{"id":436,"date":"2021-11-03T12:44:13","date_gmt":"2021-11-03T11:44:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=436"},"modified":"2021-11-07T11:08:10","modified_gmt":"2021-11-07T10:08:10","slug":"genevieve-henrot-sostero-dir-archeologies-de-la-traduction","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2021\/11\/03\/genevieve-henrot-sostero-dir-archeologies-de-la-traduction\/","title":{"rendered":"Genevi\u00e8ve HENROT SOSTERO (dir.), Arch\u00e9ologie(s) de la traduction"},"content":{"rendered":"\n<p>Genevi\u00e8ve Henrot Sostero (dir.), <em>Arch\u00e9ologie(s) de la traduction<\/em>, Classiques Garnier (coll. \u00ab&nbsp;Translatio \u00bb), Paris, 2020, p. 303.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son <em>Avant-propos<\/em> au volume, Genevi\u00e8ve Henrot Sostero d\u00e9taille et circonscrit le champ des multiples \u00e9tudes r\u00e9centes sur \u201cl\u2019\u00e9crit en train de se faire\u201d (p.8). Le processus dynamique de cr\u00e9ation analys\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9 dans ses diff\u00e9rents stades et strates chronologiques, \u00e0 la crois\u00e9e de plusieurs disciplines compl\u00e9mentaires parmi lesquelles la psychologie, la linguistique et la critique g\u00e9n\u00e9tique des textes litt\u00e9raires en particulier. Il s\u2019agit d\u2019appr\u00e9hender et de comprendre \u201cl\u2019extr\u00eame complexit\u00e9 pr\u00e9sidant \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un texte\u201d dans sa cr\u00e9ation premi\u00e8re (l\u2019original) mais surtout ici dans sa cr\u00e9ation seconde (la traduction). Une \u201carch\u00e9ologie de l\u2019\u00e9criture\u201d (p.8) saisie gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019archive, le manuscrit et le corpus de documents p\u00e9ri- et para-textuels. La g\u00e9n\u00e9tique de la traduction auscultera -\u00e0 la lumi\u00e8re des acquis et des m\u00e9thodes de la philologie, de la g\u00e9n\u00e9tique et de l\u2019informatique- toute production ou mani\u00e8re proc\u00e9durale du traducteur: brouillons, pr\u00e9faces, notes, correspondances, journaux de bord, traces \u00e9crites et orales (entretiens, t\u00e9moignages), op\u00e9rations gestuelles et visuelles enregistr\u00e9es par des logiciels sp\u00e9cialis\u00e9s. Explorations et m\u00e9thodologies visant \u00e0 peaufiner la connaissance du \u201claboratoire mental d\u2019une traduction\u201d (p.7)<\/p>\n\n\n\n<p>Quatre parties scandent l\u2019ouvrage \u2013\u201cTraduction et brouillons d\u2019auteurs\u201d, \u201cGen\u00e8se d\u2019une pens\u00e9e traductologique\u201d, \u201cAnamn\u00e8ses\u201d, \u201cObservatoires de l\u2019activit\u00e9 traduisante\u201d- qui comportent chacune trois \u00e9tudes ponctuelles. Vingt-cinq pages de bibliographie, trois index -noms, oeuvres, concepts- ce dernier recensant opportun\u00e9ment m\u00e9talangages stylistique, g\u00e9n\u00e9tique et traductologique ainsi que les r\u00e9sum\u00e9s des articles publi\u00e9s enrichissent cette publication.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re partie pr\u00e9sente en ouverture un chapitre th\u00e9orique de Genevi\u00e8ve Henrot Sostero \u201cFondements th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques pour une g\u00e9n\u00e9tique de la traduction. Concepts, m\u00e9thodes, vis\u00e9es\u201d admirable par sa clart\u00e9, sa finesse et son aisance \u00e0 synth\u00e9tiser et \u00e0 int\u00e9grer des disciplines complexes et en \u00e9volution comme la philologie, la g\u00e9n\u00e9tique et la linguistique. L\u2019auteure commence par confronter philologie et g\u00e9n\u00e9tique, \u201csciences du texte envisag\u00e9 dans son feuillet\u00e9 diachronique\u201d (p.18). La premi\u00e8re fondant la stabilit\u00e9 et l\u2019autorit\u00e9 du texte en le fixant dans son \u00e9dition critique au d\u00e9triment de ses variantes, la seconde s\u2019int\u00e9ressant au dynamisme de l\u2019\u00e9criture dans son processus de cr\u00e9ation issu d\u2019une pulsion, d\u2019un projet (avant-texte), d\u2019\u00e9tats successifs (variantes) et compl\u00e9mentaires (notes, brouillons, correspondances\u2026), de transformations et de r\u00e9\u00e9critures post-\u00e9ditoriales: \u201cla gen\u00e8se du texte ne s\u2019ach\u00e8ve pas toujours \u00e0 la date de publication\u201d (p. 25) saisissant et restituant le texte \u00e9galement dans sa mobilit\u00e9 synchronique. L&#8217; approche synchronique caract\u00e9rise les traditions philologiques allemande et italienne par rapport \u00e0 la tradition fran\u00e7aise, attentives non seulement \u00e0 l\u2019histoire du texte mais \u00e9galement \u00e0 sa gen\u00e8se, comme en t\u00e9moigne la m\u00e9thode de la \u201cvariantistica\u201d de Gianfranco Contini. Philologie et g\u00e9n\u00e9tique sont donc apparent\u00e9es et compl\u00e9mentaires et leurs m\u00e9thodes et pratiques applicables au processus traductif aussi bien que les outils num\u00e9riques qu\u2019elles utilisent d\u00e9taillant efficacement toutes les op\u00e9rations du processus. L\u2019auteure analyse ensuite les acquis de la critique g\u00e9n\u00e9tique en mati\u00e8re d\u2019h\u00e9ritage th\u00e9orique, conceptuel et m\u00e9thodologique depuis sa cr\u00e9ation en 1968 pour s\u2019interroger sur leur transmissibilit\u00e9 \u00e0 la g\u00e9n\u00e9tique de la traduction. Il s\u2019agit d\u2019abord de constituer un dossier de gen\u00e8se chronologique du texte constitu\u00e9 par le manuscrit, le(s) brouillon(s) ainsi que par tout document de travail s\u2019y rapportant qui, avec l\u2019oeuvre publi\u00e9e, formera le corpus constitutif de l\u2019avant-texte, puis d\u2019analyser la typologie des supports, du carnet au CDRom ou au \u201cnuage\u201d. Il en est de m\u00eame pour la constitution du dossier de gen\u00e8se d\u2019une traduction auquel s\u2019ajoutent, au cours de la phase pr\u00e9-\u00e9ditoriale, les \u00e9ventuelles corrections de l\u2019auteur de l\u2019oeuvre originale ou les notes du traducteur. Dans un second temps les g\u00e9n\u00e9ticiens proc\u00e8dent \u00e0 une \u201cappr\u00e9hension visuo-spatiale et graphique\u201d (p.33) de la page manuscrite ou sur \u00e9cran afin de pr\u00e9supposer les op\u00e9rations mentales \u00e0 l\u2019origine de l\u2019\u00e9criture. Enfin, ils s\u2019appliqueront \u00e0 identifier le r\u00e9seau de r\u00e9f\u00e9rences intertextuelles provenant de sources internes et\/ou externes pr\u00e9sent dans tout texte ou toute traduction (\u00e0 la cr\u00e9ation, certes, plus conditionn\u00e9e). L\u2019int\u00e9r\u00eat pour les m\u00e9canismes de la pens\u00e9e \u00e0 l\u2019oeuvre \u201ctrouve dans l\u2019exercice de la traduction un champ d\u2019\u00e9tudes particuli\u00e8rement riche et complexe\u201d (p.40) affirme l\u2019auteure, qui cite le choix des mots en langue maternelle