{"id":683,"date":"2022-10-20T19:22:08","date_gmt":"2022-10-20T17:22:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=683"},"modified":"2022-10-31T13:39:44","modified_gmt":"2022-10-31T12:39:44","slug":"francesco-attruia-annafrancesca-naccarato-adriana-orlandi-chiara-preite-eds-nous-plongions-nos-mains-dans-le-langage-hommage-a-paola-paissa","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/10\/20\/francesco-attruia-annafrancesca-naccarato-adriana-orlandi-chiara-preite-eds-nous-plongions-nos-mains-dans-le-langage-hommage-a-paola-paissa\/","title":{"rendered":"Francesco Attruia, Annafrancesca Naccarato, Adriana Orlandi, Chiara Preite (\u00e9ds.), \u00ab Nous plongions nos mains dans le langage \u00bb. Hommage \u00e0 Paola Paissa"},"content":{"rendered":"\n<p>Francesco Attruia, Annafrancesca Naccarato, Adriana Orlandi, Chiara Preite (\u00e9ds.), <em>\u00ab&nbsp;Nous plongions nos mains dans le langage&nbsp;\u00bb. Hommage \u00e0 Paola Paissa<\/em>, Louvain-la-Neuve, Acad\u00e9mia-L\u2019Harmattan, 2022, 328 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Publi\u00e9 sous la direction de Francesco Attruia, Annafrancesca Naccarato, Adriana Orlandi et Chiara Preite, le volume&nbsp;\u00ab&nbsp;<em>Nous plongions nos mains dans le langage&nbsp;\u00bb.&nbsp;Hommage \u00e0 Paola Paissa <\/em>rassemble les contributions des ancien\u00b7ne\u00b7s docteur\u00b7e\u00b7s de recherche et des coll\u00e8gues du Coll\u00e8ge du Doctorat de Linguistique fran\u00e7aise de l\u2019Universit\u00e9 de Brescia qui, avec d\u2019autres chercheur\u00b7e\u00b7s travaillant depuis longtemps avec Paola Paissa, ont souhait\u00e9 rendre hommage \u00e0 sa carri\u00e8re. D\u2019un point de vue structurel, le volume pr\u00e9sente une bipartition th\u00e9matique refl\u00e9tant les deux principaux domaines d\u2019int\u00e9r\u00eat privil\u00e9gi\u00e9s par Paola Paissa \u2013 l\u2019analyse du discours et la rh\u00e9torique. Les vingt-deux contributions dont se compose l\u2019ouvrage sont en outre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es par une riche <em>Tabula gratulatoria<\/em> ainsi que par deux textes introductifs qui rendent hommage non seulement \u00e0 sa carri\u00e8re, mais aussi \u00e0 sa personnalit\u00e9. Le texte de H\u00e9l\u00e8ne Giaufret (\u00ab&nbsp;Et les fruits [ont pass\u00e9] les promesses des fleurs&nbsp;\u00bb, p. 11-13) ouvre le volume en mettant en valeur les qualit\u00e9s dont Paola Paissa a fait preuve au long de son parcours acad\u00e9mique, \u00e0 partir des ann\u00e9es de sa formation universitaire jusqu\u2019\u00e0 son entr\u00e9e dans le monde de la recherche. Le profil scientifique de Paola Paissa est pr\u00e9sent\u00e9 dans le texte suivant par Ruggero Druetta (\u00ab&nbsp;Paola Paissa&nbsp;: un profil scientifique et une invitation au voyage&nbsp;\u00bb, p. 15-27), qui retrace les \u00e9tapes fondamentales de ses activit\u00e9s de recherche. La rigueur m\u00e9thodologique, l\u2019approche originale et les apports fructueux de ses travaux sont mis en \u00e9vidence dans ce texte&nbsp;qui invite \u00e0 la d\u00e9couverte de ses recherches.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re partie du volume, ayant trait \u00e0 l\u2019Analyse du discours de l\u2019\u00e9cole fran\u00e7aise, rassemble douze articles. Dans leur ensemble, ces contributions ont le m\u00e9rite de mettre en avant la compl\u00e9mentarit\u00e9 qui existe entre discours, identit\u00e9.s et soci\u00e9t\u00e9.s tout en soulignant la centralit\u00e9 des strat\u00e9gies \u00e9nonciatives, argumentatives et rh\u00e9toriques dans le processus de production d\u2019actes de langage, porteurs et producteurs de sens dans un contexte socio-culturel d\u00e9termin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution de Ruth Amossy (\u00ab&nbsp;La construction pol\u00e9mique d\u2019une identit\u00e9 sociale&nbsp;: les \u201cislamo-gauchistes\u201d ou l\u2019Universit\u00e9 fran\u00e7aise dans la tourmente&nbsp;\u00bb, p. 31-42) ouvre cette premi\u00e8re partie de l\u2019ouvrage, ayant pour objectif d\u2019analyser la construction en discours d\u2019une identit\u00e9 collective \u00e0 travers la polarisation pol\u00e9mique port\u00e9e par le genre de la p\u00e9tition. Au c\u0153ur de cette pol\u00e9mique se situe l\u2019identit\u00e9 collective d\u2019universitaires et chercheurs \u00ab islamo-gauchistes \u00bb (Pierre-Andr\u00e9 Taguieff, 2002)&nbsp;: l\u2019analyse de Ruth Amossy offre un \u00e9clairage critique de la p\u00e9tition dite le \u00ab Manifeste des 100 \u00bb publi\u00e9e dans le journal Le Monde le 31 octobre 2020 dans le but d\u2019appeler \u00e0 une vigilance accrue envers les id\u00e9ologies susceptibles d\u2019encourager les d\u00e9rives islamistes dans les institutions fran\u00e7aises d\u2019enseignement sup\u00e9rieur. Le Manifeste des 100 se propose de soutenir les affirmations du ministre de l\u2019Education Jean-Michel Blanquer sur l\u2019islamo-gauchisme dans les universit\u00e9s, \u00e0 la suite de l\u2019assassinat de Samuel Paty, et permet notamment d\u2019observer