{"id":528,"date":"2022-02-28T15:38:00","date_gmt":"2022-02-28T14:38:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=528"},"modified":"2022-02-28T16:51:27","modified_gmt":"2022-02-28T15:51:27","slug":"driss-ablali-erik-bertin-eds-sociabilites-numeriques","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/02\/28\/driss-ablali-erik-bertin-eds-sociabilites-numeriques\/","title":{"rendered":"Driss ABLALI, Erik BERTIN (\u00e9ds), Sociabilit\u00e9s num\u00e9riques"},"content":{"rendered":"\n<p>Driss ABLALI, Erik BERTIN (\u00e9ds), <em>Sociabilit\u00e9s num\u00e9riques<\/em>, Louvain-la-Neuve, Academia, collection \u00ab&nbsp;Extensions s\u00e9miotiques&nbsp;\u00bb, 2020, pp. 266.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Sociabilit\u00e9s num\u00e9riques <\/em>est un ouvrage collectif qui interroge les rapports sociaux m\u00e9di\u00e9s en tant qu\u2019objets d\u2019observation sp\u00e9cifiques. Une remarque pr\u00e9liminaire est \u00e0 la base des travaux qui composent ce volume, comme Driss ABLALI et Erik BERTIN le soulignent dans l\u2019<em>Introduction. Vers une s\u00e9miotique de la culture num\u00e9rique<\/em> (pp. 7-32)\u00a0: le num\u00e9rique s\u2019est d\u00e9sormais constitu\u00e9 enti\u00e8rement en m\u00e9dia, c\u2019est-\u00e0-dire en milieu, et, contrairement aux id\u00e9es re\u00e7ues sur l\u2019espace num\u00e9rique, il faut changer le regard qu\u2019on y porte pour souligner sa dimension sociale et publique. Le cadre m\u00e9thodologique qui sous-tend la question de la sociabilit\u00e9 rel\u00e8ve du socle s\u00e9miotique, notamment de la prise en compte du support et de ses m\u00e9diations. Les travaux pionniers d\u2019Emmanu\u00ebl Souchier et d\u2019Yves Jeanneret sont le point de d\u00e9part pour examiner le couple \u00e9crit\/ \u00e9cran et l\u2019\u00e9mergence du texte second ou \u00e9nonciation \u00e9ditoriale par une adaptation difficile de la s\u00e9miotique aux changements du num\u00e9rique. Tel est le cas de l\u2019opposition immat\u00e9riel <em>vs<\/em> mat\u00e9riel : par le biais de proc\u00e9dures informatis\u00e9es, le num\u00e9rique fa\u00e7onne un nouveau monde multi-s\u00e9miotique de normes et de pratiques qui reconfigure l\u2019existence s\u00e9miotique du sujet dans son ensemble. Relativement aux transformations m\u00e9diatiques, tant les jeux sociaux que les genres et les pratiques m\u00e9diatiques sont affect\u00e9s par certaines sociabilit\u00e9s, montrant des configurations multiples qui invitent \u00e0 des r\u00e9flexions profondes autour de r\u00e9gimes de contractualisation parfois rigides et allant au-del\u00e0 du mythe communautaire. Encore, les sociabilit\u00e9s num\u00e9riques \u00e9chappent-elles au temps, dans la mesure o\u00f9 elles tendent \u00e0 favoriser l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 et le \u00ab\u00a0pr\u00e9sentisme\u00a0\u00bb d\u2019une m\u00eame s\u00e9miose temporelle ou \u00e0 produire le temps par leur pratique. Il s\u2019ensuit des enjeux et des objectifs sp\u00e9cifiques qui signalent la relation \u00e9troite entre sociabilit\u00e9, transformations et num\u00e9rique, autant de sujets qui sont abord\u00e9s dans les dix contributions de cet ouvrage, r\u00e9parties en deux sections.