et en langue \u00e9trang\u00e8re et la re-cr\u00e9ation des potentialit\u00e9s du texte original. \u00a0L\u2019avant-texte, notion-cl\u00e9 de la critique g\u00e9n\u00e9tique, \u201cn\u2019est donc plus un objet r\u00e9el, empirique, h\u00e9t\u00e9roclite et vari\u00e9, mais une mise en perspective, un d\u00e9coupage, un assemblage destin\u00e9 \u00e0 fonder un travail sp\u00e9cifique d\u2019analyse et d\u2019interpr\u00e9tation\u201d (p.41) fonctionnel au chercheur dans son observation de l\u2019\u00e9criture. Il s\u2019oppose donc au texte \u2013oeuvre finale livr\u00e9e au public- et \u00e0 l\u2019apr\u00e8s-texte \u2013\u201cdevenir \u00e9ditorial de l\u2019oeuvre apr\u00e8s la disparition de son auteur\u201d(p.42). L\u2019analyse des documents de gen\u00e8se et des brouillons d\u00e9voile ainsi les multiples possibilit\u00e9s et voies alternatives dans l\u2019\u00e9criture d\u2019un texte, d\u00e9marche semblable \u00e0 celle de sa r\u00e9-\u00e9criture par la traduction suivant Berman (<em>Jacques Amiot, traducteur fran\u00e7ais, essai sur la traduction en France<\/em>, Belin, 2012, p.19): reconstitution du contexte, \u201chorizon\u201d de la traduction; posture du traducteur \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019original et de son activit\u00e9 traduisante; analyse des traits stylistiques de l\u2019original et de la traduction.\u00a0 A\u2019 la suite des acquis, l\u2019auteure analyse les apports des sciences du langage \u00e0 la critique g\u00e9n\u00e9tique quant aux concepts emprunt\u00e9s \u00e0 la linguistique contemporaine -\u00e9nonciation, dialogisme et polyphonie \u00e9nonciative, paraphrase, m\u00e9talangage- \u00e0 la stylistique aussi bien qu\u2019\u00e0 la linguistique textuelle dans sa d\u00e9finition du texte \u201ccomme unit\u00e9 coh\u00e9sive minimale d\u2019analyse\u201d et dans la centralit\u00e9 de la notion de  \u2018transfert\u2019 qui r\u00e9gule divers types de transformation d\u2019un texte en un autre -commentaire, recr\u00e9ation, traduction (Rastier, 2006)\u201d(p.48). En effet \u201cles notions de m\u00e9talangage et d\u2019\u00e9nonciation permettent de distinguer des copr\u00e9sences h\u00e9t\u00e8rog\u00e8nes typiques des brouillons\u201d (p.45) \u00e0 l\u2019oeuvre aussi bien dans l\u2019\u00e9criture auctoriale que dans l\u2019instance traduisante et l\u2019analyse textuelle qui \u201cpose la question du statut des avant-textes et de l\u2019analyse de leurs variantes\u201d (p.49). Ces variantes possibles m\u00eame apr\u00e8s la mise en circulation du texte dans ses r\u00e9\u00e9critures et ses recr\u00e9ations telle la traduction par exemple, consid\u00e9r\u00e9e comme r\u00e9\u00e9criture non-auctoriale d\u2019apr\u00e8s le tableau \u00e9labor\u00e9 par la chercheuse adapt\u00e9 de Adam (2009) qui pr\u00e9sente le champ de la variation textuelle en cinq phases, prolong\u00e9 par une phase adjonctive (5bis) prenant en compte les traductions comme possibles r\u00e9\u00e9critures non auctoriales post-\u00e9ditoriales. Ce premier chapitre se cl\u00f4t sur un tour d\u2019horizon des avanc\u00e9es de la traductologie \u00e0 partir des \u00e9volutions de la linguistique textuelle, des sciences cognitives et de l\u2019intelligence artificielle. Ainsi, l\u2019auteure identifie d\u2019abord dix-neuf indicateurs de processus de traduction, puis, gr\u00e2ce au perfectionnement et \u00e0 la sp\u00e9cialisation des logiciels de traduction (TRAP, PACTE, PRONIT), trois mani\u00e8res d\u2019appr\u00e9hension du geste d\u2019\u00e9crire -manuelle, oculaire et verbale- en concluant\u00a0 qu\u2019une \u201cg\u00e9n\u00e9tique de la traduction \u00e0 l\u2019\u00e9tat naissant peut donc s\u2019installer au point de confluence de disciplines: non seulement la critique g\u00e9n\u00e9tique du texte litt\u00e9raire, mais aussi une philologie en plein renouveau num\u00e9rique, une linguistique aux concepts m\u00fbrs et une traductologie outill\u00e9e pour explorer textes et corpus autres que litt\u00e9raires\u201d (p.56). Aux lecteurs de relever ce d\u00e9fi!<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enqu\u00eate g\u00e9n\u00e9tique de Florence Pellegrini intitul\u00e9e \u201cVariations sur un jardin. Logique narrative et orthonymie dans cinq traductions italiennes de l\u2019\u00e9pisode horticole de <em>Bouvard et P\u00e9cuchet<\/em>\u201d se penche sur la pr\u00e9f\u00e9rence des traducteurs pour une version plus \u201cnorm\u00e9e\u201d, plus spontan\u00e9e et plus usuelle du texte \u00e0 traduire selon la \u201crepr\u00e9sentation inconsciente que chacun a de la \u201cnaturalit\u00e9\u201d de sa propre langue\u201d (p.57) d\u00e9finie comme contrainte orthonymique (Pottier 1987, Chevalier et Delport 1995, 2010). En effet, plut\u00f4t que de transposer l\u2019originalit\u00e9 narrative et stylistique du texte source, les traducteurs optent pour les strat\u00e9gies de l\u2019explicitation et de l\u2019amplification dans une optique cibliste de la traduction. A\u2019 partir de brefs passages du chapitre deux du roman flaubertien ayant trait aux tentatives horticoles des deux protagonistes, l\u2019auteure analyse la syntaxe des subordonn\u00e9es circonstancielles et les transformations op\u00e9r\u00e9es sur la cha\u00eene des causalit\u00e9s \u00e0 travers le choix de connecteurs v\u00e9hiculant une valeur diff\u00e9rente: le connecteur causo-temporel final \u201ccomme\u201d traduit dans les versions italiennes par des connecteurs d\u00e9ductifs et cons\u00e9cutifs: \u201cquindi\u201d, \u201ccosicch\u00e9\u201d, \u201cper cui\u201d(final) au lieu de \u201cpoich\u00e9\u201d qui \u201cpermet une r\u00e9\u00e9nonciation parodique des lieux communs \u2013 ici causal et d\u00e9ductif- [\u2026]- qui est l\u2019une des caract\u00e9ristiques essentielles du roman et peut-\u00eatre un \u201cstyl\u00e8me\u201d flaubertien\u201d (p.65). L\u2019\u00e9tude g\u00e9n\u00e9tique de ces passages, conduite par Florence Pellegrini sur les manuscrits confirme la volont\u00e9 flaubertienne de maintenir \u201cl\u2019ambivalence s\u00e9mantique\u201d dans le choix du connecteur \u201ccomme\u201d rempla\u00e7ant dans les avant-textes le \u201cparce que\u201d initial. Options traductives d\u00e9tournant la d\u00e9marche de Flaubert, ciseleur de termes et de formulations stylistiques in\u00e9dites et suprenantes, allant \u00e0 contre-courant des repr\u00e9sentations linguistiques et id\u00e9ologiques conventionnelles qu\u2019une approche g\u00e9n\u00e9tique de la traduction pourrait limiter en transposant les intentions et les effets du texte source, en particulier ici \u201cl\u2019instabilit\u00e9 \u00e9nonciative et l\u2019ind\u00e9termination qui caract\u00e9risent le r\u00e9cit flaubertien\u201d (p.70).