{"id":181,"date":"2021-02-24T17:28:12","date_gmt":"2021-02-24T16:28:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=181"},"modified":"2021-03-05T08:45:20","modified_gmt":"2021-03-05T07:45:20","slug":"andreas-dufter-klaus-grubl-thomas-scharinger-des-parlers-doil-a-la-francophonie-contact-variation-et-changement-linguistiques-de-gruyter-berlin-boston-2019-352-pp","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2021\/02\/24\/andreas-dufter-klaus-grubl-thomas-scharinger-des-parlers-doil-a-la-francophonie-contact-variation-et-changement-linguistiques-de-gruyter-berlin-boston-2019-352-pp\/","title":{"rendered":"Andreas Dufter, Klaus Gr\u00fcbl, Thomas Scharinger, Des parlers d\u2019o\u00efl \u00e0 la francophonie. Contact, variation et changement linguistiques, De Gruyter, Berlin\/Boston, 2019, 352 pp."},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>T\u00e9moignant de l\u2019essor dont jouissent les \u00e9tudes en diachronie du fran\u00e7ais depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, ce volume rassemble douze \u00e9tudes qui abordent l\u2019histoire du fran\u00e7ais depuis le Moyen Age jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Des cas de figure exemplaires sont pr\u00e9sent\u00e9s, qui illustrent la variation linguistique et les diff\u00e9rents sc\u00e9narios de contact du fran\u00e7ais avec d\u2019autres langues.<\/p>\n\n\n\n<p>Les contributions sont rassembl\u00e9es selon trois axes th\u00e9matiques, qui correspondent \u00e0 autant de parties de l\u2019ouvrage.<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re partie, <em>Contact, nivellement et (re-)standardisation&nbsp;: de la variation m\u00e9di\u00e9vale au fran\u00e7ais moderne, <\/em>retrace, \u00e0 travers des enqu\u00eates sur des corpus plus ou moins vastes, l\u2019\u00e9volution de la norme du fran\u00e7ais \u00e0 partir des premi\u00e8res tentatives de transcription de celle qui \u00e9tait au Moyen-Age une \u00ab&nbsp;langue plurielle&nbsp;\u00bb (p. 4).<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude de Z. Geylikman (Tu parli como ber<em> : Le destin de la forme monosyllabique du substantif de la forme <\/em>baron<em> dans la Geste <\/em>francor, pp. 19-43) se situe dans la perspective de la lexicologie historique&nbsp;: l\u2019A. \u00e9tudie la diff\u00e9renciation des formes monosyllabiques et bisyllabiques du substantif <em>ber<\/em>\/<em>baron<\/em> ayant valeur \u00e9valuative dans la <em>Geste francor<\/em>, un recueil de <em>chanson de geste<\/em> r\u00e9dig\u00e9 au 14<sup>e<\/sup> si\u00e8cle en franco-italien, une langue litt\u00e9raire artificielle cr\u00e9\u00e9e pour permettre aux Italiens du Nord d\u2019avoir acc\u00e8s aux textes \u00e9piques fran\u00e7ais. La comparaison avec des textes \u00e9piques \u00e9crits en fran\u00e7ais m\u00e9di\u00e9val permet de v\u00e9rifier que le passage au franco-italien comporte une diff\u00e9renciation des formes, l\u2019adjectivation de <em>ber<\/em>, ainsi qu\u2019un \u00e9largissement de sens de la forme monosyllabique.<\/p>\n\n\n\n<p>A. Bertin (<em>R\u00e9flexions sur un remaniement picardisant de l\u2019<\/em>Histoire d\u2019Alexandre <em>\u00e0 la fin du 15<sup>e<\/sup> si\u00e8cle<\/em>, pp.45-73) s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la standardisation de la langue fran\u00e7aise \u00e0 la fin du 15<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 travers l\u2019analyse d\u2019un corpus de traductions de l\u2019<em>Histoire d\u2019Alexandre <\/em>de Quinte Curce<em>. <\/em>La traduction pr\u00e9humaniste faite en 1468 par Vasque de Luc\u00e8ne est conserv\u00e9e dans de nombreux manuscrits, parmi lesquels l\u2019A. analyse un remaniement picardisant anonyme, qui cherche \u00e0 rapprocher le texte original de la mani\u00e8re de parler \u00ab&nbsp;des simples gens&nbsp;\u00bb &nbsp;\u00e0 travers la disparition de traits syntaxiques et lexicaux relevant de la langue savante et dus \u00e0 l\u2019influence du latin, ainsi qu\u2019\u00e0 travers l\u2019ajout de traits dialectaux picards. Cette d\u00e9latinisation syntaxique et lexicale et le rapprochement \u00e0 la langue vernaculaire vont dans le sens de la <em>re-standardisation<\/em> qui caract\u00e9rise l\u2019\u00e9volution linguistique au 15<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, alors que la picardisation du texte t\u00e9moigne d\u2019une r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019unification linguistique en cours \u00e0 cette \u00e9poque.