{"id":189,"date":"2021-02-23T19:34:46","date_gmt":"2021-02-23T18:34:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=189"},"modified":"2021-03-05T15:08:01","modified_gmt":"2021-03-05T14:08:01","slug":"paola-paissa-roselyne-koren-eds-du-singulier-au-collectif-constructions-discursives-de-lidentite-collective-dans-les-debats-limoges-lambert-lucas-2020-pp-248","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2021\/02\/23\/paola-paissa-roselyne-koren-eds-du-singulier-au-collectif-constructions-discursives-de-lidentite-collective-dans-les-debats-limoges-lambert-lucas-2020-pp-248\/","title":{"rendered":"Paola PAISSA, Roselyne KOREN (\u00e9ds), Du singulier au collectif : construction(s) discursive(s) de l\u2019identit\u00e9 collective dans les d\u00e9bats, Limoges, Lambert-Lucas, 2020, pp. 248."},"content":{"rendered":"\n<p><em>Du singulier au collectif&nbsp;: construction(s) discursive(s) de l\u2019identit\u00e9 collective dans les d\u00e9bats publics<\/em> est le r\u00e9sultat d\u2019une coop\u00e9ration scientifique internationale entam\u00e9e en 2013 entre les deux groupes de recherche&nbsp;ADARR (Analyse du Discours, Argumentation, Rh\u00e9torique) et AD-DORIF (Analyse du Discours, de l\u2019Association interuniversitaire DORIF-Universit\u00e9) ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 trois journ\u00e9es d\u2019\u00e9tudes \u00e0 partir d\u2019un int\u00e9r\u00eat de recherche commun&nbsp;: analyser les interactions discursives et argumentatives r\u00e9ciproques entre le singulier et le collectif. Ce volume collectif se base notamment sur la troisi\u00e8me journ\u00e9e d\u2019\u00e9tudes, organis\u00e9e les 09-10 mars 2017 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Turin. Au-del\u00e0 du noyau central repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019analyse du \u00ab&nbsp;collectif&nbsp;\u00bb, c\u2019est la mani\u00e8re d\u2019y regarder qui constitue l&#8217;axe de recherche commun des chercheurs des deux groupes. Ceux-ci, qui appartiennent \u00e0 des pays diff\u00e9rents, partagent la m\u00eame approche scientifique, \u00e0 savoir la rh\u00e9torique et l\u2019argumentation ainsi que les outils de l\u2019analyse du discours de tradition fran\u00e7aise et l\u2019utilisation du fran\u00e7ais comme langue tierce d\u2019observation et comme langue v\u00e9hiculaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce recueil se compose de onze contributions \u2013 dont la plupart rel\u00e8vent d\u2019interventions pr\u00e9sent\u00e9es au colloque de 2017 \u2013 r\u00e9parties en deux sections, pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es par une introduction et suivies par la bibliographie g\u00e9n\u00e9rale (pp. 209-220) et par l\u2019<em>Index rerum<\/em> (pp. 221-226), <\/p>\n\n\n\n<p>Comme Paola PAISSA et Roselyne KOREN le soulignent dans l\u2019<em>Introduction<\/em> (pp. 9-21), la notion d\u2019\u00ab&nbsp;identit\u00e9&nbsp;\u00bb, personnelle ainsi que collective, est fa\u00e7onn\u00e9e et aliment\u00e9e par l\u2019individu et par le groupe dont celui-ci fait partie. D\u2019o\u00f9 des lignes directrices qui sont en fait deux lignes de partage entre le singulier et le collectif mais au sein desquelles ces deux concepts sont entrem\u00eal\u00e9s. C\u2019est sur la vision continuiste, interactive et dynamique d\u2019Emile Benveniste associant le \u00ab&nbsp;moi&nbsp;\u00bb et son \u00ab&nbsp;<em>alter ego<\/em>&nbsp;\u00bb qu\u2019est fond\u00e9e l\u2019approche suivie au long de cet ouvrage, enrichie par les apports de l\u2019analyse du discours \u2013 notamment, le \u00ab&nbsp;principe d\u2019alt\u00e9rit\u00e9&nbsp;\u00bb \u2013 et de la Nouvelle rh\u00e9torique de Perelman \u2013 restructurant les interactions entre \u00ab&nbsp;individu&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;groupe&nbsp;\u00bb. Deux fils rouges sont identifi\u00e9s par les auteures dans l&#8217;ensemble des onze contributions. Le premier porte sur les articulations discursives et argumentatives concernant le singulier et le collectif, allant de l\u2019analyse du dispositif \u00e9nonciatif et donc du jeu des pronoms personnels \u00e0 des r\u00e9flexions philosophiques et sociologiques entre le \u00ab&nbsp;moi social&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;moi individuel&nbsp;\u00bb, et leur rapport avec \u00ab&nbsp;autrui&nbsp;\u00bb. Le second concerne les enjeux argumentatifs de l\u2019op\u00e9ration de construction d\u2019une identit\u00e9 collective par rapport \u00e0 la question identitaire, \u00e0 savoir l\u2019importance du genre discursif et de la dimension temporelle des \u00ab&nbsp;degr\u00e9s de collectivisation&nbsp;\u00bb d\u2019un point de vue aussi bien synchronique que diachronique&nbsp;; le concept d\u2019<em>ethos <\/em>collectif et\/ ou individuel&nbsp;; les traits diff\u00e9renciateurs entre l\u2019<em>ethos<\/em> collectif et l\u2019identit\u00e9 collective. Les auteures rappellent que si les interactions du singulier et du collectif, avec leurs va-et-vient constants, caract\u00e9risent toutes les contributions du volume, il est possible de distinguer deux \u00e9l\u00e9ments principaux des discours identitaires, caract\u00e9ris\u00e9s par une oscillation binaire et non statique&nbsp;: l\u2019assimilation du couple singulier\/ collectif au raisonnement de la partie et du tout&nbsp;; l\u2019inscription des identit\u00e9s individuelles et collectives dans le cadre du concept de \u00ab&nbsp;temporalit\u00e9&nbsp;\u00bb comme progression dynamique du temps et dans ses relations avec l\u2019argumentation.