{"id":39,"date":"2020-11-05T17:47:42","date_gmt":"2020-11-05T16:47:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/carnets2\/?p=39"},"modified":"2021-10-31T19:15:03","modified_gmt":"2021-10-31T18:15:03","slug":"delphine-bernhard-maryvonne-boisseau-christophe-gerard-thierry-grass-amalia-todirascu-eds-la-neologie-en-contexte-cultures-situations-textes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2020\/11\/05\/delphine-bernhard-maryvonne-boisseau-christophe-gerard-thierry-grass-amalia-todirascu-eds-la-neologie-en-contexte-cultures-situations-textes\/","title":{"rendered":"Delphine BERNHARD, Maryvonne BOISSEAU, Christophe GERARD, Thierry GRASS, Amalia TODIRASCU (\u00e9ds.), La n\u00e9ologie en contexte : cultures, situations, textes, \u00c9ditions Lambert-Lucas (\u00ab La Lexicoth\u00e8que \u00bb), Limoges, 2018, 304 pages."},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Avant de pr\u00e9senter les contributions du volume <em>La n\u00e9ologie en contexte&nbsp;: cultures, situations, textes<\/em>, Christophe G\u00e9rard (\u00ab&nbsp;Le contexte, m\u00e9connu c\u00e9l\u00e8bre des \u00e9tudes de n\u00e9ologie&nbsp;\u00bb, pp. 9-21) souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de contextualiser les n\u00e9ologismes dans la situation sociohistorique et dans la typologie de contextes (extra)linguistiques qui en provoquent l\u2019apparition, mais conclut que l\u2019attention port\u00e9e aux divers contextes en tant que champs de recherche demeure lacunaire. Si les \u00e9tudes se consacrent g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 la \u00ab&nbsp;langue&nbsp;\u00bb ou au \u00ab&nbsp;domaine&nbsp;\u00bb en tant que contextes, beaucoup d\u2019autres possibilit\u00e9s restent insuffisamment explor\u00e9es, comme par exemple, le \u00ab&nbsp;style collectif&nbsp;\u00bb, la \u00ab&nbsp;lin\u00e9arit\u00e9 du texte&nbsp;\u00bb, l\u2019\u00ab&nbsp;idiolecte&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;point de vue&nbsp;\u00bb, et surtout les \u00ab&nbsp;genres&nbsp;\u00bb, plus ou moins n\u00e9olog\u00e8nes et n\u00e9olophores.<\/p>\n\n\n\n<p>Suit un article de synth\u00e8se par Jean-Fran\u00e7ois SABLAYROLLES (\u00ab&nbsp;Les n\u00e9ologismes ne naissent pas dans les choux&nbsp;\u00bb, pp. 23-38) qui, apr\u00e8s avoir montr\u00e9 que l\u2019opposition entre n\u00e9ologisme de luxe et n\u00e9cessaire n\u2019est plus op\u00e9ratoire parce que \u00ab&nbsp;rien n\u2019est sans raison&nbsp;\u00bb, discute la variabilit\u00e9 du degr\u00e9 de \u00ab&nbsp;n\u00e9ologicit\u00e9&nbsp;\u00bb selon les langues et les variantes diatopiques d\u2019une langue et selon d\u2019autres facteurs plus ou moins n\u00e9olog\u00e8nes tels les domaines du savoir, les genres de discours et les \u00e9poques litt\u00e9raires. L\u2019auteure montre aussi l\u2019importance d\u2019autres facteurs comme l\u2019extension de la \u00ab&nbsp;diffusion&nbsp;\u00bb des n\u00e9ologismes et la diversit\u00e9 des contextes dans lesquels ils sont cr\u00e9\u00e9s, comme la lexicalisation, la d\u00e9terminologisation, l\u2019\u00e9change interdomanial et le contact intralinguistique. Ce qui unit toutes ces pistes est donc le poids que le co(n)texte joue sur l\u2019apparition d\u2019un n\u00e9ologisme.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re partie, <em>D\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre&nbsp;: traduire et emprunter<\/em>, se penche sur la traduction et l\u2019emprunt ainsi que sur les risques d\u2019interf\u00e9rences entre les langues et cultures en contact dans l\u2019activit\u00e9 n\u00e9ologique.