la construction d\u2019une identit\u00e9 collective, \u00e0 savoir, le \u00ab Nous, universitaires et chercheurs \u00bb (p. 34) qui use de ces statuts de scientifiques pour appuyer les dires du ministre. Les p\u00e9titionnaires revendiquent dans leur discours les id\u00e9aux d\u2019universalisme et de scientificit\u00e9 pour s\u2019opposer au collectif islamo-gauchiste qui assume une identit\u00e9 jug\u00e9e en rupture avec l\u2019\u00e9thique de responsabilit\u00e9 acad\u00e9mique et civique de l\u2019Universit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette premi\u00e8re contribution a le m\u00e9rite d\u2019introduire la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des notions qui seront reprises par d\u2019autres auteur.e.s au sein du volume: l\u2019identit\u00e9 singuli\u00e8re et collective, l\u2019universalisme, l\u2019\u00e9thique et l\u2019id\u00e9ologie, auxquels s\u2019ajouteront la repr\u00e9sentation discursive de la femme, le silence, l\u2019argumentation et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9nonciative dans les discours juridiques. Nous allons donc notamment revenir sur les contributions de cette premi\u00e8re partie de l\u2019ouvrage en suivant ce cheminement \u00ab&nbsp;notionnel&nbsp;\u00bb, sans respecter la succession des contributions figurant dans la table des mati\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout d\u2019abord, le sujet de la construction identitaire dans nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines est abord\u00e9 par Patricia Kottelat qui se situe dans la sph\u00e8re politique (\u00ab&nbsp;Ethos pr\u00e9sidentiel et gouvernance m\u00e9morielle&nbsp;: E. Macron et la m\u00e9moire r\u00e9publicaine&nbsp;\u00bb, p. 91-102). L\u2019auteure se penche sur l\u2019analyse de l\u2019ethos pr\u00e9sidentiel d\u2019Emmanuel Macron, en prenant en examen le cas sp\u00e9cifique de la c\u00e9l\u00e9bration du 150<sup>e<\/sup> anniversaire de la proclamation de la Troisi\u00e8me R\u00e9publique qui a eu lieu le 4 septembre 2020 dans un contexte socio-politique particuli\u00e8rement troubl\u00e9 \u00e0 la suite de la fin du premier confinement.&nbsp; L\u2019objectif de son \u00e9tude est de montrer comment la r\u00e9cup\u00e9ration m\u00e9morielle du 4 septembre 1870 est finalis\u00e9e au retravail de l\u2019ethos pr\u00e9alable du pr\u00e9sident qui s\u2019empare de l\u2019histoire comme cadre d\u2019une r\u00e9affirmation des valeurs et du patriotisme r\u00e9publicains dont il se porte garant.<\/p>\n\n\n\n<p>En se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 une autre sph\u00e8re, celle de l\u2019art de la photographie, Mariagrazia Margarito nous invite \u00e0 cerner la recherche identitaire qui se cache dans le discours expographique (\u00ab&nbsp;\u201c\u00catre au paysage\u201d&nbsp;: itin\u00e9rances paysag\u00e8res au prisme d\u2019une analyse de discours aussi&nbsp;\u00bb, p. 113-122). L\u2019auteure pr\u00e9sente les r\u00e9sultats d\u2019une analyse du discours bas\u00e9e sur un corpus de travail repr\u00e9sentatif du discours issu de l\u2019exposition <em>Paysages fran\u00e7ais \u2013 Une aventure photographique 1984-2017<\/em> (BNF, 24 octobre 2017 \u2013 4 f\u00e9vrier 2018). Il s\u2019agit d\u2019un double itin\u00e9raire o\u00f9 la transformation des paysages, urbains et non urbains, s\u2019accompagne de la qu\u00eate d\u2019identit\u00e9 esth\u00e9tique du photographe. \u00c0 travers l\u2019analyse du lexique et des items phrastiques dirigeant les \u00e9nonc\u00e9s vers un appel au pathos, l\u2019auteure observe que le paysage est souvent interpr\u00e9t\u00e9 comme un corps souffrant, victime de l\u2019intervention humaine. Par ailleurs, la passion pour le paysage nourrie par le photographe se manifeste sur le plan discursif en tant que passion sociale convergeant dans la qu\u00eate identitaire du photographe, \u00e0 savoir dans celle que l\u2019auteure d\u00e9nomme comme \u00e9tant son \u00ab app\u00e9tence d\u2019identit\u00e9 \u00bb (p.121).<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, en ce qui concerne l\u2019id\u00e9al d\u2019universalisme dans nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, si Ruth Amossy met cette notion en rapport avec celle de scientificit\u00e9 dans le milieu universitaire, Alain Rabatel, en revanche, mettra en avant l\u2019importance de l\u2019id\u00e9al universaliste dans le milieu socio-politique (\u00ab\u00a0Contre l\u2019assignation \u00e0 <em>une <\/em>identit\u00e9 et pour un universel progressiste sans rivage\u00a0\u00bb, p. 147-160). Dans son \u00e9tude, concernant les principes fondamentaux relatifs \u00e0 l\u2019identit\u00e9 collective d\u2019une soci\u00e9t\u00e9, Alain Rabatel aborde la probl\u00e9matique socio-culturelle de la cat\u00e9gorisation li\u00e9e \u00e0 la gestion politique des identit\u00e9s\u00a0: l\u2019auteur souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9passer les conceptions int\u00e9gristes de l\u2019identit\u00e9 qui marquent notre contemporan\u00e9it\u00e9 pour r\u00e9soudre le conflit entre les notions d\u2019identit\u00e9s et d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 au nom d\u2019un vivre-ensemble universel, progressiste et fond\u00e9 sur une dimension dialogique (Wolff, 2019).