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re partie de l\u2019ouvrage, <em>L\u2019individu collectif dans tous ses \u00e9tats<\/em> (pp. 23-105), comprend cinq contributions.<\/p>\n\n\n\n<p>Dominique MAINGUENEAU examine le r\u00f4le du pronom \u00ab&nbsp;Je&nbsp;\u00bb dans la construction d\u2019un collectif (Je <em>et identit\u00e9 collective<\/em>, pp. 25-38). Le collectif prototypique analys\u00e9 est d\u2019ordre id\u00e9ologique, il rel\u00e8ve d\u2019une hi\u00e9rarchie, au sein de laquelle les <em>Je <\/em>ont un statut diff\u00e9rent. En bas de la hi\u00e9rarchie, il y a les <em>Je <\/em>\u00ab&nbsp;participatifs&nbsp;\u00bb des membres, dont le premier et le plus embl\u00e9matique lors de la constitution d\u2019un collectif est le discours religieux. A son int\u00e9rieur, le <em>Je <\/em>d\u2019exception, dont le collectif tire sa raison d\u2019\u00eatre, est consid\u00e9r\u00e9 comme exemplaire par les <em>Je <\/em>\u00ab&nbsp;participatifs&nbsp;\u00bb des membres du collectif, qui sont des individus rassembl\u00e9s par leur appartenance \u00e0 une m\u00eame cat\u00e9gorie et qui n\u2019existent qu\u2019en raison de l\u2019existence du <em>Je <\/em>\u00ab&nbsp;exemplaire&nbsp;\u00bb dont le collectif est l&#8217;expression.&nbsp;Le cas qui lui est oppos\u00e9 concerne \u00ab&nbsp;Je suis Paris&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;panaphorisation&nbsp;\u00bb diffus\u00e9e depuis les attentats de novembre 2015&nbsp;: il s\u2019agit d\u2019un <em>Je <\/em>partageable dont l\u2019\u00e9nonciateur n\u2019est pas clairement identifiable et dont l\u2019aphorisation op\u00e8re de mani\u00e8re horizontale, en cr\u00e9ant une solidarit\u00e9 imm\u00e9diate mais d\u00e9pourvue d\u2019institution qui puisse la valider et la r\u00e9gler, d\u2019o\u00f9 sa faiblesse. Entre ces deux <em>Je<\/em>, il est possible, selon MAINGUENEAU, d\u2019identifier le <em>Je <\/em>\u00ab&nbsp;des m\u00e9diateurs&nbsp;\u00bb, typique du pr\u00e9dicateur religieux \u2013 un <em>Je <\/em>statutaire et instable de sa propre nature, envoy\u00e9 par une institution pour g\u00e9rer la relation entre les deux autres <em>Je<\/em>.  Ces cas permettent \u00e0 l\u2019auteur d\u2019introduire le <em>Je <\/em>\u00ab&nbsp;initiateur&nbsp;\u00bb, qui appara\u00eet lorsqu\u2019un individu doit chercher \u00e0 constituer un collectif en agissant comme mandat\u00e9 par le \u00ab&nbsp;Surdestinateur&nbsp;\u00bb du groupe \u00e0 constituer et en n\u00e9gligeant sa singularit\u00e9. Pour l\u2019illustrer, il se sert de deux exemples. Dans le premier, Jacques Lacan, fondateur d\u2019une \u00e9cole de psychanalyse dissidente, ne cr\u00e9e en fait pas un groupe, qui existe d\u00e9j\u00e0, mais il doit le convertir en un collectif (dissident) pourvu d\u2019une identit\u00e9 et d\u2019une organisation \u2013 son <em>Je <\/em>et le collectif, qui est fort, doivent co\u00efncider. Le second exemple, relatif \u00e0 la profession de foi de Jos\u00e9 Bov\u00e9 lors de la pr\u00e9sidentielle de 2007, montre que la relation entre le <em>Je <\/em>initiateur et le collectif change parce que le candidat doit constituer son propre \u00e9lectorat en lui attribuant une identit\u00e9. Il se pose en tant que \u00ab&nbsp;porte-parole inspir\u00e9 d\u2019un rassemblement&nbsp;\u00bb mais il appuie son \u00e9nonciation sur deux collectivit\u00e9s pr\u00e9existantes et positives distinctes des partis, qui constituent un \u00ab&nbsp;rassemblement&nbsp;\u00bb pourtant faible en raison de sa courte dur\u00e9e. Les remarques conclusives de MAINGUENEAU soulignent que les deux r\u00e9gimes divergents du collectif, fort VS faible, sont le r\u00e9sultat du type et du genre de discours, mais aussi du contexte de l\u2019\u00e9nonciation. A cet \u00e9gard, les nouvelles technologies de l\u2019information ont une influence sur la constitution des identit\u00e9s collectives et sur les <em>Je <\/em>qui leur sont li\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me contribution, r\u00e9dig\u00e9e par Roselyne KOREN, aborde les pratiques discursives et argumentatives utilis\u00e9es par Emmanuel Macron lors du lancement du mouvement politique \u00ab&nbsp;En Marche&nbsp;!&nbsp;\u00bb en avril 2016 (<em>Rh\u00e9torique du lancement du mouvement politique \u00ab&nbsp;En Marche&nbsp;!&nbsp;\u00bb (06.04 \u2013 16.11.2016)&nbsp;: une construction singuli\u00e8re du collectif<\/em>, pp. 39-54). A l\u2019appui d\u2019un corpus constitu\u00e9 par le prologue de la Charte du mouvement et par un discours d\u2019Emmanuel Macron sur la comm\u00e9moration de Jeanne d\u2019Arc le 8 mai 2016, et par 85 articles tir\u00e9s de la presse, l\u2019auteure pr\u00e9sente une analyse discursive et argumentative permettant de montrer que ce candidat, <em>Je <\/em>\u00ab&nbsp;initiateur&nbsp;\u00bb, configure une nouvelle conception de l\u2019identit\u00e9 collective en contestant la pertinence de la notion de parti. La dialectique des pronoms dans le prologue d\u2019\u00ab&nbsp;En Marche&nbsp;!