<\/p>\n\n\n\n<p>Lina SADER FEGHALI (\u00ab&nbsp;Dans les coulisses de la traduction lexicale en traductologie&nbsp;\u00bb, pp. 41-53) aborde le probl\u00e8me de la terminologie de la traductologie en arabe, qui n\u00e9cessite la formation de n\u00e9ologismes. L\u2019auteure dresse un bilan d\u2019un projet conduit \u00e0 l\u2019\u00c9cole de traducteurs et d\u2019interpr\u00e8tes de Beyrouth, afin de doter les traducteurs d\u2019une telle terminologie en arabe (accompagn\u00e9e de d\u00e9finitions, exemples et notes d\u2019usage), par l\u2019adaptation de l\u2019ouvrage quadrilingue (fran\u00e7ais, anglais, espagnol, allemand) <em>Terminologie de la traduction <\/em>de Delisle <em>et al.<\/em> (1999). Sader Feghali pr\u00e9sente enfin un nouveau projet de recherche, compl\u00e9mentaire au premier, qui vise les termes de la traductologie et se pr\u00e9sente comme un chantier n\u00e9ologique pour l\u2019arabe.<\/p>\n\n\n\n<p>Corinne BRICMAAN (\u00ab&nbsp;Traduire les n\u00e9ologismes des discours officiels chinois&nbsp;: entre <em>skopos<\/em> et <em>soft power<\/em>. \u00c9tude de cas&nbsp;\u00bb, pp. 55-66) s\u2019int\u00e9resse par contre aux n\u00e9ologismes qui habitent les discours chinois autour du <em>soft<\/em> <em>power<\/em> \u2013 rendu en termes de \u00ab&nbsp;force, puissance culturelle douce&nbsp;\u00bb (p. 56) qui restaurerait le d\u00e9ficit d\u2019image de la R\u00e9publique populaire \u2013, sur le mod\u00e8le contextuel sociocognitif qui en est \u00e0 l\u2019origine, et sur leur restitution internationale. L\u2019auteure \u00e9tudie ainsi les traductions officielles des nouveaux termes chinois, li\u00e9s aux id\u00e9ologies de la R\u00e9publique populaire aussi bien qu\u2019\u00e0 ses strat\u00e9gies politiques internationales. Dans un tel contexte les traducteurs deviennent des instruments de la construction de l\u2019identit\u00e9 nationale et la th\u00e9orie du <em>skopos<\/em> perd sa valeur. Ensuite, Bricmaan montre toute la force de la lexie \u00ab&nbsp;r\u00eave chinois&nbsp;\u00bb, que le pr\u00e9sident Xi Jinping a lanc\u00e9e en 2012 lors d\u2019une visite \u00e0 l\u2019exposition permanente du Mus\u00e9e national, intitul\u00e9e \u00ab&nbsp;la Voie du Renouveau&nbsp;\u00bb, et qui incarne le filtre id\u00e9ologique auquel les traducteurs chinois sont soumis.<\/p>\n\n\n\n<p>Corina VELEANU (\u00ab&nbsp;L\u2019entr\u00e9e des termes anglais en \u2013<em>ing<\/em> dans le vocabulaire juridique des langues romanes&nbsp;\u00bb, pp. 67-81) \u00e9tudie l\u2019int\u00e9gration de 13 termes juridiques anglais et am\u00e9ricains en \u2013<em>ing<\/em> repr\u00e9sentant des nouveaux concepts juridiques (<em>grooming<\/em>, <em>leasing<\/em>, <em>dumping<\/em>, <em>auditing<\/em>, etc.), aux langues-cultures juridiques de fran\u00e7ais, roumain, italien, espagnol et portugais, tels qu\u2019ils sont utilis\u00e9s par les interpr\u00e8tes  simultan\u00e9s du Parlement europ\u00e9en et dans d\u2019autres corpus secondaires. Il apparait que ces termes montrent une grande stabilit\u00e9 s\u00e9mantique dans le passage d\u2019une langue \u00e0 l\u2019autre et que les langues-cultures italienne et roumaine sont plus pr\u00e9dispos\u00e9es \u00e0 l\u2019int\u00e9gration d\u2019emprunts, notamment mais non seulement en \u2013<em>ing<\/em>, alors que le fran\u00e7ais et le portugais se montrent plus conservateurs, avec une fr\u00e9quence des anglicismes