{"id":493,"date":"2022-02-25T19:09:08","date_gmt":"2022-02-25T18:09:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=493"},"modified":"2022-02-28T17:13:30","modified_gmt":"2022-02-28T16:13:30","slug":"federica-locatelli-francoise-rigat-eds-les-silences-de-la-montagne-litterature-et-discours-alpins-xviiie-xxie-siecles","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/02\/25\/federica-locatelli-francoise-rigat-eds-les-silences-de-la-montagne-litterature-et-discours-alpins-xviiie-xxie-siecles\/","title":{"rendered":"Federica LOCATELLI, Fran\u00e7oise RIGAT (\u00e9ds.), Les silences de la montagne. Litt\u00e9rature et discours alpins (XVIIIe-XXIe si\u00e8cles),"},"content":{"rendered":"\n<p>Federica Locatelli, Fran\u00e7oise Rigat (\u00e9ds.), <em>Les silences de la montagne. Litt\u00e9rature et discours alpins (XVIIIe-XXIe si\u00e8cles)<\/em>, <em>L\u2019Analisi Linguistica e Letteraria, Vol.<\/em> 29 (1), 2021, pp. 193, <a href=\"https:\/\/www.analisilinguisticaeletteraria.eu\/index.php\/ojs\/issue\/view\/89\/113\">https:\/\/www.analisilinguisticaeletteraria.eu\/index.php\/ojs\/issue\/view\/89\/113<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ce volume 29 (1) de la revue <em>L\u2019Analisi Linguistica e Letteraria<\/em> rassemble les actes du colloque international <em>Les silences de la montagne. Litt\u00e9rature et discours alpins (XVIIIe-XXIe si\u00e8cle), <\/em>organis\u00e9 par le D\u00e9partement de Sciences humaines et sociales de l\u2019Universit\u00e9 de la Vall\u00e9e d\u2019Aoste, en collaboration avec l\u2019Universit\u00e9 Catholique de Milan, qui s\u2019est tenu \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de la Vall\u00e9e d\u2019Aoste le 12 d\u00e9cembre 2019.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme l\u2019expliquent dans leur introduction (\u00ab\u00a0\u00c0 l\u2019\u00e9coute des silences de la montagne\u00a0\u00bb) Federica Locatelli et Fran\u00e7oise Rigat (Universit\u00e9 de la Vall\u00e9e d\u2019Aoste) \u2013 organisatrices du colloque et directrices de la publication \u2013, parler du silence de la montagne peut aujourd\u2019hui para\u00eetre paradoxal. En premier lieu, parce que la montagne, celle des Hautes Alpes notamment, a beaucoup fait parler d\u2019elle dans les m\u00e9dias, en tant que victime, ces derni\u00e8res ann\u00e9es, des cons\u00e9quences du r\u00e9chauffement climatique et de celles du tourisme de masse alpin qui se traduisent par la pr\u00e9sence de nuisances sonores en tous genres. Le silence serait donc d\u00e9sormais en voie de disparition et non plus un \u00e9l\u00e9ment constitutif de la haute montagne. Il faut pour cela le prot\u00e9ger. Par ailleurs \u2013 et c\u2019est l\u00e0 l\u2019autre paradoxe \u2013 le silence de la montagne s\u2019apparente davantage \u00e0 une rumeur constante et omnipr\u00e9sente qu\u2019\u00e0 une absence totale de bruits et la litt\u00e9rature, alpestre et pas seulement, n\u2019a eu de cesse de mettre en mots le silence et ses nuances. Avec la pand\u00e9mie de Covid-19, la montagne s\u2019est soudainement tue et le silence retrouv\u00e9 est devenu synonyme d\u2019apaisement pour les uns et de catastrophe \u00e9conomique pour les autres. Ce num\u00e9ro de <em>ALL<\/em> consacr\u00e9 aux silences de la montagne arrive donc pour les autrices \u00e0 point nomm\u00e9 et les contributions qui y sont rassembl\u00e9es r\u00e9v\u00e8lent toutes, par le biais de la litt\u00e9rature, de la linguistique, de la philosophie, les valeurs et la complexit\u00e9 du silence de la montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Paola Paissa ouvre le num\u00e9ro avec