&nbsp;\u00bb fait ressortir que le <em>je<\/em> change de position \u2013 en t\u00e9moigne le slogan \u00ab&nbsp;ni de gauche ni de droite&nbsp;\u00bb \u2013 mais aussi qu\u2019un mouvement de l\u2019un au multiple engendre, par une entreprise de persuasion et de s\u00e9duction, la transformation d\u2019un allocutaire encore imagin\u00e9 en un adh\u00e9rent r\u00e9el et solidaire. C\u2019est toujours dans le prologue qu\u2019Emmanuel Macron fait transpara\u00eetre la cr\u00e9dibilit\u00e9 du projet de ce mouvement pour la France tout en construisant son <em>ethos<\/em> et sa fiabilit\u00e9 d\u2019homme politique par le biais de son autoportrait. Cette sc\u00e9nographie intime permet, selon KOREN, \u00e0 tout allocutaire, de partager le d\u00e9bat id\u00e9ologique propos\u00e9 et de se joindre au mouvement. Un autre \u00e9l\u00e9ment de rassemblement de l\u2019identit\u00e9 collective en voie de constitution est repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019appui sur un socle de valeurs partag\u00e9es autour du travail, de la libert\u00e9, de la fid\u00e9lit\u00e9 et de l\u2019ouverture. Quant \u00e0 Jeanne d\u2019Arc, par l\u2019argument de l\u2019exemple historique, Emmanuel Macron parvient, toujours grace \u00e0 un emploi strat\u00e9gique des pronoms, \u00e0 assurer le bien-fond\u00e9 de l\u2019obligation \u00e0 construire un chemin partag\u00e9 au-del\u00e0 des clivages partisans. Ces \u00e9l\u00e9ments contribuent au succ\u00e8s d\u2019Emmanuel Macron, qui cr\u00e9e un paysage politique autour d\u2019une position \u00ab&nbsp;transpartisane&nbsp;\u00bb pour surmonter la crise politique en cours en France en 2016. Un autre ingr\u00e9dient favorisant ce succ\u00e8s concerne l\u2019id\u00e9e de progr\u00e8s inscrite dans le nom d\u2019\u00ab&nbsp;En Marche&nbsp;!&nbsp;\u00bb, mouvement de rassemblement dynamique, comme il \u00e9merge des titres de presse qu\u2019on lui consacre. Les conclusions de l\u2019auteure mettent en \u00e9vidence la mobilisation et le rassemblement d\u2019une collectivit\u00e9 encore virtuelle d\u2019individus dispos\u00e9s \u00e0 co-construire une nouvelle conception de la politique autour de celui qui est \u00e0 l\u2019\u00e9poque consid\u00e9r\u00e9 comme un \u00ab&nbsp;ovni&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La construction des identit\u00e9s personnelles et collectives autour de Fran\u00e7ois Hollande fait l\u2019objet de la contribution d\u2019Alain RABATEL, qui examine le r\u00e9cit que l\u2019\u00e9crivain Laurent Binet r\u00e9alise sur le discours du Bourget du 22 janvier 2012, lorsque le candidat sort victorieux des primaires du PS (<em>La construction des identit\u00e9s personnelles et collectives autour de Fran\u00e7ois Hollande dans le discours du Bourget de 2012 racont\u00e9 par Laurent Binet<\/em>, pp. 55-69). Dans ce contexte, deux types d\u2019<em>ethos<\/em> dit et d\u2019<em>ethos<\/em> montr\u00e9 apparaissent&nbsp;: la repr\u00e9sentation de soi du locuteur et la repr\u00e9sentation que le locuteur citant fait de l\u2019<em>ethos<\/em> originel du locuteur cit\u00e9, plus l\u2019identit\u00e9 personnelle et l\u2019identit\u00e9 collective de Fran\u00e7ois Hollande qui rel\u00e8vent de cette double construction. RABATEL analyse ainsi, d\u2019une part, les strat\u00e9gies de la repr\u00e9sentation narrative de l\u2019<em>ethos<\/em> de Fran\u00e7ois Hollande, qui affectent la construction de son identit\u00e9 personnelle et sont le r\u00e9sultat tant de la relation entre l\u2019orateur, les autres dirigeants socialistes et le public que de la narration du locuteur\/ \u00e9nonciateur premier. Les extraits pr\u00e9sent\u00e9s montrent la construction d\u2019un <em>ethos <\/em>discursif dit et montr\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9 par les dimensions : cat\u00e9gorielle  (qui r\u00e9sulte de la narration de Binet), exp\u00e9rientielle et id\u00e9ologique. Fran\u00e7ois Hollande d\u00e9passe ainsi son <em>ethos<\/em> pr\u00e9alable pour assumer l\u2019<em>ethos<\/em> pr\u00e9discursif du v\u00e9ritable candidat. D\u2019autre part, ce dispositif engendre la co-construction d\u2019une identit\u00e9 collective en mouvement, \u00ab&nbsp;transitoire&nbsp;\u00bb, tiraill\u00e9e entre les reconfigurations du <em>nous<\/em> dans le camp socialiste et des adversaires id\u00e9ologiques, entre les id\u00e9aux et la r\u00e9alit\u00e9, ensuite valid\u00e9e par le narrateur, qui s\u2019inclut finalement dans le <em>nous<\/em>. Les fronti\u00e8res de l\u2019identit\u00e9 collective de la gauche sont donc red\u00e9finies par ce discours, qui assure l\u2019entr\u00e9e en campagne de Fran\u00e7ois Hollande.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux genres discursifs diff\u00e9rents sont abord\u00e9s dans les deux derni\u00e8res contributions de ce volet&nbsp;: la parodie et le <em>stand-up<\/em>, respectivement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le proc\u00e9d\u00e9 parodique est consid\u00e9r\u00e9 par Ruggero DRUETTA comme un instrument \u00ab&nbsp;diagnostique&nbsp;\u00bb d\u2019analyse linguistique au niveau des comp\u00e9tences de r\u00e9ception ainsi que des comp\u00e9tences de production (<em>La parodie&nbsp;: un genre discursif r\u00e9v\u00e9lateur de l\u2019imbrication identit\u00e9 singuli\u00e8re \u2013 collective<\/em>, pp. 71-90). Apr\u00e8s avoir d\u00e9fini la parodie comme pratique textuelle et en avoir soulign\u00e9 les traits distinctifs, parmi lesquels la composante \u00ab&nbsp;monstrative&nbsp;\u00bb, l\u2019auteur \u00e9tudie la parodie pratiqu\u00e9e