\u00a0 Sa r\u00e9flexion affiche explicitement une vis\u00e9e linguistique car l\u2019analyse de la co-construction identitaire est abord\u00e9e ici en rapport avec la confrontation dialogique, \u00e0 savoir dans son rapport aux discours autres.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut retrouver une autre connexion th\u00e9matique \u00e9tablie cette fois-ci entre Ruth Amossy et Roselyne Koren concernant le lien qui existe entre discours et \u00e9thique de responsabilit\u00e9 dans notre soci\u00e9t\u00e9. En reprenant, tout d\u2019abord, les r\u00e9flexions cognitives et rh\u00e9torico-argumentatives au sujet de la m\u00e9taphore, Roselyne Koren (\u00ab\u00a0\u201cNous sommes en guerre\u201d\u00a0: m\u00e9taphore, rh\u00e9torique et \u00e9thique en temps de pand\u00e9mie\u00a0\u00bb, p. 79-90) vise \u00e0 justifier l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019activation d\u2019une rationalit\u00e9 axiologique et de son rapport au discours en consid\u00e9rant le cas sp\u00e9cifique de la m\u00e9taphore de la guerre en temps de pand\u00e9mie. L\u2019auteure se concentre sur le recensement critique des composantes \u00e9thiques des discours des pr\u00e9sidents fran\u00e7ais Emmanuel Macron et portugais Marcelo Robelo de Sousa en mars 2020 pour signaler \u00ab\u00a0l\u2019oscillation binaire entre les p\u00f4les valorisants et d\u00e9valorisants de la m\u00e9taphore\u00a0\u00bb, mise en \u0153uvre plus largement par la majorit\u00e9 des auteurs du corpus (p. 81-82). Cette \u00e9tude a le m\u00e9rite de montrer que l\u2019enjeu li\u00e9 au recours sp\u00e9cifique \u00e0 cette m\u00e9taphore est repr\u00e9sent\u00e9 par la mise en \u0153uvre de la rationalit\u00e9 axiologique d\u2019une rh\u00e9torique argumentative \u00ab \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 se posent avant tout des questions de vie et de mort \u00bb (p. 88), ce qui peut \u00eatre \u00e0 l\u2019origine de questionnements \u00e9thiques en mesure d\u2019orienter le passage \u00e0 l\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution de Dominique Maingueneau (\u00ab&nbsp;Un rituel m\u00e9talinguistique francophone : la dict\u00e9e&nbsp;\u00bb, p. 103-111) revient sur les enjeux id\u00e9ologiques et sur leur rapport aux pratiques discursives. En pr\u00e9sentant une \u00e9tude sur la dict\u00e9e en tant que pratique m\u00e9talinguistique Maingueneau s\u2019int\u00e9resse au rapport des locuteurs \u00e0 la langue \u00ab&nbsp;comme espace d\u2019investissement id\u00e9ologique et affectif sp\u00e9cifique d\u2019une culture d\u00e9termin\u00e9e&nbsp;\u00bb (p.103). L\u2019auteur revient sur les caract\u00e9ristiques principales de la dict\u00e9e scolaire comme l\u2019expression du bon sens p\u00e9dagogique, ainsi que sur la dict\u00e9e extrascolaire ou dict\u00e9e culturelle, cr\u00e9atrice du lien social, visant \u00e0 pr\u00e9server le lien entre les citoyens et l&#8217;\u00c9cole de la R\u00e9publique. En tant que pratique ritualis\u00e9e, contribuant \u00e0 cimenter une communaut\u00e9, la dict\u00e9e pourrait offrir aux analystes du discours l\u2019opportunit\u00e9 de revenir sur la notion de \u00ab&nbsp;genre de discours&nbsp;\u00bb en la lib\u00e9rant de l\u2019ancrage socio-culturel fig\u00e9 auquel elle est conventionnellement associ\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette premi\u00e8re partie du volume en hommage \u00e0 Paola Paissa comprend aussi deux contributions centr\u00e9es, tout particuli\u00e8rement, sur les mises en discours de la femme dans nos soci\u00e9t\u00e9s contemporaines. Francesco Attruia et Lorella Sini (\u00ab\u00a0C\u00e9l\u00e9brer la Journ\u00e9e internationale des femmes\u00a0: o\u00f9 ses cachent les propos discriminatoires dans les discours de presse\u00a0? \u00c9tude comparative France\/Italie\u00a0\u00bb, p. 43-54) pr\u00e9sentent une analyse comparative concernant la repr\u00e9sentation st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e des femmes dans la presse g\u00e9n\u00e9raliste fran\u00e7aise et italienne, \u00e0 l\u2019occasion de la journ\u00e9e internationale des droits des femmes, le 8 mars, notamment de 1999 et de 2013. Leur objectif est de montrer que malgr\u00e9 le soutien affich\u00e9 aux droits des femmes, ces discours de presse n\u2019arrivent pas \u00e0 d\u00e9construire les repr\u00e9sentations st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es de la femme, de son corps et de son r\u00f4le au sein de la soci\u00e9t\u00e9. Apr\u00e8s avoir montr\u00e9 les convergences et les ruptures France-Italie, les auteurs expliquent que parler de la cause des femmes aujourd\u2019hui signifie opposer au discours dominant st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 de ces derni\u00e8res ann\u00e9es, un discours alternatif \u00ab\u00a0de r\u00e9sistance\u00a0\u00bb (p.53) contribuant \u00e0 la construction d\u2019une repr\u00e9sentation de la femme qui ne se fonderait plus sur l\u2019appel au pathos.