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re partie, <em>Mutation du social, mutation du m\u00e9dia<\/em> (pp. 33-147), s\u2019ouvre par la contribution de Fanny BARNAB\u00c9, <em>Entre jeu et spectacle\u00a0: rh\u00e9torique du <\/em>let\u2019s play (pp. 35-58), concernant les \u00ab\u00a0d\u00e9tournements\u00a0\u00bb par le <em>play<\/em>, pour examiner le <em>let\u2019s play<\/em>. Il s&#8217;agit d&#8217;une captation vid\u00e9o d\u2019une session de jeu, par laquelle le joueur peut commenter ses actions et les diffuser <em>via <\/em>des plateformes de <em>streaming<\/em>. Une fronti\u00e8re se produit entre l\u2019activit\u00e9 ludique et la production de d\u00e9tournements\u00a0: pour le constater, l\u2019auteure examine un <em>let\u2019s play<\/em> francophone r\u00e9alis\u00e9 par le vid\u00e9aste Benzaie sur le jeu de r\u00f4le <em>Pok\u00e9mon Jaune<\/em> \u00e0 partir de diff\u00e9rentes figures de rh\u00e9torique. L\u2019effet d\u2019\u00e9cart peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 partir de quatre sous-cat\u00e9gories de proc\u00e9d\u00e9s. Si la premi\u00e8re, la spectacularisation, montre que dans le <em>let\u2019s play<\/em> l\u2019exp\u00e9rience ludique du joueur se transforme en spectacle par le biais de son code graphique &#8211; auquel contribue \u00e9galement le vid\u00e9aste par son visage et par ses actions -, dans la deuxi\u00e8me, l\u2019anti-jeu, le vid\u00e9aste se sert de figures oppos\u00e9es \u00e0 celles qui sont g\u00e9n\u00e9ralement attribu\u00e9es au jeu. Pour leur part, les figures de fictionnalisation, les plus fr\u00e9quentes, permettent \u00e0 Benzaie de remplir des r\u00f4les diff\u00e9rents, voire de r\u00e9aliser des superpositions de fiction, alors que la quatri\u00e8me figure, l\u2019ironie, qui voit l\u2019alternance entre les \u00e9nonc\u00e9s ironiques et le jeu au premier degr\u00e9, vise \u00e0 valoriser les d\u00e9tournements mais \u00e9galement \u00e0 cr\u00e9er un effet de distanciation. BARNAB\u00c9 montre ainsi que ces quatre types de figures contribuent non seulement \u00e0 l\u2019interactivit\u00e9 mais \u00e9galement \u00e0 pr\u00e9server la dynamique de d\u00e9construction cr\u00e9ative des jeux et de leurs normes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la deuxi\u00e8me contribution, intitul\u00e9e <em>La photographie \u00e0 l\u2019\u00e9poque des r\u00e9seaux sociaux\u00a0: pour une approche quali-quantitative <\/em>(pp. 59-79), Enzo D\u2019ARMENIO et Maria Giulia DONDERO s\u2019int\u00e9ressent au r\u00f4le social de la photographie num\u00e9rique sur Instagram, afin d\u2019en relever la complexit\u00e9, d\u2019\u00e9tudier les nouveaux observables qui la caract\u00e9risent ainsi que la construction du sens. Leur point de d\u00e9part r\u00e9side dans les recherches de Lev Manovich et de ses collaborateurs, auxquelles sont int\u00e9gr\u00e9es des m\u00e9thodes computationnelles et s\u00e9miotiques. Les nouveaux usages de la photographie num\u00e9rique font comprendre que, au-del\u00e0 des similarit\u00e9s avec le mod\u00e8le Polaroid, le support num\u00e9rique augmente les caract\u00e9ristiques de rapidit\u00e9, facilit\u00e9 et mobilit\u00e9 qui sont le propre d\u2019Instagram, lequel pr\u00e9sente \u00e9galement l\u2019avantage d\u2019int\u00e9grer des rem\u00e9diations et une gestion centralis\u00e9e de la sociabilit\u00e9 photographique num\u00e9rique. Si, selon Manovich, Instagram fait l\u2019objet d\u2019une \u00ab\u00a0puret\u00e9 m\u00e9diatique\u00a0\u00bb, les auteurs soulignent plut\u00f4t la capacit\u00e9 d&#8217;Instagram \u00e0 englober plusieurs appareils et techniques \u00e0 la fois. Par l\u2019analyse du concept de \u00ab\u00a0m\u00e9dium\u00a0\u00bb, ils articulent les nouveaux usages de la photographie sur Instagram et le fonctionnement des r\u00e9seaux sociaux. Ils proc\u00e8dent ainsi \u00e0 une relecture du classement des photos sur Instagram propos\u00e9 par Manovich, en <em>casual<\/em>, professionnelles et de design, pour relever que la photo de design est une pratique photographique \u00e0 part enti\u00e8re, dot\u00e9e de ses propres mod\u00e8les de r\u00e9f\u00e9rence. Par cette \u00e9tude, on rel\u00e8ve que les compositions de photos, les types d\u2019\u00e9nonciateurs et d\u2019usages, ainsi que les interactions comp\u00e9titives et collaboratives, sont essentiels pour d\u00e9crire la complexit\u00e9 des usages sociaux de la photographie num\u00e9rique sur Instagram.