qui d\u00e9croit dans le temps au profit d\u2019\u00e9quivalents et d\u2019officialismes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans leur article, Najet BOUTMGHARINE et John HUMBLEY (\u00ab&nbsp;Adapter la <em>class action<\/em> aux soci\u00e9t\u00e9s francophones&nbsp;: enjeux juridiques et linguistiques&nbsp;\u00bb, pp. 83-96) examinent un corpus journalistique et un corpus juridique afin de d\u00e9crire l\u2019adaptation du terme \u00ab&nbsp;class action&nbsp;\u00bb, issu de la <em>Common law<\/em> am\u00e9ricaine et concernant le droit des consommateurs, dans diff\u00e9rentes soci\u00e9t\u00e9s francophones (France, Qu\u00e9bec, Belgique, Suisse, UE) relevant du Droit civil, dont ils esquissent la situation juridique par rapport au dispositif r\u00e9glant les droits collectifs. Ils analysent \u00e0 la fois le contexte institutionnel qui influence la n\u00e9ologie juridique et administrative (notamment lorsque les formes linguistiques adopt\u00e9es peuvent refl\u00e9ter la volont\u00e9 politique du l\u00e9gislateur) et la variation textuelle et discursive qui accompagnent les termes aff\u00e9rant \u00e0 \u00ab&nbsp;class action&nbsp;\u00bb dans la presse (par exemple, la pr\u00e9sence ou l\u2019absence de gloses ou de marques typographiques).<\/p>\n\n\n\n<p>Christine JACQUET-PFAU (\u00ab&nbsp;A propos des emprunts n\u00e9ologiques dans le discours journalistique&nbsp;: marquage et commentaires&nbsp;\u00bb, pp. 97-109) choisit elle-aussi un corpus journalistique afin d\u2019\u00e9tudier la r\u00e9ception de quelques emprunts n\u00e9ologiques reconnaissables formellement, susceptibles de ne pas \u00eatre encore compris par le lecteur, issus des modes alimentaires et des pratiques professionnelles. L\u2019auteure analyse le contexte m\u00e9talinguistique journalistique qui accompagne ces emprunts et qui offre essentiellement des informations linguistiques d\u2019ordre \u00e9tymologique et d\u00e9finitionnel, auquel s\u2019ajoute la pr\u00e9sence du marquage typographique qui v\u00e9hicule le point de vue du journaliste, notamment pour ce qui est de la synonymie, avec la mention d\u2019\u00e9quivalents propos\u00e9s dans un bin\u00f4me \u00e0 ordonnancement textuel variable. Jacquet-Pfau se penche enfin sur la position des emprunts dans la structure de l\u2019article, lesquels peuvent \u00eatre plac\u00e9s aussi dans le titre ou dans les intertitres, avec reprise ou non de l\u2019unit\u00e9 lexicale dans l\u2019article.<\/p>\n\n\n\n<p>Par une collecte de mots effectu\u00e9e sur le terrain en 2015, Jean-Paul BALGA (\u00ab&nbsp;La cr\u00e9ation lexicale en situation de contact de langues&nbsp;: la morphologie lexicale du fran\u00e7ais parl\u00e9 au nord-Cameroun&nbsp;\u00bb, pp. 111-125) \u00e9tudie une vari\u00e9t\u00e9 du fran\u00e7ais du nord-Cameroun, notamment le \u00ab&nbsp;dialecte fran\u00e7ais&nbsp;\u00bb parl\u00e9 \u00e0 Maroua, influenc\u00e9 par un fort contact plurilinguistique o\u00f9 le fran\u00e7ais est langue officielle, le fulfulde est langue v\u00e9hiculaire, mais d\u2019autres langues telles le tupuri, le guisiga, le mundang, le masana, etc. sont employ\u00e9es et fournissent des emprunts. L\u2019auteur mesure l\u2019ampleur du contact entre le fran\u00e7ais et la socio-culture camerounaise et montre que le dialecte fran\u00e7ais du nord-Cameroun consid\u00e9r\u00e9 exploite toutes les strat\u00e9gies de cr\u00e9ativit\u00e9 lexicale issues de la d\u00e9rivation (impropre, r\u00e9gressive, pr\u00e9fixation, suffixation), tout en privil\u00e9giant la composition et l\u2019abr\u00e8gement de formes fran\u00e7aises ou emprunt\u00e9es aux langues en contact.