{"id":496,"date":"2022-02-27T21:30:50","date_gmt":"2022-02-27T20:30:50","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=496"},"modified":"2022-02-28T16:51:36","modified_gmt":"2022-02-28T15:51:36","slug":"laurence-le-ferrec-marie-veniard-eds-langage-et-migration-perspectives-pluridisciplinaires","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/02\/27\/laurence-le-ferrec-marie-veniard-eds-langage-et-migration-perspectives-pluridisciplinaires\/","title":{"rendered":"Laurence LE FERREC, Marie VENIARD (\u00e9ds), Langage et migration : perspectives pluridisciplinaires"},"content":{"rendered":"\n<p>Laurence LE FERREC, Marie VENIARD (\u00e9ds), <em>Langage et migration&nbsp;: perspectives pluridisciplinaires<\/em>, Limoges, Lambert-Lucas, 2021, pp. 260.<\/p>\n\n\n\n<p>Langage, langue, discours dans le champ des migrations&nbsp;: tels sont les ma\u00eetres-mots de l\u2019ouvrage <em>Langage et migration&nbsp;: perspectives pluridisciplinaires<\/em>, qui aborde les migrations en tant que domaine de recherches en voie de constitution dans le monde francophone, aliment\u00e9 par les apports de la sociolinguistique, de l\u2019analyse du discours et de la didactique. Comme Laurence LE FERREC et Marie VENIARD le remarquent dans leur <em>Introduction<\/em> (pp. 7-24), les migrations interagissent avec le langage <em>stricto sensu<\/em> ainsi qu\u2019avec les pratiques langagi\u00e8res, soit autant d\u2019objets d\u2019\u00e9tude et d\u2019ancrages disciplinaires pluriels qui mettent en lumi\u00e8re un dialogue enrichissant entre disciplines et sous-disciplines qui con\u00e7oivent le langage comme praxis sociale et action. La centralit\u00e9 du langage dans le processus de migration et d\u2019installation dans le nouveau pays est l\u2019angle d\u2019observation pour \u00e9tudier les migrations, sur le mod\u00e8le des <em>migration studies<\/em>, ce qui permet de mieux appr\u00e9hender le contexte des migrations et de mettre en perspective diff\u00e9rents points de vue, sans sous-estimer le potentiel du questionnement m\u00e9thodologique et \u00e9pist\u00e9mologique. Les orientations th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques suivies tout au long de l\u2019ouvrage rel\u00e8vent de la sociolinguistique et de la didactique des langues, toutes les contributions convergeant sur une conception prax\u00e9ologique du langage et sur sa dimension performative, en termes d\u2019actions orient\u00e9es vers un but, par le biais de m\u00e9thodes plurielles. Enfin, une autre orientation fait l\u2019objet des recherches pr\u00e9sent\u00e9es dans ce volume, \u00e0 savoir la recherche collaborative, en partenariat entre acteurs et institutions qui travaillent sur la migration, posant ainsi la question de l\u2019engagement du chercheur dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mode de pr\u00e9sentation des contributions du volume permet de souligner les croisements disciplinaires et m\u00e9thodologiques que les auteures ont bien montr\u00e9 dans leur introduction. Quatre volets comprenant trois chapitres chacun \u2013 hormis le premier volet, qui en compte deux \u2013 permettent de creuser des champs de recherche relevant de parcours migratoires et linguistiques, de discours politiques et institutionnels, de situations pratiques de m\u00e9diation et de didactique sur la migration et par la migration, respectivement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quatre sections sont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es par le texte d\u2019ouverture de C\u00e9cile CANUT, <em>\u00ab&nbsp;Chercher sa vie&nbsp;\u00bb\u2026 Rester sur le qui-vive<\/em> (pp. 25-39). \u00c0 partir de son exp\u00e9rience didactique en salle de cours (dipl\u00f4me universitaire \u00ab&nbsp;Hospitalit\u00e9, M\u00e9diations, Migrations&nbsp;\u00bb, Universit\u00e9 Paris Descartes) sur la perception des \u00e9tudiant-e-s \u00e0 l\u2019\u00e9gard des nouveaux arrivants en Europe, l\u2019auteure rappelle la plurivocit\u00e9 des nominations, des situations et des v\u00e9cus de ces personnes, que le regard depuis l\u2019Europe, tant de la politique que de la recherche, tendrait \u00e0 homog\u00e9n\u00e9iser et \u00e0 uniformiser. CANUT propose une approche anthropographique pour appr\u00e9hender les pratiques langagi\u00e8res de ces personnes en analysant leurs r\u00e9cits et les productions filmiques et litt\u00e9raires qu\u2019elles engendrent en contexte, pla\u00e7ant le sujet dans son environnement et permettant au chercheur de \u00ab&nbsp;d\u00e9coloniser&nbsp;\u00bb son regard. Le terrain d\u2019enqu\u00eate examin\u00e9 est celui de l\u2019Afrique de l\u2019Ouest, notamment le Mali et le Cap-Vert, par rapport auquel sont pris-es en compte aussi bien ceux-celles qui partent que ceux-celles qui restent, les premier-e-s construisant un <em>ethos <\/em>face aux second-e-s, o\u00f9 la variation de genre a \u00e9galement une part essentielle. Cela t\u00e9moigne du travail de co-construction de la recherche comme activit\u00e9 qui ne soit pas une fin en soi et qui contribue \u00e0 \u00e9viter de perp\u00e9tuer des sch\u00e9mas de perception europ\u00e9ens ou \u00ab&nbsp;n\u00e9o-coloniaux&nbsp;\u00bb. La production filmique autour de la mobilit\u00e9 permet \u00e0 l\u2019auteure d\u2019examiner la relation entre mort et religion (musulmane), li\u00e9e \u00e0 la notion de \u00ab&nbsp;chance&nbsp;\u00bb, et le positionnement subjectif qui affleure des discours des voyageurs (dont la plupart sont des hommes), qu\u2019on peut rapporter au concept du \u00ab&nbsp;<em>qui-vive<\/em>&nbsp;\u00bb en tant qu\u2019attention active de la personne qui part, \u00e0 la fois \u00ab&nbsp;lecteur&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;interpr\u00e8te&nbsp;\u00bb de signes pour faire \u00e9merger sa chance. L\u2019int\u00e9r\u00eat de la recherche anthropographique consiste alors, comme CANUT le remarque dans ses conclusions, \u00e0 comprendre la complexit\u00e9 de l\u2019analyse de la production s\u00e9miotique du sens et la volont\u00e9 de celui-celle qui part de \u00ab&nbsp;chercher sa vie&nbsp;\u00bb et\/ou \u00ab&nbsp;chercher sa chance&nbsp;\u00bb, mais aussi \u00e0 engendrer un respect profond envers ces personnes pour changer le regard europ\u00e9en vis-\u00e0-vis de la migration africaine.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re partie du volume, <em>R\u00e9pertoires plurilingues et parcours migratoires<\/em> (pp. 41-76), se compose de deux chapitres qui \u00e9tudient les migrations africaines vers la France et vers l\u2019\u00eele de Sal et les pratiques langagi\u00e8res et socio-discursives qui les accompagnent.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le Ch. 1<sup>er<\/sup>, <em>Des travailleurs immigr\u00e9s aux mineurs non accompagn\u00e9s. \u00c9volution et diversit\u00e9 des pratiques langagi\u00e8res dans les migrations africaines en France (1945-2020)<\/em> (pp. 43-57), Fabienne LECONTE propose une \u00e9tude longitudinale sur les migrations africaines de l\u2019Ouest depuis la Seconde guerre mondiale vers la France, notamment la r\u00e9gion rouennaise, pour observer l\u2019\u00e9volution et les transformations surtout langagi\u00e8res qui rel\u00e8vent des langues maternelles parl\u00e9es par ces personnes dans leur parcours migratoire et dans leur installation en France, ainsi que de l\u2019arabe (dans une fonction religieuse) et du fran\u00e7ais, pour montrer que leur migration se diversifie avec le temps. Le parcours pr\u00e9sent\u00e9, qui suit l\u2019ordre chronologique, s\u2019appuie sur une m\u00e9thodologie bas\u00e9e sur l\u2019enqu\u00eate sociolinguistique et l\u2019analyse des journaux de bord des adolescents. Si la premi\u00e8re p\u00e9riode \u00e9tudi\u00e9e est caract\u00e9ris\u00e9e par une migration surtout masculine et jeune, peu lettr\u00e9e et peu qualifi\u00e9e, o\u00f9 le plurilinguisme en langues africaines et la ma\u00eetrise du fran\u00e7ais oral sont de mise, les crises des ann\u00e9es 1970 et le d\u00e9but du regroupement familial ouvrent de nouvelles dynamiques. D\u2019une part, les institutions fran\u00e7ais tendent \u00e0 scolariser les travailleurs au ch\u00f4mage pour leur permettre d\u2019\u00eatre employ\u00e9s dans le tertiaire&nbsp;; de l\u2019autre, l\u2019arriv\u00e9e des femmes cr\u00e9e de nouveaux besoins de communication, d\u2019o\u00f9 la formation d\u2019interpr\u00e8tes-m\u00e9diatrices recrut\u00e9es au sein de cette nouvelle population arriv\u00e9e en France. La p\u00e9riode qui va des ann\u00e9es 1990 jusqu&#8217;\u00e0 la moiti\u00e9 des ann\u00e9es 2010 est caract\u00e9ris\u00e9e par une diversification des migrations en termes g\u00e9n\u00e9rationnels, sociaux et g\u00e9ographiques, et le fran\u00e7ais p\u00e9n\u00e8tre m\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e9crit gr\u00e2ce aux enfants scolaris\u00e9s des familles install\u00e9es, aux femmes et \u00e0 la scolarisation dans les pays d\u2019origine pour certains nouveaux groupes arriv\u00e9s en France. Le fran\u00e7ais est alors per\u00e7u comme une langue de prestige mais, bien que, d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, la ma\u00eetrise du fran\u00e7ais devienne juridiquement obligatoire pour r\u00e9sider dans le pays, cette langue cohabite avec celles des pays d\u2019origine en raison du d\u00e9veloppement des outils de communication \u00e0 distance. C\u2019est la derni\u00e8re phase, scand\u00e9e par l\u2019arriv\u00e9e de mineurs non accompagn\u00e9s (2015-), qui constitue le domaine d\u2019\u00e9tude le plus diversifi\u00e9 et le plus r\u00e9cent&nbsp;: si leur prise en compte n\u2019est pas encore toujours homog\u00e8ne, la ma\u00eetrise du fran\u00e7ais est li\u00e9e \u00e0 une scolarisation variant selon l\u2019origine g\u00e9ographique. La pr\u00e9sentation d\u2019une exp\u00e9rience d\u2019accueil de ces jeunes \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Rouen permet \u00e0 l\u2019auteure de montrer que leur parcours migratoire et leur installation dans le pays d\u2019accueil sont douloureux et difficiles \u00e0 raconter. De leur c\u00f4t\u00e9, les institutions fran\u00e7aises visent pour la plupart \u00e0 orienter ces jeunes vers des formations professionnelles et vers des m\u00e9tiers manuels en d\u00e9pit de leurs attentes et aspirations.