un article intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Le silence et la montagne\u00a0: la suggestion d\u2019un entre-deux\u00a0\u00bb, dans lequel elle analyse tout d\u2019abord l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9paisseur s\u00e9mantique\u00a0\u00bb du silence, lieu de convergence d\u2019instances \u00e9thiques et esth\u00e9tiques dans la repr\u00e9sentation qu\u2019en font la litt\u00e9rature et la po\u00e9sie, de l\u2019Antiquit\u00e9 \u00e0 nos jours. Topos litt\u00e9raire, le silence y acquiert une dimension d\u2019\u00ab\u00a0entre-deux\u00a0\u00bb aux multiples facettes allant de la recherche morale \u00e0 l\u2019exploration formelle, jusqu\u2019au silence comme voie de salut. Ainsi, le silence, \u00ab\u00a0intrins\u00e8quement ambivalent\u00a0\u00bb dans le quotidien comme en litt\u00e9rature, correspond \u00e0 deux \u00ab\u00a0orientations axiologiques antith\u00e9tiques\u00a0\u00bb\u00a0: il est un \u00e9l\u00e9ment n\u00e9gatif en tant qu\u2019il inspire la peur et l\u2019\u00e9garement (Pascal, Poe), mais il est aussi un \u00e9l\u00e9ment positif \u00e9voquant la paix, la r\u00e9flexion, la pl\u00e9nitude (Rousseau, Leopardi). Le silence est \u00e9galement absence et pr\u00e9sence. Souvent compar\u00e9 \u00e0 une \u00ab\u00a0broderie\u00a0\u00bb, il est cette \u00ab\u00a0savante texture de vides et de pleins\u00a0\u00bb (Anne Simon) o\u00f9 le plein est la parole, puisque pour parler du silence il faut recourir aux mots. Enfin, le silence sert de \u00ab\u00a0seuil\u00a0\u00bb entre le moi et le monde, entre le dedans et le dehors. Tout comme le silence, la montagne est un entre-deux, une \u00ab\u00a0passerelle\u00a0\u00bb entre la terre et le ciel, repr\u00e9sentant classiquement tant\u00f4t le centre du monde tant\u00f4t le point le plus proche de Dieu. Dans la deuxi\u00e8me partie de sa contribution, Paola Paissa compare deux r\u00e9cits d\u2019ascension de la montagne,\u00a0<em>Le vent \u00e0 Dj\u00e9mila<\/em> d\u2019Albert Camus et <em>La le\u00e7on de la Sainte-Victoire<\/em> de Peter Handke, pour analyser le r\u00f4le qu\u2019y joue le silence. Ici, l\u2019action de parcourir l\u2019espace interm\u00e9diaire qu\u2019est la mont\u00e9e vers les sommets aboutit au souvenir, au retour et \u00e0 l\u2019\u00e9criture (entre-deux \u00e0 leur tour), qui ne peuvent se r\u00e9aliser que <em>par<\/em> et <em>dans<\/em> le silence. Chez Camus et Handke, comme chez P\u00e9trarque, l\u2019ascension permet aux hommes de \u00ab\u00a0se d\u00e9laisser d\u2019eux-m\u00eames\u00a0\u00bb pour atteindre l\u2019\u00e9criture.<\/p>\n\n\n\n<p>Marina Verna (\u00ab\u00a0Proust \u00e0 l\u2019\u00e9coute de Senancour. Du silence des montagnes au silence de la musique. Question de style\u00a0\u00bb) se propose d\u2019observer par quels moyens rh\u00e9toriques (m\u00e9taphore, p\u00e9riphrase, synesth\u00e9sie) Proust et Senancour \u00ab\u00a0traduisent\u00a0\u00bb l\u2019exp\u00e9rience du silence \u00ab\u00a0et\/ou\u00a0\u00bb de la musique. Bien que stylistiquement, esth\u00e9tiquement et philosophiquement diff\u00e9rentes, y compris dans l\u2019interpr\u00e9tation qu\u2019elles donnent du silence, les deux \u00e9critures pr\u00e9sentent n\u00e9anmoins des points communs dans leur mani\u00e8re de cerner cette \u00ab\u00a0langue du silence\u00a0\u00bb que parlent les montagnes. Dans <em>Obermann<\/em>, face au silence des montagnes, Senancour admet ne pas avoir de mots pour le d\u00e9crire. Dans <em>La<\/em> <em>Prisonni\u00e8re<\/em>, Proust d\u00e9crit la musique de Vinteuil comme \u00ab\u00a0un retour \u00e0 l\u2019inanalys\u00e9\u00a0\u00bb, o\u00f9 \u00ab\u00a0la profondeur\u00a0\u00bb &#8211; c\u2019est-\u00e0-dire le silence &#8211; aurait enfin \u00e9t\u00e9 traduit. Comme Senancour, Proust attribue \u00e0 la musique, le v\u00e9ritable langage de l\u2019ineffable, la capacit\u00e9 de traduire le psychisme, qu\u2019elle est \u00ab\u00a0capable de re-susciter.