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie, <em>Point de vue, interpr\u00e9tation et cr\u00e9ation<\/em>, s\u2019occupe du rapport que les individus entretiennent avec la langue, qui les conduit \u00e0 appliquer de diff\u00e9rentes conceptions du monde, c\u2019est-\u00e0-dire de diff\u00e9rents points de vue, aux produits de l\u2019activit\u00e9 langagi\u00e8re, ce qui en influence \u00e0 la fois la production et la r\u00e9ception.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans son article, Philippe SELOSSE (\u00ab&nbsp;\u2018L\u2019Ordonnance de Soissons\u2019&nbsp;: la latinisation des phytonymes vernaculaires fran\u00e7ais dans le <em>De Natura Stirpium<\/em> de Jean Ruel (1536)&nbsp;\u00bb, pp. 129-143) met en exergue l\u2019originalit\u00e9 du premier recensement de la nomenclature vernaculaire fran\u00e7aise des plantes, propos\u00e9 par le botaniste Jean Ruel dans son <em>De Natura Stirpium <\/em>(1536), qui consiste en la latinisation des phytonymes locaux fran\u00e7ais, jusque-l\u00e0 n\u2019existant qu\u2019en forme orale, dans un esprit ouvertement humaniste. Cette conception, \u00e9loign\u00e9e de la d\u00e9marche n\u00e9onymique moderne, a permis \u00e0 Ruel de recueillir les emprunts (sans ou avec latinisation et ajout d\u2019un affixe flexionnel) et les calques (morphologiques ou r\u00e9f\u00e9rentiels) en usage \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et d\u2019en l\u00e9gitimer l\u2019emploi en reliant le savoir fran\u00e7ais sur les plantes au savoir ancien, par le biais d\u2019une \u00ab&nbsp;n\u00e9o-latinisation&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7oise Dufour et Fanny RINCK (\u00ab&nbsp;<em>Castorin<\/em>, <em>maltol\u00e9<\/em>, <em>ozonique<\/em>\u2026 La cr\u00e9ativit\u00e9 lexicale dans les descriptions d\u2019odeurs par les experts&nbsp;\u00bb, pp. 145-158) s\u2019int\u00e9ressent au domaine des odeurs et \u00e0 la cr\u00e9ativit\u00e9 lexicale (caract\u00e9ris\u00e9e d\u2019emprunts \u00e0 l\u2019anglais et de d\u00e9rivations adjectivales) d\u2019un discours sp\u00e9cialis\u00e9 d\u00e9pourvu d\u2019une nomenclature univoque. Ils ont sollicit\u00e9 35 experts parfumeurs et aromaticiens \u00e0 \u00e9voquer 20 mol\u00e9cules odorantes distinctes, et ont \u00e9tudi\u00e9 la dimension langagi\u00e8re de leur expertise, telle qu\u2019elle s\u2019exprime dans la description olfactive. Il en r\u00e9sulte, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, une pluralit\u00e9 de descripteurs choisis par les experts afin de verbaliser les sensations \u00e9voqu\u00e9es par une m\u00eame mol\u00e9cule \u2013 ce qui t\u00e9moigne du caract\u00e8re subjectif de la perception, qui conditionne le discours de l\u2019olfaction et lui conf\u00e8re une dimension idiolectale \u2013 et, de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, que ces termes ne co\u00efncident pas avec ceux qui seraient employ\u00e9s par un non-expert, ce qui en confirme par contre le degr\u00e9 de sp\u00e9cialisation et la n\u00e9cessit\u00e9 \u00ab&nbsp;de se mettre d\u2019accord \u00e0 plusieurs sur ce que \u2018\u00e7a\u2019 sent&nbsp;\u00bb (p. 146).