<\/p>\n\n\n\n<p>Suivent deux analyses portant sur la traduction \u2013en allemand et en arabe- de deux c\u00e9l\u00e8bres po\u00e8mes de Val\u00e9ry.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord David Elder fonde sa traduction en langue anglaise du po\u00e8me \u201cL\u2019 Ange\u201d de Paul Val\u00e9ry sur la recherche g\u00e9n\u00e9tique et le commentaire d\u00e9taill\u00e9 du po\u00e8me. Son travail intitul\u00e9 \u201cL\u2019 Ange\u201d de Val\u00e9ry. Esquisse d\u2019une \u00e9tude g\u00e9n\u00e9tique et traductologique commence par rappeler que les pr\u00e9misses de la critique g\u00e9n\u00e9tique apparaissent d\u00e9j\u00e0 dans les <em>Cahiers<\/em> de Val\u00e9ry publi\u00e9s entre 1894 et 1945 et pr\u00e9cise que \u201cVal\u00e9ry emploie l\u2019adjectif \u201cg\u00e9n\u00e9tique\u201d au sens de <em>genetik\u00f3s<\/em>, qu\u2019il attribue \u00e0 tout ce qui est propre \u00e0 la g\u00e9n\u00e9ration du texte\u201d (p.74). L\u2019acte de traduire, dans la conception val\u00e9ryenne, est \u201cun acte englobant toute sa r\u00e9flexion sur le fonctionnement mental\u201d en effet \u201c\u00e9crire est d\u00e9j\u00e0 traduire, autant que traduire \u00e9quivaut \u00e0 \u00e9crire\u201d (p.74) et \u201cquoi que l\u2019on fasse, on ne cesse de traduire\u201d (p.75). L\u2019auteur guette donc les traces textuelles de Val\u00e9ry \u00e0 travers les diff\u00e9rents \u00e9tats de ses brouillons, soigneusement conserv\u00e9s par l\u2019\u00e9crivain afin d\u2019investiguer sa propre cr\u00e9ativit\u00e9. En effet son id\u00e9e de po\u00e9sie est celle d\u2019une \u201ctraduction en langue d\u2019un \u00e9<em>tat mental <\/em>tiss\u00e9 de sensations et de pens\u00e9es multiples: une mise en mots d\u2019un ressenti subliminal au langage\u201d (p.76) que David Elder, traducteur-glossateur, se propose d\u2019\u00e9tablir en langue originale d\u2019abord en cernant l\u2019op\u00e9ration de traduction de la \u201cself-conscience\u201d de Val\u00e9ry en son acm\u00e9, l\u2019interpr\u00e9ter ensuite \u00e0 la lumi\u00e8re des avant-textes puis la r\u00e9cr\u00e9er en langue cible, autant que possible, au moyen des strat\u00e9gies formelles val\u00e9ryennes \u201cpour aboutir \u00e0 une transposition en anglais de cet \u00e9tat mental cr\u00e9e par le po\u00e8te dans son texte\u201d (p.76). Dans \u201cL\u2019 Ange\u201d, il s\u2019agit de \u201cd\u00e9nommer et de qualifier (donc traduire en mots) un certain \u00e9tat (dramatique) de la conscience de soi: celle d\u2019une relation d\u2019\u00e9tranget\u00e9 entre le sentiment du moi et sa perception ext\u00e9rieure, ali\u00e9n\u00e9e, telle que, comme pour Narcisse, \u201cLa pens\u00e9e trouve un monsieur dans le miroir\u201d (<em>Cahier<\/em> XI, p.689)\u201d (p.77). David Elder double son \u00e9tude g\u00e9n\u00e9tique du po\u00e8me d\u2019une \u00e9tude g\u00e9n\u00e9tique de la traduction de celui-ci, en constatant que \u201cLe po\u00e8te est fascin\u00e9 par les <em>unit\u00e9s constructives<\/em> (phrases et paragraphes) et <em>transitives<\/em> (l\u2019ensemble des conjonctions) et les divisions \u201cnaturelles\u201d ou \u201cles plus favorables\u201d (p.90) et en concluant que pour Val\u00e9ry \u201cla d\u00e9marche traductive\u201d est \u201c<em>au coeur m\u00eame de l\u2019activit\u00e9 mentale<\/em>\u201d (p.91).<\/p>\n\n\n\n<p>Jacqueline Courier-Bri\u00e8re r\u00e9examine, de son c\u00f4t\u00e9, la traduction en arabe du po\u00e8me <em>La jeune Parque<\/em> par Edouard Tarabay publi\u00e9e \u00e0 Beyrouth en 1996 dans son \u00e9tude \u201cTraduire ou \u201cmettre nos pas sur les vestiges de ceux de l\u2019auteur. Val\u00e9ry en arabe\u201d. La chercheuse, dans une perspective g\u00e9n\u00e9tique de la traduction s\u2019interroge sur cette d\u00e9marche et sur l\u2019\u00e9clairage qu\u2019elle porte sur le processus d\u00e9cisionnel propre \u00e0 l\u2019acte de traduire. Elle analyse donc la d\u00e9marche g\u00e9n\u00e9tique dans son objet esth\u00e9tique et scientifique, dans sa nouveaut\u00e9 et dans son originalit\u00e9 aussi bien que dans les risques, d\u00e9rives et \u00e9cueils qui la menacent. L\u2019objet-livre pr\u00e9sente le manuscrit autographe de Val\u00e9ry \u00e0 gauche et en vis-\u00e0-vis, le manuscrit du traducteur, ainsi qu\u2019un ensemble m\u00e9tadiscursif comportant un appareil critique, un commentaire, des explications et des intertextes qui constitue le \u201cdossier g\u00e9n\u00e9tique de substitution\u201d en l\u2019absence de ses brouillons. A\u2019 cela s\u2019ajoutent les \u00e9crits de Val\u00e9ry consult\u00e9s par Tarabay: <em>Brouillons<\/em>, <em>Vers anciens, Feuilles volantes, Carnets, Oeuvres<\/em> et ses r\u00e9flexions sur son po\u00e8me, documents pr\u00e9cieux pour mieux comprendre le texte et pour l\u00e9gitimer les d\u00e9cisions et les commentaires du traducteur. La nouveaut\u00e9 de cette d\u00e9marche consiste dans le d\u00e9voilement fait au lecteur de la g\u00e9n\u00e8se de l\u2019oeuvre po\u00e9tique de l\u2019\u00e9crivain et de sa gestation faite de \u201cratures, surcharges, d\u00e9placements, ajouts\u201d (p.100) et d\u2019 apr\u00e8s le t\u00e9moignage de Val\u00e9ry \u201cUn jour entier \u00e0 faire, d\u00e9faire, refaire quelques parties de mon po\u00e8me\u201d (p.100). Les risques qu\u2019une telle d\u00e9marche consistent dans la pr\u00e9sentation au lecteur non averti d\u2019un \u00e9tat de l\u2019oeuvre parmi bien d\u2019autres, \u00e0 la fin diff\u00e9rente du texte publi\u00e9 (504 vers pour le manuscrit et 512 pour le texte publi\u00e9), aux d\u00e9chiffrage, transcription et lecture n\u00e9cessaires ainsi qu\u2019\u00e0 une traduction complexe car conjuguant des multiples \u00e9tats et versions du m\u00eame texte: texte source publi\u00e9 (1957), manuscrit autographe inachev\u00e9 (1933), texte dactylographi\u00e9 (1942) et texte publi\u00e9 (1974). C\u2019est \u00e0 travers des exemples de traduction comme la non correspondance de la ponctuation dans la version arabe mena\u00e7ant le rythme et la compr\u00e9hension des effets stylistiques, le soulignement d\u2019un mot ou le choix de termes influenc\u00e9 par des variantes du texte source (p.104-105), que la chercheuse s\u2019interroge sur les intentions, les strat\u00e9gies de d\u00e9tournement et les libert\u00e9s de la traduction. Elle se penche donc sur le statut du traducteur non plus invisible mais cr\u00e9ateur, par ses \u00e9carts par rapport au texte source (ponctuation, r\u00e9p\u00e9titions, rimes syst\u00e9matiques) et son introduction de l\u2019\u00e9tranget\u00e9 de l\u2019original dans le texte cible (enjambements): \u201cainsi la traduction ne se limite-t-elle pas au simple transfert linguistique, mais elle est une v\u00e9ritable r\u00e9-\u00e9criture, avec ses contraintes, ses surprises et ses bonheurs\u201d (p.114). Elle conclut enfin sur l\u2019enrichissement -culturel, linguistique- apport\u00e9 au lecteur par la perspective g\u00e9n\u00e9tique de la traduction: \u201cpar ses explications, ses choix, ses intertextes et ses intentions, le traducteur adopte sans doute sans le savoir une attitude g\u00e9n\u00e9tique, ouvrant la voie \u00e0 des orientations de recherche et d\u2019interpr\u00e9tation\u201d (p.106). \u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019excellente \u00e9tude de Solange Arber sur l\u2019exp\u00e9rience de traduction du grand traducteur allemand Elmar Tophoven, ambassadeur d\u2019\u00e9crivains fran\u00e7ais tels Beckett et Robbe-Grillet, encourage le lecteur \u00e0 \u201cr\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 la sp\u00e9cificit\u00e9 de la traduction comme \u00e9criture sous contrainte\u201d (p.119). \u201cL\u2019\u00e9criture de la traduction. Les brouillons d\u2019Elmar Tophoven pour la traduction de Djinn\u201d pr\u00e9sente l\u2019exploration r\u00e9flexive du travail du traducteur litt\u00e9raire commenc\u00e9e dans les ann\u00e9es 1960, \u00e9poque de la naissance de la g\u00e9n\u00e9tique textuelle et de son application au processus traductif. Ses archives destin\u00e9es \u00e0 fonder le projet de \u201ctraduction transparente\u201d (p.117) particuli\u00e8rement riches pour sa traduction du roman <em>Djinn<\/em> d\u2019Alain Robbe-Grillet, \u00e9labor\u00e9e de 1982 \u00e0 1983, offrent \u00e0 la chercheuse l\u2019occasion d\u2019effectuer une analyse g\u00e9n\u00e9tique du travail du traducteur dans ses trois dimensions: traductive, p\u00e9ri-traductive et m\u00e9ta-traductive. Le dossier g\u00e9n\u00e9tique rassembl\u00e9 par Tophoven se compose en effet de vingt-neuf documents de typologie vari\u00e9e: \u201cl\u2019\u00e9dition fran\u00e7aise annot\u00e9e, un manuscrit complet de traduction, plusieurs tapuscrits recouvrant diff\u00e9rentes parties du roman, les \u00e9preuves corrig\u00e9es, un glossaire, des pages d\u2019exemples s\u00e9l\u00e9ctionn\u00e9s, de la correspondance, une interview de Robbe-Grillet et de Tophoven, des photocopies destin\u00e9es au cours de th\u00e8me.\u201d (p.118). Il s\u2019agit de la collection raisonn\u00e9e d\u2019une documentation pr\u00e9- et post- traduction (glossaires, listes d\u2019exemples) visant l\u2019am\u00e9lioration d\u2019une pratique et l\u2019intention de partager ses connaissances en la mati\u00e8re avec coll\u00e8gues et \u00e9l\u00e8ves. \u00a0C\u2019est le processus d\u00e9cisionnel dans son d\u00e9roulement temporel qui retient l\u2019attention de Solange Arber: \u201cOn observe \u00e0 travers les variantes comment de multiples possibilit\u00e9s sont envisag\u00e9es, \u00e9cart\u00e9es, reprises, retravaill\u00e9es, jusqu\u2019\u00e0 ce que soit retenue la solution d\u00e9finitive\u201d (p.119). L\u2019\u00e9tude des brouillons pr\u00e9sente toutefois la difficult\u00e9 majeure de d\u00e9terminer la datation des diff\u00e9rentes versions pr\u00e9paratoires pour \u00e9tablir la succession chronologique des variantes et suivre de pr\u00e8s le processus d\u00e9cisionnel. Le g\u00e9n\u00e9ticien formule alors trois hypoth\u00e8ses, par ordre d\u2019\u00e9vidence, en analysant le m\u00e9dium d\u2019\u00e9criture: 1. principe du manuscrit qui pr\u00e9c\u00e8de le tapuscrit, 2.prise en compte des traces de r\u00e9vision (les corrections se r\u00e9duisent \u00e0 des d\u00e9tails dans les versions les plus tardives), 3. progression du processus d\u00e9cisionnel de mani\u00e8re lin\u00e9aire (hypoth\u00e8se \u00e0 v\u00e9rifier \u201c\u00e0 l\u2019\u00e9chelle syntagmatique et phrastique\u201d (p.122). La constatation du choix final accompli par le traducteur interpelle le g\u00e9n\u00e9ticien sur trois plans: la strat\u00e9gie globale mise en oeuvre (typologie, destination et fonction du texte), les tactiques qui la composent au niveau syntagmatique (correspondances ou discr\u00e9pances lexicales et\/ou syntaxiques) et la m\u00e9thode suivie (posture du traducteur en fonction de son r\u00f4le et de sa conception de la traduction h\u00e9rit\u00e9e par sa culture) (p.123). En concluant le parcours op\u00e9ratoire de la reconstruction mentale du processus d\u00e9cisionnel, la chercheuse constate que \u201cla d\u00e9cision est toujours prise par rapport \u00e0 un ensemble complexe de niveaux de choix entrem\u00eal\u00e9s et parfois concurrents\u201d (p.124). Elle proc\u00e8de ensuite \u00e0 l\u2019exemplification de ce parcours en examinant \u00e0 la fois la traduction de Tophoven et ses documents p\u00e9ri-et m\u00e9ta-discursifs afin de formuler des conjectures sur les motivations de son processus de d\u00e9cision et sur sa m\u00e9thode traductive. Elle y trouve confirmation de l\u2019attention port\u00e9e \u00e0 la prosodie, de son obsession en faveur de l\u2019oralit\u00e9 du texte et de la pr\u00e9servation de ses sonorit\u00e9s. A\u2019 cette m\u00e9thode se joint une strat\u00e9gie traductive qui, dans l\u2019ensemble, reste proche du texte source. Se trouve ainsi mise en lumi\u00e8re \u201cla singularit\u00e9 d\u2019une sensibilit\u00e9 de traducteur\u201d (p.127) dans une \u201c\u00e9criture au sens plein du terme\u201d dans une traduction entendue comme \u201cnouvel \u00e9tat du texte\u201d, \u201ccontinuation naturelle\u201d de l\u2019original, articulant libert\u00e9 et contrainte \u201cdans un espace extr\u00eamement vaste, mais non infini, de variantes possibles\u201d (p.128).<\/p>\n\n\n\n<p>Viviana Agostini-Ouafi dans son \u00e9tude \u201cGen\u00e8se et ex\u00e9g\u00e8se par Andr\u00e9 P\u00e9zard de sa traduction de Dante\u201d analyse l\u2019<em>Avertissement<\/em> et une conf\u00e9rence du c\u00e9l\u00e8bre philologue et traducteur, tous deux espaces de r\u00e9flexion consacr\u00e9s \u00e0 son activit\u00e9 traduisante. L\u2019explicitation d\u00e9taill\u00e9e des raisonnements suivis l\u2019ayant conduit \u00e0 exclure certaines variantes de traduction et \u00e0 en retenir d\u2019autres ou \u00e0 interpr\u00e9ter de mani\u00e8re novatrice le texte original, d\u00e9voilent au lecteur le processus g\u00e9n\u00e9tique de sa traduction. R\u00e9dig\u00e9es dans les ann\u00e9es 1963-1965, ann\u00e9es charni\u00e8res pour la traductologie fran\u00e7aise et la g\u00e9n\u00e9tique textuelle naissantes, ces r\u00e9flexions t\u00e9moignent de l\u2019approche th\u00e9orique, pratique et m\u00e9thodologique pionni\u00e8res du philologue ayant scrupuleusement conserv\u00e9 brouillons, versions dactylographi\u00e9es, \u00e9preuves, conf\u00e9rences et notes, conscient de l\u2019importance de l\u2019acte de traduire qu\u2019il consid\u00e8re une \u201crecr\u00e9ation po\u00e9tique\u201d. Se d\u00e9finissant un artisan appr\u00e9ciant le caract\u00e8re concret de la parole, il proc\u00e8de \u00e0 \u201cune critique m\u00e9thodologique du