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Ch. 2, r\u00e9dig\u00e9 par Caroline PANIS, s\u2019int\u00e9resse aux pratiques migratoires de personnes en provenance de l\u2019Afrique continentale et aux dynamiques sociales au Cap-Vert (<em>La migration des discours. Contribution de la sociolinguistique politique \u00e0 l\u2019\u00e9tude des pratiques migratoires et des dynamiques sociales \u00e0 Sal (Cap-Vert)<\/em>, pp. 59-76). La collecte des r\u00e9cits de migration de travailleurs migrants \u00e0 Sal, petite \u00eele de l\u2019archipel cap-verdien qui jouit d\u2019un contexte \u00e9conomique et politique stable, favorisant les migrations, permet \u00e0 l\u2019auteure d\u2019aborder le \u00ab&nbsp;discours autre&nbsp;\u00bb. Le discours rapport\u00e9 y est en effet fr\u00e9quent et souligne l\u2019importance attribu\u00e9e \u00e0 la parole des autres, en termes d\u2019implication langagi\u00e8res, soci\u00e9tales et politiques li\u00e9es \u00e0 la circulation des discours. Pour identifier des traces d\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9nonciative dans ces r\u00e9cits, le point de d\u00e9part est repr\u00e9sent\u00e9 par la sociolinguistique politique, en particulier la dimension discursive des pratiques langagi\u00e8res, qui permet d\u2019\u00e9tudier ces pratiques en tant qu\u2019actes langagiers refl\u00e9tant et agissant sur le social. La population examin\u00e9e par PANIS est constitu\u00e9e par des migrants ouest-africains continentaux qui sont utilis\u00e9s comme main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9 ou qui sont au ch\u00f4mage. \u00c0 partir de l\u2019observation de quatre extraits de conversation, elle identifie des traces d\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e ou montr\u00e9e dans les pratiques discursives de ces migrants africains continentaux. Malgr\u00e9 le maintien d\u2019un interdiscours positif sur l\u2019archipel et la narration de r\u00e9cits migratoires de succ\u00e8s aupr\u00e8s de ces migrants, ceux-ci sont en fait discrimin\u00e9s, m\u00eame ghetto\u00efs\u00e9s par les autochtones. Ils cachent ainsi l\u2019\u00e9chec r\u00e9el de leur migration \u00e0 ceux-celles qui sont rest\u00e9-e-s dans le pays d\u2019origine, alimentant une perception distordue de ces pratiques migratoires.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie du volume, <em>Discours politiques et institutionnels&nbsp;: circulation, contestation<\/em>, comprend trois chapitres qui \u00e9tudient les migrations dans le contexte fran\u00e7ais et franco-belge.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le Ch. 3, <em>La dialectique <\/em>humanit\u00e9-fermet\u00e9<em> dans les discours politiques et m\u00e9diatiques sur l\u2019immigration (2007-2018)<\/em> (pp. 79-100), Marie VENIARD examine les formulations relevant de la \u00ab&nbsp;dialectique entre humanit\u00e9 et fermet\u00e9, ou pragmatisme&nbsp;\u00bb dans le cadre de la loi \u00ab&nbsp;Asile et immigration&nbsp;\u00bb du 10 septembre 2018, pour d\u00e9crire cette dialectique selon les deux modes d\u2019actualisation de la formule et de l\u2019\u00e9laboration. \u00c0 l\u2019appui des travaux sur l\u2019effacement de la conflictualit\u00e9 dans les discours institutionnels, que l\u2019auteure relie au positionnement du parti pr\u00e9sidentiel (La R\u00e9publique en marche), son attention est focalis\u00e9e sur la mani\u00e8re dont cette volont\u00e9 de d\u00e9passer les oppositions traditionnelles entre partis est op\u00e9r\u00e9e au niveau langagier. Poursuivant la ligne d\u00e9j\u00e0 trac\u00e9e de \u00ab&nbsp;la&nbsp;neutralisation du dissensus&nbsp;\u00bb dans les discours d\u2019autorit\u00e9 et de la recherche d\u2019une \u00ab&nbsp;rh\u00e9torique de l\u2019\u00e9quilibre&nbsp;\u00bb, le domaine de la phras\u00e9ologie \u00e9largie permet \u00e0 VENIARD de relever la dialectique entre la s\u00e9paration des \u00e9l\u00e9ments reli\u00e9s et la conciliation des unit\u00e9s \u00e0 relier. \u00c0 partir de deux corpus, dont l\u2019un, ferm\u00e9, est circonscrit \u00e0 quatre discours d\u2019Emmanuel Macron, l\u2019autre, ouvert, comprend des rapports sur des projets de loi sur l\u2019immigration, des tweets, des discours politiques, des documents institutionnels, des articles journalistiques, datant de 2003 \u00e0 2018, les exemples pr\u00e9sent\u00e9s montrent que cette dialectique peut appara\u00eetre sous un mode formulaire, compos\u00e9 de noms ou d\u2019adjectifs juxtapos\u00e9s ou coordonn\u00e9s, typique surtout des tweets, ou bien sous un mode \u00e9labor\u00e9, par le biais d\u2019une concession \u00e9tablissant une hi\u00e9rarchie entre les deux arguments, que l\u2019on retrouve dans toute production discursive. Si, dans le premier cas, la relation entre les \u00e9l\u00e9ments reli\u00e9s est implicite, dans le second, elle est explicite