{"id":371,"date":"2021-11-04T12:49:05","date_gmt":"2021-11-04T11:49:05","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=371"},"modified":"2021-11-07T11:06:37","modified_gmt":"2021-11-07T10:06:37","slug":"gabriella-carobbio-cecile-desoutter-aurora-fragonara-eds-macht-ratio-und-emotion-diskurse-im-digitalen-zeitalter-pouvoir-raison-et-emotion-les-discours-a-lere-du-numerique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2021\/11\/04\/gabriella-carobbio-cecile-desoutter-aurora-fragonara-eds-macht-ratio-und-emotion-diskurse-im-digitalen-zeitalter-pouvoir-raison-et-emotion-les-discours-a-lere-du-numerique\/","title":{"rendered":"Gabriella CAROBBIO, C\u00e9cile DESOUTTER, Aurora FRAGONARA (\u00e9ds.), Macht, Ratio und Emotion: Diskurse im digitalen Zeitalter \/ Pouvoir, raison et \u00e9motion : les discours \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique"},"content":{"rendered":"\n<p>Gabriella CAROBBIO, C\u00e9cile DESOUTTER, Aurora FRAGONARA (\u00e9ds.), Macht, Ratio und Emotion: Diskurse im digitalen Zeitalter \/ Pouvoir, raison et \u00e9motion : les discours \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique, Peter Lang, Bern (Linguistic Insights. Studies in Language and Communication, vol. 275), 2020, pp. 223.<\/p>\n\n\n\n<p>Les contributions propos\u00e9es dans ce volume s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 l\u2019expression linguistique du pouvoir, de la raison et des \u00e9motions dans diff\u00e9rents types de discours num\u00e9riques et s\u2019interrogent sur la pertinence des cadres th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques traditionnels dans l\u2019analyse de ces nouveaux corpus. En effet, comme le soulignent Carobbio, Desoutter et Fragonara dans leur <em>Introduction<\/em> (pp. 15-20), les discours num\u00e9riques natifs devraient stimuler \u00ab&nbsp;une analyse non logocentr\u00e9e&nbsp;\u00bb (p. 16), fond\u00e9e sur la prise en compte du contexte technologique dans lequel apparaissent ces productions verbales. L\u2019expression linguistique de la raison et de l\u2019\u00e9motion est ainsi explor\u00e9e dans des domaines sociaux vari\u00e9s (discours politique, juridique, m\u00e9dical, etc.) et dans deux langues diff\u00e9rentes&nbsp;: le fran\u00e7ais et l\u2019allemand. Les \u00e9tudes r\u00e9unies dans le volume, r\u00e9alis\u00e9es par des linguistes et analystes du discours germanistes et francisantes, se proposent notamment d\u2019\u00ab&nbsp;offrir un espace franco-allemand de partage de m\u00e9thodologies et de pratiques de recherche&nbsp;\u00bb (p. 17). Toutefois, seules les contributions en fran\u00e7ais seront ici pr\u00e9sent\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re partie de l\u2019ouvrage rassemble des \u00e9tudes qui s\u2019interrogent sur l\u2019application&nbsp; m\u00e9thodologique d\u2019outils num\u00e9riques ou qui abordent la question de l\u2019articulation entre raison et \u00e9motion en ayant recours \u00e0 des corpus informatis\u00e9s. <\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi G. Drouet, (\u00ab&nbsp;Contredire avec \u00ab&nbsp;en m\u00eame temps&nbsp;\u00bb&nbsp;: de la conciliation au cheval de Troie discursif&nbsp;\u00bb, pp. 45-62) analyse-t-elle le fonctionnement discursif du marqueur <em>en m\u00eame temps<\/em>, dont l\u2019usage particuli\u00e8rement fr\u00e9quent dans les discours \u00e9lectoraux d\u2019Emmanuel Macron a suscit\u00e9 un vif int\u00e9r\u00eat dans les m\u00e9dias. L\u2019\u00e9tude se fonde sur l\u2019observation des diff\u00e9rents emplois de ce connecteur dans des interactions naturelles issues de la base de donn\u00e9es multimodale CLAPI et d\u2019un corpus d\u2019entretiens