traduire en tant que processus saisi <em>in vivo<\/em> par le traducteur lui-m\u00eame\u201d (p.134) suivant le principe de la \u201cprimaut\u00e9 du rythme\u201d (p.133). Les exemples concrets qu\u2019il choisit sont comment\u00e9s afin d\u2019illustrer son travail de r\u00e9flexion et la r\u00e9solution d\u2019\u00e9cueils telle la traduction des n\u00e9ologismes de Dante, dans les cas o\u00f9, \u00e0 la transposition par p\u00e9riphrase, il privil\u00e9gie la cr\u00e9ation n\u00e9ologique. Choix courageux qui lui fait forger des verbes souvent parasynth\u00e9tiques sur l\u2019exemple de Dante, tels que \u201cd\u00e9procher\u201d pour l\u2019original \u201c<em>disvicinare<\/em>\u201d, \u201cs\u2019enfleurer\u201d pour \u201c<em>infiorarsi<\/em>\u201d, \u201cs\u2019engemmer\u201d pour \u201c<em>ingemmarsi<\/em>\u201d et \u201cs\u2019enfuturer\u201d pour \u201c<em>infuturars<\/em>i\u201d (p.137-138). De m\u00eame, c\u2019est \u201cla pens\u00e9e intime du po\u00e8te: l\u2019activit\u00e9 intense de son imaginaire\u201d (p.138) qu\u2019il s\u2019acharne \u00e0 reproduire afin de l\u2019interpr\u00e9ter d\u2019une mani\u00e8re nouvelle. Il d\u00e9sacralise parfois le texte source &#8211; dont il n\u2019existe aucun manuscrit original et qui r\u00e9sulte d\u2019une \u201ctradition longue et pleine d\u2019h\u00e9sitations\u201d (p.138). Ceci s\u2019explique par son approche pratique-th\u00e9orique du traduire \u201ccon\u00e7u comme un processus ind\u00e9finiment \u00e0 modifier et \u00e0 corriger, un processus philologique et g\u00e9n\u00e9tique d\u2019interpr\u00e9tation et de r\u00e9\u00e9criture accompli par un sujet qui inscrit son activit\u00e9 herm\u00e9neutique et scripturaire dans une mouvance spatio-temporelle\u201d (p.141).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son \u00e9tude intitul\u00e9e \u201cTraduire les essais sur la po\u00e9sie d\u2019Yves Bonnefoy. Un mouvement d\u2019adh\u00e9sion au travail textuel\u201d, Chiara Elefante commence par rappeler les prestigieux prix qui lui ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9cern\u00e9s ainsi que la fortune \u00e9ditoriale du po\u00e8te en Italie d\u00e8s 1969. Elle souligne les \u00a0deux aspects indissociables de sa production: la cr\u00e9ation po\u00e9tique et les essais critiques parmi lesquels la r\u00e9flexion sur l\u2019activit\u00e9 traduisante et l\u2019auto-analyse. En 2008 il \u00e9crit: \u201cLes transgressions les plus efficaces ont lieu en parcelles, de po\u00e9sie, de critique, qui peuvent sembler infimes [&#8212;] Prendre conscience, c\u2019est cela surtout qui importe.\u201d (<em>Critique et po\u00e9sie<\/em>). Bonnefoy pr\u00e9conise une fusion entre po\u00e9sie et critique, toutes deux lieux et formes d\u2019\u00e9criture favorisant la prise de conscience, de m\u00eame qu\u2019il souhaite un dialogue et une confrontation entre po\u00e8tes et philosophes partageant une attention\/soin port\u00e9 \u00e0 la parole et \u00e0 l\u2019\u00e9criture qu\u2019il voudrait ancrer \u00e0 la valeur d\u2019exp\u00e9rience, fondement de toute activit\u00e9 po\u00e9tique et philosophique. De ce rapprochement entre exp\u00e9rience po\u00e9tique et r\u00e9flexion critique t\u00e9moignent les cinq essais sur la po\u00e9sie traduits ou r\u00e9vis\u00e9s par Chiara Elefante, ins\u00e9r\u00e9s dans <em>L\u2019Opera poetica<\/em> publi\u00e9e en 2010 dans la prestigieuse collection \u201cI Meridiani\u201d par l\u2019\u00e9diteur Mondadori. Elle se propose donc de r\u00e9fl\u00e9chir sur cette exp\u00e9rience de traduction. La traductrice aborde tout d\u2019abord la question de la traduction de termes porteurs d\u2019un sens nouveau ou renouvelable, une \u00e9tymologie renouvel\u00e9e, dissoci\u00e9e de la vision et de la pens\u00e9e\u00a0 conceptuelle du monde et de l\u2019\u00e9criture que Bonnefoy rejette, cherchant et d\u00e9fendant \u201cla r\u00e9alit\u00e9 anti-conceptuelle du son, de la musicalit\u00e9 des mots\u201d, qui aspire \u00e0 \u201cla v\u00e9rit\u00e9 de la parole\u201d, \u00e0 sa \u201cpr\u00e9sence\u201d et \u00e0 sa r\u00e9alit\u00e9 d\u2019existence, dont t\u00e9moignent les n\u00e9ologismes suivants: \u201cab\u00eeme de l\u2019incr\u00e9e\/abisso dell\u2019increato\u201d, \u201cimpermanence\/impermanenza\u201d, \u201cind\u00e9fait du monde\/mondo non-scomposto\u201d, \u201c\u00eatre-au-monde\/essere-al-mondo\u201d. Il en est de m\u00eame pour les choix syntaxiques ou stylistiques -anacoluthes, phrases elliptiques, modifications de l\u2019ordre des mots- conserv\u00e9s ou accentu\u00e9s par la traductrice ; pour les strat\u00e9gies structurales du texte transpos\u00e9es en respectant la po\u00e9tique de l\u2019auteur, sans \u00eatre clarifi\u00e9es ou interpr\u00e9t\u00e9es: mouvement en spirale, r\u00e9p\u00e9tition de phrases interrogatives et ton dialogique, la ponctuation, visant \u00e0 organiser logiquement le discours et \u00e0 faire surgir le rythme transpos\u00e9 en italien par les assonances, les allit\u00e9rations et les r\u00e9p\u00e9titions. Enfin, r\u00e9fl\u00e9chissant \u00e0 sa posture traductive, Chiara Elefante reconna\u00eet avoir traduit les essais de Bonnefoy d\u2019apr\u00e8s son \u201c\u00e9coute exp\u00e9rientielle\u201d de l\u2019auteur et de son oeuvre, tiss\u00e9e de voix diverses d\u2019oeuvres sous-jacentes et interpos\u00e9es -Dante, Leopardi- et avoir accept\u00e9 et restitu\u00e9, dans sa langue maternelle, la part d\u2019intraduisible de la cr\u00e9ation bonnefoyenne.<\/p>\n\n\n\n<p>La traduction po\u00e9tique est \u00e9galement l\u2019objet de l\u2019\u00e9tude de Simona Pollicino intitul\u00e9e \u201cEnum\u00e9ration elliptique et syntaxe nominale dans les <em>Motets<\/em> d\u2019Eugenio Montale traduits par Philippe Jaccottet\u201d. Le po\u00e8te et traducteur fran\u00e7ais des compositions de Ungaretti, Bertolucci, Luzi, Erba et Bigongiari collabora \u00e0 l\u2019\u00e9dition de ses po\u00e9sies en 1966 pour l\u2019\u00e9diteur Gallimard puis retraduisit d\u2019autres po\u00e8mes publi\u00e9s dans l\u2019anthologie <em>D\u2019une lyre \u00e0 cinq cordes<\/em> (1977). Sa traduction des cinq <em>Mottetti<\/em> (1963) du recueil de Montale intitul\u00e9 <em>Le occasioni<\/em> (1939), deuxi\u00e8me volet d\u2019une autobiographie consid\u00e9r\u00e9e par le po\u00e8te comme un ensemble apparent\u00e9 par la structure, le ton et un r\u00e9seau d\u2019analogies et de r\u00e9f\u00e9rences intertextuelles (p.160), pr\u00e9sente une structure dialogique au style concis, au discours herm\u00e9tique, au vocabulaire vari\u00e9 et inusit\u00e9. Dans la po\u00e9sie montalienne en effet, le lyrique et le prosa\u00efque du quotidien se m\u00ealent: \u201cles objets du quotidien deviennent des embl\u00e8mes-rep\u00e8res et le po\u00e8te peut offrir \u00e0 son lecteur la