement associ\u00e9es aux discours pro-climat. Dans un premier temps, l\u2019auteure examine, en partie \u00e0 l\u2019aide du logiciel <em>Sketch Engine<\/em>, les diverses utilisations du terme <em>green<\/em> et le mot-valise <em>Clexit<\/em> dans un corpus de 31 discours du groupe <em>Vote Leave<\/em> au cours de la campagne r\u00e9f\u00e9rendaire de 2016. Elle montre comment les <em>Brexiters<\/em> s\u2019approprient les termes <em>green tape<\/em> et <em>green spaces<\/em>, en ayant recours au registre \u00e9motionnel et identitaire, pour montrer l\u2019UE comme une entit\u00e9 autoritaire, en opposition avec les valeurs de libert\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s d\u00e9mocratiques et constituant un frein au d\u00e9veloppement \u00e9conomique des pays membres. Une autre expression apparait apr\u00e8s le r\u00e9f\u00e9rendum&nbsp;: <em>green Brexit<\/em>, utilis\u00e9e par M. Gove, alors secr\u00e9taire d\u2019Etat \u00e0 l\u2019Environnement, qui reprend \u00e0 son avantage l\u2019argument principal des anti-Brexit, afin de rassurer les \u00e9cologistes britanniques. L\u2019auteure examine par la suite la cr\u00e9ation du mot-valise <em>Clexit<\/em>, dont la forme accrocheuse indique son lien avec le <em>Brexit<\/em>. Les <em>Clexiters<\/em> esp\u00e8rent ainsi faire avancer leurs id\u00e9es climatosceptiques, mais ils se heurtent malgr\u00e9 tout au consensus scientifique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des Britanniques sur la question de l\u2019urgence climatique. Par la suite, Alma-Pierre Bonnet s\u2019interroge sur la fa\u00e7on dont les partis de droite outre-Manche ont trait\u00e9 le th\u00e8me du climat lors des \u00e9lections de 2019, afin de ne pas s\u2019ali\u00e9ner les tenants de l\u2019urgence climatique. Elle met en \u00e9vidence l\u2019attitude ambigu\u00eb du parti conservateur, qui opte pour le silence. Le refus de participer au d\u00e9bat sur le climat est une strat\u00e9gie qui leur permet de montrer \u00e0 la fois la st\u00e9rilit\u00e9 du d\u00e9bat sur le climat, leur distance par rapport au discours cacophonique sur ce th\u00e8me, mais aussi par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9lite. Ils semblent soutenir un <em>new denialism<\/em>, qui tout en acceptant le consensus scientifique sur le climat, refuse la mise en \u0153uvre de toute action, qui risque de s\u2019av\u00e9rer nuisible pour l\u2019\u00e9conomie (p. 75). De leur c\u00f4t\u00e9, les membres du <em>Brexit Party<\/em>, s\u2019ils ont \u00e9vit\u00e9 de prendre part directement au discours sur le climat, se sont fait entendre \u00e0 travers de nombreux tweets, adoptant ainsi une strat\u00e9gie populiste. Cette \u00e9tude conduit l\u2019auteure \u00e0 conclure que \u00ab&nbsp;Si le Brexit a permis de lib\u00e9rer la parole, le discours climatosceptique des <em>Brexiters<\/em> reste polymorphe&nbsp;\u00bb (p. 77), allant des \u00ab&nbsp;sous-discours&nbsp;\u00bb indirects des conservateurs aux discours populistes souvent offensants du <em>Brexit Party<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re contribution\u00a0: \u00ab\u00a0Du climatoscepticisme \u00e0 la valorisation de l&#8217;ing\u00e9nierie climatique\u00a0: les m\u00e9tamorphoses d&#8217;un argumentaire conservateur\u00a0\u00bb (pp. 81-96), r\u00e9dig\u00e9e par Johanna Gouzouazi et Camille No\u00fbs, s\u2019attache \u00e0 examiner les proc\u00e9d\u00e9s argumentatifs utilis\u00e9s par un ancien acteur climatosceptique, Samuel Thernstrom, pour promouvoir l\u2019intervention climatique (ou g\u00e9o-ing\u00e9nierie), comme meilleur moyen de lutter