{"id":615,"date":"2022-07-06T18:20:26","date_gmt":"2022-07-06T16:20:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=615"},"modified":"2022-07-12T15:08:49","modified_gmt":"2022-07-12T13:08:49","slug":"alain-rabatel-la-confrontation-des-points-de-vue-dans-la-dynamique-figurale-des-discours-enonciation-et-interpretation","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/07\/06\/alain-rabatel-la-confrontation-des-points-de-vue-dans-la-dynamique-figurale-des-discours-enonciation-et-interpretation\/","title":{"rendered":"Alain RABATEL, La confrontation des points de vue dans la dynamique figurale des discours : \u00c9nonciation et interpr\u00e9tation"},"content":{"rendered":"\n<p>Alain RABATEL, <em>La confrontation des points de vue dans la dynamique figurale des discours&nbsp;: \u00c9nonciation et interpr\u00e9tation<\/em>, Limoges, \u00c9ditions Lambert-Lucas, 2021, 664 pages.<\/p>\n\n\n\n<p>Le dernier volume d\u2019Alain Rabatel, <em>La confrontation des points de vue dans la dynamique figurale des discours&nbsp;: \u00c9nonciation et interpr\u00e9tation<\/em>, enrichit un cycle d\u2019ouvrages qui forment l\u2019\u00ab&nbsp;architecture pragma-\u00e9nonciative&nbsp;\u00bb (p. 20) de ses travaux, articulant les \u00e9volutions des conceptions th\u00e9oriques et des outils \u00e9labor\u00e9s par l\u2019auteur au fil des ann\u00e9es. Entam\u00e9 en 1998 avec la publication de <em>La Construction textuelle du point de vue<\/em>, le cycle d\u00e9veloppant la r\u00e9flexion th\u00e9orique et m\u00e9thodologique sur les points de vue (PDV) s\u2019est poursuivie en 2008 avec <em>Homo narrans. Pour une analyse \u00e9nonciative et interactionnelle du r\u00e9cit. Tome 1. Les points de vue et la logique de la narration. Tome 2. Dialogisme et polyphonie dans le r\u00e9cit<\/em> et en 2017 avec <em>Pour une lecture linguistique et critique des m\u00e9dias. \u00c9thique, empathie, point(s) de vue<\/em>. L\u2019objectif de ce dernier volume paru en 2021 est de proposer un cadre global pour appr\u00e9hender la figuralit\u00e9 et sa dynamique dans la mat\u00e9rialit\u00e9 linguistique \u00e0 partir d\u2019une perspective pragma-\u00e9nonciative, qui prend en compte tous les paliers de la textualit\u00e9. L\u2019ouvrage se voudrait \u00ab&nbsp;un antidote \u00e0 tous [l]es processus d\u2019invisibilisation&nbsp;\u00bb, dans la mesure o\u00f9 la dynamique figurale peut \u00eatre envisag\u00e9e comme \u00ab&nbsp;un processus d\u2019individuation qui revendique la libert\u00e9 du sujet parlant face aux dogmatismes et aux conformismes ambiants&nbsp;\u00bb (pp. 15-16). L\u2019attention est ainsi dirig\u00e9e sur les diverses dimensions de la signifiance des dynamiques de la figuralit\u00e9 ainsi que sur la place et la nature de l\u2019instance de production \u2013 locuteur(s)\/\u00e9nonciateur(s) \u2013 et de l\u2019instance de r\u00e9ception\/interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agit d\u2019un ouvrage dense, qui \u00e9tale sa richesse th\u00e9orique et m\u00e9thodologique sur plus de 600 pages, bien qu\u2019il favorise \u00e9galement plusieurs parcours de lecture transversaux. Le volume s\u2019ouvre sur une introduction g\u00e9n\u00e9rale (pp. 9-79) qui pr\u00e9sente les fondements ontologiques, culturels et politiques de l\u2019approche pragma-\u00e9nonciative de la dynamique figurale d\u00e9velopp\u00e9e par Rabatel. Elle est essentielle pour avoir acc\u00e8s aux diff\u00e9rentes notions qui sont ensuite mobilis\u00e9es et articul\u00e9es dans les chapitres suivants. Apr\u00e8s avoir \u00e9tabli une conception \u00e9largie de la notion de figure \u2013 consid\u00e9r\u00e9e \u00e0 la fois comme