consolation de fulgurantes occasions, de moments \u00e9piphaniques, ceux-ci \u00e9tant cens\u00e9s nous indiquer \u201c<em>il punto morto del mondo, l\u2019anello che non tiene<\/em>\u201d (Montale 1999, cit\u00e9 p.161). Maillon rel\u00e2ch\u00e9 d\u2019une cha\u00eene \u00e0 l\u2019image de l\u2019organisation syntaxique complexe et tourment\u00e9e recourant \u00e0 l\u2019anastrophe, \u00e0 l\u2019hyperbate, \u00e0 divers proc\u00e9d\u00e9s de d\u00e9placement (inversions, dislocations) ou d\u2019interruption telle l\u2019ellipse ou l\u2019\u00e9num\u00e9ration (syntagme nominal suivi d\u2019adjectifs \u00e9pith\u00e8tes ou appos\u00e9s) \u201ctentative d\u2019appr\u00e9hender une id\u00e9e afin de la soustraire \u00e0 la dispersion\u201d (p.161) moyen pour d\u00e9crire \u201cl\u2019imp\u00e9n\u00e9trabilit\u00e9 des choses, la sensation d\u2019\u00e9touffement\u201d (p.166). Les <em>Motets<\/em>, brefs po\u00e8mes \u00e0 la syntaxe resserr\u00e9e, sont \u201cun exemple probant de la dimension d\u2019attente \u00e9piphanique, le plus souvent d\u00e9\u00e7ue, qui caract\u00e9rise toute la po\u00e9sie de Montale. L\u2019effet d\u2019inach\u00e8vement est assur\u00e9 par la pr\u00e9sence de s\u00e9ries \u00e9num\u00e9ratives qu\u2019aucun pr\u00e9dicat n\u2019accomplit\u201d (p.163). Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 les caract\u00e9ristiques de la po\u00e9tique montalienne, Simona Pollicino se propose de comparer deux versions fran\u00e7aises, celle de Jaccottet et celle de Patrice Angelini, afin de mettre en \u00e9vidence les caract\u00e9ristiques stylistiques et m\u00e9triques du po\u00e8te (end\u00e9casyllabes altern\u00e9s aux heptasyllabes et aux pentasyllabes) et les choix d\u00e9cisionnels des traducteurs aux prises avec une po\u00e9sie \u00e0 la structure \u201couverte\u201d, qui \u201cdissout les liens syntaxiques et \u00e9clipse les relations s\u00e9mantiques\u201d (p.172). Elle conclut par un \u00e9loge de la traduction de Jaccottet pour qui la po\u00e9sie \u201cest d\u00e9j\u00e0 en soi une traduction\u201d (p.173), qui, \u201cen choisissant la forme d\u2019un po\u00e8me-discours scand\u00e9e par la d\u00e9signation pr\u00e9caire et suspendue d\u2019objets et d\u2019images, a fait siennes la sobri\u00e9t\u00e9 et l\u2019essentialit\u00e9 du style montalien\u201d (p.172).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son \u00e9tude intitul\u00e9e \u201cTraduire Georges Perec en fran\u00e7ais?\u201d Vanda Mik\u0161i\u0107 pose le probl\u00e8me fort int\u00e9ressant de la r\u00e9trotraduction. Proc\u00e9d\u00e9 usuel dans les protocoles de prestation de service pour \u00e9valuer la qualit\u00e9 de la traduction, dans le cas pr\u00e9sent\u00e9 ici, qui concerne directement l\u2019auteure, il s\u2019agissait de reconstituer l\u2019original fran\u00e7ais perdu d\u2019un article informatif sur \u201cL\u2019opinion publique en France et la guerre d\u2019Alg\u00e9rie\u201d r\u00e9dig\u00e9 par Perec pour la revue <em>Pregled<\/em> en 1957, lors de son premier voyage en Yougoslavie. L\u2019article, traduit en bosniaque par un ami de l\u2019\u00e9crivain, Zarko Vidovi\u0107, a \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9 gr\u00e2ce \u00e0 deux lettres de l\u2019\u00e9crivain qui le mentionnaient. La traduction en fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 donc demand\u00e9e \u00e0 Vanda Mik\u0161i\u0107 pour une nouvelle publication des <em>Entretiens et conf\u00e9rences <\/em>(2019). L\u2019auteure a commenc\u00e9 par s\u2019impr\u00e9gner du style de l\u2019\u00e9crivain en lisant ses entretiens et ses conf\u00e9rences aussi bien que sa correspondance, puis a \u00e9valu\u00e9 le style documentaire de l\u2019article tout en remarquant et en exemplifiant par des tableaux l\u2019oralit\u00e9 qui pointe lorsque l\u2019engagement et la critique pessimiste transparaissent (r\u00e9p\u00e9titions, accumulations, exclamations, locutions idiomatiques, m\u00e9taphores et termes p\u00e9joratifs). Elle a \u00e9galement relev\u00e9 plusieurs exemples de l\u2019approche litt\u00e9raliste de la traduction bosniaque manifeste dans les choix lexicaux (calques) et surtout dans les constructions syntaxiques \u00e9tranges et parfois inacceptables en langue cible; approche qui a d\u2019ailleurs favoris\u00e9 la r\u00e9trotraduction, car elle permet de percevoir en filigrane les mots et les structures originales en fran\u00e7ais. L\u2019auteure d\u00e9taille \u00e9galement quelques renvois au contexte historico-politique et culturel: dates, noms et citations qui ont requis un travail documentaire et en \u00e9quipe pour une r\u00e9trotraduction exacte. Or il s\u2019agit de ce travail en collaboration dont l\u2019auteure rend compte \u00e0 travers la comparaison de quatre versions d\u2019un m\u00eame extrait: la sienne, la version relue par une traductrice fran\u00e7aise bilingue (fran\u00e7ais\/croate), la version propos\u00e9e par les directeurs de la publication qui publiera l\u2019article de Perec et enfin la version d\u00e9finitive r\u00e9sultant d\u2019une n\u00e9gociation fructueuse entre l\u2019auteure et l\u2019une des directrices de la publication. Elle reconna\u020bt que la question de la contrainte dans l\u2019\u00e9criture \u2013intentionnelle dans la litt\u00e9rature oulipienne- dict\u00e9e ici non seulement par les circonstances et par le travail de collaboration, mais \u00e9galement par la responsabilit\u00e9 de retraduire un original peut-\u00eatre encore existant, a constitu\u00e9 un d\u00e9fi hypercontraignant que Perec aurait sans doute appr\u00e9ci\u00e9!<\/p>\n\n\n\n<p>Beate Langenbruch pr\u00e9sente elle aussi son exp\u00e9rience de retraduction du <em>cordel<\/em> br\u00e9silien en fran\u00e7ais dans sa contribution intitul\u00e9e \u201cP\u00e9r\u00e9grinations transeurop\u00e9ennes et transatlantiques de la mati\u00e8re \u00e9pique m\u00e9di\u00e9vale de <em>Fierabras<\/em>. Enjeux de traduction, entre la France et le Br\u00e9sil.