{"id":585,"date":"2022-07-07T11:43:47","date_gmt":"2022-07-07T09:43:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=585"},"modified":"2022-07-12T15:33:34","modified_gmt":"2022-07-12T13:33:34","slug":"marianne-lederer-madeleine-stratford-eds-culture-et-traduction-au-dela-des-mots","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/07\/07\/marianne-lederer-madeleine-stratford-eds-culture-et-traduction-au-dela-des-mots\/","title":{"rendered":"Marianne LEDERER, Madeleine STRATFORD (\u00e9ds.), Culture et traduction. Au-del\u00e0 des mots"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Marianne LEDERER, Madeleine STRATFORD (\u00e9ds.),<em> Culture et traduction. Au-del\u00e0 des mots<\/em>, Paris, Classiques Garnier, 2020, p. 197.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le sillage du tournant \u201cculturel\u201d des ann\u00e9es 90, ce volume s\u2019\u00e9mancipe de la conception rassurante et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de la traduction en tant qu\u2019op\u00e9ration binaire de nature linguistique et r\u00e9habilite l\u2019\u00e9l\u00e9ment culturel, lequel ne s\u2019oppose pas forc\u00e9ment \u00e0 la norme ni ne semble poser de probl\u00e8mes sp\u00e9cifiques lors du passage traductif. Partant du pr\u00e9suppos\u00e9 que la culture peut \u00eatre entendue au sens social, comme la somme des \u00e9l\u00e9ments propres \u00e0 un groupe d\u2019humains ayant en commun une vision du monde et des coutumes, ainsi que sp\u00e9cialis\u00e9, comme \u201csavoir\u201d r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 certains domaines tels la philosophie, les arts, les sciences naturelles, etc., les contributions r\u00e9unies dans cet ouvrage envisagent de plusieurs perspectives sa relation avec la traduction. Elles sont articul\u00e9es en trois volets, dont le premier (Faits culturels) comprend les \u00e9tudes portant sur les processus cognitifs qui sous-tendent le transfert linguistique d\u2019un ou plusieurs aspects culturels. Respectivement, Marianne LEDERER (La culture, pierre angulaire du traduire, pp. 17-30) soutient avec conviction que les \u00e9l\u00e9ments culturels n\u2019entravent pas la traduction. S\u2019appuyant tant \u00e0 la th\u00e9orie (interpr\u00e9tative) qu\u2019\u00e0 la pratique, elle veut d\u00e9montrer que le culturel est pr\u00e9sent dans tous les textes et qu\u2019il ne l\u2019est jamais compl\u00e8tement en un seul. Par cons\u00e9quent, il n\u2019existe pas un traitement unique en traduction, car celui-ci d\u00e9pend \u00e0 chaque fois du contexte et de la vis\u00e9e (Skopos). De plus, tout discours est ax\u00e9 sur une combinaison d\u2019explicite et d\u2019implicite&nbsp;; ce qui d\u00e9montre que le sens r\u00e9side non seulement dans la langue, mais aussi dans le contexte situationnel et qu\u2019on le comprend, afin de le reformuler, \u00e0 travers un processus en deux temps (d\u00e9verbalisation et reverbalisation). Il en va de m\u00eame avec les faits culturels, dont la difficult\u00e9 en traduction est celle que pose tout autre \u00e9l\u00e9ment, \u00e0 savoir r\u00e9ussir \u00e0 restituer l\u2019atmosph\u00e8re et \u00ab faire ressentir au lecteur sinon l\u2019effet affectif complet, du moins l\u2019effet notionnel qui fera na\u00eetre une appr\u00e9hension rationnelle de l\u2019affectif ressenti par le lecteur original&nbsp;\u00bb (p. 25). Une traduction qui, tout en recr\u00e9ant, pr\u00e9serve les valeurs dont le texte est porteur ne sera jamais une perte.