\u00a0\u00bb Sans les mots, la musique se donne comme une \u00ab\u00a0transposition, dans l\u2019ordre sonore, de la profondeur\u00a0\u00bb (<em>La Prisonni\u00e8re<\/em>).<\/p>\n\n\n\n<p>Michael Kohlhauer, avec \u00ab\u00a0Peindre le silence. Caspar David Friedrich (1774-1840)\u00a0\u00bb, choisit d\u2019analyser, sous un angle ph\u00e9nom\u00e9nologique et s\u00e9miotique, <em>Le Promeneur au-dessus d\u2019une mer de nuages<\/em> (1818) du peintre romantique Caspar David Friedrich. \u00a0\u00ab\u00a0Artiste silencieux\u00a0\u00bb en tant qu\u2019il \u00ab\u00a0fait \u0153uvre autour du silence, par le silence\u00a0\u00bb (comme Rousseau, Senancour, Blake). Par quels moyens formels et esth\u00e9tiques r\u00e9ussit-il \u00e0 donner \u00e0 voir le silence\u00a0? Comment traduit-il la qu\u00eate d\u2019une pr\u00e9sence de l\u2019\u00eatre, face au silence du monde\u00a0? Le choix du \u00ab\u00a0lieu\u00a0\u00bb, du \u00ab\u00a0motif\u00a0\u00bb (une nature vierge, d\u00e9socialis\u00e9e et ant\u00e9rieure \u00e0 l\u2019homme)\u00a0; la composition du paysage (le recours aux techniques du <em>Stilleben<\/em> \u2013 de la nature morte \u2013 et de la synesth\u00e9sie)\u00a0; la position des \u00ab\u00a0personnages\u00a0\u00bb (absents, d\u00e9centr\u00e9s, isol\u00e9s)\u00a0; la perspective dite \u00ab\u00a0de dos\u00a0\u00bb sont autant de signes qui traduisent une esth\u00e9tique du silence ou de la \u00ab\u00a0pr\u00e9sence silencieuse\u00a0\u00bb. Friedrich peint avec \u00ab\u00a0l\u2019\u0153il int\u00e9rieur\u00a0\u00bb, posture nouvelle, dans une tentative originale de \u00ab\u00a0retrouver dans le silence originel de la cr\u00e9ation la pr\u00e9sence r\u00e9elle ou r\u00eav\u00e9e de l\u2019\u00eatre \u00e0 soi et au monde\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab&nbsp;\u2018Tant de choses qui ne s\u2019expriment pas\u2019&nbsp;: tentatives de description du paysage alpestre dans la litt\u00e9rature des XVIIIe et XIXe si\u00e8cles&nbsp;\u00bb), Federica Locatelli focalise son attention sur le r\u00e9cit d\u2019ascension, lequel conna\u00eet un bouleversement esth\u00e9tique entre le tournant des Lumi\u00e8res et l\u2019affirmation du courant romantique, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur l\u2019inad\u00e9quation et l\u2019insuffisance du langage, exprim\u00e9es comme telle par les auteurs eux-m\u00eames, \u00e0 d\u00e9crire la montagne et l\u2019impact de la \u00ab&nbsp;rencontre-choc&nbsp;\u00bb avec elle, objet \u00ab&nbsp;exotique&nbsp;\u00bb suscitant fascination, incompr\u00e9hension, effroi, indicibilit\u00e9. \u00c0 partir d\u2019exemples repr\u00e9sentatifs \u2013 tir\u00e9s de r\u00e9cits de voyage de J.-Cl. Gorjy, M.-T. Bourrit, V. Hugo, B. de Saint-Pierre, H.-B. de Saussure, Th. Gautier, etc. \u2013 d\u00e9crivant le paysage de la montagne, l\u2019auteure s\u2019attache \u00e0 analyser cette rar\u00e9faction de la parole dans la technique descriptive et dans la construction d\u2019une esth\u00e9tique des sommets alpins. Analogies, m\u00e9taphores fil\u00e9es, hyperboles, circonlocutions, p\u00e9riphrases m\u00e9taphoriques, m\u00e9taphores architecturales, emprunts de termes r\u00e9gionaux sont les techniques utilis\u00e9es par les auteurs pour pallier les difficult\u00e9s expressives, pour rem\u00e9dier au silence auquel les r\u00e9duit la montagne in\u00e9dite et encore mal connue. L\u2019auteure voit dans ce silence une impossibilit\u00e9 simul\u00e9e et r\u00e9elle de dire.