m\u00e9dicaux, mais s\u2019appuie \u00e9galement sur des extraits litt\u00e9raires tir\u00e9s de FRANTEXT. L\u2019analyse de ces diff\u00e9rentes donn\u00e9es permet de reconduire les usages de cet outil discursif \u00e0 deux cas de figure principaux, en fonction de son emploi intra- ou inter-locuteurs. Dans le premier cas, le marqueur \u00e9tablit une corr\u00e9lation discursive entre deux segments de discours produits par un seul et m\u00eame locuteur. Au del\u00e0 d\u2019une connexion temporelle fond\u00e9e sur la simultan\u00e9it\u00e9, cette tournure permet d\u2019exprimer soit une connexion contrast\u00e9e fond\u00e9e sur la juxtaposition de deux arguments oppos\u00e9s que le parall\u00e9lisme temporel rend \u00ab&nbsp;acceptable&nbsp;\u00bb (p. 49), soit une mise en sc\u00e8ne \u00e9nonciative contradictoire, par laquelle le locuteur r\u00e9alise un v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;tour de force \u00e9nonciatif&nbsp;\u00bb (p. 50) en projetant une simultan\u00e9it\u00e9 feinte qui s\u2019inscrit dans une \u00ab&nbsp;rh\u00e9torique de la conciliation&nbsp;\u00bb (p. 51). L\u2019emploi du marqueur <em>en m\u00eame temps<\/em> dans des \u00e9changes plurilocuteurs semble r\u00e9pondre, en revanche, \u00e0 trois objectifs diff\u00e9rents. S\u2019appuyant sur les cat\u00e9gories de concordance \u00ab&nbsp;concordante&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;discordante&nbsp;\u00bb et de&nbsp; \u00ab&nbsp;&nbsp;discordance discordante&nbsp;\u00bb propos\u00e9es par Rabatel (2008), l\u2019auteure attribue au connecteur trois fonctions distinctes&nbsp;: l\u2019introduction d\u2019un argument suppl\u00e9mentaire qui renforcerait le premier argument tout en le d\u00e9passant (\u00ab&nbsp;concordance concordante&nbsp;\u00bb), la juxtaposition de deux arguments \u00ab&nbsp;partiellement anti-orient\u00e9s&nbsp;\u00bb (p. 53) par l\u2019ajout d\u2019un argument venant restreindre la port\u00e9e de celui de son interlocuteur sans pourtant l\u2019annuler (\u00ab&nbsp;concordance discordante&nbsp;\u00bb) et la r\u00e9futation explicite de l\u2019argument de l\u2019interlocuteur qui correspondrait \u00e0 une forme de \u00ab&nbsp;discordance discordante&nbsp;\u00bb. Du point de vue pragmatique, l\u2019usage d\u2019<em>en m\u00eame temps <\/em>semble \u00eatre li\u00e9 \u00e0 deux finalit\u00e9s distinctes&nbsp;: d\u2019une part le marqueur fonctionnerait en tant qu\u2019\u00ab&nbsp;adoucisseur ir\u00e9nique&nbsp;\u00bb (p. 55) susceptible d\u2019att\u00e9nuer la valeur pol\u00e9mique d\u2019une r\u00e9futation frontale, d\u2019autre part son emploi serait li\u00e9 \u00e0 une strat\u00e9gie argumentative tr\u00e8s subtile permettant de simuler un faux consensus afin d\u2019\u00ab&nbsp;endormir la vigilance de l\u2019interlocuteur&nbsp;\u00bb (p. 59) et d\u2019introduire une r\u00e9futation au dernier moment sous les apparences d\u2019un simple ajustement.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la contribution de Claudia Cagninelli (\u00ab&nbsp;Pronoms personnels et relations de pouvoir dans le d\u00e9bat parlementaire&nbsp;\u00bb, pp. 83-102), la relation entre discours et pouvoir est examin\u00e9e \u00e0 travers l\u2019observation de strat\u00e9gies de r\u00e9f\u00e9renciation pronominale mises en \u0153uvre dans l\u2019espace parlementaire. L\u2019\u00e9tude, qui s\u2019inscrit dans le cadre th\u00e9orico-m\u00e9thodologique de l\u2019analyse du discours, s\u2019interroge sur les effets argumentatifs li\u00e9s \u00e0 l\u2019usage des pronoms personnels sujet dans la construction des <em>eth\u00e8 <\/em>des groupes parlementaires qui s\u2019affrontent \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e Nationale. Le corpus se fonde plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur une s\u00e9lection de comptes rendus officiels du d\u00e9bat relatif \u00e0 la proposition de loi sur l\u2019extension du d\u00e9lit d\u2019entrave \u00e0 l\u2019interruption volontaire de grossesse (IVG) ayant eu lieu entre d\u00e9cembre 2016 et f\u00e9vrier 2017. Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 les caract\u00e9ristiques principales du genre discursif et interactionnel observ\u00e9, l\u2019auteure pr\u00e9sente les r\u00e9sultats d\u2019une analyse quantitative, men\u00e9e \u00e0 l\u2019aide de deux logiciels informatiques (Iramuteq et TXM), sur les r\u00e9seaux th\u00e9matiques, les associations de mots et les formes pronominales les plus fr\u00e9quentes dans le discours des d\u00e9batteurs. Ainsi le pronom sujet <em>nous <\/em>appara\u00eet-il comme une forme privil\u00e9gi\u00e9e d\u2019expression chez les d\u00e9fenseurs du projet de loi alors que le <em>vous<\/em> est nettement pr\u00e9pond\u00e9rant dans le discours des parlementaires qui s\u2019y opposent. Une analyse qualitative des cooccurrences de ces pronoms a permis en outre de d\u00e9gager des tendances associatives sur la base de la valeur r\u00e9f\u00e9rentielle de la forme pronominale et de son cotexte discursif. L\u2019auteure montre notamment que les proposants peuvent utiliser le <em>nous<\/em> pour valoriser l\u2019activit\u00e9 gouvernementale, pour faire appel \u00e0 \u00ab&nbsp;la responsabilit\u00e9 du bon parlementaire&nbsp;\u00bb (p. 92) ou pour d\u00e9velopper une \u00ab&nbsp;rh\u00e9torique du dissensus&nbsp;\u00bb (<em>Ibidem<\/em>) qui radicalise l\u2019opposition. L\u2019usage de <em>vous<\/em> chez ces m\u00eames locuteurs semble r\u00e9pondre, en revanche, \u00e0 deux objectifs sp\u00e9cifiques&nbsp;: si le pronom assure d\u2019un c\u00f4t\u00e9 la contextualisation de la r\u00e9futation en renvoyant aux actions et discours antagonistes exprim\u00e9s ant\u00e9rieurement, de l\u2019autre il permet d\u2019introduire un contre-argument ancr\u00e9 sur une concession. Dans le discours des opposants, l\u2019emploi dominant du <em>vous<\/em> semble s\u2019associer \u00e0 la volont\u00e9 de d\u00e9voiler l\u2019incoh\u00e9rence du discours adverse \u00e0 travers des proc\u00e9dures de disqualification, alors que le <em>nous <\/em>est en revanche utilis\u00e9 pour exprimer une prise de position dissensuelle ou pour signaler l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019une action conjointe. Aussi la manipulation de l\u2019opposition pronominale <em>nous-vous<\/em> semble-t-elle jouer un r\u00f4le crucial dans l\u2019activit\u00e9 argumentative des participants et dans la construction de leurs images discursives.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les contributions de la seconde partie, le num\u00e9rique est con\u00e7u en tant qu\u2019environnement de production des discours.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi C\u00e9cile Desoutter, (\u00ab&nbsp;Quand les d\u00e9cisions de justice rendent compte d\u2019un \u00e9tat \u00e9motionnel \u00e0 partir de smileys, \u00e9motic\u00f4nes ou \u00e9mojis&nbsp;\u00bb, pp. 123-142) s\u2019int\u00e9resse-t-elle aux pictogrammes utilis\u00e9s dans les discours num\u00e9riques natifs comme vecteurs d\u2019expression \u00e9motionnelle. Elle s\u2019interroge plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur la prise en compte et l\u2019interpr\u00e9tation de ces \u00e9l\u00e9ments non verbaux dans la jurisprudence fran\u00e7aise de la derni\u00e8re d\u00e9cennie (p\u00e9riode allant de 2011 \u00e0 2019). Les 36 d\u00e9cisions de justice