{"id":29,"date":"2020-11-01T16:39:56","date_gmt":"2020-11-01T15:39:56","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/carnets2\/?p=29"},"modified":"2020-11-08T14:36:28","modified_gmt":"2020-11-08T13:36:28","slug":"laura-calabrese-dir-le-commentaire-du-manuscrit-a-la-toile-le-discours-et-la-langue-112-2019","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2020\/11\/01\/laura-calabrese-dir-le-commentaire-du-manuscrit-a-la-toile-le-discours-et-la-langue-112-2019\/","title":{"rendered":"Laura CALABRESE (dir.), Le commentaire : du manuscrit \u00e0 la toile, Le discours et la langue, 11(2), 2019"},"content":{"rendered":"\n<p>Laura CALABRESE (dir.), <em>Le commentaire : du manuscrit \u00e0 la toile<\/em>, <em>Le discours et la langue<\/em>, 11(2), 2019, 224 p.<\/p>\n\n\n\n<p>Coordonn\u00e9 par Laura CALABRESE, le dernier num\u00e9ro de <em>Le discours et la langue<\/em> se propose d\u2019analyser la pratique s\u00e9culaire du commentaire dans une perspective historique, afin d\u2019en rep\u00e9rer les transformations et les continuit\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re des mutations sociales et technologiques survenues au fil du temps. Adoptant diverses approches, les articles du num\u00e9ro contribuent \u00e0 reconstruire la g\u00e9n\u00e9alogie g\u00e9n\u00e9rale du commentaire, \u00e0 travers sa pluralit\u00e9 de formes, de types de discours premier auxquels il se rattache, de pratiques sociales dont il rel\u00e8ve, mais constituant toujours \u00ab le point de rencontre de la lecture et de l\u2019\u00e9criture \u00bb (p. 8).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article introductif de Laura CALABRESE, \u00ab Le commentaire : continuit\u00e9s et mutations d\u2019un outil au service de la lecture et de l\u2019\u00e9criture \u00bb (p. 7-28), vise \u00e0 retracer les \u00e9tapes principales de l\u2019\u00e9volution de cette pratique ancienne en transformation constante. Calabrese passe en revue plusieurs notions se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 l\u2019activit\u00e9 de commenter un texte, avant de se pencher sur la vari\u00e9t\u00e9 des formes et des fonctions qu\u2019elle a eues au cours des si\u00e8cles. En partant de l\u2019Antiquit\u00e9 et du Moyen \u00c2ge quand le commentaire consistait en un examen minutieux du texte, Calabrese d\u00e9crit ensuite sa transformation en outil herm\u00e9neutique de nature p\u00e9dagogique et normative, jusqu\u2019\u00e0 enfin rendre compte des formes contemporaines, \u00e9merg\u00e9es \u00e0 la suite de la r\u00e9volution num\u00e9rique et de l\u2019av\u00e8nement des m\u00e9dias sociaux. \u00c0 partir de ce tour d\u2019horizon, l\u2019auteure montre que, m\u00eame dans les dispositifs contemporains, le commentaire garde ses fonctions historiques : il permet de g\u00e9rer le texte primaire, de contr\u00f4ler son interpr\u00e9tation, ou encore de r\u00e9actualiser des liens avec d\u2019autres textes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019analyse de la clef de lecture men\u00e9e par Anna ARZOUMANOV a pour objectif de rep\u00e9rer les caract\u00e9ristiques propres \u00e0 cette forme de commentaire pratiqu\u00e9e au cours des XVIIe et XVIIIe si\u00e8cles (\u00ab \u00c0 la recherche d\u2019une forme type du commentaire d\u2019Ancien R\u00e9gime. L\u2019exemple des clefs de lecture \u00bb, p. 29-40). Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 les traits d\u00e9finitoires du commentaire, Arzoumanov observe que, au niveau linguistique, la clef de lecture se rapproche de la glose, en raison de sa fonction d\u2019\u00e9claircir les allusions r\u00e9f\u00e9rentielles du texte comment\u00e9, bien qu\u2019elle comporte aussi des arguments en soutien de l\u2019identification de l\u2019individu historique reconnu. De plus, il arrive souvent que la vis\u00e9e d\u2019\u00e9claircissement s\u2019accompagne de l\u2019opinion du commentateur, qui profite de la souplesse de la clef pour gommer les traces de sa subjectivit\u00e9, tout en donnant au commentaire une apparence d\u2019objectivit\u00e9. Selon l\u2019auteure, la clef de lecture constitue donc une forme hybride, qui dissimule les jugements subjectifs derri\u00e8re une glose r\u00e9f\u00e9rentielle apparemment objective. D\u2019o\u00f9 la possibilit\u00e9 de voir un continuum entre ces deux c\u00f4t\u00e9s de la clef, qui se refl\u00e8tent aussi, avec quelques diff\u00e9rences, dans les commentaires du Web, t\u00e9moignant ainsi de \u00ab l\u2019accentuation d\u2019un paradigme plus qu\u2019une modification en profondeur de sa vis\u00e9e originelle \u00bb (p. 37).