une \u00ab&nbsp;forme sensible qui repr\u00e9sente de fa\u00e7on iconique\/mim\u00e9tique un r\u00e9f\u00e9rent ou une id\u00e9e&nbsp;\u00bb et comme une \u00ab&nbsp;mise en forme particuli\u00e8rement parlante d\u2019une id\u00e9e qu\u2019on <em>pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019esprit<\/em> ou <em>se repr\u00e9sente<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 21) \u2013 ce sont la notion de saillance et la conception <em>ex positivo<\/em> de l\u2019\u00e9cart qui d\u00e9finissent les contours de la dynamique figurale \u00e9nonciative et interpr\u00e9tative explor\u00e9e dans l\u2019ouvrage. L\u2019approche de Rabatel pr\u00e9suppose en effet que \u00ab&nbsp;tout ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9nonciatif saillant est de nature \u00e0 faire figure&nbsp;\u00bb (p. 24) et que le fait figural implique un \u00e9cart par rapport \u00e0 une actualisation attendue. Cela entra\u00eene des conflits ou bien des jeux entre \u00ab&nbsp;la construction d\u2019une attente et la r\u00e9ponse propos\u00e9e&nbsp;\u00bb, qui peuvent fonctionner aussi bien <em>in praesentia<\/em> que <em>in absentia<\/em>, sans qu\u2019il soit pour autant possible de se passer d\u2019un travail interpr\u00e9tatif plus ou moins complexe (p. 29). D\u2019apr\u00e8s Rabatel, la dynamique figurale et ses effets pragmatiques peuvent \u00eatre analys\u00e9s comme une construction de points de vue en confrontation. Il s\u2019agit plus pr\u00e9cis\u00e9ment d\u2019une confrontation qui n\u2019est pas n\u00e9cessairement agonale ou conceptuelle, mais peut donner lieu \u00e0 une \u00e9nonciation probl\u00e9matisante qui cherche \u00e0 rendre compte de la complexit\u00e9. L\u2019auteur pr\u00e9sente ensuite les outils th\u00e9orico-pratiques \u00e9labor\u00e9s au cours de ses travaux et exploit\u00e9s dans les chapitres suivants (pp. 29-69)&nbsp;: la distinction locuteur-\u00e9nonciateur, la notion linguistique de point de vue (PDV), les strat\u00e9gies d\u2019expression du PDV, les marques et les indices du PDV aux diff\u00e9rents niveaux de la langue, son empan (micro-, m\u00e9so- et macro-PDV), la question de la prise en charge des PDV jusqu\u2019\u00e0 arriver enfin aux PDV en confrontation dans les figures, en mettant en relief les diff\u00e9rents niveaux de confrontation et les m\u00e9canismes de saillance qui les caract\u00e9risent.Une r\u00e9flexion concernant les diverses configurations du locuteur\/\u00e9nonciateur dans les textes&nbsp;ach\u00e8ve l\u2019introduction g\u00e9n\u00e9rale, introduisant aussi la notion de la figure d\u2019auteur et ses composantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les vingt-deux chapitres dont l\u2019ouvrage se compose sont regroup\u00e9s en trois parties principales, chacune encadr\u00e9e par une introduction et une conclusion. La premi\u00e8re partie, <em>Le travail du signifiant dans les figures de mots et jeux de mots et ses effets rh\u00e9torico-textuels et pragmatiques<\/em> (pp. 81-291), s\u2019int\u00e9resse aux figures de mots r\u00e9pertori\u00e9es traditionnellement par la rh\u00e9torique classique. En revenant sur la distinction entre figures de mots et figures de pens\u00e9e, Rabatel propose une approche \u00e9tendue au processus figural dans son ensemble, qui prend en compte la dimension \u00e9nonciative de la figuralit\u00e9 et sa dimension configurante au plan textuel. \u00c0 travers les neuf chapitres constituant cette partie, l\u2019attention est consacr\u00e9e \u00e0 la probl\u00e9matique de la signifiance dans les jeux de mots ancr\u00e9s dans la mat\u00e9rialit\u00e9 des signifiants. C\u2019est sur le pouvoir \u00e9vocateur des signifiants, ainsi que sur les relations entre le signifiant et le signifi\u00e9 ou le r\u00e9f\u00e9rent, que se penche la r\u00e9flexion, tout en prenant \u00e9galement en consid\u00e9ration la dimension textuelle de ces figures.