contre le changement climatique. Il s\u2019agit d\u2019une \u00e9tude de cas restreinte \u00e0 deux textes de Thernstrom, \u00e9crits en 2010 pour l\u2019institution nord-am\u00e9ricaine <em>American Enterprise Institute<\/em> (AEI) de tendance lib\u00e9rale et conservatrice. La solution de l\u2019intervention climatique rencontre l\u2019adh\u00e9sion de certains climatosceptiques puisqu\u2019elle repr\u00e9senterait une \u00ab\u00a0opportunit\u00e9 d\u2019investir dans la lutte contre le changement climatique sans pour autant remettre en question les valeurs orient\u00e9es vers le d\u00e9veloppement libre des march\u00e9s\u00a0\u00bb (p. 82), assurant ainsi le maintien des int\u00e9r\u00eats des <em>lobbies<\/em>. Pour remporter l\u2019adh\u00e9sion des lecteurs, Thernstrom utilise plusieurs fois un double discours\u00a0: il a recours \u00e0 la figure de scientifiques, dispensateurs d\u2019arguments d\u2019autorit\u00e9, ce qui lui permet aussi de faire croire \u00e0 son acceptation des discours scientifiques. Corr\u00e9lativement \u00e0 l\u2019invocation d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence scientifique, il \u00e9vite de se placer en opposition aux politiques d\u2019att\u00e9nuation, m\u00eame s\u2019il en souligne l\u2019inefficacit\u00e9, en pr\u00e9cisant que ces politiques sont compl\u00e9mentaires. Il s\u2019agit l\u00e0 de \u00ab\u00a0l\u2019argument de l\u2019al\u00e9a moral\u00a0\u00bb, repris de Nerlich et Jaspal (2012), qui consiste \u00e0 afficher une opinion positive envers une th\u00e8se, sans pour autant sembler en \u00eatre partisan. Parall\u00e8lement \u00e0 ces strat\u00e9gies argumentatives, Thernstrom pr\u00e9conise l\u2019importance de d\u00e9politiser le recours \u00e0 l\u2019intervention climatique, pour \u00e9viter qu\u2019elle soit assimil\u00e9e \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie conservatrice. Les auteures comparent cette attitude \u00e0 un \u00ab\u00a0num\u00e9ro d\u2019\u00e9quilibriste\u00a0\u00bb qui s\u2019applique \u00e0 taire \u00ab\u00a0les int\u00e9r\u00eats conservateurs et lib\u00e9raux qu\u2019elle d\u00e9fend, justement afin que de tels int\u00e9r\u00eats soient conserv\u00e9s\u00a0\u00bb (pp. 88-89). Malgr\u00e9 son incitation \u00e0 la d\u00e9politisation, Thernstrom adopte une strat\u00e9gie rh\u00e9torique sollicitant le \u00ab\u00a0sentiment d\u2019appartenance\u00a0\u00bb au m\u00eame groupe. Cette d\u00e9marche argumentative est indispensable pour conserver la cr\u00e9dibilit\u00e9 de l\u2019\u00e9thos collectif de l\u2019institution \u00e0 laquelle il appartient, en signalant le maintien de ses positions politiques. Enfin, au moyen d\u2019une analogie m\u00e9dicale, qui montre l\u2019existence d\u2019une solution valable et progressiste au probl\u00e8me du changement climatique, Thernstrom pousse ses interlocuteurs \u00e0 abandonner leur position climatosceptique. Les auteures en viennent \u00e0 conclure que \u00ab\u00a0le glissement strat\u00e9gique d\u2019une adh\u00e9sion \u00e0 un discours n\u00e9gationniste du changement climatique vers un discours qui en reconnait l\u2019existence et le danger s\u2019op\u00e8re par une hybridation de strat\u00e9gies argumentatives propres aux discours climatosceptiques et d\u2019\u00e9l\u00e9ments plus consensuels\u00a0\u00bb (p. 93).