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab \u00c9crire avec autrui : commentaires et op\u00e9rations m\u00e9tadiscursives dans les processus d\u2019\u00e9criture collaborative \u00bb (p. 41-61), Pierre-Yves TESTENOIRE dirige l\u2019attention vers les formes de commentaire de nature m\u00e9tadiscursive, pr\u00e9sentes dans le corps d\u2019un texte en cours d\u2019\u00e9laboration. Dans ce cas, auteur et commentateur co\u00efncident ; ayant toujours un statut secondaire par rapport au texte comment\u00e9, le commentaire participe toutefois \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du texte premier. L\u2019\u00e9tude de Testenoire porte sur quelques cas d\u2019\u00e9criture en collaboration de deux linguistes fran\u00e7ais du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle : A. Meillet et J. Vendryes. Dans leurs archives, plusieurs dossiers t\u00e9moignent en effet de cette pratique, qui a \u00e9t\u00e9 exploit\u00e9e pour la production d\u2019ouvrages relevant de genres discursifs diff\u00e9rents, dont un dictionnaire, un cours universitaire de m\u00e9trique latine, accompagn\u00e9 d\u2019un dossier qui atteste la collaboration entre un professeur et un \u00e9tudiant pour son \u00e9dition, ainsi qu\u2019une \u00e9dition et traduction de textes. Apr\u00e8s avoir d\u00e9fini la r\u00e9partition des r\u00f4les impliquant un premier scripteur et un second qui commente, corrige et int\u00e8gre la version initiale, Testenoire aborde la n\u00e9gociation de l\u2019espace graphique, qu\u2019il voit li\u00e9e surtout au format et au support choisis (fiche, cahier, feuillet etc.). Les diff\u00e9rentes op\u00e9rations m\u00e9tadiscursives r\u00e9alis\u00e9es par les seconds scripteurs, telles que l\u2019ajout, la suppression, le remplacement et le d\u00e9placement, sont enfin largement d\u00e9crites et illustr\u00e9es par le biais de plusieurs exemples et images. Ce faisant, Testenoire s\u2019attache \u00e0 rep\u00e9rer les modalit\u00e9s de l\u2019activit\u00e9\u0301 du commentaire et les r\u00e9currences qui se font jour \u00e0 travers la diversit\u00e9\u0301 des genres et des acteurs envisag\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>La variante de l\u2019autocommentaire est analys\u00e9e par Philippe JOUSSET \u00e0 partir d\u2019un ouvrage de Chateaubriand, qui inclue les commentaires de l\u2019auteur sur ses propres manuscrits de jeunesse (\u00ab Chateaubriand juge de Fran\u00e7ois-Ren\u00e9. Modalit\u00e9s et enjeux d\u2019un autocommentaire \u00bb, p. 63-80). Comme Jousset le remarque, il s\u2019agit dans ce cas d\u2019un autocommentaire diff\u00e9r\u00e9, ajout\u00e9 par l\u2019auteur presque trente ans plus tard, dans le but de limiter les lectures possibles du texte \u00ab pass\u00e9 \u00bb, le soumettant \u00e0 une nouvelle grille d\u2019interpr\u00e9tation. \u00c0 travers un choix repr\u00e9sentatif de ces notes, Jousset se propose d\u2019\u00e9tudier la fonction de l\u2019autocommentaire de Chateaubriand, qui se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre ni ancillaire ni marginale. Comme en t\u00e9moigne la syntaxe de ses notes, Chateaubriand se sert de strat\u00e9gies \u00e0 la fois de d\u00e9fense et d\u2019illustration de soi ; modalisation et concession sont les ressources les plus exploit\u00e9es par l\u2019auteur pour m\u00e9nager et exhiber la distance entre les deux points de vue, celui pass\u00e9 et celui pr\u00e9sent. Selon Jousset, le commentaire repr\u00e9sente ainsi un moyen pour Chateaubriand d\u2019entretenir un dialogue avec un soi pass\u00e9, sans s\u2019en dissocier mais plut\u00f4t en le doublant. En l\u2019occurrence, la relative autonomie du texte au second degr\u00e9\u0301 implique un v\u00e9ritable surplomb, au point que Jousset voit l\u2019autocommentaire chateaubrianesque \u00ab comme un hypergenre, autant dire un r\u00e9gime \u00e9nonciatif aux contours relativement ind\u00e9finis \u00bb (p. 75).