par les humoristes dans l\u2019\u00e9nonciation th\u00e9\u00e2trale. La parodie peut r\u00e9v\u00e9ler une identit\u00e9 singuli\u00e8re ou collective&nbsp;: celui qui produit une parodie choisit des \u00e9l\u00e9ments consid\u00e9r\u00e9s comme embl\u00e9matiques de la personne, du groupe social ou de la communaut\u00e9 dont il fait la parodie, et la dimension discursive au sein de la parodie met en relief que la partie langagi\u00e8re dans la caract\u00e9risation de l\u2019identit\u00e9 repr\u00e9sent\u00e9e y est essentielle. Pour analyser la construction discursive de l\u2019identit\u00e9, l\u2019auteur introduit les notions de \u00ab&nbsp;langue&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;culture&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;identit\u00e9&nbsp;\u00bb aussi bien \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la parodie qu\u2019\u00e0 propos des observables et des agencements qui y sont pertinents. Ces \u00ab&nbsp;mol\u00e9cules&nbsp;\u00bb, autant d\u2019attributs d\u2019identification de la cible parodique, rel\u00e8vent d\u2019\u00e9l\u00e9ments culturels, d\u2019\u00e9l\u00e9ments d\u2019<em>ethos<\/em> et actionnels, et d\u2019\u00e9l\u00e9ments langagiers, parmi lesquels la composante verbale et coverbale repr\u00e9sente le v\u00e9hicule principal d\u2019informations sur l\u2019identit\u00e9 de la cible parodique. L\u2019auteur poursuit son \u00e9tude par une typologie g\u00e9n\u00e9rale des configurations \u00e9nonciatives parodiques humoristiques applicables aux performances de l\u2019humoriste, bas\u00e9e aussi bien sur une distinction entre l\u2019alt\u00e9ration interlocutive, les voix \u00e9nonciatives et la modalit\u00e9 de saisie de l\u2019identit\u00e9 parodi\u00e9e, que sur les param\u00e8tres de l\u2019\u00e9nonciateur humoriste, du personnage mis en sc\u00e8ne, du destinataire-assistance et de l\u2019identit\u00e9 collective cibl\u00e9e par la parodie. A l\u2019aide d\u2019un sketch de l\u2019humoriste \u00c9lie Kakou, DRUETTA souligne la non-co\u00efncidence entre l\u2019<em>ethos<\/em> collectif et l\u2019identit\u00e9 collective \u2013 laquelle est tr\u00e8s li\u00e9e \u00e0 la culture, mais ne se confond pas avec celle-ci. Son analyse montre, relativement \u00e0 l\u2019articulation singulier\/ collectif, que la pr\u00e9sence de deux paliers d\u2019identification et leur intersection \u00e0 partir des caract\u00e9ristiques individuelles d\u2019un acteur social engendrent des performances discursives r\u00e9ussies en termes de production et de r\u00e9ception.<\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>stand-up<\/em>, genre caract\u00e9ris\u00e9 par une forme d\u2019humour interactionnel entre l\u2019humoriste et son public \u00e0 propos d\u2019un r\u00e9cit autobiographique, fait l\u2019objet de la contribution de Caterina SCACCIA (<em>Le passage du singulier au collectif dans le genre discursif du <\/em>stand-up&nbsp;<em>: ironie et autod\u00e9rision dans <\/em>Jamel 100% Debbouze, pp. 91-105). Pour prouver que le <em>stand-up <\/em>suscite un processus d\u2019identification collective, l\u2019auteure applique sa d\u00e9marche th\u00e9orique, fond\u00e9e sur la r\u00e9paration d\u2019une image n\u00e9gative \u2013 le retravail d\u2019un <em>ethos<\/em> fond\u00e9 sur la stigmatisation des jeunes de banlieue \u2013 au spectacle <em>Jamel 100% Debbouze<\/em>, r\u00e9alis\u00e9 par Jamel Debbouze en 2004 pour contester, <em>via<\/em> son v\u00e9cu, l\u2019image doxique n\u00e9gative de ces jeunes. A partir d\u2019un extrait transcrit de ce spectacle, sont analys\u00e9s les proc\u00e9d\u00e9s linguistiques et discursifs par lesquels l\u2019acteur r\u00e9ussit \u00e0 partager avec son public \u2013 qui y joue le r\u00f4le d\u2019interlocuteur actif \u2013 une image valoris\u00e9e de ces jeunes, qui sont ainsi r\u00e9habilit\u00e9s, op\u00e9rant \u00e9galement un processus discursif de \u00ab&nbsp;collectivisation&nbsp;\u00bb d\u2019une identit\u00e9 collective \u00e0 laquelle le public peut s\u2019identifier. Cela faisant, l\u2019acteur conteste le discours des m\u00e9dias, contraire \u00e0 ces jeunes, en produisant un contre-discours en vue de persuader son public&nbsp;: il s\u2019appuie sur la strat\u00e9gie discursive de la r\u00e9futation de l\u2019image de la banlieue sans avenir, en passant par la r\u00e9habilitation de l\u2019<em>ethos<\/em> des jeunes de banlieue, pour ensuite identifier l\u2019origine et donc les responsables des probl\u00e8mes socio-\u00e9conomiques auxquels ces jeunes sont confront\u00e9s. Relativement \u00e0 ce dernier aspect, SCACCIA souligne que l\u2019acteur, afin d\u2019acquitter les jeunes de banlieue, cr\u00e9e aupr\u00e8s de son public une connivence fond\u00e9e sur les discriminations par un acte humoristique bas\u00e9 sur l\u2019ironie. A cela vient s\u2019ajouter l\u2019emploi des pronoms personnels, par le passage du <em>Je<\/em>, partageable, de l\u2019acteur, au <em>Vous<\/em> des destinataires et le <em>Ils<\/em> attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019Autre, autrement dit les Fran\u00e7ais d\u2019origine, qui apparaissent ridicules et asociaux. Ainsi la strat\u00e9gie de l\u2019humour permet-elle d\u2019assumer, de valoriser et de partager les diff\u00e9rences par le biais de l\u2019autod\u00e9rision.