<\/p>\n\n\n\n<p>Stefano Vicari propose, \u00e0 son tour, une \u00e9tude de la construction discursive de la figure du silence dans les campagnes antiviolences contre les femmes (\u00ab&nbsp;Le silence dans les campagnes antiviolences contre les femmes&nbsp;\u00bb, p. 161-174). L\u2019hypoth\u00e8se \u00e9mise est que les repr\u00e9sentations du silence \u2013 notamment en raison de son ambivalence axiologique \u2013 contribuent \u00e0 alimenter la construction de la vuln\u00e9rabilit\u00e9 des femmes, \u00ab&nbsp;des victimes silencieuses, mais aussi silenci\u00e9es&nbsp;\u00bb par l\u2019institution qui se fait porte-parole de ces femmes, qu\u2019elle repr\u00e9sente en m\u00eame temps comme les victimes d\u2019un agresseur, pourtant absent dans ces campagnes. Cette absence est significative puisqu\u2019elle cache la dimension relationnelle de la violence ainsi que la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019intervenir sur un syst\u00e8me patriarcal dominant qui continue d\u2019orienter la gestion de la question de genre.<\/p>\n\n\n\n<p>En sortant de la r\u00e9flexion sur les mises en discours de la femme, mais en revenant au rapport entre discours et identit\u00e9, Fran\u00e7oise Favart (\u00ab&nbsp;Dire la Covid \u00e0 la ville&nbsp;: analyse discursive d\u2019affiches citoyennes&nbsp;\u00bb, p. 67-78) aborde elle aussi le discours institutionnel, et se penche sur l\u2019analyse des strat\u00e9gies discursives et \u00e9nonciatives en faisant le lien avec la construction d\u2019un ethos institutionnel. Son \u00e9tude, concernant trois affiches que la ville d\u2019Annecy a r\u00e9alis\u00e9es en juillet et en octobre 2020 lors de ses campagnes d\u2019information sur la Covid, invite notamment \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la composante verbale des affiches. D\u2019un point de vue m\u00e9thodologique, l\u2019auteure aborde deux plans distincts : le plan linguistique et discursif o\u00f9 on observe les constantes observables au niveau de l\u2019usage des pronoms, des formes verbales, les proc\u00e9d\u00e9s discursifs et stylistiques ; et le plan \u00e9nonciatif o\u00f9 on analyse les rapports hi\u00e9rarchiques qui se mettent en place entre l\u2019\u00e9nonciateur et le destinataire. Cette contribution montre que la Mairie d\u2019Annecy construit dans ses affiches un ethos de guide et de solidarit\u00e9 fond\u00e9 sur une strat\u00e9gie discursive de proximit\u00e9 vis-\u00e0-vis de son destinataire.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour conclure, trois auteures ayant contribu\u00e9 \u00e0 cet ouvrage, Marta Biagini, Chiara Preite, et Silvia Modena nous invitent \u00e0 explorer l\u2019univers particulier des discours juridiques. L\u2019\u00e9tude de Marta Biagini (\u00ab&nbsp;Dimension argumentative et discours rapport\u00e9 dans le discours juridique oral&nbsp;: le cas des interrogatoires m\u00e9diatis\u00e9s par interpr\u00e8te\/m\u00e9diateur au tribunal&nbsp;\u00bb, p. 55-66) porte sur un sous-genre de discours juridique oral au tribunal, \u00e0 savoir les interrogatoires en pr\u00e9sence d\u2019interpr\u00e8te\/m\u00e9diateur. Son analyse permet tout d\u2019abord de cerner les traits discursifs essentiels de ces interrogatoires m\u00e9diatis\u00e9s par I\/M au tribunal ; par ailleurs elle met en avant les strat\u00e9gies discursives en rapport avec la pr\u00e9sence de l\u2019interpr\u00e8te\/M, en tant que rapporteur\/\u00e9nonciateur \u00e0 part enti\u00e8re, et enfin, elle met en relation l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9nonciative de ce sous-genre de discours juridique oral au tribunal avec sa dimension argumentative.<\/p>\n\n\n\n<p>La notion d\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9nonciative dans le discours juridique contemporain est \u00e9galement au c\u0153ur de l\u2019article de Chiara Preite (\u00ab\u00a0Formes et enjeux de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9nonciative dans les pourvois de la Cour de Justice de l\u2019Union europ\u00e9enne\u00a0\u00bb, p. 135-145). Sa recherche porte sur l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9nonciative montr\u00e9e et constitutive qui caract\u00e9rise le pourvoi rendu par la Cour de Justice de l\u2019Union europ\u00e9enne. Tout en soulignant la structure dialogique constitutive de l\u2019arr\u00eat de la CJUE, Chiara Preite op\u00e8re une distinction entre h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 constitutive (\u00e0 savoir, la r\u00e9alisation du dialogisme interdiscursif pr\u00e9construit par le droit et par la jurisprudence, \u00e9tant \u00e0 l\u2019origine de l\u2019arr\u00eat concern\u00e9) et h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 montr\u00e9e, repr\u00e9sent\u00e9e par un ensemble de strat\u00e9gies dialogiques hybrides, fond\u00e9es sur le discours rapport\u00e9 en style direct, et indirect, la citation directe, le r\u00e9sum\u00e9 avec citation et la modalisation en discours. L\u2019int\u00e9r\u00eat de la n\u00e9gociation entre h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 constitutive et montr\u00e9e r\u00e9side dans la recherche d\u2019une correspondance entre les diff\u00e9rentes formes de dialogisme interdiscursif et \u00ab\u00a0le type de voix\u00a0\u00bb (p. 143) \u2013 autres que celle des juges \u2013 que ces formes introduisent dans le pourvoi.