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019implication de la subjectivit\u00e9 dans la perception des n\u00e9ologismes fait \u00e9galement l\u2019objet de l\u2019\u00e9tude de Jean-Fran\u00e7ois SABLAYROLLES (\u00ab&nbsp;Interpr\u00e9tation de n\u00e9ologismes en co(n)textes&nbsp;\u00bb, pp. 159-166), qui montre que le recours aux gloses explicatives t\u00e9moigne souvent de l\u2019autocritique du sujet parlant envers sa cr\u00e9ation (par exemple, dans le cas d\u2019adaptations transcat\u00e9gorielles inusit\u00e9es), soit-elle formelle ou combinatoire, mais toujours relevant du contexte \u00e9nonciatif. Dans le cas des n\u00e9ologismes, l\u2019activit\u00e9 interpr\u00e9tative mise en place par les r\u00e9cepteurs ne se limite pas \u00e0 la compr\u00e9hension d\u2019un n\u00e9ologisme hors contexte, mais s\u2019efforce d\u2019en reconnaitre aussi les motivations. Cette tendance les oblige \u00e0 mobiliser une s\u00e9rie de comp\u00e9tences langagi\u00e8res relevant de la prise en compte du co(n)texte de la cr\u00e9ation lexicale (allant par exemple de la comparaison avec des lexies pr\u00e9existantes \u00e0 la prise en consid\u00e9ration de la combinatoire lexicale).<\/p>\n\n\n\n<p>254 noms en &#8211;<em>eux<\/em> d\u00e9signant des humains (<em>NH-eux<\/em>) font l\u2019objet de l\u2019\u00e9tude de Ann-Lise ROSIO (\u00ab&nbsp;Comparaison de contextes d\u2019emploi des n\u00e9ologismes nominaux en &#8211;<em>eux<\/em> d\u00e9signant des humains&nbsp;\u00bb, pp. 167-181) qui en propose une description s\u00e9mantique, r\u00e9f\u00e9rentielle et modale, afin de d\u00e9passer le concept trop vague de \u00ab&nbsp;connotation n\u00e9gative&nbsp;\u00bb. Il s\u2019av\u00e8re que la plupart de ces noms en &#8211;<em>eux<\/em>, suffixe tr\u00e8s productif mais peu \u00e9tudi\u00e9 et pr\u00e9sent\u00e9 par le <em>TLF<\/em> comme formateurs d\u2019adjectifs, sont employ\u00e9s par les locuteurs afin d\u2019exprimer leur point de vue, qu\u2019ils rel\u00e8vent de la modalit\u00e9 al\u00e9thique classifiante ou bien de la modalit\u00e9 appr\u00e9ciative axiologique. \u00c0 ce stade de la recherche, il r\u00e9sulte \u00e9galement que la modalit\u00e9 appr\u00e9ciative n\u00e9gative se montre ind\u00e9pendante des types de contexte d\u2019usage ou de la sp\u00e9cialisation des sources, alors que le degr\u00e9 de lexicalisation des <em>NH-eux <\/em>semble se d\u00e9placer du formalisme initial vers des contextes plus informels.<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me partie, <em>R\u00f4les du contexte dans les domaines de sp\u00e9cialit\u00e9<\/em>, d\u00e9place l\u2019attention vers les terminologies sp\u00e9cialis\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude de Isabel DESMET et Sandra de CALDAS (\u00ab&nbsp;Cr\u00e9ation lexicale et variation en portugais et en fran\u00e7ais contemporains&nbsp;: contextes, textes et discours dans les sciences sociales, \u00e9conomiques et financi\u00e8res&nbsp;\u00bb, pp. 185-200) analyse les manifestations de quelques m\u00e9canismes de cr\u00e9ation lexicale dans un corpus de 400 articles de presse g\u00e9n\u00e9raliste et de sp\u00e9cialit\u00e9 dans les sciences sociales, \u00e9conomiques et financi\u00e8res, \u00e9crits en fran\u00e7ais et en portugais, et recueillis \u00e0 partir de la pr\u00e9sence de l\u2019emprunt \u00ab&nbsp;yield&nbsp;\u00bb. Ce corpus permet aux auteures d\u2019illustrer diff\u00e9rentes techniques de substitution de termes sp\u00e9cialis\u00e9s et de cr\u00e9ation d\u2019\u00e9quivalents, aussi bien qu\u2019une multiplicit\u00e9 de variations contextuelles, textuelles et discursives, conduisant vers la synonymie terminologique. Cependant, elles concluent \u00e0 