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la troisi\u00e8me \u00e9tude, consacr\u00e9e au selfie, Massimo LEONE pr\u00e9sente son profil personnel de selfiste pour aborder le sens des selfies et la relation qu\u2019ils entretiennent avec les id\u00e9ologies du pr\u00e9sent (<em>La cam\u00e9ra et le miroir\u00a0: la sociabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e8re de l\u2019individualisme num\u00e9rique<\/em>, pp. 81-101). Dans le but de \u00ab\u00a0d\u00e9naturaliser\u00a0\u00bb le sens d\u2019un selfie \u2013 son omnipr\u00e9sence sociale aurait, selon l\u2019auteur, donn\u00e9 lieu \u00e0 sa naturalisation \u2013, diff\u00e9rents niveaux d\u2019analyse sont possibles. L&#8217;auteur s\u2019appuie sur la distinction entre le sens de la pratique de prendre des selfies et le sens des selfies comme images individuelles, sur la nature des selfies \u2013 les <em>crypto-selfies<\/em>, les <em>pseudo-selfies<\/em> et les <em>m\u00e9ta-selfies<\/em> \u2013 et sur la tripartition s\u00e9miotique d\u2019Umberto Eco en <em>intentio autoris<\/em>, <em>intentio lectoris<\/em> et <em>intentio operis<\/em>. C\u2019est ce dernier niveau d\u2019analyse qui permet \u00e0 LEONE de souligner les profils des selfistes, mais \u00e9galement la pr\u00e9sence potentielle d\u2019un observateur-mod\u00e8le et le r\u00f4le du selfie dans le d\u00e9veloppement de la s\u00e9miosph\u00e8re d\u2019une communaut\u00e9 d\u2019interpr\u00e8tes. Dans la derni\u00e8re partie, il pr\u00e9sente des r\u00e9flexions sur la valorisation hors norme de l\u2019exp\u00e9rience pr\u00e9sente, au d\u00e9triment de la planification, et sur les \u00ab\u00a0cultures du pr\u00e9sent\u00a0\u00bb, qui sont le propre du selfie. D\u2019o\u00f9 la d\u00e9finition de LEONE du selfie comme \u00ab\u00a0la quintessence de la radicalisation de l\u2019id\u00e9ologie temporelle et aspectuelle du pr\u00e9sent instantan\u00e9 et duratif\u00a0\u00bb (p. 99).<\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>backstage movie<\/em>, \u00ab&nbsp;contre-histoire \u00bb et forme de rem\u00e9diation du tournage, fait l\u2019objet de l\u2019analyse propos\u00e9e par Pierluigi BASSO FOSSALI, qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019intimit\u00e9 qui \u00e9merge de ce genre, au potentiel tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9, qui r\u00e9v\u00e8le, contrairement au film \u00ab&nbsp;majeur&nbsp;\u00bb, le priv\u00e9 (<em>La rem\u00e9diation de l\u2019intimit\u00e9&nbsp;: r\u00e9gimes de confiance dans les coulisses m\u00e9diatiques<\/em>, pp. 103-124). Apr\u00e8s avoir analys\u00e9 les notions d\u2019\u00ab&nbsp;intime&nbsp;\u00bb, d\u2019\u00ab&nbsp;<em>extime<\/em>&nbsp;\u00bb et de confiance&nbsp;appliqu\u00e9es au <em>backstage<\/em> d\u2019un film, l\u2019auteur s\u2019appuie sur le documentaire <em>My Life directd by Nicolas Winding Refn<\/em> (2014) de Liv Corfixen pour montrer qu\u2019un couple r\u00e9el, celui de Liv Corfixen et du metteur en sc\u00e8ne Nicolas Winding Refn, r\u00e9ussit \u00e0 reconstruire son \u00e9quilibre interne gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience du <em>backstage movie<\/em>. La reconstruction de cette intimit\u00e9 <em>via <\/em>le dispositif filmique est l\u2019occasion pour BASSO FOSSALI d\u2019interroger les concepts de \u00ab&nbsp;confiance&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;confidence&nbsp;\u00bb pour ensuite identifier les r\u00e9gimes de confiance du <em>backstage movie<\/em> examin\u00e9 et les \u00e9tapes de la confidence qui le caract\u00e9risent. C\u2019est notamment la derni\u00e8re \u00e9tape, \u00e0 savoir le final du film, qui manifesterait, selon lui, l\u2019affirmation pleine de l\u2019intimit\u00e9. Dans ce \u00ab&nbsp;cahier intime \u00e0 deux&nbsp;\u00bb, l\u2019intimit\u00e9 serait ainsi le r\u00e9sultat d\u2019une \u00ab&nbsp;rem\u00e9diation&nbsp;\u00bb de la cam\u00e9ra.