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution de Silvia Modena concerne, quant \u00e0 elle, la dimension argumentative du discours l\u00e9gislatif (\u00ab&nbsp;Contre l\u2019anorexie&nbsp;: analyse des strat\u00e9gies argumentatives contenues dans un corpus de propositions de loi de l\u2019Assembl\u00e9e nationale&nbsp;\u00bb, p. 123-134). Dans son article, on \u00e9tudie les strat\u00e9gies argumentatives employ\u00e9es au sein d\u2019une s\u00e9lection de propositions de loi de l\u2019Assembl\u00e9e nationale fran\u00e7aise concernant l\u2019anorexie, discut\u00e9es au cours de la XIII<sup>e<\/sup>, XIV<sup>e<\/sup> et XV<sup>e<\/sup> l\u00e9gislature. La premi\u00e8re strat\u00e9gie argumentative relev\u00e9e par Silvia Modena concerne l\u2019argumentation par le nombre, qui pr\u00e9sente un double objectif : tout d\u2019abord celui de sensibiliser les parlementaires ainsi que le public en convoquant des donn\u00e9es quantitatives pour faire ressortir la gravit\u00e9 et l\u2019extension du ph\u00e9nom\u00e8ne abord\u00e9, les chiffres constituant ainsi une source d\u2019autorit\u00e9 qui l\u00e9gitime cette lutte contre l\u2019anorexie ; le deuxi\u00e8me objectif est celui d\u2019accomplir une vis\u00e9e path\u00e9mique en associant aux chiffres un discours \u00e9motionnel. L\u2019auteure montre, par ailleurs, que le recours \u00e0 l\u2019argument d\u2019autorit\u00e9 indirect a pour objectif de d\u00e9construire les arguments des pro-ana, et ce, en faisant appel \u00e0 une rh\u00e9torique de polarisation. Enfin, la troisi\u00e8me strat\u00e9gie argumentative de l\u00e9gitimation concerne la reprise d\u00e9finitionnelle des sociolectes tir\u00e9s des blogs pro-ana et, notamment, la mise en lumi\u00e8re la nature biais\u00e9e des auto-repr\u00e9sentations qui circulent au sein de cette communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie de l\u2019ouvrage \u2013 intitul\u00e9e <em>Rh\u00e9torique<\/em> \u2013 regroupe dix contributions, dont ressortent trois lignes directrices th\u00e9matiques&nbsp;: la question du silence, constituant le trait d\u2019union entre les deux parties, l\u2019\u00e9tude du fait figural \u00e0 travers plusieurs types de discours, ainsi que le rapport entre langue-discours-r\u00e9el, abord\u00e9 aussi bien dans le cadre de la communication publique que d\u2019une perspective terminologique.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9velopp\u00e9e \u00e9galement dans sa relation avec l\u2019indicible et l\u2019irrepr\u00e9sentable, la question du silence est au c\u0153ur de trois contributions de la deuxi\u00e8me partie, r\u00e9dig\u00e9es respectivement par Alice Krieg-Planque, Jean-Paul Dufiet et Fran\u00e7oise Rigat. Alice Krieg-Planque rend hommage aux travaux de Paola Paissa consacr\u00e9s \u00e0 la relation entre le dire et le silence, en en retra\u00e7ant quatre \u00e9tapes fondamentales. Sa contribution (\u00ab&nbsp;\u00catre \u00e0 l\u2019\u00e9coute du dire et du silence, ne jamais se taire. Quelques jalons dans l\u2019\u0153uvre de Paola Paissa&nbsp;\u00bb, p. 233-243) met, avant tout, en relief l\u2019apport de ses \u00e9tudes sur la synesth\u00e9sie, une figure dans laquelle la mat\u00e9rialit\u00e9 de la langue est presque subordonn\u00e9e \u00e0 la mat\u00e9rialit\u00e9 sensorielle, aux fronti\u00e8res de l&#8217;ineffable. La deuxi\u00e8me \u00e9tape co\u00efncide avec l\u2019\u00e9tude de la nomination explicite de figures dans la presse \u00e9crite qui, d\u2019apr\u00e8s l\u2019auteure, conduit Paola Paissa \u00e0 consid\u00e9rer ces \u00ab&nbsp;paroles sur le dire&nbsp;\u00bb (p. 236) comme l\u2019expression d\u2019un \u00ab&nbsp;sentiment rh\u00e9torique spontan\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 237), comportant aussi une dimension argumentative. L\u2019attention de l\u2019auteure se dirige alors sur ce qui \u00ab&nbsp;fait silence&nbsp;\u00bb (p. 238) et, en particulier, sur les formes d\u2019att\u00e9nuation, notamment la figure de l\u2019euph\u00e9misme, soulevant la question du rapport entre le dire et l\u2019indicible. Le dernier jalon des travaux de Paola Paissa mis en valeur par Krieg-Planque implique le passage de ce qui \u00ab&nbsp;fait silence&nbsp;\u00bb aux \u00ab&nbsp;discours sur le silence&nbsp;\u00bb (p. 239), qui montrent un indicible dans l\u2019intention de reconna\u00eetre, r\u00e9parer ou encore restaurer la repr\u00e9sentation verbale d\u2019une absence.