<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les r\u00e9flexions sur diverses formes de commentaire courantes au cours des XVIIe, XVIIIe et XIXe si\u00e8cles, les contributions suivantes s\u2019int\u00e9ressent aux formes et pratiques issues de l\u2019univers num\u00e9rique. Les commentaires au bas des articles de presse en ligne font l\u2019objet de l\u2019article d\u2019Antoine JACQUET, intitul\u00e9 \u00ab \u2018Y a-t-il un relecteur dans la r\u00e9daction ?\u2019 Quand l\u2019internaute commente la langue des journalistes \u00bb (p. 81-99). Son \u00e9tude s\u2019appuie sur un corpus de 481 commentaires, post\u00e9s par les internautes sur RTBF Info, qui portent sur l\u2019utilisation de la langue de la part des journalistes. Apr\u00e8s une pr\u00e9sentation d\u00e9taill\u00e9e des op\u00e9rations de constitution du corpus et des principes qui les ont guid\u00e9es, Jacquet analyse les ph\u00e9nom\u00e8nes linguistiques qui ont suscit\u00e9 les r\u00e9actions des internautes, les critiques qu\u2019ils avancent, ainsi que la mani\u00e8re dont ils se posent par rapport \u00e0 la langue des journalistes. Une fois \u00e9tablies les cat\u00e9gories de ph\u00e9nom\u00e8nes linguistiques les plus critiqu\u00e9s, Jacquet passe en revue les raisons qui en sont \u00e0 la base, en remarquant un lien non seulement avec les attentes normatives des lecteurs envers les professionnels de l\u2019\u00e9criture en mati\u00e8re de langue, mais aussi avec les conditions et les processus de production de l\u2019information sur le Web. Mauvaise formation, incomp\u00e9tence, fautes abondantes, manque de relecture de la part de la r\u00e9daction, copier-coller diffus : tels sont les reproches le plus souvent adress\u00e9s aux journalistes. L\u2019analyse des postures \u00e9nonciatives des commentateurs pr\u00e9c\u00e8de enfin une r\u00e9flexion sur l\u2019impact de cette forme de participation, qui semble en tout cas favoriser un passage \u00e0 l\u2019action, dans la mesure o\u00f9 les articles concern\u00e9s par ce type de commentaires ont \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 une v\u00e9rification manuelle de la part de la r\u00e9daction.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution d\u2019Oriane DESEILLIGNY, \u00ab La pratique du commentaire : un geste appareill\u00e9 \u00bb (p. 101-115), traite des pratiques technoculturelles de r\u00e9daction de commentaires sur le Web, au prisme de la diversit\u00e9\u0301 des cadres mat\u00e9riels et s\u00e9miotiques, ainsi que des formats qui en d\u00e9finissent les formes scripturaires. Deseilligny souligne en particulier la rupture technique introduite par les r\u00e9seaux sociaux num\u00e9riques, qui appareillent leurs interfaces de mani\u00e8re \u00e0 inviter les internautes \u00e0 intervenir, inscrivant ainsi une dimension dialogique dans l\u2019architexte. Afin de donner un aper\u00e7u de la vari\u00e9t\u00e9 de formes et de modalit\u00e9s du commentaire sur le Web, Deseilligny pr\u00e9sente d\u2019abord certaines pratiques d\u2019\u00e9criture ordinaire, telles que les blogs d\u2019adolescents et les blogs de voyage, ceux-ci \u00e9tant marqu\u00e9s par un d\u00e9sir de reconnaissance, de visibilit\u00e9, ou encore de validation de soi, plut\u00f4t que d\u2019int\u00e9r\u00eats marchands. Puis, elle s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019appareillage logistique et symbolique des commentaires sur Fnac.fr, Amazon.fr, T\u00e9l\u00e9rama.fr. Au-del\u00e0 des diff\u00e9rences