et cristallise enfin l\u2019opposition entre \u00ab&nbsp;humanit\u00e9&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;fermet\u00e9&nbsp;\u00bb. Dans la derni\u00e8re partie du chapitre, l\u2019auteure identifie les strat\u00e9gies pour neutraliser ou contester cette opposition&nbsp;: tel est le cas de la neutralisation explicite&nbsp;et de l\u2019ensemble des strat\u00e9gies utilis\u00e9es pour \u00ab&nbsp;tricher la langue&nbsp;\u00bb, visant \u00e0 subvertir l\u2019ordre hi\u00e9rarchique impos\u00e9 par la concession. Comme VENIARD le souligne dans ses conclusions, cette recherche confirme le bien-fond\u00e9 et le caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralisable des \u00e9tudes sur les syntagmes comportant une contradiction et sa possible r\u00e9solution, mais aussi le r\u00f4le essentiel jou\u00e9 par la concession et l\u2019\u00e9tude des formes utilis\u00e9es pour montrer une \u00ab&nbsp;rh\u00e9torique de l\u2019\u00e9quilibre&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Ch. 4, <em>Les langages de la contestation. Comparaison de deux campagnes de d\u00e9fense des droits des migrants en France et en Belgique<\/em> (pp. 101-119), porte sur une comparaison entre deux campagnes de d\u00e9fense promues par la soci\u00e9t\u00e9 civile, consacr\u00e9es aux droits des migrants dans deux contextes \u2013 fran\u00e7ais et belge \u2013, pour y examiner les langages de la contestation affich\u00e9s par la soci\u00e9t\u00e9 civile depuis 2017 \u00e0 l\u2019encontre des politiques de contr\u00f4le migratoire men\u00e9es par les gouvernements fran\u00e7ais et belge. Damien SIMONNEAU \u00e9tudie la mani\u00e8re dont ces mouvements sociaux cherchent \u00e0 contre-cadrer les enjeux migratoires en termes discursifs, produisant un discours alternatif aux discours politiques et m\u00e9diatiques dominants. L\u2019analyse textuelle d\u2019un corpus d\u2019interventions m\u00e9diatiques et de publications autour des r\u00e9cits sur le contr\u00f4le migratoire lors du lancement de ces campagnes \u2013 les \u00c9tats g\u00e9n\u00e9raux de la migration pour la France; Pour une justice migratoire pour la Belgique \u2013 lui permet d\u2019observer les conditions de production de ces r\u00e9cits dans une perspective ethnographique. Il \u00e9merge que les contre-discours sur la migration port\u00e9s par ces deux campagnes diff\u00e8rent sur le contexte de mobilisation \u2013 l\u2019enjeu de d\u00e9mocratisation des politiques migratoires en France et les enjeux de d\u00e9veloppement et d\u2019\u00e9galit\u00e9 en Belgique \u2013 en raison surtout de facteurs propres aux cultures militantes des deux pays et de l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019inscrire les contestataires dans un m\u00eame groupe. C\u2019est ainsi par la combinaison entre l\u2019analyse discursive et la m\u00e9thode d\u2019immersion sur le terrain qu\u2019il est possible de relier les discours \u00e0 leur contexte de production et de faire comprendre la cause des migrants contemporaine.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re \u00e9tude de cette section, <em>L\u2019int\u00e9gration et l\u2019assimilation par la langue dans la l\u00e9gislation et les argumentaires politiques en France<\/em> (Ch. 5, pp. 121-135), r\u00e9dig\u00e9e par Coraline PRADEAU, porte sur l\u2019apprentissage de la langue fran\u00e7aise aupr\u00e8s des populations migrantes en tant qu\u2019enjeu central des politiques d\u2019immigration nationales en termes juridiques, politico-institutionnels et dans une perspective globale europ\u00e9enne. Apr\u00e8s avoir parcouru l\u2019histoire de \u00ab&nbsp;l\u2019invention du crit\u00e8re de la langue&nbsp;\u00bb en termes de l\u00e9gislation linguistique \u2013 depuis la Loi du 10 ao\u00fbt 1927 sur la nationalit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9forme de 2011, adossant le niveau de connaissance du fran\u00e7ais au CECRL, en passant par le crit\u00e8re de l\u2019\u00ab&nbsp;int\u00e9gration r\u00e9publicaine&nbsp;\u00bb introduit par la Loi du 26 novembre 2003 \u2013, l\u2019auteure \u00e9tudie les rapports institutionnels du Haut Conseil \u00e0 l\u2019Int\u00e9gration et les argumentaires politiques construits autour des termes \u00ab&nbsp;int\u00e9gration&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;insertion&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;assimilation&nbsp;\u00bb. Si elle relie l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration de ces l\u00e9gislations, d\u00e8s 2000, \u00e0 des raisons d\u2019ordre s\u00e9curitaire au niveau national, elle renvoie l\u2019instauration du contrat d\u2019int\u00e9gration et des crit\u00e8res linguistiques li\u00e9s \u00e0 son obtention dans le cadre du CECRL au niveau europ\u00e9en. Elle rapporte les choix du gouvernement fran\u00e7ais \u00e0 des mod\u00e8les issus d\u2019autres pays europ\u00e9ens, que la France emploie pour l\u00e9gitimer son action&nbsp;: les Pays-Bas et le Danemark, mais \u00e9galement l\u2019Allemagne, \u00e0 laquelle Jacques Chirac d\u2019abord, Nicolas Sarkozy ensuite s\u2019inspirent pour \u00e9laborer des mesures nationales \u00e0 cet \u00e9gard. Dans ses conclusions, PRADEAU rappelle donc que les choix politiques fran\u00e7ais en mati\u00e8re de droit de la nationalit\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 la connaissance de la langue sont d\u2019abord inscrits dans le droit colonial pour \u00eatre ensuite transf\u00e9r\u00e9s au droit&nbsp;\u00ab&nbsp;m\u00e9tropolitain&nbsp;\u00bb et enfin adoss\u00e9s au niveau europ\u00e9en par les crit\u00e8res du CECRL.