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie, <em>Identit\u00e9s collectives et singularisation<\/em> (pp. 107-207), comprend six contributions.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>\u00ab&nbsp;Nous&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;vous&nbsp;\u00bb&nbsp;: la dynamique des identit\u00e9s universitaires antagonistes lors des blocages du printemps 2018<\/em> (pp. 109-127), Yana GRINSHPUN s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la construction de l\u2019<em>ethos <\/em>collectif comme manifestation discursive d\u2019une identit\u00e9 collective \u00ab&nbsp;transitoire&nbsp;\u00bb dans le contexte agonistique des confrontations id\u00e9ologiques \u00e0 propos de la r\u00e9forme sur les modalit\u00e9s d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 fran\u00e7aise. Elle examine le dispositif \u00e9nonciatif au sein des discours qui marquent la construction d\u2019<em>\u00e9th\u00e8 <\/em>collectifs ainsi que les probl\u00e8mes de glissement du singulier vers le collectif. Son analyse porte sur le r\u00f4le de l\u2019<em>ethos<\/em> discursif et extra-discursif qui \u00e9merge des identit\u00e9s conflictuelles, antagonistes et transitoires s\u2019opposant \u00e0 celles qui, en temps de stabilit\u00e9, sont la manifestation du m\u00eame <em>ethos <\/em>communautaire. Ainsi, suite \u00e0 la constitution des acteurs universitaires en deux camps adverses \u2013 les partisans et les d\u00e9tracteurs de la r\u00e9forme \u2013, c\u2019est la construction du <em>Nous <\/em>collectif des \u00e9tudiants contestataires, en un corps constitu\u00e9, coh\u00e9rent et autonome, qui est mis en relief par l\u2019auteure \u00e0 partir d\u2019un communiqu\u00e9 d\u2019une communaut\u00e9 des bloqueurs-contestataires. Le <em>Nous<\/em> collectif peut par ailleurs \u00e9galement r\u00e9sulter d\u2019identit\u00e9s singuli\u00e8res qui se construisent dans le glissement de <em>Je <\/em>singulier, \u00ab&nbsp;inspirateur\/ participatif&nbsp;\u00bb, \u00e0 <em>Nous<\/em> collectif au sein de messages o\u00f9 un \u00e9nonciateur se fait le porte-parole d\u2019une collectivit\u00e9 en voie de cr\u00e9ation \u00e0 partir de son \u00e9nonciation. Encore, c\u2019est la strat\u00e9gie discursive de l\u2019opposition forte des corps collectifs qui r\u00e9sulte des p\u00f4les d\u2019alt\u00e9rit\u00e9 entre <em>Nous <\/em>et <em>Vous <\/em>ou de l\u2019inclusion gommant les fronti\u00e8res entre ces corps par l\u2019emploi du pronom <em>On <\/em>\u00e0 valeur inclusive, comme en t\u00e9moigne un autre exemple, tir\u00e9 d\u2019un courriel. La seconde partie de cette contribution porte, dans la mise en sc\u00e8ne de la collectivit\u00e9 contestataire, sur l\u2019<em>ethos<\/em>. Si l\u2019<em>ethos<\/em> pr\u00e9alable universitaire consiste en l\u2019universit\u00e9 telle qu\u2019elle est per\u00e7ue par ses membres \u2013 des humanistes, des universalistes, des d\u00e9fenseurs de l\u2019\u00e9quit\u00e9 \u2013, l\u2019anti-<em>ethos<\/em> rel\u00e8ve des partisans de la r\u00e9forme et se construit dans les contre-discours \u2013 bien que minoritaires \u2013 de la communaut\u00e9 universitaire, autrement dit une identit\u00e9 collective qui agit comme contre-identit\u00e9 collective transitoire. En revanche, les tensions entre <em>ethos <\/em>montr\u00e9 et <em>ethos<\/em> dit \u2013 relevant de la forme d\u2019\u00e9criture qui veut contester l\u2019injustice sociale, y compris l\u2019\u00e9criture inclusive \u2013 soulignent les divergences et les contradictions entre les groupes antagonistes, mais \u00e9galement l\u2019importance de l\u2019<em>ethos<\/em> dans les constructions identitaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Les guides touristiques d\u2019Isra\u00ebl r\u00e9dig\u00e9s par des auteurs singuliers qui racontent leurs exp\u00e9riences dans les pays visit\u00e9s sont abord\u00e9s par Galia YANOSHEVSKY pour v\u00e9rifier la mani\u00e8re dont le guide repr\u00e9sente une collectivit\u00e9 et \u00e0 la fois transmet des valeurs singuli\u00e8res des visiteurs ou de l\u2019auteur du guide, ainsi que les moyens par lesquels l\u2019auteur du guide pr\u00e9sente l\u2019image du peuple visit\u00e9 \u00e0 son lecteur, qui per\u00e7oit ainsi l\u2019autre et sa culture dans une continuit\u00e9 entre le personnel et le collectif (<em>L\u2019identit\u00e9 de l\u2019Un dans le regard de l\u2019Autre\u00a0: Isra\u00ebl dans les guides touristiques et la question du locuteur collectif<\/em>, pp. 129-147). Au-del\u00e0 du genre, des points de vue diff\u00e9rents \u00e9mergent de la distinction entre guides de s\u00e9rie, albums de photos servant de guide et guides de l\u2019auteur singulier. Les exemples choisis par YANOSHEVSKY, tir\u00e9s de douze guides touristiques, mettent en \u00e9vidence que les st\u00e9r\u00e9otypes sont le produit de la cr\u00e9ation de l\u2019identit\u00e9 collective des visit\u00e9s \u00e0 partir d\u2019images de la culture visit\u00e9e ou bien d\u2019images que la culture du visiteur impose sur la culture visit\u00e9e. Quant aux glossaires des guides d\u2019Isra\u00ebl analys\u00e9s, ils portent sur les enjeux qui hantent les communaut\u00e9s juivo-isra\u00e9liennes, tandis que le guide franco-qu\u00e9b\u00e9cois d\u2019Isra\u00ebl souligne que les Qu\u00e9b\u00e9cois sont int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 l\u2019emploi de la langue fran\u00e7aise