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re contribution de cette section, qui tire son origine d\u2019un travail de th\u00e8se, aborde le processus de construction et de stabilisation de la plateforme YouTube.com autour du concept d\u2019interm\u00e9dialit\u00e9 et des approches de la \u00ab&nbsp;s\u00e9miotique ouverte&nbsp;\u00bb et de la socio-s\u00e9miotique des m\u00e9dias (<em>L\u2019\u00e9mergence de YouTube&nbsp;: travail du m\u00e9dia et rh\u00e9torique de l\u2019innovation<\/em>, pp. 125-147). Guillaume HEUGUET organise son \u00e9tude en trois temps. \u00c0 l\u2019appui de l\u2019interm\u00e9dialit\u00e9, il constate que YouTube est un objet qui se transforme en permanence, caract\u00e9ris\u00e9 par l\u2019ind\u00e9termination et par la mobilisation de savoirs divers et de diff\u00e9rents acteurs et instances. Les travaux de Rick Altman, de J\u00fcrgen M\u00fcller et de Remy Besson permettent \u00e0 l\u2019auteur de r\u00e9fl\u00e9chir sur la \u00ab&nbsp;m\u00e9dialit\u00e9&nbsp;\u00bb comme qualit\u00e9 \u00e0 construire et \u00e0 appliquer aux outils et formats m\u00e9diatiques disponibles <em>via<\/em> YouTube et dont est pr\u00e9sent\u00e9e une liste non exhaustive. Si ces outils et formats sont li\u00e9s \u00e0 des pratiques sociales qui engagent des normes d\u2019activit\u00e9 et de communication g\u00e9n\u00e9rales, il est \u00e9galement essentiel d\u2019en relever la complexit\u00e9 et la diversit\u00e9 pour saisir les transformations permanentes de YouTube. Les discours de trois concepteurs du site YouTube.com mettent en \u00e9vidence, au-del\u00e0 de leurs diff\u00e9rences, que des th\u00e9ories de l\u2019innovation circulantes sont \u00e0 la base de son succ\u00e8s, bien qu\u2019une confusion soit faite entre la construction du site et les raisons de ce succ\u00e8s. Enfin, l\u2019analyse des trois premi\u00e8res versions des pages-\u00e9crans du site YouTube.com permet \u00e0 HEUGUET de relever la mani\u00e8re dont YouTube s\u2019est sp\u00e9cifi\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 devenir un v\u00e9ritable m\u00e9dia entre un dispositif de stockage, un dispositif de publication et un dispositif m\u00e9diatique, par lesquels un r\u00e9glage continu a lieu entre promesses formul\u00e9es et pr\u00e9tentions inscrites dans ses pages. Innovation et transformation sont ainsi les ma\u00eetres mots de YouTube.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde partie de l\u2019ouvrage, <em>Nouvelles modalit\u00e9s et nouveaux visages du collectif<\/em> (pp. 149-259), est compos\u00e9e de cinq contributions. Dans la premi\u00e8re, Driss ABLALI et Brigitte WIEDERSPIEL analysent la question de l\u2019imm\u00e9diation dans la pratique des personnes en situation de souffrance. (<em>Effets de la temporalit\u00e9 num\u00e9rique sur la parole des sans-voix<\/em>, pp. 151-168). \u00c0 partir des \u00e9changes des souffrant-e-s avec les volontaires d\u2019une association de pr\u00e9vention contre le suicide <em>via <\/em>un tchat, les auteurs examinent ce discours par rapport au m\u00e9dia utilis\u00e9, \u00e0 la praxis de ces personnes et au temps num\u00e9rique qui ressort du m\u00e9dia utilis\u00e9. Les caract\u00e9ristiques du tchat, m\u00e9dia \u00e9crit synchrone, portent sur une logique dialogale d\u2019\u00e9changes verbaux et \u00e9galitaires r\u00e9ciproques, bienveillants, dans l\u2019anonymat, au sein d\u2019une