examin\u00e9es, qui portent sur des litiges relevant du domaine du droit du travail (contestation de licenciement), sont issues de deux \u00e9diteurs priv\u00e9s (Dalloz et Lexis-Nexis) et de l\u2019\u00e9diteur public Legifrance. Dans ce contexte, les pictogrammes mentionn\u00e9s par les juges proviennent le plus souvent de messages consid\u00e9r\u00e9s par l\u2019une des parties au proc\u00e8s comme des actes de harc\u00e8lement ou d\u2019atteinte aux droits au respect de la vie priv\u00e9e ou \u00e0 l\u2019image. Apr\u00e8s une mise au point terminologique concernant les termes \u00ab&nbsp;smiley&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00e9motic\u00f4ne&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;\u00e9moji&nbsp;\u00bb, qui pr\u00eatent parfois \u00e0 confusion, l\u2019auteure analyse la fa\u00e7on dans laquelle ces \u00e9l\u00e9ments iconiques sont pris en compte et trait\u00e9s dans les d\u00e9cisions de justice. Elle identifie notamment trois modalit\u00e9s de restitution verbale&nbsp;: le signalement, par lequel l\u2019\u00e9nonc\u00e9 de la d\u00e9cision mentionne la pr\u00e9sence du pictogramme en le d\u00e9signant par l\u2019un des trois termes-cl\u00e9s&nbsp;; la description qui ajoute des d\u00e9tails susceptibles de favoriser la repr\u00e9sentation mentale des pictogrammes (par exemple, \u00ab&nbsp;un smiley qui pleure&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;un smiley en col\u00e8re&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;l\u2019\u00e9motic\u00f4ne aux multiples sourires&nbsp;\u00bb, p. 143)&nbsp;; et l\u2019interpr\u00e9tation, par laquelle la d\u00e9cision de justice fournit des informations sur la modalisation \u00e9nonciative r\u00e9alis\u00e9e par l\u2019\u00e9l\u00e9ment iconique et s\u2019efforce d\u2019en d\u00e9chiffrer la signification, compte tenu des difficult\u00e9s li\u00e9es aux divergences d\u2019interpr\u00e9tation entre les instances d\u2019\u00e9mission et de r\u00e9ception. Bien que les juges exploitent ces pictogrammes comme des indices susceptibles d\u2019orienter leur parcours d\u00e9cisionnel, d\u2019apr\u00e8s C. Desoutter le processus de r\u00e9daction et de publication des d\u00e9cisions de justice n\u2019est pas encore adapt\u00e9 \u00e0 ce qui s\u2019\u00e9crit dans les environnements connect\u00e9s. En effet, \u00ab&nbsp;la croissance exponentielle&nbsp;\u00bb (p. 140) des \u00e9motic\u00f4nes dans les d\u00e9cisions judiciaires, que des recherches r\u00e9centes men\u00e9es dans le domaine de la jurisprudence nord-am\u00e9ricaine ne font que confirmer (Goldman 2018 et Bich-Carri\u00e8re 2019), devrait amener \u00e0 repenser la fa\u00e7on d\u2019analyser les discours num\u00e9riques natifs dont la composante technique est loin d\u2019\u00eatre accessoire. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Aurora Fragonara (\u00ab&nbsp;Le m\u00e9decin locuteur en ligne&nbsp;: l\u2019empathie \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de l\u2019objectivit\u00e9 scientifique&nbsp;\u00bb, pp. 163-181) explore, pour sa part, les rapports entre \u00e9motion et raison dans le discours m\u00e9dical. Elle s\u2019int\u00e9resse plus pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 la modalit\u00e9 de prise en compte du point de vue de l\u2019autre, en l\u2019occurrence le patient, dans les discours produits par des m\u00e9decins sur un forum de consultations en ligne. Le corpus, qui se fonde sur l\u2019archive d\u2019une rubrique du site d\u2019Information m\u00e9dicale \u00ab&nbsp;Docteurclic&nbsp;\u00bb, se compose d\u2019un ensemble d\u2019\u00e9changes de type questions-r\u00e9ponses, produits en juin 2019, entre des patients et des