en Isra\u00ebl. Une autre caract\u00e9ristique des guides qui a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e par l\u2019auteure est l\u2019attitude du locuteur \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019\u00e9volution de la collectivit\u00e9 d\u2019Isra\u00ebl car bien qu\u2019une int\u00e9gration de la population arabe puisse y \u00eatre envisag\u00e9e, les diff\u00e9rences et les probl\u00e8mes qui la concernent sont constamment rappel\u00e9s, surtout dans les guides datant du XXIe si\u00e8cle. Ces derniers essaient cependant de regarder vers un avenir idyllique de relations entre les deux communaut\u00e9s. La vision de l\u2019identit\u00e9 collective d\u00e9finie dans le guide s\u2019ouvre vers l\u2019universel, devenant internationale: YANOSHEVSKY conclut ainsi que, au-del\u00e0 de leur type, les guides analys\u00e9s mettent en sc\u00e8ne une image collective qui ne renvoie ni \u00e0 la culture visit\u00e9e ni \u00e0 la culture du visiteur, mais au guide lui-m\u00eame et donc \u00e0 \u00ab\u00a0ses\u00a0\u00bb locuteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution d\u2019Irit SHOLOMON-KORNBLIT aborde \u00e9galement la culture mais sous l\u2019angle de la diversit\u00e9 culturelle inscrite dans le syntagme \u00ab\u00a0patrimoine commun de l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb de l\u2019Unesco, autour de l\u2019identit\u00e9 collective unifi\u00e9e complexe d\u2019un <em>Nous<\/em> compos\u00e9 de 193 \u00c9tats h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes (<em>La diversit\u00e9 culturelle comme \u00ab\u00a0patrimoine commun de l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb ou le pouvoir unificateur d\u2019une m\u00e9taphore<\/em>, pp. 149-162). A partir de l\u2019art. 1<sup>er<\/sup> de la D\u00e9claration universelle de la diversit\u00e9 culturelle de 2001, qui \u00e9l\u00e8ve la diversit\u00e9 culturelle \u00e0 un niveau universel et relie l\u2019humanit\u00e9 \u00e0 l\u2019unit\u00e9 humaine ancr\u00e9e dans les plans social, biologique, juridique, \u00e9cologique, le syntagme \u00ab\u00a0patrimoine commun de l\u2019humanit\u00e9\u00a0\u00bb est examin\u00e9 du point de vue rh\u00e9torique et de l\u2019interdiscours relevant du droit international et de l\u2019Unesco. D\u2019une part, c\u2019est la strat\u00e9gie de l\u2019inclusion de la partie dans le tout qui forme un \u00ab\u00a0Tout harmonieux\u00a0\u00bb dans lequel les cultures, les peuples et les nations se compl\u00e8tent les uns avec les autres\u00a0; d\u2019autre part, le droit international et l\u2019Unesco soulignent que cette qualification concerne l\u2019aspect positif pour le collectif en d\u00e9pit des particularismes. L\u2019analyse de SHOLOMON-KORNBLIT se poursuit par les \u00e9l\u00e9ments \u00ab\u00a0patrimoine\u00a0\u00bb \u2013 relativement aux enjeux identitaires li\u00e9s au patrimoine culturel et \u00e0 la prise en compte des g\u00e9n\u00e9rations futures \u2013\u00a0; \u00ab\u00a0patrimoine commun\u00a0\u00bb \u2013 visant \u00e0 la construction d\u2019une communaut\u00e9 autour de valeurs communes \u2013\u00a0; \u00ab\u00a0humanit\u00e9\u00a0\u00bb \u2013 distinguant humanit\u00e9 \u00e9thique, humanit\u00e9 juridique et humanit\u00e9 biologique. A partir des enjeux argumentatifs de ces notions, \u00e9mergent la dimension unificatrice de la diversit\u00e9 culturelle et l\u2019intention de neutraliser toute diff\u00e9rence culturelle et tout rapport de force pour pr\u00e9senter un groupe social universel rassembl\u00e9 autour de valeurs identifi\u00e9es. L\u2019humanit\u00e9 devient ainsi acteur et sujet politique, justifiant l\u2019action des institutions internationales et le droit international.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont en revanche les proc\u00e9d\u00e9s discursifs des \u00e9crivains r\u00e9unis dans le cadre de l\u2019Institut international de Coop\u00e9ration Intellectuelle de la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations, visant une construction discursive de l\u2019identit\u00e9 europ\u00e9enne, qui sont abord\u00e9s dans l&#8217;article de Paola CATTANI, <em>\u00c9crivains ou diplomates\u00a0? Hommes de lettres et construction discursive de l\u2019identit\u00e9 europ\u00e9enne \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des Nations<\/em> (pp. 163-175). A partir des d\u00e9bats tir\u00e9s des proc\u00e8s-verbaux du colloque \u00ab\u00a0L\u2019Avenir de l\u2019esprit europ\u00e9en\u00a0\u00bb (Paris, 1936) l&#8217;auteure rel\u00e8ve que les participants expriment, en tant qu\u2019artistes, des points de vue personnels et universels au sein d\u2019un contexte caract\u00e9ris\u00e9 par le basculement de l\u2019\u00e9quilibre des relations internationales europ\u00e9ennes, l\u00e0 o\u00f9 chaque intellectuel repr\u00e9sente son propre pays. Pour aborder la tension discursive et argumentative entre l\u2019individuel et le collectif, CATTANI examine les strat\u00e9gies argumentatives \u00ab\u00a0diplomatiques\u00a0\u00bb par lesquelles ces hommes de lettres \u2013 qui parlent en tant que diplomates sans l\u2019\u00eatre par vocation \u2013 d\u00e9passent la perspective individuelle pour cr\u00e9er une identit\u00e9 europ\u00e9enne commune, qui est instable et se construit au fur et \u00e0 mesure que le d\u00e9bat avance. Ainsi les locuteurs visent-ils \u00e0 construire une