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution d\u2019Alain Guyot se penche sur Louis-Fran\u00e7ois-\u00c9lisabeth Ramond de Carbonni\u00e8res (1755-1827), figure un peu oubli\u00e9e aujourd\u2019hui mais qui fut l\u2019un des premiers hommes des Lumi\u00e8res \u00e0 t\u00e9moigner de son exp\u00e9rience de la haute montagne alpine. Intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;Les paradoxes du silence alpin chez Ramond de Carbonni\u00e8res&nbsp;\u00bb, elle interroge notamment l\u2019exp\u00e9rience primordiale effectu\u00e9e par Ramond dans les sommets de la Suisse centrale au cours de laquelle il s\u2019applique \u00e0 comprendre et d\u00e9crire les \u00e9l\u00e9ments, dont le silence fait partie, qui caract\u00e9risent \u00ab&nbsp;les hautes Alpes&nbsp;\u00bb, <em>terra incognita<\/em> \u00e0 la fin des Lumi\u00e8res. C\u2019est sur ce silence, sur la fa\u00e7on dont Ramond le per\u00e7oit, sur l\u2019attention qu\u2019il lui porte, sur le caract\u00e8re si particulier qu\u2019il lui attribue qu\u2019elle entend analyser. Car Ramond est peut-\u00eatre le premier \u00e0 en faire la caract\u00e9ristique m\u00eame du paysage alpin. Le silence, paradoxal, est saisi dans un espace o\u00f9 \u00ab&nbsp;tout [\u2026] rappelle l\u2019id\u00e9e du mouvement et du bruit&nbsp;\u00bb, et il incarne aux yeux de l\u2019auteur l\u2019image du cycle naturel car c\u2019est de l\u2019espace de mort o\u00f9 il r\u00e8gne que naissent toutes les formes de vie sur terre&nbsp;; mais l\u2019homme n\u2019a pas sa place dans cet environnement hostile. C\u2019est de ce silence paradoxal que Ramond tire sa vision complexe de la montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Pascale Janot (\u00ab&nbsp;Le silence \u2018prodigieux\u2019 des montagnes dans <em>Silo\u00e9<\/em> de Paul Gadenne&nbsp;\u00bb), se propose d\u2019analyser dans <em>Silo\u00e9 <\/em>(1941), le premier roman fortement autobiographique de Paul Gadenne, la fa\u00e7on dont le romancier joue la gamme <em>des<\/em> silences de la montagne. \u00c9l\u00e9ment constitutif de toute l\u2019\u0153uvre romanesque de Gadenne, le silence participe pleinement, dans cette premi\u00e8re \u0153uvre, de la po\u00e9tique du paysage de la montagne que Simon Delambre, le personnage principal, sillonne et d\u00e9crit. Atteint de tuberculose, ce jeune et brillant hell\u00e9niste doit tout quitter pour se rendre au sanatorium du Cr\u00eat d\u2019Armenaz et mener sa qu\u00eate int\u00e9rieure par la contemplation de la nature, \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du silence. Du silence contenu et rompu par les bruits humains du d\u00e9but du r\u00e9cit, on passe au silence contenant, absolu de la montagne qui ne laisse percevoir que l\u2019essentialit\u00e9 des sons de la nature. Soumis \u00e0 ce silence-l\u00e0, th\u00e9rapeutique, immerg\u00e9 dans cet absolu, l\u2019humain se tait, est r\u00e9duit au silence. Une cartographie du silence est \u00e9tablie dans cet article, qui s\u2019apparente \u00e0 une parabole du silence dans laquelle s\u2019inscrit celle du personnage de Simon Delambre. En faisant l\u2019exp\u00e9rience profonde du silence, il gu\u00e9rira et atteindra \u00e0 cette conscience de participer pleinement au monde, d\u2019\u00eatre et de pouvoir cr\u00e9er. C\u2019est par le silence qu\u2019il reprendra possession de ses mots, de sa vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Davide Vago (\u00ab&nbsp;Les