m\u00e9decins sp\u00e9cialistes. Apr\u00e8s avoir d\u00e9crit les sp\u00e9cificit\u00e9s situationnelles de ce genre d\u2019interaction m\u00e9di\u00e9e par ordinateur, l\u2019auteure souligne l\u2019ambivalence de la posture du scripteur expert, qui d\u2019une part doit fournir un diagnostic objectif, scientifique et pr\u00e9cis, mais qui est confront\u00e9 d\u2019autre part \u00e0 la subjectivit\u00e9, aux attentes et aux \u00e9motions du patient. Ainsi l\u2019auteure mobilise-t-elle le concept d\u2019empathie afin de mieux appr\u00e9hender la dynamique complexe des rapports entre soignant et soign\u00e9. Loin de relever de l\u2019\u00e9motivit\u00e9 pure, l\u2019empathie pr\u00e9suppose en effet un mouvement r\u00e9flexif qui consiste \u00e0 \u00ab&nbsp;se mettre \u00e0 la place d\u2019autrui&nbsp;\u00bb (p. 166) et \u00ab&nbsp;\u00e0 adopter sa vision des faits ou d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 donn\u00e9e&nbsp;\u00bb (<em>Ibidem<\/em>).&nbsp;L\u2019\u00e9nonciation empathique reposerait plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur une phase de \u00ab&nbsp;d\u00e9centrement&nbsp;\u00bb, caract\u00e9ris\u00e9e par l\u2019int\u00e9gration du point de vue de l\u2019autre, suivie d\u2019un \u00ab&nbsp;recentrement sur soi, qui&nbsp;r\u00e9installe une distance entre les individus concern\u00e9s et permet d\u2019\u00e9viter le glissement de l\u2019empathie vers la contagion \u00e9motionnelle&nbsp;\u00bb (<em>Ibidem<\/em>). A. Fragonara s\u2019interroge donc sur la pr\u00e9sence de marques d\u2019empathie dans les r\u00e9ponses post\u00e9es par les m\u00e9decins et pr\u00e9sente les r\u00e9sultats d\u2019une analyse qualitative r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 travers l\u2019application des outils th\u00e9orico-m\u00e9thodologiques de la linguistique \u00e9nonciative et textuelle. Elle parvient \u00e0 identifier trois diff\u00e9rents types d\u2019expression empathique : le degr\u00e9 0, caract\u00e9ris\u00e9 par la construction d\u2019un ethos professionnel exempt de toute trace empathique,&nbsp;et les degr\u00e9 1 et 2 qui int\u00e8grent le point de vue du patient, m\u00eame si de mani\u00e8re diff\u00e9rente. En effet, dans le premier cas (degr\u00e9 1), l\u2019expression de l\u2019empathie se v\u00e9rifie \u00e0 des endroits sp\u00e9cifiques du message par l\u2019insertion d\u2019\u00ab&nbsp;\u00eelots textuels empathiques&nbsp;\u00bb&nbsp;(p. 175), dans le second (degr\u00e9 2), elle se manifeste par un entrelacement des points de vue, qui introduit dans le discours scientifique des indices de projection imaginative du v\u00e9cu du patient ou de reconstruction de ses \u00e9tats \u00e9motionnels. Comme l\u2019observe l\u2019auteure, cette inclusion du point de vue du patient ne rentre pas en conflit avec l\u2019ethos professionnel du m\u00e9decin, mais permet au contraire \u00ab&nbsp;de mieux asseoir son autorit\u00e9 aupr\u00e8s de ses locuteurs au de-l\u00e0 de l\u2019\u00e9cran&nbsp;\u00bb (p. 179).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa contribution, Camelia Cusnir (\u00ab\u00a0Les \u00ab\u00a0influenceurs\u00a0\u00bb\u00a0: construction d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 en ligne \u00e0 travers le discours. Le cas des \u00e9lections europ\u00e9ennes 2019 en Roumanie\u00a0\u00bb, pp. 205-219) \u00e9tudie les strat\u00e9gies discursives mobilis\u00e9es par des leaders d\u2019opinion roumains dans les r\u00e9seaux sociaux afin de favoriser la participation citoyenne aux \u00e9lections europ\u00e9ennes de 2019. Le corpus d\u2019analyse se compose notamment des messages publi\u00e9s sur Facebook ou Twitter par des \u00ab\u00a0macro-influenceurs\u00a0\u00bb (p. 205) politiques b\u00e9n\u00e9ficiant d\u2019une grande popularit\u00e9 en Roumanie\u00a0: un chanteur\/acteur, un philosophe et quatre journalistes de la radio et de la t\u00e9l\u00e9vision. S\u2019inspirant du mod\u00e8le propos\u00e9 par Van Leeuwen (2007), l\u2019auteure identifie trois types de strat\u00e9gies de l\u00e9gitimation susceptibles de renforcer la cr\u00e9dibilit\u00e9 de ces influenceurs et de d\u00e9terminer la r\u00e9ussite de l\u2019effet performatif recherch\u00e9, \u00e0 savoir la mobilisation de la citoyennet\u00e9. Elle observe notamment que la construction de la l\u00e9gitimation se r\u00e9alise le plus fr\u00e9quemment par \u00ab\u00a0mythopo\u00ef\u00e8se\u00a0\u00bb (p. 212), c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 travers des narrations all\u00e9goriques susceptibles de convaincre les communaut\u00e9s virtuelles \u00e0 adopter un certain comportement. Qu\u2019elles se fondent sur la cr\u00e9ation de personnages imaginaires ou bien sur la production de mini-r\u00e9cits rapportant les difficult\u00e9s rencontr\u00e9es par les Roumains de la diaspora au moment du vote, ces narrations se proposent de d\u00e9noncer la mauvaise organisation des \u00e9lections par le gouvernement et de solliciter chez les citoyens l\u2019exercice du pouvoir de sanction. La construction de la l\u00e9gitimation repose par ailleurs sur le recours \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 du mod\u00e8le, par exemple lorsque le leader d\u2019opinion exalte sa participation au vote au moyen de d\u00e9clarations et photos, mais semble s\u2019appuyer \u00e9galement sur des proc\u00e9d\u00e9s de rationalisation qui utilisent des arguments pragmatiques. Dans tous les cas, ces strat\u00e9gies semblent avoir contribu\u00e9 sensiblement \u00e0 la mobilisation au vote en Roumanie, pays o\u00f9 le nombre de votants a connu \u00ab\u00a0l\u2019une des plus fortes augmentations de toute l\u2019Union europ\u00e9enne par rapport aux \u00e9lections pr\u00e9c\u00e9dentes de 2014\u00a0\u00bb (p. 217).<\/p>\n\n\n\n<p>[Elisa RAVAZZOLO]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Gabriella CAROBBIO, C\u00e9cile DESOUTTER, Aurora FRAGONARA (\u00e9ds.), Macht, Ratio und Emotion: Diskurse im digitalen Zeitalter \/ Pouvoir, raison et \u00e9motion : les discours \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique, Peter Lang, Bern (Linguistic Insights. Studies in Language and Communication, vol. 275), 2020, pp. 223. Les contributions propos\u00e9es dans ce volume s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 l\u2019expression linguistique du pouvoir, de\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2021\/11\/04\/gabriella-carobbio-cecile-desoutter-aurora-fragonara-eds-macht-ratio-und-emotion-diskurse-im-digitalen-zeitalter-pouvoir-raison-et-emotion-les-discours-a-lere-du-numerique\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":15,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[30],"tags":[],"class_list":["post-371","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-44"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/371"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/15"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=371"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/371\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":473,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/371\/revisions\/473"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=371"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=371"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=371"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}