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la troisi\u00e8me partie de cet ouvrage, intitul\u00e9e <em>Accompagnement des immigrants, interactions et institutions en pratique<\/em>, les auteur-e-s abordent des situations de m\u00e9diation sur le terrain, en France, \u00e0 propos de la ma\u00eetrise de la langue par des populations migrantes et dans des contextes diff\u00e9rents.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Ch. 6, <em>Le patient, le m\u00e9decin et l\u2019interpr\u00e8te dans les consultations m\u00e9dicales d\u2019expertise pour la demande d\u2019asile<\/em> (pp. 139-161), aborde la question de l\u2019interpr\u00e9tariat coupl\u00e9e \u00e0 l\u2019acc\u00e8s aux soins de la part des demandeurs d\u2019asile en France, dont la plupart sont non francophones. Cette \u00e9tude s\u2019inscrit dans la recherche ANR-Remilas (R\u00e9fugi\u00e9s, MIgrants et leurs LAngues face aux services de Sant\u00e9), que Nicholas CHAMBON, Patricia LAMBERT, Anna Claudia TICCA et V\u00e9ronique TRAVERSO ont conduite dans des situations de soin, aupr\u00e8s des m\u00e9decins de la structure \u00ab&nbsp;M\u00e9decine et Droit d\u2019Asile&nbsp;\u00bb (MEDA), avec des personnes migrantes allophones. \u00c0 partir d\u2019une approche pluridisciplinaire associant l\u2019enqu\u00eate sociologique, l\u2019approche ethnographique et des analyses interactionnelles multimodales inspir\u00e9es de l\u2019analyse conversationnelle, et apr\u00e8s avoir soulign\u00e9 la mission des m\u00e9decins b\u00e9n\u00e9voles de l\u2019association MEDA, consistant \u00e0 r\u00e9diger un certificat m\u00e9dical t\u00e9moignant des violences psychologiques subies par des demandeurs d\u2019asile repouss\u00e9s, est rappel\u00e9 le r\u00f4le essentiel des interpr\u00e8tes dans ce travail. Ces dernier-e-s doivent renforcer la coh\u00e9rence du r\u00e9cit de requ\u00e9rant pour que l\u2019expertise \u00e0 produire assure la cr\u00e9dibilit\u00e9 du certificat, participant au travail de \u00ab&nbsp;qu\u00eate-enqu\u00eate&nbsp;\u00bb de preuves tangibles et contribuant \u00e0 objectiver le traumatisme subi. Par la pr\u00e9sentation des aspects d\u00e9taill\u00e9s de ces consultations m\u00e9dicales non th\u00e9rapeutiques \u00e0 partir d\u2019extraits qui expliquent la mani\u00e8re dont se d\u00e9roule l\u2019interaction, les auteur-e-s font \u00e9merger des situations plus ou moins typiques ou r\u00e9currentes lors des diff\u00e9rentes phases de la consultation&nbsp;: la lecture par le m\u00e9decin des documents apport\u00e9s par le requ\u00e9rant&nbsp;; les \u00e9changes entre le m\u00e9decin et le requ\u00e9rant \u00e0 propos des descriptions des blessures&nbsp;; la r\u00e9daction du certificat. \u00c0 chaque phase, le travail de l\u2019interpr\u00e8te est souvent essentiel mais \u00e0 la fois complexe en raison des enjeux qui lui sont pos\u00e9s&nbsp;: une mauvaise compr\u00e9hension des mots du requ\u00e9rant engendrant de possibles traductions impr\u00e9cises&nbsp;; la traduction en simultan\u00e9 de certains passages prononc\u00e9s par le m\u00e9decin&nbsp;; le choix de l\u2019explication par rapport \u00e0 ce que fait le m\u00e9decin&nbsp;; l\u2019aide \u00e0 la s\u00e9lection et \u00e0 la r\u00e9daction des aspects retenus pour le certificat. Ces t\u00e2ches montrent ainsi une complexification de son travail mais \u00e9galement le besoin par les institutions d\u2019actions de formation et de sensibilisation des professionnels pour am\u00e9liorer la collaboration entre les intervenants en sant\u00e9 et les interpr\u00e8tes professionnels.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enqu\u00eate de terrain conduite par Cristina FIGUEIREDO sur trois gar\u00e7ons et une fille dans une Maison d\u2019adolescents pour mineurs non accompagn\u00e9s (MNA) fait l\u2019objet du Ch. 7, <em>Enjeux de la ma\u00eetrise de la langue fran\u00e7aise et de la parole chez les jeunes mineurs non accompagn\u00e9s<\/em> (pp. 163-178), concernant la mani\u00e8re dont il-elle-s expriment ou peinent \u00e0 exprimer leurs d\u00e9sarrois en fran\u00e7ais, dans leur langue maternelle ou dans une langue vernaculaire. L\u2019auteure expose d\u2019abord des paradoxes qui sont li\u00e9s \u00e0 la prise en charge et aux cat\u00e9gorisations m\u00e9dicales et politiques de ces jeunes, consistant en une attribution de l\u2019\u00e2ge qui est apparemment en contraste avec les langues connues, pouvant engendrer m\u00eame un refus de leur prise en charge dans le cadre