p\u00e9riphrases du silence chez Ramuz&nbsp;: le rythme de l\u2019indicible&nbsp;\u00bb), analyse le silence dans deux romans de l\u2019\u00e9crivain suisse Charles Ferdinand Ramuz (1878-1947),<em> La Grande Peur dans la montagne<\/em> (1926) et <em>Si le soleil ne revenait pas <\/em>(1937). Ramuz, l\u2019\u00e9crivain des montagnes par antonomase, rompt d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment avec les st\u00e9r\u00e9otypes romantiques sur la montagne&nbsp;: elle n\u2019est qu\u2019un chaos fait de pierres et de glaces, le royaume de la mort, et son silence cache la menace d\u2019un cataclysme assourdissant mettant en danger l\u2019existence de l\u2019\u00eatre humain. Davide Vago observe ici les p\u00e9riphrases, ces \u00ab&nbsp;figures d\u2019expansion&nbsp;\u00bb que Ramuz utilise pour \u00e9voquer le silence des hautes montagnes et traduire l\u2019innommable, l\u2019impr\u00e9vu qui menace l\u2019homme. Pour l\u2019auteur, les choix stylistiques (p\u00e9riphrases, mais aussi m\u00e9taphores, antith\u00e8ses, oxymorons), parfois in\u00e9dits, de Ramuz, semblent parler \u00e0 notre \u00e9poque de crise environnementale. Cette construction d\u2019un silence annon\u00e7ant le chaos primitif et irr\u00e9vocable pour la vie humaine sur terre peut amorcer une lecture \u00e9copo\u00e9tique de Ramuz.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution de Jean-Baptiste Bernard, \u00ab&nbsp;Le silence dans \u2018La Haute Route\u2019 de Maurice Chappaz, de la contestation \u00e0 l\u2019esp\u00e9rance&nbsp;\u00bb, analyse les enjeux du silence dans <em>La Haute Route <\/em>de l\u2019\u00e9crivain et po\u00e8te suisse Maurice Chappaz. Si la nature et la montagne habitent l\u2019\u0153uvre de Chappaz depuis toujours, le silence de la montagne n\u2019arrive quant \u00e0 lui que tardivement, mais de mani\u00e8re \u00e9vidente, au terme d\u2019un long cheminement qui est aussi g\u00e9ographique&nbsp;: des textes de jeunesse aux \u0153uvres de la maturit\u00e9, le cadre naturel de l\u2019\u00e9criture s\u2019\u00e9l\u00e8ve, passant du champ et de la vigne aux p\u00e2turages et aux for\u00eats, puis aux sommets. Pour le po\u00e8te, la montagne n\u2019est plus silencieuse puisque le vacarme des hommes, les discours consum\u00e9ristes justifiant la destruction de la nature par l\u2019industrie lourde, emp\u00eachent d\u2019entendre une parole de v\u00e9rit\u00e9 qui s\u2019exprime non pas par des mots mais par les bruits et bruissements du paysage lesquels provoquent la parole po\u00e9tique. Dire la montagne, c\u2019est alors faire taire les discours \u00e9conomiques triomphants, dans une r\u00e9invention formelle et une qu\u00eate m\u00e9taphysique, afin de retrouver un silence int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux derni\u00e8res contributions de ce num\u00e9ro analysent des textes promotionnels et sportifs, suivant des approches pluridisciplinaires en s\u00e9miotique et en linguistique.<\/p>\n\n\n\n<p>Laura Santone aborde, dans \u00ab&nbsp;Au c\u0153ur des Dolomites Lucaniennes&nbsp;: isotopies et configurations esth\u00e9tiques du silence&nbsp;\u00bb, des guides et des pages web touristiques concernant deux villages perch\u00e9s de la Basilicate, Castelmezzano et Pietrapertosa, connus pour la beaut\u00e9 de leurs paysages. Elle y interroge la construction discursive du silence \u00e0 travers un r\u00e9seau d\u2019oppositions isotopiques tels que le haut <em>vs<\/em> le bas, l\u2019horizontalit\u00e9 <em>vs<\/em> la verticalit\u00e9, la lumi\u00e8re <em>vs<\/em> l\u2019obscurit\u00e9, par le biais duquel \u00ab&nbsp;la permanence silencieuse&nbsp;\u00bb