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier chapitre aborde la probl\u00e9matique g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019\u00e0-peu-pr\u00e8s figural dans le cadre des noms propres des personnalit\u00e9s politiques dans la presse satirique, en mettant en relief la confrontation des points de vue qui ressort du jeu paronymique entre le nom propre modifi\u00e9 et le nom commun. La structure et le fonctionnement des contrep\u00e8teries \u2013 et notamment de celles <em>in absentia<\/em> \u2013 sont analys\u00e9s dans le deuxi\u00e8me chapitre, qui montre l\u2019actualisation d\u2019une dynamique figurale aussi bien substitutive que cumulative. Une hi\u00e9rarchisation des crit\u00e8res morphologiques, lexicaux, syntaxiques, s\u00e9mantiques, interactionnels qui caract\u00e9risent les lapsus effectu\u00e9s avec un clavier d\u2019ordinateur est ensuite propos\u00e9e dans le troisi\u00e8me chapitre, o\u00f9 l\u2019auteur montre que le lapsus peut constituer une cr\u00e9ation saillante, repr\u00e9sentant un fait \u00e0 la fois de production et de r\u00e9ception. Les figures du double sens et notamment la syllepse et l\u2019antanaclase repr\u00e9sentent l\u2019objet d\u2019\u00e9tude du quatri\u00e8me chapitre, avant d\u2019\u00eatre abord\u00e9es dans un genre discursif peu \u00e9tudi\u00e9&nbsp;\u2013 les devinettes introduites par la question \u00ab&nbsp;Quel est le comble de&nbsp;?&nbsp;\u00bb&nbsp;\u2013 dans le chapitre suivant. En l\u2019occurrence, Rabatel met en \u00e9vidence les m\u00e9canismes interpr\u00e9tatifs sur lesquels repose ce genre de blagues, qui se caract\u00e9risent par une posture de sous-\u00e9nonciation. Les chapitres six et sept traitent des jeux de mots dans deux contextes fort diff\u00e9rents&nbsp;: l\u2019\u00e9nonciation ludique et les litanies religieuses. Dans le premier cas, l\u2019analyse porte sur les m\u00e9canismes de cr\u00e9ation lexicale qui s\u2019appuient sur des pr\u00e9construits linguistiques et des pr\u00e9discours&nbsp;; dans le second, c\u2019est la saillance de la r\u00e9p\u00e9tition lexicale, syntaxique ou figurale qui est mise en relief, en montrant les fonctions \u00e9nonciativo-pragmatiques de ces formes de r\u00e9p\u00e9tition dans la cr\u00e9ation d\u2019un sens de communion entre les locuteurs r\u00e9citant la litanie. Une forme diff\u00e9rente de r\u00e9p\u00e9tition, la r\u00e9p\u00e9tition en avant, est explor\u00e9e dans le chapitre huit \u00e0 partir d\u2019un po\u00e8me religieux de Charles P\u00e9guy. L\u2019\u00e9tude porte en l\u2019occurrence sur les \u00e9nonc\u00e9s variables qui suivent des marqueurs syntaxiques qui se r\u00e9p\u00e8tent, en produisant une dynamique figurale au niveau textuel. Une analyse de la figure syntaxique de l\u2019antim\u00e9tabole est en revanche propos\u00e9 dans le chapitre neuf, \u00e0 travers la comparaison avec des figures similaires telles que le chiasme et la r\u00e9version. Deux classes principales d\u2019antim\u00e9taboles (PLUS et MOINS) sont enfin distingu\u00e9es par l\u2019auteur en fonction de la convergence ou de la divergence des PDV, en d\u00e9gageant en outre des figures d\u2019\u00e9nonciateur consensuelles ou agoniques.