rep\u00e9r\u00e9es, Deseilligny fait ressortir l\u2019\u00ab approche m\u00e9tacommunicationnelle \u00bb (p. 102) partag\u00e9e par les trois plateformes num\u00e9riques, qui non seulement donnent des conseils r\u00e9dactionnels, mais configurent aussi des repr\u00e9sentations diverses des internautes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les commentaires publi\u00e9s sur une autre plateforme num\u00e9rique, YouTube, sont analys\u00e9s par C\u00e9lia SCHNEEBELI \u00e0 la lumi\u00e8re des prises de position qu\u2019ils impliquent (\u00ab Les modalit\u00e9s linguistiques du commentaire sur internet comme prise de position (\u201cStance-Taking\u201d) : l\u2019exemple des commentaires sur YouTube \u00bb, p. 117- 129). En effet, cette contribution met en relief la fonction argumentative qu\u2019assume le commentaire dans l\u2019espace num\u00e9rique, o\u00f9 la prise de parole de l\u2019internaute suppose aussi une prise de position. La description du corpus \u2013 constitu\u00e9 d\u2019un \u00e9chantillon al\u00e9atoire de commentaires en langue anglaise relatifs au clip d\u2019une chanson c\u00e9l\u00e8bre en 2015 \u2013 pr\u00e9c\u00e8de la pr\u00e9sentation du mod\u00e8le th\u00e9orique revisit\u00e9 par Schneebeli en fonction des sp\u00e9cificit\u00e9s des interactions sur YouTube. La mani\u00e8re dont l\u2019internaute se positionne et assigne une position aussi bien aux objets de son discours qu\u2019\u00e0 ses interlocuteurs est ensuite analys\u00e9e \u00e0 partir de quatre cat\u00e9gories du positionnement, sur la base des modalit\u00e9s linguistiques et discursives propres \u00e0 chacune. Par de nombreux exemples illustrant les caract\u00e9ristiques de chaque forme de positionnement, Schneebeli s\u2019attache \u00e0 montrer que les commentaires sur YouTube ne peuvent pas \u00eatre r\u00e9duits \u00e0 la simple expression d\u2019un avis. L\u2019internaute se donne une place qui est \u00e0 la fois grammaticale, discursive et sociale ; il attribue des valeurs, affectives ou \u00e9pist\u00e9miques, \u00e0 l\u2019objet de son discours de m\u00eame qu\u2019\u00e0 son interlocuteur, par rapport auquel il peut ou non s\u2019aligner. C\u2019est donc la complexit\u00e9 sociodiscursive sous-tendue \u00e0 la pratique de commenter sur le Web que cette \u00e9tude veut mettre en relief.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution de Val\u00e9rie BONNET s\u2019int\u00e9resse en revanche aux commentaires sportifs post\u00e9s sur sous-forum de discussion de France 2 consacr\u00e9 au rugby (\u00ab Le forum de discussion de France 2 : entre conversation TV et courrier des lecteurs \u00bb, p. 131-144). Les sujets trait\u00e9s et la dynamique des \u00e9changes, portant \u00e0 la fois sur le commentaire des matches de rugby et sur les commentateurs eux-m\u00eames, sont analys\u00e9s \u00e0 partir d\u2019un corpus de 433 posts, selon une d\u00e9marche qualitative. La pr\u00e9sentation de diff\u00e9rentes sortes de commentaires, qui vont de la sociabilit\u00e9 \u00e0 l\u2019affichage des comp\u00e9tences des internautes en la mati\u00e8re, d\u00e9gage la centralit\u00e9 de la question du partage de l\u2019expertise. D\u2019apr\u00e8s l\u2019auteure, les commentaires envisag\u00e9s ont en outre des traits en commun avec \u00e0 la fois la conversation t\u00e9l\u00e9 et le courrier des lecteurs, dans la mesure o\u00f9 ils permettent aux internautes de \u00ab faire lien autour du medium, certes, mais aussi se saisir de cet espace pour traiter de probl\u00e8mes de mani\u00e8re collective \u00bb (p. 143). Bonnet s\u2019interroge ainsi sur le r\u00f4le social de ce type de commentaire, concluant qu\u2019il assume une fonction herm\u00e9neutique qui double et prolonge le commentaire sportif t\u00e9l\u00e9vis\u00e9, et qu\u2019il permet en m\u00eame temps aux t\u00e9l\u00e9spectateurs-commentateurs de n\u00e9gocier leur repr\u00e9sentation d\u2019eux-m\u00eames, aux niveaux aussi bien identitaire que citoyen.