s\u2019inscrit dans le discours. L\u2019auteure de l\u2019article montre que dans la description po\u00e9tico-explicative des publicit\u00e9s construites pour mobiliser l\u2019exp\u00e9rience perceptive du visiteur, le silence est li\u00e9 \u00e0 l\u2019int\u00e9riorit\u00e9, \u00e0 la sacralit\u00e9 et l\u2019immensit\u00e9 du lieu, au <em>genius loci<\/em>. La publicit\u00e9 de l\u2019exp\u00e9rience touristique, con\u00e7ue pour \u00eatre v\u00e9cue \u00e0 la rencontre de la nature sublime et de ses sommets spectaculaires, majestueux, tot\u00e9miques et ancestraux, est une invite \u00e0 la rencontre de soi, \u00e0 l\u2019\u00e9coute de son silence int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir d\u2019un corpus multilingue constitu\u00e9 de topos num\u00e9riques et de topos-guides r\u00e9gionaux \u00e9dit\u00e9s par les clubs d\u2019escalade ou par des grimpeurs, Fran\u00e7oise Rigat, avec \u00ab&nbsp;Topopo\u00e9tique du silence. Sur le nom de voie d\u2019escalade&nbsp;\u00bb, interroge la \u00ab&nbsp;vitalit\u00e9&nbsp;\u00bb du th\u00e8me du silence dans les noms de voie d\u2019escalade, pour questionner plus pr\u00e9cis\u00e9ment les principes s\u00e9miotico-pragmatiques qui r\u00e9gulent l\u2019appellation des voies&nbsp;: quel r\u00f4le joue le nom&nbsp;? Quelle promesse \u00e0 la grimp\u00e9e donne-t-il&nbsp;? Quelles voix exprime-t-il&nbsp;? L\u2019auteure traite dans un premier temps des r\u00f4les s\u00e9miotico-r\u00e9f\u00e9rentiels qui r\u00e9gulent la construction du nom de voie, elle recense ensuite diff\u00e9rentes cat\u00e9gories de silence qui mettent en jeu la description, le v\u00e9cu du grimpeur, la po\u00e9sie, l\u2019interdiscursivit\u00e9 et la m\u00e9moire discursive. Elle montre notamment comment, dans les d\u00e9nominations, un lien s\u2019\u00e9tablit entre le silence et l\u2019inattendu et non pas tellement entre le silence et la contemplation ou la m\u00e9ditation. De ce fait, l\u2019\u00e9tude du silence dans les noms de voie permet de saisir un espace contemporain de la grimpe, \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 d\u2019une vision romantique et sublime de la montagne.<\/p>\n\n\n\n<p>[Pascale JANOT]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Federica Locatelli, Fran\u00e7oise Rigat (\u00e9ds.), Les silences de la montagne. Litt\u00e9rature et discours alpins (XVIIIe-XXIe si\u00e8cles), L\u2019Analisi Linguistica e Letteraria, Vol. 29 (1), 2021, pp. 193, https:\/\/www.analisilinguisticaeletteraria.eu\/index.php\/ojs\/issue\/view\/89\/113 Ce volume 29 (1) de la revue L\u2019Analisi Linguistica e Letteraria rassemble les actes du colloque international Les silences de la montagne. Litt\u00e9rature et discours alpins (XVIIIe-XXIe si\u00e8cle),\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2022\/02\/25\/federica-locatelli-francoise-rigat-eds-les-silences-de-la-montagne-litterature-et-discours-alpins-xviiie-xxie-siecles\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[31],"tags":[],"class_list":["post-493","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-45"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/493"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=493"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/493\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":551,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/493\/revisions\/551"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=493"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=493"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=493"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}