de la scolarisation obligatoire, mais aussi leur prise en charge ralentie ou non ad\u00e9quate, dont les retomb\u00e9es p\u00e8sent sur les MNA m\u00eames, ainsi que sur le travail des services de la protection de l\u2019enfance. Les incertitudes des institutions \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces jeunes affectent le travail \u00e9ducatif conduit en raison de l\u2019\u00ab\u00a0injonction\u00a0\u00bb au fran\u00e7ais et de l\u2019indiff\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9gard de toute autre langue et culture, tout comme le statut m\u00eame de ces jeunes, qui ne sont pas consid\u00e9r\u00e9s comme des adolescents. D\u2019o\u00f9 des situations de d\u00e9tresse, que FIGUEIREDO t\u00e9moigne par son exp\u00e9rience sur le terrain, effectu\u00e9e en consultation p\u00e9dopsychiatrique, \u00e0 savoir un service vers lequel les MNA peuvent s\u2019acheminer, avec ou sans interpr\u00e8te. \u00c0 partir de leurs r\u00e9cits, l\u2019auteure confirme la diversit\u00e9 des situations pr\u00e9sent\u00e9es, due aux parcours personnels et culturels de chaque jeune, mais aussi aux effets de la langue et de l\u2019expression sur les MNA en termes de souffrance, de d\u00e9semparement, de d\u00e9socialisation, de confusion, au-del\u00e0 de la langue fran\u00e7aise, dont la ma\u00eetrise ne permet pas de sortir de la pr\u00e9carit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Ch. 8, <em>Que signifie apprendre le fran\u00e7ais pour les mineurs non accompagn\u00e9s suivis \u00e0 la Protection judiciaire de la jeunesse&nbsp;? Enjeux et contextualisation des questions langagi\u00e8res<\/em> (pp. 179-197), qui cl\u00f4t cette section, est \u00e9galement consacr\u00e9 \u00e0 l\u2019apprentissage du fran\u00e7ais de la part des MNA. \u00c0 partir de l\u2019observation d\u2019ateliers consacr\u00e9s aux MNA et d\u2019une Unit\u00e9 \u00c9ducative d\u2019Activit\u00e9s de Jour, Michelle AUZANNEAU et Malory LECL\u00c8RE proposent des r\u00e9flexions sociolinguistiques et didactiques sur ceux-celles qui travaillent dans le cadre de l\u2019enseignement\/ apprentissage de la langue fran\u00e7aise pour les MNA, qui est une condition requise par la Protection judiciaire de la jeunesse. Leur objectif est de chercher \u00e0 r\u00e9pondre aux besoins en \u00e9ducation qui \u00e9mergent du milieu professionnel et politique de ces exp\u00e9riences, et en formation des travailleurs sociaux par rapport \u00e0 cette cat\u00e9gorie juridique si h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne. Aux difficult\u00e9s des acteurs professionnels concern\u00e9s s\u2019ajoutent le durcissement des politiques migratoires et l\u2019augmentation des MNA en France avec leurs sp\u00e9cificit\u00e9s, y compris les probl\u00e8mes d\u2019intercompr\u00e9hension dus \u00e0 une connaissance non homog\u00e8ne ou \u00e0 la m\u00e9connaissance du fran\u00e7ais. Or, des structures de formation ad\u00e9quates pour les jeunes entre 16 et 18 ans font d\u00e9faut, d\u2019o\u00f9, selon les auteures, l\u2019urgence de prendre en compte la question langagi\u00e8re, qui repr\u00e9sente un pilier de socialisation et d\u2019int\u00e9gration r\u00e9ussie. Cela permet \u00e0 AUZANNEAU et LECL\u00c8RE d\u2019attirer davantage l\u2019attention sur la dimension didactique, qui ne peut \u00eatre bien appr\u00e9hend\u00e9e qu\u2019en consid\u00e9rant le contexte et en engageant la discussion sur la r\u00e9flexion autour des repr\u00e9sentations de l\u2019apprentissage de la part des \u00e9ducateur-trice-s et de l\u2019apprentissage des langues. Il est alors essentiel d\u2019\u00e9laborer un projet \u00e9ducatif tant individuel que collectif entre le mineur et l\u2019enseignant, en ajustant les s\u00e9ances en fonction de la complexit\u00e9 du contexte, dans une approche collaborative.<\/p>\n\n\n\n<p>Le besoin en formation des enseignant-e-s et des \u00e9ducateur-trice-s ouvre la voie au th\u00e8me de la quatri\u00e8me et derni\u00e8re partie du volume, <em>Pratiques de formation et formation d\u2019enseignants de langue<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Ch. 9, <em>Quand des formateurs et formatrices linguistiques parlent d\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9gration\u00a0\u00bb\u00a0: production de sens et investissement s\u00e9mantique<\/em> (pp. 201-220), r\u00e9dig\u00e9 par Maude VAUDOT, porte sur l\u2019analyse de discours produits par des professionnel-le-s de la formation linguistique des adultes \u00e9tranger-e-s en situation post-migratoire en France. Le but est de v\u00e9rifier l\u2019existence de normes et de valeurs partag\u00e9es dans le secteur pour circonscrire la dimension \u00e9thique de la professionnalisation de ces acteurs. Si les origines de ces formations remontent aux ann\u00e9es 1950, le premier dispositif national pr\u00e9vu par l\u2019\u00c9tat fran\u00e7ais en mati\u00e8re de formation linguistique des adultes allophones rel\u00e8ve des dispositions du Contrat d\u2019Accueil et d\u2019Int\u00e9gration de 2003. \u00c0 l\u2019\u00e9poque, une