<\/p>\n\n\n\n<p>Les commentaires li\u00e9s \u00e0 une autre \u00e9mission de France 2, dans ce cas de nature politique, Des paroles et des actes, sont soumis \u00e0 l\u2019analyse de Hassan ATIFI et Michel MARCOCCIA, qui rel\u00e8ve d\u2019une perspective pragmatique et interactionnelle (\u00ab Commentaires en ligne et t\u00e9l\u00e9vision sociale : l\u2019exemple de l\u2019\u00e9mission Des paroles et des actes (France 2) \u00bb, p. 145-158). Atifi et Marcoccia s\u2019int\u00e9ressent aux tweets affich\u00e9s sur l\u2019\u00e9cran tout au long de l\u2019\u00e9mission politique en question, constituant en cons\u00e9quence un exemple de t\u00e9l\u00e9vision sociale. En d\u2019autres termes, l\u2019\u00e9mission t\u00e9l\u00e9 se sert des technologies de l\u2019information et de la communication pour apporter une dimension communicationnelle enrichie et interactive \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience t\u00e9l\u00e9visuelle. Une fois pr\u00e9sent\u00e9s le corpus et la d\u00e9marche m\u00e9thodologique, Atifi et Marcoccia analysent, d\u2019abord, le cadre participatif et, ensuite, les fonctions pragmatiques des tweets t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s, qui vont de l\u2019\u00e9valuation au d\u00e9cryptage analytique. Ils montrent que ce type de tweets ne peuvent pas \u00eatre r\u00e9duits exclusivement \u00e0 une forme de commentaire, mais ils t\u00e9moignent aussi d\u2019une logique interactionnelle, qui s\u2019exprime sous forme de question et d\u2019interpellation. Selon Atifi et Marcoccia, ce dispositif favorise donc la participation des spectateurs, sans pourtant ne pas permettre une interaction r\u00e9elle entre les deux parties, car leurs discours existent en parall\u00e8le plut\u00f4t que dialoguer entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p>La rubrique Varia se compose de trois articles abordant respectivement les commentaires relatifs \u00e0 une exp\u00e9rience esth\u00e9tique, les incidentes commentatives, et les tournures interrogatives dans le journalisme politique. La premi\u00e8re contribution de Marina KRYLYSCHIN porte sur les commentaires laiss\u00e9s dans les livres d\u2019or d\u2019exposition et vise \u00e0 \u00e9tudier les liens entre la mise en mots de l\u2019exp\u00e9rience esth\u00e9tique, les connaissances donn\u00e9es par les textes d\u2019exposition, et les diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations individuelles et collectives des scripteurs (\u00ab Les commentaires dans les livres d\u2019or d\u2019exposition : une fen\u00eatre sur la verbalisation des exp\u00e9riences esth\u00e9tiques et des repr\u00e9sentations en art \u00bb, p. 161-175). Suivant une d\u00e9marche descriptive-interpr\u00e9tative, Krylyschin part de la description du mat\u00e9riel linguistique et, plus pr\u00e9cis\u00e9ment, des diff\u00e9rentes formes de nominations, de d\u00e9signations et de caract\u00e9risations nominales des \u00e9l\u00e9ments majeurs de la situation d\u2019\u00e9nonciation (tels que l\u2019exposition, le th\u00e8me, les textes expos\u00e9s, l\u2019artiste, les visiteurs, etc.), avant de parvenir \u00e0 synth\u00e9tiser les images les plus fr\u00e9quentes construites en discours. Dans le corpus analys\u00e9, il ressort le caract\u00e8re affectif et expressif des commentaires laiss\u00e9s dans les livres d\u2019or, qui tendent \u00e0 rendre compte de l\u2019expression subjective des effets et des perceptions des \u0153uvres expos\u00e9es, plut\u00f4t que des contenus qu\u2019elles repr\u00e9sentent.