temporalit\u00e9, de contraintes rhythmiques et d\u2019\u00e9criture qui le distinguent d\u2019autres modes d\u2019\u00e9crits num\u00e9riques, tels que la messagerie. En s\u2019inspirant de la temporalit\u00e9 musicale, les auteurs montrent que l\u2019imm\u00e9diatet\u00e9 du tchat g\u00e9n\u00e8re un effet multi-niveaux qui se r\u00e9percute sur la relation entre leurs utilisateur-trice-s, sur la modulation de normes linguistique, rh\u00e9torique et stylistique, et sur l\u2019acquisition d\u2019un savoir-faire technique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le forum num\u00e9rique consacr\u00e9 au jeu vid\u00e9o de strat\u00e9gie en temps r\u00e9el <em>StarCraft2<\/em> fait l\u2019objet de l\u2019\u00e9tude de Fran\u00e7ois LAURENT et Sylvie P\u00c9RINEAU-LORENZO, qui visent \u00e0 d\u00e9montrer que les \u00e9changes de ce forum rel\u00e8vent d\u2019un \u00ab\u00a0tropisme de la surench\u00e8re\u00a0\u00bb (<em>Le tropisme num\u00e9rique de la surench\u00e8re\u00a0: le cas du forum <\/em>StarCraft2, pp. 169-197). Ils identifient les facteurs qui participent \u00e0 cette surench\u00e8re. Le premier &#8211; la situation de communication &#8211; est propice \u00e0 l\u2019entropie et le \u00ab\u00a0d\u00e9sordre\u00a0\u00bb est surtout repr\u00e9sent\u00e9 au niveau de la longueur des textes et du  laconisme argumentatif, l\u2019anonymat y \u00e9tant de mise. Le deuxi\u00e8me, le discours de l\u2019expertise, est caract\u00e9ris\u00e9 par six strates de style langagier du forum et par le type de pr\u00e9dication s\u00e9mantique, organis\u00e9e autour du d\u00e9bat. Le troisi\u00e8me facteur est constitu\u00e9 par le forum comme pratique culturelle m\u00e9diatique formant le plan de l\u2019expression, l\u00e0 o\u00f9 le tropisme de la surench\u00e8re figure entre le plan d\u2019expression m\u00e9diatique et le discours forumistique, sur le plan du contenu. Le quatri\u00e8me facteur, repr\u00e9sent\u00e9 par les pratiques, les r\u00f4les actantiels et les attractions th\u00e9matico-rh\u00e9matiques, souligne que des r\u00e9f\u00e9rences st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es et externes, par l\u2019ajout de nouveaux contenus, ainsi que, dans chaque camp, la pr\u00e9sence d\u2019agonistes \u2013 dont les <em>trolls <\/em>sont les plus fr\u00e9quents \u2013 contribuent \u00e0 t\u00e9moigner d\u2019un tropisme de la surench\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la troisi\u00e8me contribution de ce volet, intitul\u00e9e Habemus Pr\u00e6sidentem<em>. Parcours s\u00e9miotique d\u2019une annonce m\u00e9diatique sur un r\u00e9seau social num\u00e9rique<\/em> (pp. 199-222), Hugues CONSTANTIN DE CHANAY et Julien THIBURCE examinent, \u00e0 partir d\u2019un corpus d\u2019\u00e9crans Facebook et d\u2019une \u00e9mission de soir\u00e9e \u00e9lectorale sur France 2, l\u2019annonce m\u00e9diatique du r\u00e9sultat du second tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle de 2017 en France en termes de configuration m\u00e9diatique, \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et sur Facebook, pour se pencher sur les rem\u00e9diations de cet \u00e9v\u00e9nement par les posts Facebook. Si la soir\u00e9e \u00e9lectorale t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e souligne une hybridit\u00e9 de la sc\u00e8ne m\u00e9diatique, qui comprend \u00e9galement des r\u00e9actions verbales engendrant une rem\u00e9diation, les m\u00e9diations sur Facebook m\u00ealent la rem\u00e9diation de la nouvelle \u00e0 partir d\u2019une imm\u00e9diation de la soir\u00e9e \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision et la m\u00e9diation de l\u2019effet de la connaissance de l\u2019identit\u00e9 pr\u00e9sidentielle exprim\u00e9e par l\u2019auteur du