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rapport entre le dicible et l\u2019indicible est abord\u00e9 ensuite dans le cadre de la repr\u00e9sentation th\u00e9\u00e2trale par Jean Paul Dufiet, dont la contribution (\u00ab&nbsp;La question des langages dans <em>Pell\u00e9as et M\u00e9lisande<\/em> de Maurice Maeterlink&nbsp;\u00bb, p. 207-218) explore les limites de la parole et la question de l\u2019irrepr\u00e9sentable dans <em>Pell\u00e9as et M\u00e9lisande<\/em> de Maurice Maeterlinck. Le langage dramatique de cette pi\u00e8ce permet \u00e0 l\u2019auteur de faire ressortir les limites de la langue, son impuissance, dans la mesure o\u00f9 elle n\u2019est pas \u00e0 m\u00eame d\u2019exprimer toute chose. L\u2019analyse de Dufiet met en relief, d\u2019une part, le pouvoir symbolique de l\u2019image onirique, qui permet de d\u00e9passer les limites de la mim\u00e9sis du r\u00e9el&nbsp;; de l\u2019autre, la musique, qui \u00ab&nbsp;fai[t] entendre ce qui ne sera jamais dit&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;fai[t] voir ce qui ne sera jamais visible&nbsp;\u00bb (p. 217). Ainsi la langue n\u2019est-elle que l\u2019un des langages de la pi\u00e8ce&nbsp;: le langage onirique et le langage musical aspirent \u00e0&nbsp;d\u00e9passer ses limites expressives, afin d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 l\u2019indicible et \u00e0 l\u2019irrepr\u00e9sentable.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fronti\u00e8res de la repr\u00e9sentation linguistique sont explor\u00e9es \u00e9galement par la contribution de Fran\u00e7oise Rigat (\u00ab&nbsp;Le paradoxe comme figure de l\u2019entre-deux. Sur la montagne et l\u2019alpinisme&nbsp;\u00bb, p. 277-288) qui met en valeur le paradoxe en tant que figure propre \u00e0 exprimer l\u2019exp\u00e9rience de l\u2019entre-deux et notamment celle de l\u2019ascension des montagnes. \u00c0 travers l\u2019analyse d\u2019une pluralit\u00e9 d\u2019exemples tir\u00e9s de la litt\u00e9rature alpine des XIX<sup>e <\/sup>et XX<sup>e <\/sup>si\u00e8cles, son \u00e9tude illustre, tout d\u2019abord, l\u2019emploi du paradoxe comme une aporie pour penser l\u2019appel des sommets. L\u2019auteure montre en effet que la contradiction paradoxale trouve une coh\u00e9rence dans ce contexte, en exprimant l\u2019ordre singulier de cet espace fronti\u00e8re qu\u2019est la montagne. Ensuite, Rigat rep\u00e8re plusieurs paradoxes s\u00e9mantiques qui concernent la dimension path\u00e9mique de l\u2019exp\u00e9rience. Il ressort finalement que l\u2019exp\u00e9rience de la montagne comme entre-deux ne peut \u00eatre traduite que par une figure qui met en relation des oppos\u00e9s. Le paradoxe devient ainsi la forme d\u2019expression d\u2019une exp\u00e9rience extraordinaire&nbsp;: c\u2019est une tentative d\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;exprimer l\u2019inexprimable&nbsp;\u00bb (p. 285).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019exploration du fonctionnement du fait rh\u00e9torique dans le discours litt\u00e9raire caract\u00e9rise aussi la contribution de Adriana Orlandi et de Michele Prandi (\u00ab&nbsp;La modification oblique&nbsp;: repositionnement d\u2019une figure parmi les styl\u00e8mes de l\u2019\u00e9criture impressionniste&nbsp;\u00bb, p. 259-276), qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la figure de l\u2019hypallage adjectivale dans l\u2019\u00e9criture impressionniste. Leur \u00e9tude a pour objectif d\u2019examiner les effets textuels entra\u00een\u00e9s par cette figure lorsqu\u2019elle modifie syntaxiquement un substantif abstrait. Les auteurs identifient plusieurs tendances caract\u00e9ristiques de l\u2019esth\u00e9tique impressionniste qui sont amplifi\u00e9es par la modification oblique&nbsp;: du recours massif \u00e0 la double caract\u00e9risation du r\u00e9f\u00e9rent, en passant par les proc\u00e9d\u00e9s de brouillage r\u00e9f\u00e9rentiel, jusqu\u2019\u00e0 la rupture de l\u2019ordre aux niveaux de la composition phrastique et narrative, de la vision, de la soci\u00e9t\u00e9 ainsi que de la r\u00e9alit\u00e9. Tout en reconnaissant la centralit\u00e9 du substantif abstrait dans l\u2019\u00e9criture impressionniste, l\u2019\u00e9tude de Orlandi et Prandi invite \u00e0 ne pas sous-estimer le r\u00f4le jou\u00e9 \u00e9galement par l\u2019adjectif, pr\u00f4nant ainsi le repositionnement de la modification oblique parmi les styl\u00e8mes de l\u2019\u00e9criture impressionniste.<\/p>\n\n\n\n<p>Si l\u2019analyse d\u2019une figure rh\u00e9torique est \u00e9galement au c\u0153ur de l\u2019article de Marc Bonhomme (\u00ab&nbsp;L\u2019enthym\u00e8me publicitaire&nbsp;: entre flou discursif et s\u00e9duction&nbsp;\u00bb, p. 195-205), dans ce cas, c\u2019est le discours publicitaire qui constitue le terrain d\u2019exploration privil\u00e9gi\u00e9. L\u2019\u00e9tude de Bonhomme se penche sur le fonctionnement de l\u2019enthym\u00e8me et sur les effets de s\u00e9duction entra\u00een\u00e9s, qui proc\u00e8dent, d\u2019apr\u00e8s l\u2019auteur, de trois \u00e9l\u00e9ments principaux. En premier lieu, l&#8217;enthym\u00e8me donne lieu \u00e0 un flou discursif qui comporte une mise en discours de nature rh\u00e9torique plut\u00f4t que logique, ancr\u00e9e