\u201d La mati\u00e8re \u00e9pique m\u00e9di\u00e9vale de Fierabras, c\u00e9l\u00e8bre chanson de geste de la fin du XII\u00e8me si\u00e8cle en alexandrins rim\u00e9s, \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9 importante m\u00eame dans les pays les plus lointains tels le Nordeste br\u00e9silien, s\u2019inscrit dans le Cycle du Roi -faits et gestes de Charlemagne et de ses barons- et narre l\u2019histoire de l\u2019Empereur et de ses barons voulant recup\u00e9rer les reliques de la Terre Sainte pill\u00e9es par les pa\u00efens au cours du sac de Rome (p.199). Olivier remporte le combat contre le pa\u00efen Fierabras et r\u00e9cup\u00e8re les reliques qui \u00a0seront conserv\u00e9es en France \u00e0 Saint-Denis et \u00e0 Compi\u00e8gne. Apr\u00e8s avoir constat\u00e9 que la mixit\u00e9 linguistique caract\u00e9rise le genre \u00e9pique espagnol, allemand et portugais m\u00e9di\u00e9val dans lequel on assiste \u00e0 \u201cl\u2019affrontement embl\u00e9matique des Chr\u00e9tiens et des Sarrasins dans la chanson de geste, conflit g\u00e9opolitique et culturel que l\u2019opposition linguistique renforce\u201d (p. 198), l\u2019auteure analyse l\u2019histoire et la forme des traductions inaugurales de <em>Fierabras<\/em>. Les manuscrits en vers de <em>Fierabras<\/em> \u00e9taient nombreux et traduits dans maintes langues europ\u00e9ennes: d\u2019abord manuscrites et en vers jusqu\u2019\u00e0 la fin du XIV\u00e8me si\u00e8cle en occitan, n\u00e9erlandais, anglais et italien (<em>cantari <\/em>en<em> ottava rima<\/em>), puis manuscrites mais en prose -latin, ga\u00eblique irlandais- puis imprim\u00e9es et en prose -espagnol et allemand (1478)- et enfin traduites sur le mod\u00e8le espagnol dans le domaine lusophone marquant ainsi la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration traductionnelle pr\u00e9f\u00e9rant la prose \u00e9rudite et rythm\u00e9e aux adaptations orales et populaires. C\u2019est l\u2019\u00e9crivain et po\u00e8te Leandro Gomes de Barros, n\u00e9 dans le Nordeste br\u00e9silien, qui composa le <em>cordel<\/em> carolingien, branche d\u2019un genre populaire br\u00e9silien \u201cmoule po\u00e9tique flexible, strophique, adapt\u00e9 \u00e0 la litt\u00e9rature populaire, dans lequel il coule encore d\u2019autres narrations, certaines tir\u00e9es des livres de colportage europ\u00e9ens et d\u2019inspiration m\u00e9di\u00e9vale\u201d (p.204). Vaut-il mieux imiter le texte source jusqu\u2019au calque des structures et du vocabulaire ou se limiter \u00e0 en transmettre le sens en l\u2019adaptant librement? Les avis sont partag\u00e9s. Le <em>cordel<\/em> br\u00e9silien \u00e9tant r\u00e9solument populaire, les traductions de <em>Fierabras<\/em> opposent les translations \u00e9rudites en prose et les traductions populaires souvent en vers pour le vaste public, m\u00eame illetr\u00e9.\u00a0 Beate Langenbruch a r\u00e9trotraduit en fran\u00e7ais ces deux <em>cordels<\/em> carolingiens en rendant les <em>d\u00e9cimas<\/em> portugaises (dizains de vers en heptasyllabes) en vers, forme s\u2019imposant \u00e0 elle par le rythme, la musicalit\u00e9, le m\u00e8tre, les rimes (p.209). Elle a remarqu\u00e9 les sp\u00e9cificit\u00e9s orales rapprochant ces textes br\u00e9siliens des textes en ancien fran\u00e7ais. C\u2019est cette d\u00e9couverte qui la fait affirmer: \u201ctraduire le patrimoine populaire du Br\u00e9sil vers le fran\u00e7ais peut \u00eatre une exp\u00e9rience \u00e9tonnamment proche de la traduction d\u2019un texte d\u2019ancien fran\u00e7ais vers la langue moderne\u201d (p.213).<\/p>\n\n\n\n<p>Marie-Claire Durand-Guiziou t\u00e9moigne de son exp\u00e9rience de traductrice dans son \u00e9tude sur \u201cLa traduction po\u00e9tique, questionnement et plaisir esth\u00e9tique, une gageure. La traduction des <em>Roses d\u2019Hercule<\/em> du po\u00e8te espagnol Tom\u00e1s Morales.\u201d Apr\u00e8s avoir constat\u00e9 l\u2019importance de documents attestant la gen\u00e8se d\u2019une oeuvre ainsi que tout autre production \u00e9crite utile \u00e0 \u00e9clairer l\u2019interpr\u00e9tation d\u2019un texte po\u00e9tique, elle rel\u00e8ve \u201cEn amont, c\u2019est aussi l\u2019affinit\u00e9 avec le texte po\u00e9tique et l\u2019empathie \u00e0 l\u2019\u00e9gard du po\u00e8te qui entrent en jeu. En aval, \u00e0 l\u2019issue du dialogue qui devient intime avec le texte source, c\u2019est la naissance d\u2019une nouvelle cr\u00e9ation po\u00e9tique et esth\u00e9tique, qui n\u2019est pas sans apporter au traducteur son lot de souffrance, dont le contrepoint se r\u00e9v\u00e8le fort heureusement dans une jouissance int\u00e9rieure stimulante\u201d (p.217). Ce rapport au texte source elle l\u2019a exp\u00e9riment\u00e9 avec \u00e9motion en traduisant deux ann\u00e9es durant le recueil <em>Las Rosas de Hercules<\/em> du po\u00e8te espagnol de la Grande Canarie Tomas Morales Castellano (1884-1921). Les cent deux po\u00e8mes qui le composent se distinguent par l\u2019\u00e9vocation de figures mythologiques -en particulier d\u2019Hercule-, de motifs tir\u00e9s de la tradition classique et du pass\u00e9 l\u00e9gendaire: la puissance de l\u2019Oc\u00e9an, la \u201cforce tellurique de la nature des \u00eeles dans leur cr\u00e9ation premi\u00e8re\u201d (p.219), l\u2019espace portuaire de la ville de Las Palmas. Cet imaginaire s\u2019exprime de mani\u00e8re polyphonique dans un style qui se caract\u00e9rise par une multiplicit\u00e9 de genres po\u00e9tiques: hymnes, ballades, sonnets, \u00e9loges, odes, all\u00e9gories, \u00e9p\u00eetres, \u00e0 la m\u00e9trique vari\u00e9e; par une exub\u00e9rance verbale et une attention port\u00e9e \u00e0 la sonorit\u00e9 des vers. A\u2019 ces aspects de sa po\u00e9sie s\u2019est consacr\u00e9e la traductrice en reproduisant les \u00e9chos internes, les assonances et les allit\u00e9rations gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019homophonie pour recr\u00e9er les rimes ainsi que les sp\u00e9cificit\u00e9s syntaxiques -polysynd\u00e8tes, hyperbates, rejets, enjambements- et s\u00e9mantiques -richesse verbale, synonymes, m\u00e9taphores, n\u00e9ologismes aussi bien que la ponctuation expressive fid\u00e8le au texte source. Les po\u00e8mes cit\u00e9s en langue originale et dans leur traduction en fran\u00e7ais sont analys\u00e9s dans le d\u00e9tail surtout dans leur dimension rythmique et sonore apte \u00e0 sugg\u00e9rer la correspondance entre acte amoureux et acte cr\u00e9ateur (<em>Criselefantina<\/em>) ou la profanation de l\u2019\u00eele par les colonisateurs britanniques (<em>Ils d\u00e9barqu\u00e8rent et inond\u00e8rent<\/em>). L\u2019auteure aborde ensuite la question de l\u2019intertextualit\u00e9 qui nourrit les po\u00e8mes de Morales \u201cespace de connivence avec le lecteur\u201d (p.227) ainsi que ses cr\u00e9ations verbales audacieuses visant l\u2019originalit\u00e9 et exprimant son \u00e9nergie d\u00e9bordante, telle la cr\u00e9ation du syntagme \u201conda midacrit\u00e1nea\u201d dans \u201c<em>L\u2019Ode \u00e0 l\u2019Atlantique<\/em>\u201d traduite par \u201cl\u2019onde mitacritan\u00e9e\u201d (du navigateur grec Midacrite). A\u2019 la lumi\u00e8re de son exp\u00e9rience, elle conclut sur l\u2019unicit\u00e9 de toute cr\u00e9ation po\u00e9tique et par cons\u00e9quent sur la singularit\u00e9 de la m\u00e9thodologie traductive mise en pratique par chaque traducteur sous sa responsabilit\u00e9 assum\u00e9e, difficilement g\u00e9n\u00e9ralisable \u00e0 d\u2019autres textes.