id\u00e9e partag\u00e9e \u00e0 partir d\u2019une identit\u00e9 culturelle comme fondement identitaire pr\u00e9alable aux autres enjeux. Le d\u00e9bat fait appara\u00eetre une \u00ab\u00a0co-construction dialogique des points de vue\u00a0\u00bb\u00a0au sein de laquelle la co-\u00e9nonciation est centrale\u00a0: de nouveaux points de vue \u2013 aussi bien individuels que r\u00e9alis\u00e9s par un fusionnement des points de vue \u2013 sont introduits, avec de nouveaux positionnements \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la notion d\u2019\u00ab\u00a0avenir de l\u2019esprit europ\u00e9en\u00a0\u00bb, renfor\u00e7ant la notion d\u2019Europe. La co-\u00e9nonciation visant la constitution du point de vue collectif peut pourtant engendrer un autre m\u00e9canisme\u00a0: l\u2019autorepr\u00e9sentation des locuteurs, par un <em>ethos <\/em>collectif des hommes de lettres pro-europ\u00e9ens \u00e0 la fois stigmatisant l\u2019ennemi \u2013 le nationalisme \u2013 par le biais d\u2019un travail collectif de co-\u00e9nonciation \u2013 la seule exception concerne le repr\u00e9sentant italien, qui entra\u00eene un dialogisme pol\u00e9mique. CATTANI montre ainsi que par les modalit\u00e9s dialogiques et argumentatives de la co-\u00e9nonciation les \u00e9crivains abandonnent momentan\u00e9ment la singularit\u00e9 de leur parole au profit de la cr\u00e9ation d\u2019un futur esprit europ\u00e9en.<\/p>\n\n\n\n<p>Patricia KOTTELAT s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la construction de l\u2019identit\u00e9 collective de la F\u00e9d\u00e9ration nationale des anciens combattants en Alg\u00e9rie, Maroc et Tunisie (Fnaca), n\u00e9e en 1958 pour lutter en vue de la reconnaissance de la d\u00e9signation officielle de \u00ab\u00a0combattant\u00a0\u00bb et de la paix en Alg\u00e9rie (<em>Contre une guerre sans nom et sans date\u00a0: la Fnaca, entit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rationnelle singuli\u00e8re \u2013 Parcours diachronique (1958-2016)<\/em>, pp. 177-192). La perspective adopt\u00e9e est diachronique, dans le but de mettre en relation la nature \u00e9volutive de cette identit\u00e9 collective en termes de modifications du dispositif \u00e9nonciatif et les \u00e9volutions de l\u2019<em>ethos <\/em>collectif r\u00e9sultant des \u00e9v\u00e9nements qui se sont succ\u00e9d\u00e9s dans le temps. A partir d\u2019un corpus constitu\u00e9 par les parutions de <em>L\u2019Ancien d\u2019Alg\u00e9rie<\/em>, l\u2019organe de presse de la Fnaca, l\u2019auteure examine trois p\u00e9riodes en mettant en \u00e9vidence l\u2019axe \u00e9nonciatif, l\u2019axe argumentatif et les ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019intrication entre le collectif \u2013 la Fnaca \u2013 et le singulier \u2013 les voix plurielles singuli\u00e8res repr\u00e9sent\u00e9es par les t\u00e9moins et par les lecteurs. La premi\u00e8re p\u00e9riode, caract\u00e9ris\u00e9e par la guerre, est caract\u00e9ris\u00e9e par le discours fondateur de la F\u00e9d\u00e9ration autour d\u2019une n\u00e9gociation d\u2019identit\u00e9 pour faire \u00e9merger sa cr\u00e9dibilit\u00e9 et l\u00e9gitimation, \u00e0 laquelle suit un discours exhortant au recrutement de nouveaux adh\u00e9rents pour renforcer la repr\u00e9sentativit\u00e9 de la F\u00e9d\u00e9ration aupr\u00e8s des institutions. La fin des ann\u00e9es 1960 est ainsi marqu\u00e9e par une intrication entre les dimensions singuli\u00e8re et collective autour d\u2019un \u00e9quilibre r\u00e9sultant d\u2019une matrice g\u00e9n\u00e9rationnelle. De cette mani\u00e8re, dans la deuxi\u00e8me p\u00e9riode, la Fnaca est renforc\u00e9e et sa visibilit\u00e9 est accrue par l\u2019apparition de t\u00e9moignages qui enrichissent l\u2019instance \u00e9nonciative collective et accroissent l\u2019identit\u00e9 combattante. Une pol\u00e9mique sur la concurrence des m\u00e9moires et sur les dates survient \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, complexifiant les rapports entre le singulier et le collectif et permettant une convergence des voix dans le <em>Nous <\/em>collectif. Pendant les ann\u00e9es 1980, une complexification ult\u00e9rieure intervient en raison d\u2019une polyphonie accrue et du renforcement du collectif, lequel se renforce davantage pendant les ann\u00e9es 1990 gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019action revendicative appelant \u00e0 la mobilisation constante des adh\u00e9rents par un discours d\u2019exhortation \u00e0 l\u2019action. Cela engendre une tension entre le singulier et le collectif, caract\u00e9ris\u00e9e par une contradiction interne entre la Fnaca comme porte-parole du collectif et ses membres singuliers. Enfin, au XXIe si\u00e8cle, une alternance a lieu entre, d\u2019abord, une phase dysphorique engendrant un renversement du sch\u00e9ma \u00e9nonciatif qui voit les \u00e9nonciateurs singuliers se revendiquer comme porte-paroles du collectif, ensuite un remodelage de l\u2019identit\u00e9 collective engendrant le succ\u00e8s des revendications demand\u00e9es et donc une p\u00e9riode marqu\u00e9e par l\u2019insistance sur la m\u00e9moire et par le retour \u00e0 une convergence renforc\u00e9e. D\u2019o\u00f9 des fluctuations dans l\u2019intrication des dimensions singuli\u00e8re et collective, mais \u00e9galement, au niveau argumentatif, une progression d\u2019un <em>ethos<\/em> de combattant humili\u00e9 \u00e0 un <em>ethos <\/em>de garant de la v\u00e9rit\u00e9 historique qui passe per des <em>eth\u00e8 <\/em>de citoyen l\u00e9s\u00e9 et de d\u00e9fenseur de valeurs d\u00e9mocratiques et r\u00e9publicaines.