ce que le flou d\u00e9nominatif d\u00fb \u00e0 la surabondance de variantes terminologiques touche essentiellement le niveau de la vulgarisation (dans lequel la pr\u00e9sence d\u2019un marquage typographique incoh\u00e9rent ne s\u2019av\u00e8re pas parlant pour ce qui est du degr\u00e9 d\u2019int\u00e9gration des termes), car cette profusion ne se retrouve pas dans des textes sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La diversit\u00e9 des domaines de sp\u00e9cialit\u00e9 fait \u00e9galement l\u2019objet de l\u2019\u00e9tude de H\u00e9l\u00e8ne LEDOUBLE (\u00ab&nbsp;Probl\u00e9matiques li\u00e9es \u00e0 la diffusion de cr\u00e9ations lexicales \u2018complexes\u2019&nbsp;: divergences interpr\u00e9tatives autour de l\u2019unit\u00e9 <em>sociodiversit\u00e9<\/em> dans les discours scientifiques&nbsp;\u00bb, pp. 201-215), qui \u2013 \u00e0 l\u2019aide d\u2019un corpus de 182 articles scientifiques (1994-2015) \u2013 montre que l\u2019amalgame <em>sociodiversit\u00e9<\/em> connait un usage instable tant au plan formel que s\u00e9mantique, ce qui est rendu plus \u00e9vident par l\u2019absence d\u2019une d\u00e9finition de r\u00e9f\u00e9rence. Son sens semble donc d\u00e9clencher de nombreuses interpr\u00e9tations divergentes au sein du discours scientifique francophone. Si la lexie se caract\u00e9rise par deux s\u00e8mes essentiels, \/pluralit\u00e9\/ et \/\u00eatres vivants\/, les autres s\u00e8mes qui lui sont tour \u00e0 tour associ\u00e9s (par exemple, \/citoyens\/, \/modes de vie\/, \/esp\u00e8ces animales\/, \/b\u00e2timents\/, etc.) varient en fonction du contexte d\u2019emploi, d\u00e9clin\u00e9 en forme de d\u00e9finition, glose, explicitation, etc. et selon le domaine disciplinaire dans lequel on l\u2019emploie (sciences de l\u2019environnement, sociologiques, agronomiques, de la vie, \u00e9conomiques, juridiques, etc.).<\/p>\n\n\n\n<p>Anne CONDAMINES (\u00ab&nbsp;La transitivation des compl\u00e9ments circonstanciels dans le sport et les loisirs, en situation d\u2019implication affective&nbsp;: n\u00e9ologie s\u00e9mantique ou simple variation argumentale&nbsp;?&nbsp;\u00bb, pp. 217-229) se concentre sur le domaine du sport et des loisirs et observe une modification syntaxique remarquable, c\u2019est-\u00e0-dire la transitivation des compl\u00e9ments circonstanciels, notamment dans des co(n)textes qui impliquent et manifestent la subjectivit\u00e9 du locuteur. Ainsi, il s\u2019av\u00e8re que souvent dans les blogs, les sites personnels et les forums concernant la p\u00eache et la chasse (sond\u00e9s via Google), le compl\u00e9ment circonstanciel indiquant le lieu d\u2019une activit\u00e9 se trouve en position d\u2019argument-objet, dans des constructions de type [<em>p\u00eacher<\/em> + d\u00e9t. + <em>rivi\u00e8re<\/em>] ou [<em>chasser<\/em> + d\u00e9t. + N]. Celles-ci semblent v\u00e9hiculer une dimension affective et attribuent aux deux verbes pris en consid\u00e9ration un sens nouveau, \u00e9troitement li\u00e9 \u00e0 des situations de communication particuli\u00e8res, qui n\u2019est pas (encore) recens\u00e9 dans les dictionnaires.