post. Quant aux rem\u00e9diations <em>via <\/em>Facebook, la m\u00e9diation y appara\u00eet aussi comme pratique sociale qui engendre trois modes d\u2019\u00ab&nbsp;action&nbsp;\u00bb symboliques \u2013 le mode du&nbsp;\u00ab&nbsp;dire&nbsp;\u00bb, du \u00ab&nbsp;montrer&nbsp;\u00bb et du \u00ab&nbsp;faire&nbsp;\u00bb \u2013, par lesquels les auteurs constatent une polys\u00e9mioticit\u00e9 des \u00e9nonc\u00e9s des posts. Pour autant, ils rel\u00e8vent qu&#8217;aucune rem\u00e9diation d\u2019\u00e9nonc\u00e9s ne contient l\u2019annonce <em>Habemus Pr\u00e6sidentem<\/em>, bien que tout le monde en soit au courant et en parle \u00e0 travers une parole collective.<\/p>\n\n\n\n<p>Erik BERTIN et Jean-Maxence GRANIER s\u2019int\u00e9ressent aux m\u00e8mes, objets de la culture num\u00e9rique et formes discursives diffus\u00e9es \u00e0 travers une op\u00e9ration \u00e9nonciative d\u2019imitation et de distinction, dont la valeur culturelle est qualifi\u00e9e de m\u00e9diocre (<em>Les m\u00e8mes&nbsp;: s\u00e9miotique d\u2019un objet de la culture num\u00e9rique<\/em>, pp. 223-242). L\u2019apport de la s\u00e9miotique permet aux auteurs de cat\u00e9goriser les m\u00e8mes et les formes de la r\u00e9p\u00e9tition qui les concernent. Un m\u00e8me pr\u00e9sente une s\u00e9quence prototypique pourvue d\u2019un potentiel de saillance qui d\u00e9cro\u00eet au fur et \u00e0 mesure que l\u2019objet num\u00e9rique devient connu, mais il fait \u00e9galement l\u2019objet de possibles variations. Celles-ci peuvent relever d\u2019alt\u00e9rations s\u00e9miotiques par rapport \u00e0 un \u00ab&nbsp;sch\u00e8me formel pr\u00e9d\u00e9fini&nbsp;\u00bb repr\u00e9sent\u00e9 par la forme linguistique et\/ ou visuelle fig\u00e9e, mais les m\u00e8mes sont \u00e9galement caract\u00e9ris\u00e9s par un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9clencheur commun qui rompt un \u00e9quilibre, d\u00e9tournant de son cours initial une structure de sens pr\u00e9visible. Quant \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition, le s\u00e8me constitutif du m\u00e8me affecte aussi bien le plan de l\u2019expression que celui du contenu&nbsp;: si un m\u00e8me prend sens \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur d\u2019une s\u00e9rie (gr\u00e2ce \u00e0 la variation), sur le plan du contenu, la r\u00e9p\u00e9tition du m\u00e8me le distingue d\u2019une reproduction. Par ailleurs, cette it\u00e9rativit\u00e9 accumulant des variantes est ouverte et potentiellement infinie, mais aussi inachev\u00e9e&nbsp;; elle appelle, par ailleurs, l\u2019\u00e9nonciataire \u00e0 s\u2019y engager. Tout cela est d\u00e9montr\u00e9 par un exemple, \u00ab&nbsp;BBC Dad&nbsp;\u00bb, par lequel les auteurs rappellent que la dimension sociotechnique d\u2019internet permet l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration et l\u2019amplification des m\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re contribution de cette section, qui cl\u00f4t \u00e9galement le volume, porte sur <em>Wikip\u00e9dia<\/em>, que S\u00e9mir BADIR et Nicolas COU\u00c9GNAS con\u00e7oivent comme un objet s\u00e9miotique (<em>Qu\u2019est-ce que <\/em>Wikip\u00e9dia&nbsp;<em>? L\u2019approche s\u00e9miotique devant un \u00ab&nbsp;objet scientifique non identifi\u00e9&nbsp;\u00bb<\/em>, pp. 243-259). Leur analyse souligne tant les aspects qui permettent d\u2019inscrire cet objet culturel et textuel au sein des encyclop\u00e9dies que ceux par lesquels il s\u2019en diff\u00e9rencie en termes de sp\u00e9cification ou de distanciation. En tant qu\u2019encyclop\u00e9die, le savoir de <em>Wikip\u00e9dia<\/em> est li\u00e9 au m\u00e9dia qui fait exister son contenu et par lequel il est diffus\u00e9. Ce savoir n\u2019est ni innovant, ni expert, ni scientifique