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans \u00ab Les incidentes commentatives \u00bb (p. 177-190), Friederike SPITZL-DUPIC s\u2019int\u00e9resse aux caract\u00e9ristiques d\u00e9finitoires et aux fonctions des incidentes qui interrompent la structure morphosyntaxique d\u2019un \u00e9nonc\u00e9 en \u00e9laboration, constituant un commentaire sur celui-ci. Spitzl-Dupic en distingue deux cat\u00e9gories, qui repr\u00e9sentent plut\u00f4t les extr\u00eames d\u2019un <em>continuum<\/em>, sur la base de leur relation avec la <em>quaestio<\/em>, \u00e0 savoir \u00ab ce \u00e0 quoi un texte fournit une r\u00e9ponse ou, dans la perspective de la production, est cens\u00e9e fournir une r\u00e9ponse \u00bb (p. 179). Aux incidentes concernant la <em>quaestio<\/em>, Spitzl-Dupic oppose les incidentes \u00ab commentatives \u00bb qui, tout en ne relevant pas de la <em>quaestio<\/em>, s\u2019inscrivent dans sa gestion, dans la mesure o\u00f9 elles expriment un commentaire l\u00e0-dessous. Les diverses fonctions des incidentes commentatives sont ensuite illustr\u00e9es par le biais d\u2019exemples tir\u00e9s de corpus oraux et \u00e9crits, ressortissant \u00e0 diff\u00e9rents genres textuels. L\u2019\u00e9tude montre qu\u2019elles peuvent contribuer \u00e0 r\u00e9orienter la perspective initiale de la <em>quaestio<\/em>, par l\u2019ajout d\u2019une appr\u00e9ciation des r\u00e9f\u00e9rents ou d\u2019un commentaire m\u00e9tadiscursif, ou elles peuvent en revanche concerner la situation d\u2019\u00e9nonciation. Dans ce second cas, les incidentes commentatives servent pour guider l\u2019attention du destinataire et pour l\u2019orienter, jouant ainsi un r\u00f4le significatif non seulement dans la gestion de l\u2019interlocuteur, mais aussi dans celle de l\u2019ethos de l\u2019auteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les divers recours aux tournures interrogatives sont analys\u00e9s par Louise CHAPUT dans trois genres de textes journalistiques : l\u2019article d\u2019information, l\u2019article d\u2019opinion et le billet de blogue (\u00ab Interrogatives : tension, distance et effets de sens dans le journalisme politique \u00bb, p. 191-212). Plus pr\u00e9cis\u00e9ment, Chaput s\u2019attache \u00e0 \u00e9tudier de quelles mani\u00e8res les formes interrogatives sont exploit\u00e9es par les journalistes pour manifester leur positionnement \u00e9nonciatif et pour \u00e9tablir un contact avec le lecteur. Elle s\u2019int\u00e9resse \u00e9galement aux effets de sens que ces tournures sont susceptibles de produire, en cooccurrence avec d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments, en fonction du genre journalistique et de la vis\u00e9e discursive. L\u2019\u00e9tude des interrogatives en co(n)texte met en relief une large vari\u00e9t\u00e9 d\u2019effets de sens, allant de l\u2019expression de l\u2019incertitude, d\u2019une suggestion, ou encore de prospectives du journaliste, en passant par la volont\u00e9 d\u2019att\u00e9nuer une affirmation, jusqu\u2019\u00e0 la manifestation de l\u2019incompr\u00e9hension, du d\u00e9saccord et de l\u2019indignation. Il ressort en outre que la vis\u00e9e discursive influence aussi bien la fr\u00e9quence du recours aux interrogatives que leurs fonctions, comme en t\u00e9moignent les diff\u00e9rences relev\u00e9es entre l\u2019article d\u2019information, d\u2019une part, et l\u2019article d\u2019opinion et le billet de blogue, de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>[Claudia CAGNINELLI]<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator\"\/>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laura CALABRESE (dir.), Le commentaire : du manuscrit \u00e0 la toile, Le discours et la langue, 11(2), 2019, 224 p. Coordonn\u00e9 par Laura CALABRESE, le dernier num\u00e9ro de Le discours et la langue se propose d\u2019analyser la pratique s\u00e9culaire du commentaire dans une perspective historique, afin d\u2019en rep\u00e9rer les transformations et les continuit\u00e9s \u00e0 la\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2020\/11\/01\/laura-calabrese-dir-le-commentaire-du-manuscrit-a-la-toile-le-discours-et-la-langue-112-2019\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2,1],"tags":[],"class_list":["post-29","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-41","category-senza-categoria"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":30,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29\/revisions\/30"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}