<\/p>\n\n\n\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Isabelle COLLOMBAT (La traduction de la m\u00e9taphore comme acte de m\u00e9diation culturelle, pp. 31-43) s\u2019attache aux m\u00e9taphores non litt\u00e9raires (\u00ab&nbsp;fonctionnelles&nbsp;\u00bb), se situant ainsi \u00e0 mi-chemin entre la traductologie et la m\u00e9taphorologie. En analysant un corpus parall\u00e8le anglais-fran\u00e7ais d\u2019extraits de revues de vulgarisation scientifique, elle veut d\u00e9montrer que la m\u00e9taphore (image), consid\u00e9r\u00e9e selon son appartenance \u00e0 des cat\u00e9gories (comparaison, m\u00e9taphore <em>in praesentia<\/em>, m\u00e9taphore <em>in absentia<\/em>, analogie) rel\u00e8ve aussi bien du cognitif que du culturel et que, si la traduction est le r\u00e9sultat d\u2019une interaction communicative, la traduction de la m\u00e9taphore consiste dans la r\u00e9solution d\u2019une double interaction (intralinguale et interlinguale). Eu \u00e9gard aux domaines et aux sous-cat\u00e9gories d\u2019\u00e9l\u00e9ments exp\u00e9rentiels (vie quotidienne, techniques courantes, alimentation, nature, interpellation du lecteur), Collombat observe la tendance \u00e0 une r\u00e9duction, voire une \u00ab&nbsp;neutralisation&nbsp;\u00bb, des r\u00e9f\u00e9rents culturels, \u00e0 travers des strat\u00e9gies comme le remplacement par une image lexicalis\u00e9e, la r\u00e9expression de fa\u00e7on litt\u00e9rale des constituants s\u00e9mantiques du compar\u00e9 et du comparant, la suppression de l\u2019image.<\/p>\n\n\n\n<p>Se penchant \u00e9galement sur la traduction des m\u00e9taphores, Antin FOUGNER RYDNING (La traduction du culturel vue \u00e0 la lumi\u00e8re du conceptuel, pp. 45-55) \u00e9tudie les textes pragmatiques, extraits d\u2019une exp\u00e9rience de traduction in vivo film\u00e9e et enregistr\u00e9e par le logiciel Translogos, et se concentre sur la repr\u00e9sentation mentale du sens de certaines expressions fran\u00e7aises culturellement marqu\u00e9es et sur sa restitution en norv\u00e9gien, en r\u00e9f\u00e9rence aux th\u00e9ories de la m\u00e9taphore et de la m\u00e9tonymie conceptuelle (TMMC) ainsi que de l\u2019int\u00e9gration conceptuelle (TIC). L\u2019approche cognitive de la traduction permet de repr\u00e9senter conceptuellement les processus mentaux dont rendent compte ici trois experts-traducteurs tant au niveau de la construction qu\u2019\u00e0 celui de la reconstruction du sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me volet (Questions de genre) prend en examen les enjeux de la traduction litt\u00e9raire avec une attention particuli\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e9criture f\u00e9minine. Dans son article (Traduction et canon litt\u00e9raire. La g\u00e9n\u00e9alogie f\u00e9minine de Maria Merc\u00e8-Mar\u00e7al, pp. 59-70), Caterina RIBA illustre le projet litt\u00e9raire de Maria-Merc\u00e8 Mar\u00e7al, po\u00e8te et traductrice catalane qui, dans le cadre de la vision f\u00e9ministe de deuxi\u00e8me vague et inspir\u00e9e par les auteurs classiques gr\u00e9co-latins, se sert de la traduction et de l\u2019intertextualit\u00e9 pour trouver elle-m\u00eame une place au sein de la tradition litt\u00e9raire, dans le but de promouvoir une nouvelle image de la femme dans la litt\u00e9rature et un d\u00e9montage des clich\u00e9s f\u00e9minins. Dans ses po\u00e8mes se dessine une v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;genealogia femenina&nbsp;\u00bb par le biais de citations et de renvois aux vers d\u2019autres \u00e9crivaines telles que Sappho, Plath, Akmatova, Tsveta\u00efeva, Vivien, dont certaines injustement marginalis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>En traducteur professionnel au Parlement du Canada, Beno\u00eet LAFLAMME (Traduire un sexe et un genre autre. R\u00e9cit