de premi\u00e8re main, mais il est appropriable et compr\u00e9hensible pour une communaut\u00e9 large, \u00e0 laquelle on pr\u00e9sente un corpus de savoirs vaste. Ses aspects sp\u00e9cifiques, qui le distinguent d\u2019une encyclop\u00e9die, consistent en sa diffusion enti\u00e8rement en ligne, en une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 de sujets, en une repr\u00e9sentation h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne du savoir due aux liens hypertexte pr\u00e9sents dans le corps du texte, mais \u00e9galement en une homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 s\u00e9miotique de police, taille, images, sons, films, et en une accessibilit\u00e9 libre. De par l\u2019ensemble de ses traits distinctifs, <em>Wikip\u00e9dia<\/em> est une pratique num\u00e9rique, un forum et une plateforme de r\u00e9seau social encyclop\u00e9dique autour d\u2019un nombre limit\u00e9 de discours, dont le but est une explicitation de la doxa plut\u00f4t qu\u2019une vulgarisation au sens strict. Or, m\u00eame si <em>Wikip\u00e9dia <\/em>se distingue d\u2019autres encyclop\u00e9dies par une neutralit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique, par la consensualit\u00e9 comme valeur \u00e9pist\u00e9mique, par le culturalisme des contenus et par une authentification discursive, les auteurs concluent que le genre encyclop\u00e9dique d\u00e9velopp\u00e9 par <em>Wikip\u00e9dia<\/em> se rapproche de celui des autres encyclop\u00e9dies.<\/p>\n\n\n\n<p>Au-del\u00e0 des sp\u00e9cificit\u00e9s de chaque contribution, l\u2019approche s\u00e9miotique qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e au sein de <em>Sociabilit\u00e9s num\u00e9riques<\/em> permet, <em>via <\/em>de nouvelles formes de communication qui rel\u00e8vent de collectivit\u00e9s sp\u00e9cifiques, de souligner les transformations du lien social &#8211; qui sont le r\u00e9sultat de ces m\u00e9diations num\u00e9riques &#8211; et de constater que les formes du collectif qui \u00e9mergent sont caract\u00e9ris\u00e9es par la diversit\u00e9, mais aussi par la labilit\u00e9. Tout cela justifie la pr\u00e9conisation de nouvelles cat\u00e9gories visant la s\u00e9miotisation des sociabilit\u00e9s num\u00e9riques \u00e9mergentes.<\/p>\n\n\n\n<p>[Alida M. SILLETTI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Driss ABLALI, Erik BERTIN (\u00e9ds), Sociabilit\u00e9s num\u00e9riques, Louvain-la-Neuve, Academia, collection \u00ab&nbsp;Extensions s\u00e9miotiques&nbsp;\u00bb, 2020, pp. 266. Sociabilit\u00e9s num\u00e9riques est un ouvrage collectif qui interroge les rapports sociaux m\u00e9di\u00e9s en tant qu\u2019objets d\u2019observation sp\u00e9cifiques. Une remarque pr\u00e9liminaire est \u00e0 la base des travaux qui composent ce volume, comme Driss ABLALI et Erik BERTIN le soulignent dans l\u2019Introduction.\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/02\/28\/driss-ablali-erik-bertin-eds-sociabilites-numeriques\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":21,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-528","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-45"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/528"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/21"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=528"}],"version-history":[{"count":9,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/528\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":567,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/528\/revisions\/567"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=528"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=528"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=528"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}