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re contribution, de Stefano VICARI,  <em>Identit\u00e9(s) collective(s) des poilus entre presse officielle et correspondances priv\u00e9es<\/em> (pp. 193-207), examine les configurations discursives des identit\u00e9s collectives des soldats de la Grande Guerre \u00e0 la fois dans la presse et dans les lettres r\u00e9dig\u00e9es par ces soldats,  afin de v\u00e9rifier la mani\u00e8re dont ces constructions s\u2019inscrivent dans l\u2019espace discursif public. Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 le r\u00f4le de la presse pendant la Grande Guerre en France en tant que moyen de passage d\u2019information entre l\u2019arri\u00e8re et le front, mais aussi, en p\u00e9riode de censure, garante du maintien de l\u2019ordre public et de la paix dans le pays, l&#8217;auteur remarque que la correspondance des poilus qui circule dans l\u2019espace discursif public \u2013 les soldant savent que leurs lettres seront diffus\u00e9es \u2013 souligne et d\u00e9nonce le rapprochement des journaux du discours de pouvoir. Il \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se que les journalistes inscrivent en discours une identit\u00e9 collective qui n\u2019est pas homog\u00e8ne, mais qui comprend tous les soldats partis au front. A partir d\u2019un corpus de presse tir\u00e9 de trois journaux de l\u2019\u00e9poque, l&#8217;auteur identifie les marques discursives utilis\u00e9es par les journalistes pour faire relever en discours cette identit\u00e9 collective \u00e0 l\u2019appui des notions de co-\u00e9nonciation (le journaliste pr\u00e9sentant les extraits des lettres tend \u00e0 s\u2019effacer au profit d\u2019un r\u00e9gime \u00e9nonciatif collectif par le biais de l\u2019emploi des pronoms);  de sur-\u00e9nonciation  (la voix du journaliste dans les \u00e9ditoriaux est celle d\u2019une source autoritaire et institutionnelle par le biais de l\u2019imp\u00e9ratif ou de l\u2019isotopie familiale insistant sur la communion de valeurs );  d\u2019opposition entre les actions valeureuses de <em>Nous <\/em>et les \u00ab\u00a0Autres\u00a0\u00bb, les Allemands. Dans la seconde partie, l\u2019analyse porte sur le positionnement des soldats \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019identit\u00e9 qui leur est attribu\u00e9e par la presse. La pr\u00e9sence de ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9nonciative vari\u00e9s met en \u00e9vidence les strat\u00e9gies de construction d\u2019une identit\u00e9 collective des poilus. Celles-ci rel\u00e8vent surtout de l\u2019emploi de gloses m\u00e9tadiscursives et des pronoms personnels. Au bout de son analyse, VICARI montre que, gr\u00e2ce \u00e0 ces lettres, les poilus se r\u00e9approprient leur identit\u00e9 collective qui est le r\u00e9sultat de la voix collective des soldats qui combattent au front.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fil rouge du volume <em>Du singulier au collectif\u00a0: construction(s) discursive(s) de l\u2019identit\u00e9 collective dans les d\u00e9bats publics<\/em> est donc repr\u00e9sent\u00e9 par une approche qui met en \u00e9vidence les interd\u00e9pendances constantes entre les notions de singulier et de collectif, l\u2019individuel et le social. Ainsi les onze contributions sont-elles le reflet de \u00ab\u00a0la richesse et du dynamisme des multiples formes discursives que rev\u00eat la mise en oeuvre d\u2019un couple notionnel identitaire fondationnel\u00a0: le \u00ab\u00a0Je\u00a0\u00bb et le \u00ab\u00a0Tu\u00a0\u00bb, l\u2019Un et le Multiple, la singularit\u00e9 et l\u2019alt\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb (p. 21).<\/p>\n\n\n\n<p>[Alida M. SILLETTI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Du singulier au collectif&nbsp;: construction(s) discursive(s) de l\u2019identit\u00e9 collective dans les d\u00e9bats publics est le r\u00e9sultat d\u2019une coop\u00e9ration scientifique internationale entam\u00e9e en 2013 entre les deux groupes de recherche&nbsp;ADARR (Analyse du Discours, Argumentation, Rh\u00e9torique) et AD-DORIF (Analyse du Discours, de l\u2019Association interuniversitaire DORIF-Universit\u00e9) ayant donn\u00e9 lieu \u00e0 trois journ\u00e9es d\u2019\u00e9tudes \u00e0 partir d\u2019un int\u00e9r\u00eat de\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2021\/02\/23\/paola-paissa-roselyne-koren-eds-du-singulier-au-collectif-constructions-discursives-de-lidentite-collective-dans-les-debats-limoges-lambert-lucas-2020-pp-248\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":21,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-189","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-42"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/21"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=189"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":215,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/189\/revisions\/215"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=189"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=189"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=189"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}