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Jana ALTMANOVA (\u00ab&nbsp;Les d\u00e9riv\u00e9s de l\u2019onomastique commerciale entre <em>brandverbing<\/em> et cr\u00e9ativit\u00e9 des locuteurs&nbsp;\u00bb, pp. 231-244) s\u2019int\u00e9resse quant \u00e0 elle au statut linguistique de l\u2019onomastique commerciale et de sa s\u00e9mantique, notamment \u00e0 l\u2019implantation lexicale des noms de marque (NdM) et des noms de produits (NdP). Elle analyse en particulier la mani\u00e8re dont les locuteurs modifient et transforment un certain nombre de NdM et de NdP \u2013 recueillis dans des blogs et de forums, qui semblent \u00eatre un terrain propice \u00e0 leur \u00e9mergence \u2013 lesquels,  \u00e9tant des noms propres, fonctionnent de mani\u00e8re diff\u00e9rente en fonction du degr\u00e9 de lexicalisation qu\u2019ils atteignent et de leur charge lexiculturelle. Ainsi, des d\u00e9riv\u00e9s cr\u00e9atifs et originaux concernant plusieurs classes morphologiques (d\u00e9riv\u00e9s verbaux, adjectivaux, nominaux et d\u00e9riv\u00e9s par troncation) fleurissent dans certains contextes \u00e9nonciatifs, qui demeurent d\u2019importance capitale pour leur interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<p>La quatri\u00e8me partie est consacr\u00e9e \u00e0 la <em>D\u00e9tection et documentation automatique des n\u00e9ologismes<\/em>, accomplies par la linguistique informatique qui a d\u00e9sormais d\u00e9velopp\u00e9 des outils puissants, comme Logoscope ou N\u00e9oveille pour le fran\u00e7ais, mais qui doit encore r\u00e9soudre des probl\u00e8mes de taille. Les trois contributions suivantes visent donc, chacune selon son approche, \u00e0 \u00e9clairer la n\u00e9cessit\u00e9 de prendre en consid\u00e9ration des facteurs contextuels pour le traitement automatique de la n\u00e9ologie.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019approche statistique et textom\u00e9trique de Fr\u00e9d\u00e9ric ERLOS (\u00ab&nbsp;Sur la houle des donn\u00e9es textuelles&nbsp;: enjeux du pilotage d\u2019un dispositif textom\u00e9trique d\u00e9di\u00e9 au rep\u00e9rage des n\u00e9ologismes d\u2019un sociolecte&nbsp;\u00bb, pp. 247-264) vise \u00e0 identifier les n\u00e9ologismes sans recourir \u00e0 un corpus d\u2019exclusion externe. Sa m\u00e9thode se fonde sur une \u00ab&nbsp;norme endog\u00e8ne&nbsp;\u00bb, notion sur laquelle l\u2019auteur d\u00e9veloppe une r\u00e9flexion rigoureuse, qui consiste en l\u2019emploi d\u2019un dispositif outill\u00e9 organis\u00e9 sous la forme de s\u00e9ries textuelles chronologiques (STC), notamment dans le genre discursif du \u00ab&nbsp;parler d\u2019entreprise&nbsp;\u00bb (circulaires et documents de r\u00e9f\u00e9rence, 2010-2014). Cette d\u00e9marche compare le vocabulaire d\u2019un ensemble de textes avec le dernier texte qui lui est ajout\u00e9, et extrait des candidats n\u00e9ologismes \u00e0 l\u2019aide de techniques statistiques non seulement sur la base de leur originalit\u00e9, mais aussi de leur sp\u00e9cificit\u00e9 et fr\u00e9quence dans le texte ajout\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon Yulya KORENCHUK (\u00ab&nbsp;Identification automatique de familles morphologiques et de n\u00e9ologismes&nbsp;\u00bb, pp. 265-279) l\u2019extraction de n\u00e9ologismes terminologiques \u00e0 fr\u00e9quence faible gagne \u00e0 \u00eatre enrichie par le regroupement de termes proches m\u00eame lorsqu\u2019ils ne suivent pas l\u2019ordre alphab\u00e9tique. Elle travaille donc \u00e0 l\u2019identification automatique de familles morphologiques en fran\u00e7ais, anglais et allemand, par le biais d\u2019un moyen original&nbsp;: les \u00ab&nbsp;n-grammes de caract\u00e8res&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire des s\u00e9quences de caract\u00e8res d\u2019une longueur d\u00e9finie <em>n<\/em>, extraites \u00e0 partir de termes candidats dans leur forme lemmatis\u00e9e. Par