d\u2019une exp\u00e9rience de l\u2019empathie, pp. 71-84) se mesure avec la po\u00e9sie engag\u00e9e de Kara-lee Mac Donald, f\u00e9ministe canadienne dont l\u2019existence tragique (<em>Eating matters<\/em> est le titre d\u2019un recueil de po\u00e8mes en prose,<em> Giving up<\/em> celui d\u2019un roman) lui demande d\u2019interposer le filtre de la musique, du dessin, du collage pour r\u00e9ussir \u00e0 d\u00e9finir sa posture \u00e9thique et pour d\u00e9crire une exp\u00e9rience de l\u2019empathie (traducteur comme \u00ab&nbsp;t\u00e9moin secondaire&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;alli\u00e9&nbsp;\u00bb) selon l\u2019approche de la recherche-cr\u00e9ation, celle-ci combinant la recherche et la cr\u00e9ation artistique. Le traducteur ouvre son espace \u00e0 l\u2019autre afin de le comprendre, s\u2019offre en tant que porte-voix dans une culture \u00ab&nbsp;o\u00f9 il ne parviendrait pas \u00e0 s\u2019exprimer de mani\u00e8re aussi \u00e9loquente que dans la langue originale&nbsp;\u00bb (p. 77).<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me volet (Postcolonialisme) r\u00e9unit trois \u00e9tudes sur les enjeux postcoloniaux qui sont incontournables lorsqu\u2019on aborde la traduction culturelle. Les ouvrages parus en Afrique et dans la Cara\u00efbe francophone ont contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9mentir l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 culturelle et le pr\u00e9jug\u00e9 eurocentrique de la traduction litt\u00e9raire. L\u2019article de Corinne Menc\u00e9-Caster (Traduire la Cara\u00efbe. \u00c9tude sur les modalit\u00e9s de la traduction des textes carib\u00e9ens plurilingues, pp. 87-98) porte sur la traduction des textes carib\u00e9ens plurilingues au prisme du mod\u00e8le de la Relation con\u00e7u par Edouard Glissant. Particuli\u00e8rement, la traduction de la litt\u00e9rature cara\u00efb\u00e9enne, provenant d\u2019un lieu presque arch\u00e9typal, incarne une nouvelle conception du traduire comme respect du plurilinguisme et comme restitution de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 culturelle. Dans la perspective d\u2019un Nous, et non plus d\u2019une dichotomie entre le Soi et l\u2019Autre, on ne traduit pas tant pour \u00e9tablir un rapport d\u2019identit\u00e9 avec l\u2019original que pour s\u2019\u00e9manciper de la polarit\u00e9 entre les langues concern\u00e9es, ainsi que des id\u00e9ologies identitaires propres du contexte postcolonial. Tant \u00e9crire que traduire posent le probl\u00e8me de la langue d\u2019\u00e9criture et par cons\u00e9quent impliquent une r\u00e9flexion sur les modalit\u00e9s de r\u00e9-\u00e9criture de cette langue. Mence-Caster propose de repenser la traduction en tant que projet \u00e0 l\u2019origine d\u2019un \u00ab&nbsp;objet s\u00e9miotique nouveau&nbsp;\u00bb exprimant les potentialit\u00e9s d\u2019une langue et d\u2019une culture encore inexplor\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>On retrouve encore Glissant dans l\u2019\u00e9tude de Lo\u00efc C\u00c9ry (La traductologie au risque de la cr\u00e9olisation. Approche de la relation traduisante d\u2019\u00c9douard Glissant, pp. 99-110), lequel r\u00e9\u00e9value sa conception de la Relation traduisante et sa position traductologique par rapport \u00e0 l\u2019ancien d\u00e9bat th\u00e9orique et \u00e0 certains mod\u00e8les de r\u00e9f\u00e9rence (Berman et la dimension \u00e9thique la traduction&nbsp;; Benjamin et l\u2019existence d\u2019un \u201cpur langage\u201d) dont elle s\u2019\u00e9carte, s\u2019apparentant plut\u00f4t \u00e0 la notion heidegg\u00e9rienne de \u00ab&nbsp;renoncement&nbsp;\u00bb qui est sous-entendue dans le mouvement vers l\u2019Autre. En ce sens, traduire pr\u00e9suppose l\u2019abandon de ses propres sch\u00e9mas conceptuels et la traduction peut \u00eatre con\u00e7ue comme une praxis de cet id\u00e9al de Relation. Comme l\u2019observe C\u00e9ry, Glissant pr\u00e9conise la r\u00e9alisation pragmatique de ce \u00ab&nbsp;langage de relation&nbsp;\u00bb, non pas de mani\u00e8re prescriptive mais plut\u00f4t en ouvrant une perspective plus ample sur la traduction.