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir abord\u00e9 la question de la signifiance dans la dynamique des figures de mots, la r\u00e9flexion se dirige, dans la deuxi\u00e8me partie de l\u2019ouvrage \u2013 <em>Des figures de pens\u00e9e \u00e0 la construction textuelle du monde et des relations interpersonnelles (dans le monde du texte)<\/em> (pp. 293-477) \u2013 sur les figures de pens\u00e9e, qui reposent sur un jeu de significations au niveau des pr\u00e9dications \u00e0 travers les divers paliers de l\u2019organisation textuelle. Dans la progression des huit chapitres composant la deuxi\u00e8me partie, Rabatel s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la dimension rh\u00e9torico-textuelle de la dynamique figurale et renouvelle l\u2019\u00e9tude des figures de pens\u00e9e, en \u00e9largissant la r\u00e9flexion aux ph\u00e9nom\u00e8nes des listes, des \u00e9nonc\u00e9s d\u00e9tachables ainsi que des reformulations figurales, caract\u00e9ris\u00e9s par une nature \u00e9nonciative originale.<\/p>\n\n\n\n<p>Les figures traditionnelles de l\u2019ironie et de l\u2019humour sont explor\u00e9es respectivement dans les chapitres dix et onze, en mettant en \u00e9vidence les diff\u00e9rences de fonctionnement de ces deux figures qui reposent sur un double jeu \u00e9nonciatif. Alors que le PDV ironique est tout d\u2019abord pris en charge de mani\u00e8re feinte avant que l\u2019\u00e9nonciateur ne fasse entendre de mani\u00e8re implicite son v\u00e9ritable PDV, l\u2019humour pr\u00e9suppose un PDV explicite que l\u2019\u00e9nonciateur prend en charge en se distanciant ludiquement d\u2019un PDV attendu implicite. Rabatel affirme ainsi que l\u2019ironie s\u2019associe d\u2019une posture de sur-\u00e9nonciation \u00ab&nbsp;implicite&nbsp;\u00bb (p. 326) qui entra\u00eene la confrontation de PDV cumulatifs, tandis que l\u2019humour comporte une sous-\u00e9nonciation et des PDV substitutifs, donnant lieu \u00e0 une confrontation de PDV moins tendue. La figure de l\u2019hyperbole ainsi que son statut de hyper-assertion sont ensuite analys\u00e9s dans le chapitre douze, alors que le chapitre suivant propose une r\u00e9flexion sur le paradoxe en relation avec la notion d\u2019alt\u00e9rit\u00e9. L\u2019auteur avance ainsi une conception ouverte des processus d\u2019alt\u00e9risation, avant de probl\u00e9matiser les notions d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 et d\u2019alt\u00e9risation d\u2019une perspective linguistique. La figure de la liste et l\u2019effet liste sont ensuite abord\u00e9s dans le chapitre quatorze, dans lequel Rabatel prend de la distance de la th\u00e8se d\u2019un \u00e9nonciateur qui serait absent dans ce type d\u2019\u00e9nonciation. \u00c0 partir de l\u2019\u00e9tude de listes in\u00e9dites au sein de romans historiques remontant aux XIXe et au XXe si\u00e8cles, il montre en effet que le principe de s\u00e9lection \u00e0 l\u2019origine de la liste rel\u00e8ve des intentions du locuteur\/\u00e9nonciateur qui l\u2019a r\u00e9dig\u00e9e, en assumant ainsi une posture de sur-\u00e9nonciateur. La dimension par\u00e9mique des \u00e9nonc\u00e9s d\u00e9tachables dans des articles du <em>Dictionnaire philosophique<\/em> d\u2019Andr\u00e9 Comte-Sponville est analys\u00e9e dans le chapitre quinze, qui met en relief comment les diff\u00e9rentes fonctions pragma-\u00e9nonciatives de ces \u00e9nonc\u00e9s peuvent \u00eatre explor\u00e9es en relation avec les postures de co-, sur- et sous-\u00e9nonciation. Les deux derniers chapitres de la deuxi\u00e8me partie de l\u2019ouvrage traitent enfin de ph\u00e9nom\u00e8nes formulaires. Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, le chapitre seize d\u00e9gage les caract\u00e9ristiques principales de reformulations anaphoriques \u00e0 valeur r\u00e9somptive\/conceptuelle&nbsp;; le chapitre dix-sept aborde en revanche la question d\u2019une figuralit\u00e9 notionnelle et linguistique qui serait propre \u00e0 certains genres textuels ou encore \u00e0 certaines vis\u00e9es \u00e9nonciatives et pragmatiques, \u00e0 partir de l\u2019\u00e9tude de flux de reformulations en cha\u00eene.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les deux premi\u00e8res parties de l\u2019ouvrage abordent les dynamiques de la signifiance de deux c\u00f4t\u00e9s diff\u00e9rents, en recoupant la distinction traditionnelle entre figures de mot(s) et figures de pens\u00e9e, la troisi\u00e8me et derni\u00e8re partie \u2013 <em>Figuralit\u00e9 et figures d\u2019auteur&nbsp;: idiolecte, style et \u00e9thos<\/em> (pp. 479-567) \u2013 \u00e9tudie la dynamique figurale en la rapportant \u00e0 la figure d\u2019auteur, qui va in\u00e9vitablement de pair avec la question du style. Apr\u00e8s avoir identifi\u00e9 neuf niveaux de manifestation de la signifiance dans la dynamique figurale \u2013 six en relation avec les figures de mots et trois avec les figures de pens\u00e9e \u2013 Rabatel pr\u00e9sente la figure d\u2019auteur en lien avec les notions affines du style, de l\u2019idiolecte et de l\u2019\u00e9thos. Construite dans et par le texte, la figure d\u2019auteur est en effet ce qui \u00ab&nbsp;donne son sens \u00e0 ses composantes idiolectales, stylistiques et \u00e9thotiques&nbsp;\u00bb (p. 481).<\/p>\n\n\n\n<p>Une analyse \u00e9nonciativo-interactionnelle de l\u2019idiolecte est au c\u0153ur du chapitre ouvrant la troisi\u00e8me partie, le chapitre dix-huit, o\u00f9 il est appr\u00e9hend\u00e9 comme un ensemble de caract\u00e9ristiques linguistiques et de savoirs encyclop\u00e9diques \u00e9tant reconnues comme propres \u00e0 un locuteur d\u00e9termin\u00e9. Le chapitre dix-neuf pr\u00e9sente ensuite une r\u00e9flexion sur les moyens d\u2019expression du style, en le consid\u00e9rant dans ses rapports avec la stylistique&nbsp;; Rabatel propose en outre une didactisation du style dans la langue, en pr\u00f4nant une approche moniste. Les diff\u00e9rences entre les notions de style, d\u2019idiolecte et d\u2019\u00e9thos sont explor\u00e9es dans le chapitre vingt, dans lequel l\u2019auteur invite \u00e0 envisager le style comme un fait \u00e0 la fois de production et de r\u00e9ception, qui r\u00e9sulte des tensions entre un p\u00f4le singularisant et un p\u00f4le universalisant. Comme l\u2019affirme Rabatel, il faut \u00ab&nbsp;penser ces trois notions comme des sous-ensembles rendant compte de l\u2019expression et de la manifestation linguistique de la subjectivit\u00e9 socialis\u00e9e des locuteurs et au-del\u00e0 des sujets parlants, selon leurs manifestations, les sph\u00e8res o\u00f9 ils se d\u00e9ploient et les objectifs qu\u2019ils s\u2019assignent&nbsp;\u00bb (p. 484). \u00c0 partir de la dialectique du singulier et du social, les deux chapitres conclusifs s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la figure d\u2019auteur dans deux contextes diff\u00e9rents&nbsp;: la figure d\u2019auteur litt\u00e9raire qui \u00e9mane de l\u2019\u0153uvre de Pierre Bergounioux (chapitre vingt-et-un) et la figure d\u2019auteur de Jean-Michel Adam \u00e0 partir de ses ouvrages d\u00e9fendant sa conception de la linguistique textuelle (chapitre vingt-deux). Dans ce cas, Rabatel montre la coexistence de deux figures d\u2019auteur \u2013 la figure d\u2019un auteur linguiste et celle d\u2019un auteur vulgarisateur \u2013 qui comportent autant de postures \u00e9nonciatives diff\u00e9rentes et compl\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la conclusion g\u00e9n\u00e9rale, Rabatel propose une mise en perspective des diff\u00e9rentes \u00e9tudes qui composent le volume, en mettant en \u00e9vidence les apports principaux. Il r\u00e9sume la sp\u00e9cificit\u00e9 et l\u2019originalit\u00e9 de son approche linguistique, \u00e9nonciative et pragmatique au fait figural, dans le cadre d\u2019une d\u00e9marche qui se veut int\u00e9grative de m\u00eame que linguistique et socialis\u00e9e. Il met en outre l\u2019accent sur l\u2019importance du processus interpr\u00e9tatif qui se pose \u00e0 l\u2019intersection de la dialectique entre les jeux mis en \u0153uvre par le locuteur\/\u00e9nonciateur et ceux actualis\u00e9s par le r\u00e9cepteur\/interpr\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage se termine par une riche bibliographie s\u2019\u00e9tendant sur environ quarante pages (pp. 581-620), suivie d\u2019un <em>Index nominum<\/em> (pp. 621-628) et d\u2019un <em>Index rerum<\/em> (p. 629-641) qui facilitent des parcours de lecture transversaux au sein d\u2019un ouvrage qui montre la f\u00e9condit\u00e9 des figures et de la dynamique figurale, pouvant \u00eatre envisag\u00e9es comme des \u00ab&nbsp;moyens pour mieux penser, mieux conceptualiser de nouvelles r\u00e9alit\u00e9s inaper\u00e7ues jusqu\u2019alors, dans l\u2019ordre du monde comme dans celui du langage. [\u2026] comme un instrument de compr\u00e9hension et d\u2019action, associant perspicacit\u00e9, profondeur, dr\u00f4lerie et enthousiasme communicatif s\u2019il se peut, le rire ou le sourire valant toujours mieux que la d\u00e9ploration&nbsp;\u00bb (p. 579).<\/p>\n\n\n\n<p>R\u00e9f\u00e9rences bibliographiques cit\u00e9es<\/p>\n\n\n\n<p>Rabatel, Alain, 1998, <em>La Construction textuelle du point de vue<\/em>, Lausanne, Paris, Delachaux et Niestl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Rabatel, Alain, 2008, <em>Homo narrans. Pour une analyse \u00e9nonciative et interactionnelle du r\u00e9cit. Tome 1. Les points de vue et la logique de la narration. Tome 2. Dialogisme et polyphonie dans le r\u00e9cit<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas.<\/p>\n\n\n\n<p>Rabatel, Alain, 2017, <em>Pour une lecture linguistique et critique des m\u00e9dias. \u00c9thique, empathie, point(s) de vue<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas.<\/p>\n\n\n\n<p>[Claudia CAGNINELLI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Alain RABATEL, La confrontation des points de vue dans la dynamique figurale des discours&nbsp;: \u00c9nonciation et interpr\u00e9tation, Limoges, \u00c9ditions Lambert-Lucas, 2021, 664 pages. Le dernier volume d\u2019Alain Rabatel, La confrontation des points de vue dans la dynamique figurale des discours&nbsp;: \u00c9nonciation et interpr\u00e9tation, enrichit un cycle d\u2019ouvrages qui forment l\u2019\u00ab&nbsp;architecture pragma-\u00e9nonciative&nbsp;\u00bb (p. 20) de ses\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/07\/06\/alain-rabatel-la-confrontation-des-points-de-vue-dans-la-dynamique-figurale-des-discours-enonciation-et-interpretation\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[32],"tags":[],"class_list":["post-615","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-46"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/615"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=615"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/615\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":623,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/615\/revisions\/623"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=615"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=615"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=615"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}