exemple, \u00e0 partir du terme <em>nanostructure<\/em>, elle obtient les quadrigrammes \u00ab&nbsp;nano&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;anos&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;nost&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;ostr&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;truc&nbsp;\u00bb, acquis directement \u00e0 partir du corpus analys\u00e9 et lanc\u00e9s \u00e0 la recherche de n\u00e9ologismes qui les contiennent. Bien qu\u2019une validation manuelle demeure n\u00e9cessaire, dans les domaines sp\u00e9cialis\u00e9s consid\u00e9r\u00e9s les scores moyens sont tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s, surtout pour l\u2019anglais (97,33%) et l\u2019allemand (95,67%) alors qu\u2019ils restent en peu plus bas pour le fran\u00e7ais qui s\u2019atteste \u00e0 89,33%.<\/p>\n\n\n\n<p>Si les deux contributions pr\u00e9c\u00e9dentes se penchent notamment sur la d\u00e9tection des n\u00e9ologismes, l\u2019article de Amalia TODIRA\u015eCU (N\u00e9ologie et genres textuels&nbsp;: comment caract\u00e9riser les genres journalistiques pour la classification automatique&nbsp;?&nbsp;\u00bb, pp. 281-297) souligne que celle-ci doit n\u00e9cessairement \u00eatre li\u00e9e \u00e0 la <em>documentation<\/em> de leurs contextes. La documentation doit elle aussi \u00eatre automatis\u00e9e afin d\u2019\u00e9liminer l\u2019intervention humaine, et doit tenir compte du lien entre le genre et la cr\u00e9ation lexicale, puisque le genre influence, entre autres, le choix du vocabulaire et fait partie des variables discursives qui aident l\u2019interpr\u00e9tation s\u00e9mantique et formelle des n\u00e9ologismes ainsi que leur diffusion. L\u2019objectif de l\u2019auteure est donc d\u2019int\u00e9grer au projet Logoscope une classification automatique des genres journalistiques (\u00e9ditorial, n\u00e9crologes, br\u00e8ves, etc.) permettant de les identifier \u00e0 partir de diverses propri\u00e9t\u00e9s linguistiques et d\u2019identifier, par cons\u00e9quence, les n\u00e9ologismes qui y apparaissent.<\/p>\n\n\n\n<p>[Chiara PREITE]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant de pr\u00e9senter les contributions du volume La n\u00e9ologie en contexte&nbsp;: cultures, situations, textes, Christophe G\u00e9rard (\u00ab&nbsp;Le contexte, m\u00e9connu c\u00e9l\u00e8bre des \u00e9tudes de n\u00e9ologie&nbsp;\u00bb, pp. 9-21) souligne la n\u00e9cessit\u00e9 de contextualiser les n\u00e9ologismes dans la situation sociohistorique et dans la typologie de contextes (extra)linguistiques qui en provoquent l\u2019apparition, mais conclut que l\u2019attention port\u00e9e aux divers\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2020\/11\/05\/delphine-bernhard-maryvonne-boisseau-christophe-gerard-thierry-grass-amalia-todirascu-eds-la-neologie-en-contexte-cultures-situations-textes\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,1],"tags":[],"class_list":["post-39","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-41","category-senza-categoria"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=39"}],"version-history":[{"count":8,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":442,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/39\/revisions\/442"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=39"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=39"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=39"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}