stabilisation dans le cadre de la politique d\u2019accueil et d\u2019int\u00e9gration, une rationalisation au plan \u00e9conomique et une homog\u00e9n\u00e9isation partielles de l\u2019accompagnement linguistique des adultes en situation post-migratoire voient le jour. L\u2019\u00e9tude des entretiens de dix-sept formateur-trice-s, \u00e0 l\u2019appui d\u2019une d\u00e9marche inspir\u00e9e par l\u2019analyse de discours \u00e0 entr\u00e9e lexicale, permet \u00e0 l\u2019auteure d\u2019analyser les actualisations de la famille lex\u00e9matique d\u2019\u00ab\u00a0int\u00e9gration\u00a0\u00bb dans le corpus. Il \u00e9merge que leur ethos est marqu\u00e9 par l\u2019incertitude plut\u00f4t que par une position d\u2019expertise revendiqu\u00e9e \u2013 par la biais de manifestations du \u00ab\u00a0dire difficile\u00a0\u00bb \u2013 et que la pr\u00e9sence du lex\u00e8me \u00ab\u00a0int\u00e9gration\u00a0\u00bb y est pour la plupart probl\u00e9matique, voire rejet\u00e9e. Des probl\u00e8mes sont \u00e9galement soulev\u00e9s par la combinaison de ce lex\u00e8me avec celui de \u00ab\u00a0langue\u00a0\u00bb, l\u2019attribution de la source \u00e9nonciative \u00e9tant souvent non identifi\u00e9e ou identifi\u00e9e avec l\u2019\u00ab\u00a0autre\u00a0\u00bb. Quant \u00e0 l\u2019investissement s\u00e9mantique du lex\u00e8me \u00ab\u00a0int\u00e9gration\u00a0\u00bb, l\u2019auteure propose une \u00e9chelle pour mesurer le sentiment d\u2019int\u00e9gration en vertu des crit\u00e8res mobilis\u00e9s par les adultes en situation post-migratoire\u00a0: l\u2019appui sur l\u2019agentivit\u00e9 et les responsabilit\u00e9s, effectu\u00e9 \u00e0 partir de la s\u00e9mantisation en \u00ab\u00a0(pouvoir) faire\u00a0\u00bb et en \u00ab\u00a0\u00eatre\/ ressentir\u00a0\u00bb t\u00e9moigne de la responsabilit\u00e9 de ces personnes plut\u00f4t que de la soci\u00e9t\u00e9 d\u2019accueil et de ses institutions. Dans la derni\u00e8re partie de l\u2019\u00e9tude, VAUDOT s\u2019int\u00e9resse au rapport entre langue et int\u00e9gration, et entre valeurs et int\u00e9gration\u00a0: les positionnements issus de la mise en mots de ces rapports soulignent que des exigences institutionnelles sous-tendent le dire de ces expert-e-s, mais aussi qu\u2019il-elle-s construisent une identit\u00e9 professionnelle de m\u00e9diation pour faciliter le d\u00e9veloppement de comp\u00e9tences langagi\u00e8res aupr\u00e8s du public form\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le Ch. 10, <em>La part langagi\u00e8re des migrations \u00e0 l\u2019\u00e9cole. Dynamiques des langues et du langage dans les classes plurilingues au travers de la lecture d\u2019albums de jeunesse<\/em> (pp. 221-235), Nathalie AUGER et Carole FLEURET examinent la plurilitt\u00e9ratie et des albums de litt\u00e9rature de jeunesse \u00e0 l\u2019\u00e9cole primaire dans des \u00e9tablissements francophones dans le cadre de l\u2019enseignement\/ apprentissage. \u00c0 partir d\u2019un ancrage m\u00e9thodologique inscrit dans la didactique des langues et des cultures, dans l\u2019analyse des interactions en salle de classe, dans la sociolinguistique et dans les rapports de force entre langues, les auteures proposent une approche empirique pour rendre compte de leur recherche longitudinale intersite en France et au Canada (financ\u00e9e par le Conseil de recherche des sciences humaines du Canada), entre 2016 et 2018, dans deux contextes sociolinguistiques o\u00f9 la langue fran\u00e7aise jouit d\u2019une position de langue majoritaire \u2013 France \u2013 ou minoritaire \u2013 Canada. Dans leur analyse, bas\u00e9e sur les discours des enseignant-e-s \u00e0 l\u2019\u00e9gard du plurilinguisme des \u00e9l\u00e8ves et sur la mani\u00e8re dont celui-ci est abord\u00e9 en salle de classe, elles soulignent la place accord\u00e9e aux langues connues par les \u00e9l\u00e8ves migrants et \u00e0 celles qui sont pr\u00e9vues par les programmes d\u2019enseignement sp\u00e9cifiques de scolarisation des enfants migrants. Elles montrent que la r\u00e9ussite scolaire de ces enfants est fragilis\u00e9e, entre autres, par une formation insuffisante des enseignant-e-s au multiculturalisme et \u00e0 l\u2019interculturel qui risque de creuser les in\u00e9galit\u00e9s scolaires. Pour prendre en compte la diversit\u00e9 des \u00e9l\u00e8ves, AUGER et FLEURET s\u2019appuient sur des albums plurilingues de litt\u00e9rature de jeunesse, \u00e0 savoir des outils par lesquels ces enfants ont recours \u00e0 leurs r\u00e9pertoires plurilitt\u00e9rati\u00e9s et \u00e0 leurs histoires de vie. L\u2019exp\u00e9rimentation conduite sur les enseignant-e-s et sur les \u00e9l\u00e8ves dans les deux pays, sur l\u2019exemple de l\u2019album de jeunesse <em>Le magasin de mon p\u00e8re<\/em>, permet de constater l\u2019existence d\u2019une dynamique interactionnelle qui s\u2019av\u00e8re \u00eatre f\u00e9conde pour le d\u00e9veloppement des apprentissages \u00e0 partir d\u2019espaces de communication cr\u00e9\u00e9s par les enseignant-e-s. Dans la derni\u00e8re partie du chapitre, par le biais des entretiens de deux enseignantes, les auteures confirmer que, face \u00e0 ces difficult\u00e9s, il faut entreprendre des activit\u00e9s de co-construction d\u2019une communaut\u00e9 de pratique combinant une approche multimodale et des textes th\u00e9oriques.