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude de Chiara Denti (Traduire l\u2019h\u00e9t\u00e9rolinguisme ou aller au-del\u00e0 du public monolingue. R\u00e9flexions \u00e0 partir des textes postcoloniaux francophones, pp. 111-122) illustre concr\u00e8tement l\u2019orientation eurocentrique \u00e0 l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation dont parle Menc\u00e9-Caster, en analysant les traductions italiennes et anglaises de romans dont la langue vernaculaire cr\u00e9olis\u00e9e finit par \u00eatre annul\u00e9e (l\u2019auteure parle d\u2019une \u00ab&nbsp;absorption glottophagique&nbsp;\u00bb) dans les versions traduites. Denti soutient qu\u2019une ouverture de la part aussi bien des traducteurs que des \u00e9diteurs est indispensable pour que l\u2019h\u00e9t\u00e9rolinguisme (Grutman) et l\u2019effet de m\u00e9tissage soient pr\u00e9serv\u00e9s dans le passage traductif. La r\u00e9flexion traductologique a souvent d\u00e9laiss\u00e9 la question de la co-pr\u00e9sence de plusieurs langues, si ce n\u2019est que pour en reconna\u00eetre le caract\u00e8re probl\u00e9matique (Berman) et l\u2019incompatibilit\u00e9 fonci\u00e8re avec le processus traductif. En revanche, selon Denti, c\u2019est justement \u00e0 partir de l\u2019hybridit\u00e9 linguistique et culturelle qu\u2019il faudrait repenser la pratique de la traduction&nbsp;; en effet, certaines litt\u00e9ratures (Patrice Nganang, Patrick Chamoiseau, Gis\u00e8le Pineau, Florent Couao-Zotti) dans lesquelles se pose le probl\u00e8me du <em>code-switching<\/em>, impliquent l\u2019abandon des concepts rassurants tels \u00ab&nbsp;texte de d\u00e9part&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;texte \u00e9tranger&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;texte source&nbsp;\u00bb \u00e0 traduire dans une langue pr\u00e9cise, homog\u00e8ne, unique. Cependant, les traductions actuelles de ces \u0153uvres, en raison de l\u2019appareil paratextuel qui les accompagne (glossaires, notes, annexes, etc.), visent la lisibilit\u00e9 en donnant l\u2019impression de s\u2019adresser \u00e0 un lecteur unilingue (le \u00ab&nbsp;lecteur mod\u00e8le&nbsp;\u00bb), dont la compr\u00e9hension et la repr\u00e9sentation vis-\u00e0-vis d\u2019un narrataire h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne devraient plut\u00f4t \u00eatre remises en cause.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re partie (Hybridation) du volume aborde la question du plurilinguisme dans les \u0153uvres litt\u00e9raires, comme le d\u00e9montrent diff\u00e9rents auteurs italiens (Andrea Camilleri, Erri De Luca, Salvatore Niffoi, Carmine Abate) que l\u2019on pourrait consid\u00e9rer h\u00e9t\u00e9rolingues au m\u00eame titre que les \u00e9crivains postcoloniaux, dans la mesure o\u00f9 ils utilisent des variantes r\u00e9gionales m\u00eal\u00e9es avec l\u2019italien standard. Les contributions de ce volet prennent en examen un amalgame (koin\u00e8) de langue vernaculaire g\u00e9ographiquement marqu\u00e9e et de langues \u00e9trang\u00e8res. D\u2019apr\u00e8s Gerardo Acerenza et Anke Grutschus (Hybridation linguistique et traduction. Entre \u00ab&nbsp;d\u00e9familiarisation&nbsp;\u00bb