<\/p>\n\n\n\n<p>Maria Teresa Giaveri dans ses r\u00e9flexions intitul\u00e9es \u201cLa traduction face \u00e0 la critique g\u00e9n\u00e9tique\u201d rappelle que le travail d\u00e9licat du traducteur a souvent suscit\u00e9 un vocabulaire imag\u00e9. Tel est le cas de l\u2019analogie entre traduction et hospitalit\u00e9 qu\u2019elle rel\u00e8ve chez le po\u00e8te et critique Antonio Prete, traducteur du <em>Livre de l\u2019Hospitalit\u00e9<\/em> (1991) d\u2019Edmond Jab\u00e8s. Hospitalit\u00e9 d\u00e9finie comme reconnaissance et accueil de celui qui s\u2019arr\u00eate en chemin. Cette image d\u2019Antoine Berman &#8211;<em>La traduction et la Lettre<\/em> <em>ou l\u2019Auberge du lointain<\/em> (1991) ou le magnifique ouvrage l\u2019<em>Epreuve de l\u2019\u00e9tranger <\/em>(1984) &#8211; notoire \u00e0 tout traductologue ainsi que celle propos\u00e9e par le po\u00e8te russe Josiph Brodsky d\u2019une m\u00e9taphore amoureuse o\u00f9 traduire \u201ccorrespond \u00e0 la tentative de serrer dans ses bras un corps \u201cautre\u201d, un corps que l\u2019on essaie de poss\u00e9der pour en faire sa propre chair\u201d (p.235). Ou encore telle la pr\u00e9paration minutieuse d\u2019une tasse de caf\u00e9 \u201csavoureuse m\u00e9taphore de la t\u00e2che du traducteur\u201d (p.236) dans la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre d\u2019Eduardo de Filippo <em>Questi fantasmi<\/em> o\u00f9 les fant\u00f4mes sont \u2013par une nouvelle m\u00e9taphore- les termes de th\u00e9orisation de la pratique traduisante \u201ctraductologie\u201d ou \u201ccritique g\u00e9n\u00e9tique\u201d, termes d\u00e9routants voire effrayants pour les traducteurs bien qu\u2019ils valorisent et l\u00e9gitiment scientifiquement leur activit\u00e9. Maria Teresa Giaveri retrace ensuite l\u2019histoire de la critique g\u00e9n\u00e9tique en France et celle de la \u201ccritica delle varianti\u201d ou \u201cvariantistica\u201d du philologue romaniste Gianfranco Contini en Italie, o\u00f9 la terminologie g\u00e9n\u00e9tique fran\u00e7aise, introduite par l\u2019auteure \u00e0 partir des ann\u00e9es 1990, a donn\u00e9 lieu \u00e0 l\u2019appellatif \u201cfilologia d\u2019autore\u201d pour d\u00e9signer l\u2019origine du parcours critique italien. L\u2019\u00e9tude de sa gen\u00e8se valorise la traduction comme \u00e9tape \u00e9ventuelle dans un parcours de cr\u00e9ation (p.242), pose le probl\u00e8me de son auctorialit\u00e9 et repr\u00e9sente un geste herm\u00e9neutique lors de la retraduction d\u2019une oeuvre par le m\u00eame traducteur comme c\u2019est le cas de l\u2019auteure pour ses retraductions de Val\u00e9ry.<\/p>\n\n\n\n<p>Madeleine Stratford et M\u00e9lanie Rivet rendent compte d\u2019une exp\u00e9rience captivante pour investiguer et \u00e9valuer l\u2019influence de la consultation des sources sur la cr\u00e9ativit\u00e9 en traduction. Leur contribution intitul\u00e9e \u201cDans la t\u00eate de la traductrice. L\u2019influence des outils sur la cr\u00e9ativit\u00e9 en traduction litt\u00e9raire\u201d d\u00e9crit le processus de traduction en fran\u00e7ais du roman <em>Swim<\/em> de Marianne Apostolides (<em>Elle nage<\/em>, La Peuplade, 2016). S\u2019inscrivant dans une d\u00e9marche g\u00e9n\u00e9tique, les deux auteures exploitent le potentiel de logiciels sp\u00e9cialis\u00e9s pour observer <em>in fieri <\/em>le d\u00e9roulement du processus de traduction dans sa dynamique: expressions du visage, commentaires verbalis\u00e9s et actions de la traductrice ont \u00e9t\u00e9 film\u00e9s et enregistr\u00e9s par un logiciel de captures d\u2019\u00e9cran (BB Flashback Pro 5), les brouillons conserv\u00e9s ainsi que le journal de bord rapportant les \u00e9tapes de travail et les \u00e9motions de la traductrice d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 analyser son propre processus de cr\u00e9ation. Le corpus comprend 64 s\u00e9ances pour un total de 87 heures et 59 mn de travail sur une p\u00e9riode de 21 jours (24 juin-30 juillet 2015). Les sources utilis\u00e9es sont des dictionnaires &#8211;<em>Petit Robert, Robert et Collins, Google Linguee, Le Grand Dictionnaire Terminologique, Merriam-Webster, Antidote<\/em> (synonymes)- des bases terminologiques <em>Termium Plus<\/em> et Internet consult\u00e9s tr\u00e8s souvent dans les moments intenses de travail sur des segments de texte -la s\u00e9ance 17 a enregistr\u00e9 102,6 consultations de l\u2019heure- (p.247-249). Les auteures proc\u00e8dent ensuite en d\u00e9taillant leur m\u00e9thodologie et en formulant des d\u00e9ductions: calcul des consultations des sources par s\u00e9ance, observation des actions \u2013r\u00e9flexion, permutations ou ajustements de segments, insertion de mots, effacement des choix- comparaison des segments traduits avec l\u2019original et la version publi\u00e9e. Elles analysent enfin deux segments repr\u00e9sentatifs en constatant que \u201crien n\u2019est traduit de fa\u00e7on \u201clitt\u00e9rale\u201d (p. 254), car la traductrice proc\u00e8de \u00e0 un \u201cva-et-vient constant entre ses intuitions premi\u00e8res et leur v\u00e9rification\u201d (p.255) et concluent leur recherche en cours en constatant que \u201cles sources apparaissent donc ici \u00e0 la fois comme des embrayeurs de cr\u00e9ativit\u00e9 et des garde-fous emp\u00eachant une cr\u00e9ativit\u00e9 non ad\u00e9quate. Bref, ces r\u00e9sultats portent \u00e0 croire qu\u2019en cours de traduction, les consultations semblent alimenter et baliser la r\u00e9flexion cr\u00e9ative de la traductrice plut\u00f4t que de fournir des solutions proprement dites\u201d (p. 255-256).<\/p>\n\n\n\n<p>[Antonella LEONCINI BARTOLI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Genevi\u00e8ve Henrot Sostero (dir.), Arch\u00e9ologie(s) de la traduction, Classiques Garnier (coll. \u00ab&nbsp;Translatio \u00bb), Paris, 2020, p. 303. Dans son Avant-propos au volume, Genevi\u00e8ve Henrot Sostero d\u00e9taille et circonscrit le champ des multiples \u00e9tudes r\u00e9centes sur \u201cl\u2019\u00e9crit en train de se faire\u201d (p.8). Le processus dynamique de cr\u00e9ation analys\u00e9 et interpr\u00e9t\u00e9 dans ses diff\u00e9rents stades et\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2021\/11\/03\/genevieve-henrot-sostero-dir-archeologies-de-la-traduction\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[30],"tags":[],"class_list":["post-436","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-44"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/436"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=436"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/436\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":452,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/436\/revisions\/452"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=436"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=436"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=436"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}