sur des topo\u00ef partag\u00e9s. En deuxi\u00e8me lieu, la nature hybride de l\u2019enthym\u00e8me favorise la \u00ab&nbsp;projection d\u2019une rh\u00e9torique \u00e9valuative&nbsp;\u00bb (p. 199) gr\u00e2ce \u00e0 la manipulation des valeurs axiologiques mobilis\u00e9es. En dernier lieu, l\u2019argumentation par s\u00e9duction de l\u2019enthym\u00e8me s\u2019av\u00e8re encore plus efficace lorsqu\u2019il se configure comme une \u00e9nigme ou encore comme une maxime \u00e0 vis\u00e9e ludico-po\u00e9tique. L\u2019auteur montre enfin que la condensation de ces trois strat\u00e9gies de s\u00e9duction dans la forme br\u00e8ve des slogans maximise la rationalit\u00e9 affective de l&#8217;enthym\u00e8me, en exploitant l\u2019interaction entre logos et pathos.<\/p>\n\n\n\n<p>Si, comme le montre l\u2019\u00e9tude de Bonhomme, l\u2019enthym\u00e8me publicitaire a donc le pouvoir de s\u00e9duire le public, la contribution de Giovanni Agresti (\u00ab&nbsp;\u00c9vitements discursifs, perdurance du paradigme et complexe de Dom Juan. Le linguiste face \u00e0 la crise environnementale&nbsp;\u00bb, p. 177-194) a le m\u00e9rite d\u2019\u00e9clairer deux fonctionnements discursifs \u2013 le complexe de Dom Juan et la perdurance du paradigme \u2013 qui peuvent orienter la perception du r\u00e9el dans la communication publique, en se mettant au service de la doxa et du paradigme dominant. Le \u00ab&nbsp;complexe de Dom Juan&nbsp;\u00bb est d\u00e9fini par l\u2019auteur comme \u00ab&nbsp;la non-volont\u00e9 diffuse d\u2019affronter s\u00e9rieusement le probl\u00e8me&nbsp;\u00bb (p. 184), alors que la \u00ab&nbsp;perdurance du paradigme&nbsp;\u00bb fait allusion \u00e0 la th\u00e8se principale avanc\u00e9e par le roman italien <em>Le Gu\u00e9pard<\/em> de Giuseppe Tomasi di Lampedusa, selon laquelle si l\u2019on veut que tout reste tel quel, tout doit changer. En s\u2019int\u00e9ressant aux discours contribuant \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gitimation de la crise environnementale, l\u2019\u00e9tude de Agresti montre que, si l\u2019attitude \u00e9cologiste constitue une alternative au paradigme consum\u00e9riste, ce dernier reste toutefois dominant en raison de la manipulation et transformation de la r\u00e9alit\u00e9, op\u00e9r\u00e9es \u00e0 travers une pluralit\u00e9 de strat\u00e9gies d\u2019\u00e9vitement discursif que l\u2019auteur rattache aux deux ph\u00e9nom\u00e8nes th\u00e9oris\u00e9s. En interrogeant le rapport entre discours et r\u00e9el, Agresti souligne en outre le r\u00f4le social et civique de l\u2019analyste du discours (p. 180), qui peut contribuer \u00ab&nbsp;au programme de destruction salutaire du paradigme dominant&nbsp;\u00bb (p. 177).<\/p>\n\n\n\n<p>La relation entre langue et discours est \u00e9galement explor\u00e9e par Annafrancesca Naccarato qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la m\u00e9taphore en tant que figure ontologique (\u00ab&nbsp;\u201cParfois, la parole pense\u201d. Les m\u00e9taphores \u00e0 pivot verbal entre langue et discours&nbsp;\u00bb, p. 245-258). En adoptant une perspective herm\u00e9neutique, sa contribution se concentre en particulier sur le fonctionnement de m\u00e9taphores cr\u00e9atives \u00e0 pivot verbal. Son analyse porte avant tout sur les configurations formelles et conceptuelles de la m\u00e9taphore, pour passer ensuite \u00e0 la structure interne de ce conflit, et proposer, enfin, l\u2019interpr\u00e9tation m\u00e9taphorique des facteurs linguistiques et conceptuels. Cette d\u00e9marche met en \u00e9vidence l\u2019influence exerc\u00e9e par les propri\u00e9t\u00e9s grammaticales du noyau verbal sur le conflit, tout en soulignant \u00e9galement le r\u00f4le du cotexte et du contexte dans l\u2019interpr\u00e9tation des fonctionnements m\u00e9taphoriques. L\u2019\u00e9tude de Naccarato contribue \u00e0 valoriser la fonction ontologique de cette figure qui engendre de nouvelles organisations conceptuelles. Comme le souligne l\u2019auteure, la m\u00e9taphore constitue \u00ab&nbsp;le centre d\u2019irradiation d\u2019une connaissance nouvelle&nbsp;\u00bb (p. 248)&nbsp;; elle \u00ab&nbsp;d\u00e9ploie des espaces inexplor\u00e9s o\u00f9 le devenir de l\u2019expression se transforme en un devenir du sens&nbsp;\u00bb (p. 257).<\/p>\n\n\n\n<p>Le pouvoir argumentatif des m\u00e9taphores terminologiques fait ensuite l\u2019objet de la contribution de Micaela Rossi (\u00ab&nbsp;Argumentation et strat\u00e9gies rh\u00e9toriques dans les discours scientifiques&nbsp;: autour de la d\u00e9nomination&nbsp;\u00bb, p. 289-301), qui l\u2019aborde dans le cadre des processus de nomination des \u00e9v\u00e9nements dans la communication publique. L\u2019\u00e9tude illustre les enjeux sociaux et discursifs de ce type de d\u00e9nominations \u00e0 partir d\u2019un cas d\u2019actualit\u00e9&nbsp;: celles du virus SARS-CoV-2 et de la maladie associ\u00e9e. Bien qu\u2019il existe des protocoles favorisant la cr\u00e9ation de d\u00e9nominations les plus neutres possibles, Rossi souligne la dimension argumentative qui peut