et standardisation, pp. 125-139), si celui de Camilleri est un idiolecte \u00ab&nbsp;interlangue&nbsp;\u00bb, les variantes napolitaine et calabraise de De Luca et d\u2019Abate alternent avec d\u2019autres idiomes \u00e9trangers comme l\u2019allemand et le turc. Dans les traductions fran\u00e7aise, allemande et espagnole de leurs romans (respectivement <em>Il giro di boa, Montedidio, La moto di Scanderbeg<\/em>), on assiste \u00e0 une v\u00e9ritable standardisation de l\u2019hybridit\u00e9 langagi\u00e8re qui est l\u2019un de leurs traits les plus caract\u00e9ristiques. Par ailleurs, les auteurs analysent les strat\u00e9gies mises en acte par les traducteurs. Le dialecte napolitain a une fonction stylistique fondamentale dans le roman de De Luca, \u00e0 tel point qu\u2019il peut s\u2019accompagner de la traduction en italien standard ou bien se trouver italianis\u00e9, sauf dans les phrases fig\u00e9es ou les proverbes qui ne sont pas traduits. Le plurilinguisme du roman d\u2019Abate est beaucoup plus complexe, du fait de l\u2019\u00e9cart linguistique et culturel entre les langues ou les dialectes utilis\u00e9s et l\u2019italien standard que la traductrice tente de combler en ayant recours aux notes en bas de page. Quant au roman de Camilleri, qui s\u2019auto-d\u00e9finit un \u00abgiocoliere del dialetto&nbsp;\u00bb, une variante hybride du dialecte de Porto Empedocle (Agrigento) cohabite avec diff\u00e9rents registres de l\u2019italien, ayant comme r\u00e9sultat un effet essentiellement ludique. Face \u00e0 une telle complexit\u00e9 variationnelle (il suffit de penser \u00e0 l\u2019idiolecte du personnage Catarella), les traducteurs ont choisi leurs propres strat\u00e9gies : l\u2019une (Dominique Vittoz) en puisant dans le franco-proven\u00e7al de Lyon, l\u2019autre (Serge Quadruppani) en traduisant presque toujours le dialecte sicilien en fran\u00e7ais standard ou, dans de rares cas, \u00ab&nbsp;occitanis\u00e9&nbsp;\u00bb. En l\u2019occurrence, parmi les strat\u00e9gies traductives employ\u00e9es pour les trois romans du corpus, la standardisation pr\u00e9vaut sur l\u2019adaptation et sur la \u00ab&nbsp;d\u00e9familiarisation&nbsp;\u00bb, celle-ci envisag\u00e9e par Grutschus pour le traitement de la variation diatopique.<\/p>\n\n\n\n<p>Florence Courriol- Seita (Les dialectes ou la pens\u00e9e de l\u2019\u00e9cart en traduction. L\u2019exemple italien, pp. 141-153) offre son point de vue encore sur les versions fran\u00e7aises des romans de Niffoi et de Camilleri, dans lesquelles la restitution du vernaculaire contribue au rejet du pr\u00e9tendu \u00ab&nbsp;monolinguisme national&nbsp;\u00bb tant de la France que de l\u2019Italie. En empruntant la d\u00e9finition de \u00ab&nbsp;case vide dialectale&nbsp;\u00bb et d\u2019\u00ab\u00e9critures d\u00e9viances&nbsp;\u00bb&nbsp;(Folkart), l\u2019auteur examine les particularismes dialectaux des romans italiens contemporains qui se soustraient au transfert traductif et sont cens\u00e9s emp\u00eacher la compr\u00e9hension du lecteur \u00e9tranger. Se rapportant \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 historique, litt\u00e9raire et linguistique assez complexe, l\u2019auteure ne peut que constater une asym\u00e9trie constitutive et insurmontable (pour Nida l\u2019un des \u00ab&nbsp;lieux de l\u2019intraduisibilit\u00e9&nbsp;\u00bb) entre les situations italienne et fran\u00e7aise. Courriol-Seita privil\u00e9gie n\u00e9anmoins l\u2019approche pragmatique de Eco, notamment cet \u00ab&nbsp;effet de lecture&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e9l\u00e9ment dialectal, son caract\u00e8re \u00ab&nbsp;\u00e9tranger&nbsp;\u00bb, qui devrait \u00eatre restitu\u00e9 dans la traduction comme la trace visible de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. L\u2019\u00e9cart du texte source demande \u00e0 \u00eatre combl\u00e9 par un nouvel effet de r\u00e9-\u00e9nonciation, en projetant sa force de subversion sur la langue vernaculaire cible.