<\/p>\n\n\n\n<p>Un article de la section <em>Partie de recherche<\/em> compl\u00e8te cette int\u00e9ressante livraison. Dans leur texte \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/journals.openedition.org\/mots\/28995\">La construction discursive de l\u2019identit\u00e9 nationale<\/a>\u00a0\u00bb (pp. 99-119), Rudolf de Cillia et Ruth Wodak pr\u00e9sentent trois projets de recherche en analyse du discours de l\u2019institut de linguistique appliqu\u00e9e de l\u2019Universit\u00e9 de Vienne, portant sur les identit\u00e9s nationales, et en particulier sur l\u2019identit\u00e9 autrichienne, \u00e0 partir d\u2019enqu\u00eates allant de 1995 \u00e0 2018. Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 leurs principales hypoth\u00e8ses et leur approche th\u00e9orique et m\u00e9thodologique, les auteurs abordent principalement, \u00e0 travers divers exemples, les contenus des identit\u00e9s nationales, comme la narration d\u2019histoire politique commune, la construction d\u2019une culture, d\u2019un pr\u00e9sent et d\u2019un pass\u00e9 commun, ainsi que la construction d\u2019un \u00ab\u00a0corps national\u00a0\u00bb. Ils analysent les strat\u00e9gies argumentatives, en s\u2019attachant plus particuli\u00e8rement aux strat\u00e9gies constructives, qui accentuent l\u2019unicit\u00e9 et la singularit\u00e9 nationale et qui pr\u00e9supposent la diff\u00e9rence ou la similitude avec les autres nations. Les auteurs font \u00e9galement \u00e9tat des nombreux moyens linguistiques utilis\u00e9s \u00e0 cet effet. Ils ach\u00e8vent leur article par la description de l\u2019\u00e9volution des discours sur l\u2019identit\u00e9 nationale, en mettant l\u2019accent sur une \u00ab\u00a0relation dynamique entre constance et changement\u00a0\u00bb (p. 114), li\u00e9e aux transformations de la soci\u00e9t\u00e9 autrichienne, suite \u00e0 ses rapports avec l\u2019Europe, aux d\u00e9bats sur le pass\u00e9 nazi, \u00e0 l\u2019immigration, \u00e0 la mondialisation. Ils soulignent enfin le r\u00f4le de la langue qui a beaucoup \u00e9volu\u00e9, d\u00e9bouchant aujourd\u2019hui sur une \u00ab\u00a0conception monolingue de l\u2019\u00c9tat autrichien\u00a0\u00bb (p. 116).<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9f\u00e9rences cit\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>Nerlich, Brigitte, Jaspal, Russi, 2012, \u00ab&nbsp;Metaphors we die by? Geoengineering, metaphors, and the argument from catastrophe\u201d, <em>Metaphor and Symbol<\/em>, vol XXVII, n\u00b02, pp. 131-147.<\/p>\n\n\n\n<p>&nbsp;[SONIA GEROLIMICH]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Albin WAGENER, Renaud HOURCADE, Christian LE BART et Camille NO\u00dbS (dir.), Discours climatosceptiques, MOTS. Les langages du politique, n\u00b0 127, 2021, pp. 119. S\u2019il est vrai que de nombreuses \u00e9tudes sur les proc\u00e9d\u00e9s rh\u00e9toriques et argumentatifs des discours sur le climat existent d\u00e9j\u00e0, ce num\u00e9ro th\u00e9matique de MOTS, \u00ab\u00a0Discours climatosceptiques\u00a0\u00bb a le m\u00e9rite d\u2019examiner ce\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/10\/29\/albin-wagener-renaud-hourcade-christian-le-bart-et-camille-nous-dir-discours-climatosceptiques\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[33],"tags":[],"class_list":["post-689","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-47"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/689"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=689"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/689\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":728,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/689\/revisions\/728"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=689"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=689"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=689"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}