caract\u00e9riser les d\u00e9nominations m\u00e9taphoriques sur la base de la fonction de cadrage qu\u2019elles exercent, en orientant le point de vue sur le concept. L\u2019analyse du degr\u00e9 de conflit potentiel aussi bien au niveau conceptuel que communicatif am\u00e8ne Rossi \u00e0 distinguer trois types de m\u00e9taphores, qui entra\u00eenent une fonction de cadrage plus ou moins marqu\u00e9e. Son \u00e9tude montre qu\u2019un faible niveau de conflictualit\u00e9 conceptuelle contribue \u00e0 minimiser l\u2019impact de cadrage potentiel, alors qu\u2019une fonction de cadrage plus marqu\u00e9e peut orienter de mani\u00e8re plus significative la communication. La contribution de Rossi met ainsi en valeur la complexit\u00e9 s\u00e9miotique de la m\u00e9taphore, en soulignant la port\u00e9e argumentative dans le cas sp\u00e9cifique de la terminologie scientifique.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux autres contributions se penchent enfin sur des questions terminologiques dans la deuxi\u00e8me partie du volume. En l\u2019occurrence, c\u2019est la dimension socio-culturelle des termes qui est mise en \u00e9vidence par les \u00e9tudes respectivement de Marie-Pierre Escoubas Benveniste et de Maria Teresa Zanola. La contribution de Marie-Pierre Escoubas Benveniste (\u00ab&nbsp;L\u2019<em>\u00e9panchoir<\/em> du Canal des Deux Mers, un terme de haute teneur&nbsp;\u00bb, p. 219-231) porte sur un terme sorti des dictionnaires, le terme <em>\u00e9panchoir<\/em>, qui d\u00e9signe un artefact repr\u00e9sentatif du paysage du canal du Midi. L\u2019auteure s\u2019interroge sur la valeur accord\u00e9e par le langage \u00e0 cet objet qui est toujours l\u00e0, sans que sa d\u00e9nomination ne soit plus attest\u00e9e. Apr\u00e8s avoir retrac\u00e9 l\u2019\u00e9volution diachronique du terme, Escoubas Benveniste met en relief le r\u00f4le significatif jou\u00e9 par cet artefact technique dans la vie sociale et \u00e9conomique de la r\u00e9gion. L\u2019analyse distributionnelle quantitative du terme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une somme du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle permet enfin \u00e0 l\u2019auteure de rep\u00e9rer les propri\u00e9t\u00e9s du mot et de montrer la complexit\u00e9 du concept associ\u00e9, affirmant que l\u2019existence de certaines choses passe aussi par les formes qui les d\u00e9nomment.<\/p>\n\n\n\n<p>Le volume s\u2019ach\u00e8ve par l\u2019\u00e9tude de Maria Teresa Zanola (\u00ab&nbsp;\u201cChantez, chantez, magnanarelles&nbsp;!\u201d&nbsp;: la s\u00e9riciculture, un petit tr\u00e9sor de terminologie diachronique&nbsp;\u00bb, p. 303-314) qui propose un parcours terminologique en perspective diachronique, relatif \u00e0 l\u2019art de l\u2019\u00e9levage des vers \u00e0 soie et de la production de la soie. L\u2019auteure analyse avant tout l\u2019origine \u00e9tymologique des termes principaux de la s\u00e9riciculture, en montrant l\u2019influence des dialectes de l\u2019Italie du Nord et en soulignant le r\u00f4le pionnier des femmes dans sa diffusion. L\u2019\u00e9tude se penche ensuite sur le traitement de la s\u00e9riciculture dans l\u2019<em>Encyclop\u00e9die<\/em>, mettant en lumi\u00e8re son apport \u00e0 la normalisation de cette terminologie et \u00e0 sa diffusion. La contribution de Zanola met ainsi en relief la port\u00e9e culturelle des termes attest\u00e9e dans leur \u00e9volution diachronique, qui offre le t\u00e9moignage \u00ab&nbsp;d\u2019un art, de ses acquis et de ses savoir-faire&nbsp;\u00bb (p. 313).<\/p>\n\n\n\n<p>[Claudia CAGNINELLI et Ilaria CENNAMO]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Francesco Attruia, Annafrancesca Naccarato, Adriana Orlandi, Chiara Preite (\u00e9ds.), \u00ab&nbsp;Nous plongions nos mains dans le langage&nbsp;\u00bb. Hommage \u00e0 Paola Paissa, Louvain-la-Neuve, Acad\u00e9mia-L\u2019Harmattan, 2022, 328 p. Publi\u00e9 sous la direction de Francesco Attruia, Annafrancesca Naccarato, Adriana Orlandi et Chiara Preite, le volume&nbsp;\u00ab&nbsp;Nous plongions nos mains dans le langage&nbsp;\u00bb.&nbsp;Hommage \u00e0 Paola Paissa rassemble les contributions des ancien\u00b7ne\u00b7s\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/10\/20\/francesco-attruia-annafrancesca-naccarato-adriana-orlandi-chiara-preite-eds-nous-plongions-nos-mains-dans-le-langage-hommage-a-paola-paissa\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[33],"tags":[],"class_list":["post-683","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-47"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/683"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=683"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/683\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":708,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/683\/revisions\/708"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=683"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=683"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=683"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}