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est encore \u00e0 Salvatore Niffoi qu\u2019Adriana Orlandi (Plurilinguisme et traduction. La traduction fran\u00e7aise de La Vedova scalza de Salvatore Niffoi, pp. 155-167) consacre l\u2019article qui cl\u00f4t ce volume, en se focalisant sur les solutions exploit\u00e9es par Vittoz dans la traduction des \u0153uvres du romancier de la Nouvelle vague litt\u00e9raire sarde. La traductrice s\u2019inspire \u00e0 l\u2019effet que les \u00e9critures des Antilles et de l\u2019Afrique postcoloniale pourvoient en fran\u00e7ais pour recr\u00e9er une combinaison de r\u00e9gionalismes, de formes d\u00e9su\u00e8tes, d\u2019expressions famili\u00e8res et de n\u00e9ologismes, laquelle semble concr\u00e9tiser ce \u00ab&nbsp;nouveau langage&nbsp;\u00bb tant recherch\u00e9 par Glissant. Celle de Niffoi est une \u00e9criture composite qui m\u00eale au moins cinq vari\u00e9t\u00e9s, dont le dialecte sarde, le dialecte italianis\u00e9 et l\u2019italien r\u00e9gional de Sardaigne qui coexistent avec l\u2019italien familier et standard. Ce mosa\u00efque diatopique, diastratique et diaphasique est \u00e0 l\u2019origine d\u2019un effet de d\u00e9paysement chez le lecteur fran\u00e7ais. Au lieu de recourir syst\u00e9matiquement au seul patois (ici le lyonnais), dont d\u00e9coulerait une transculturation globale du texte, Vittoz se sert, en les dosant, de diff\u00e9rentes vari\u00e9t\u00e9s du fran\u00e7ais dans le but de reproduire les effets d\u2019un style, celui de Niffoi, tr\u00e8s riche et complexe. Pour ce faire, la strat\u00e9gie de la compensation s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s efficace : on y fait appel lorsqu\u2019il s\u2019agit de traduire des mots ou des expressions qui normalement ne posent aucun probl\u00e8me mais dont l\u2019introduction concourt efficacement \u00e0 la recr\u00e9ation d\u2019une ambiance.<\/p>\n\n\n\n<p>[Simona Pollicino]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marianne LEDERER, Madeleine STRATFORD (\u00e9ds.), Culture et traduction. Au-del\u00e0 des mots, Paris, Classiques Garnier, 2020, p. 197. Dans le sillage du tournant \u201cculturel\u201d des ann\u00e9es 90, ce volume s\u2019\u00e9mancipe de la conception rassurante et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e de la traduction en tant qu\u2019op\u00e9ration binaire de nature linguistique et r\u00e9habilite l\u2019\u00e9l\u00e9ment culturel, lequel ne s\u2019oppose pas forc\u00e9ment \u00e0\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/07\/07\/marianne-lederer-madeleine-stratford-eds-culture-et-traduction-au-dela-des-mots\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[32],"tags":[],"class_list":["post-585","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-46"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/585"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=585"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/585\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":651,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/585\/revisions\/651"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=585"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=585"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=585"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}