<\/p>\n\n\n\n<p>Le onzi\u00e8me et dernier chapitre du volume, <em>La compr\u00e9hension \u00e9crite en L2&nbsp;: le cas des \u00e9l\u00e8ves allophones et des textes expositifs en histoire et g\u00e9ographie<\/em> (pp. 237-253), traite des \u00e9l\u00e8ves allophones dans le contexte scolaire fran\u00e7ais du premier degr\u00e9. \u00c0 partir de son exp\u00e9rience de formatrice, Laurence CORNY examine la compr\u00e9hension \u00e9crite en fran\u00e7ais langue seconde (FLS) de la part d\u2019apprenants en formation. Ses r\u00e9flexions, qui s\u2019appuient sur la didactique du FLS en contexte scolaire, portent sur le travail didactique de m\u00e9diation de l\u2019enseignant-e pour favoriser la compr\u00e9hension des manuels scolaires d\u2019histoire et g\u00e9ographie par les \u00e9l\u00e8ves allophones. L\u2019objectif est de chercher \u00e0 r\u00e9duite la dissonance entre les comp\u00e9tences de ces \u00e9l\u00e8ves et celles qui rel\u00e8vent de la compr\u00e9hension \u00e9crite dans les deux disciplines cibl\u00e9es. Puisqu\u2019en France, dans le contexte de la scolarisation des \u00e9l\u00e8ves allophones \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e9l\u00e9mentaire, sont sollicit\u00e9es des comp\u00e9tences litt\u00e9rati\u00e9es, le manuel scolaire joue un r\u00f4le essentiel. CORNY propose de distinguer, parmi les manuels d\u2019histoire et g\u00e9ographie, le \u00ab&nbsp;document&nbsp;\u00bb et le \u00ab&nbsp;savoir de r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;\u00bb, \u00e0 savoir les deux \u00e9l\u00e9ments textuels constitutifs de la le\u00e7on. C\u2019est le \u00ab&nbsp;savoir de r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;\u00bb qui en est la composante centrale <em>via<\/em> le texte expositif, mais il s\u2019av\u00e8re \u00eatre un objet difficile \u00e0 cerner par les \u00e9l\u00e8ves allophones. D\u2019o\u00f9 un dispositif de m\u00e9diation bas\u00e9 sur une m\u00e9diation p\u00e9dagogico-didactique entre l\u2019\u00e9l\u00e8ve, l\u2019enseignant-e et le savoir mobilis\u00e9 pour favoriser la compr\u00e9hension des textes expositifs par les \u00e9l\u00e8ves allophones. Les avantages de ce dispositif, qui pr\u00e9voit que le travail de m\u00e9diation de l\u2019enseignant-e puisse porter sur plusieurs activit\u00e9s langagi\u00e8res, permettent \u00e0 CORNY de confirmer que la convergence de recherches th\u00e9oriques et d\u2019exp\u00e9rimentations sur le terrain est f\u00e9conde tant pour la didactique du fran\u00e7ais langue seconde pour des \u00e9l\u00e8ves allophones que pour la didactique du fran\u00e7ais comme langue maternelle en vertu des potentielles difficult\u00e9s qui pourraient concerner tout type d\u2019\u00e9l\u00e8ve.<\/p>\n\n\n\n<p>Les recherches conduites par les dix-huit auteur-e-s qui ont contribu\u00e9 \u00e0 ce volume montrent que la pluridisciplinarit\u00e9 des approches et des recherches doit recevoir une attention particuli\u00e8re lorsque les domaines auxquels elle s\u2019applique concernent le langage, le fait migratoire, leurs enjeux et leurs influences r\u00e9ciproques. Cette publication contribue donc \u00e0 constituer le champ de recherche des \u00e9tudes migratoires et \u00e0 l\u2019\u00e9largir par rapport aux <em>migration studies<\/em> en langue anglaise.<\/p>\n\n\n\n<p>[Alida M. SILLETTI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laurence LE FERREC, Marie VENIARD (\u00e9ds), Langage et migration&nbsp;: perspectives pluridisciplinaires, Limoges, Lambert-Lucas, 2021, pp. 260. Langage, langue, discours dans le champ des migrations&nbsp;: tels sont les ma\u00eetres-mots de l\u2019ouvrage Langage et migration&nbsp;: perspectives pluridisciplinaires, qui aborde les migrations en tant que domaine de recherches en voie de constitution dans le monde francophone, aliment\u00e9 par\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/02\/27\/laurence-le-ferrec-marie-veniard-eds-langage-et-migration-perspectives-pluridisciplinaires\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":21,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-496","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-45"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/496"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/21"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=496"}],"version-history":[{"count":6,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/496\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":565,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/496\/revisions\/565"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=496"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=496"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=496"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}