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte de J. Glikman (<em>Les locutions conjonctives <\/em>malgr\u00e9 que et \u00e0 cause que<em>&nbsp;: Normes et usages en diachronie<\/em>, pp. 75-95) a pour objet leslocutions conjonctives <em>malgr\u00e9 que<\/em> et <em>\u00e0 cause que<\/em>, aujourd\u2019hui consid\u00e9r\u00e9es comme fautives et famili\u00e8res. Une \u00e9tude diachronique sur corpus et dans les discours m\u00e9talinguistiques permet de constater que ces locutions ne repr\u00e9sentent pas un usage fautif \u00e9mergent, au contraire elles sont bien attest\u00e9es dans le pass\u00e9. L\u2019apparition de <em>\u00e0 cause que<\/em> remonte au 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;: cette locution a toujours fait l\u2019objet de critiques, alors que son usage se maintient depuis son apparition.&nbsp;En ce qui concerne <em>malgr\u00e9 que,<\/em> locution apparue au 15<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, son emploi \u00e9tait recommand\u00e9 aux 16<sup>e<\/sup> et 17<sup>e <\/sup>si\u00e8cles, ensuite son usage r\u00e9el a connu une p\u00e9riode de d\u00e9clin. L\u2019\u00e9tude est compl\u00e9t\u00e9e par l\u2019analyse des r\u00e9sultats d\u2019une enqu\u00eate (<em>Le Fran\u00e7ais de nos r\u00e9gions<\/em>) men\u00e9e aupr\u00e8s de locuteurs francophones europ\u00e9ens contemporains, qui confirme que ces locutions sont stigmatis\u00e9es surtout en France et mieux accept\u00e9es dans les fran\u00e7ais r\u00e9gionaux de Belgique, Luxembourg et Suisse.<\/p>\n\n\n\n<p>P. Larriv\u00e9e (<em>Contextes promoteurs et \u00e9mergence des questions <\/em>in situ<em> en fran\u00e7ais<\/em>, pp. 97- 115) s\u2019attache \u00e0 retracer la diachronie des questions partielles <em>in situ<\/em>, comme <em>Paul a parl\u00e9 \u00e0 qui&nbsp;?<\/em> dans le but d\u2019\u00e9tablir l\u2019\u00e9poque et les contextes pr\u00e9f\u00e9rentiels d\u2019apparition de cette innovation syntaxique. La recherche dans des corpus litt\u00e9raires et vernaculaires permet d\u2019\u00e9tablir que ces questions s\u2019installent dans l\u2019usage au 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cle dans la documentation \u00e9crite, en particulier dans l\u2019oral repr\u00e9sent\u00e9 des textes litt\u00e9raires, et que leur apparition est promue par une autre construction concourante, appel\u00e9e <em>interrogation retard\u00e9e<\/em> (comme <em>Paul en a parl\u00e9&nbsp;; \u00e0 qui&nbsp;?<\/em>), qui appara\u00eet plus t\u00f4t dans des contextes semblables.<\/p>\n\n\n\n<p>Les contributions ins\u00e9r\u00e9es dans la deuxi\u00e8me section, <em>Expansion du fran\u00e7ais comme langue seconde ou v\u00e9hiculaire<\/em>, s\u2019occupent de diff\u00e9rents contextes dans lesquels le fran\u00e7ais a \u00e9t\u00e9 import\u00e9 comme langue seconde ou v\u00e9hiculaire&nbsp;et explorent ainsi une grande vari\u00e9t\u00e9 des sc\u00e9narios de contact dans une perspective diachronique qui s\u2019\u00e9tend du 17<sup>e<\/sup> au 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>A. Kristol (<em>Fran\u00e7ois Poulain de la Barre et<\/em> les Remarques particuli\u00e8res sur la Langue Fran\u00e7oise pour la ville de Gen\u00e8ve (1691)&nbsp;: <em>Les enseignements de la premi\u00e8re cacologie connue d\u2019un fran\u00e7ais r\u00e9gional<\/em>) (pp.119-139) pr\u00e9sente une \u00e9tude sur un ouvrage encore peu \u00e9tudi\u00e9, \u00e9crit en 1691 par un ancien pr\u00eatre catholique parisien, devenu enseignant de fran\u00e7ais pour les \u00e9trangers \u00e0 Gen\u00e8ve. Premier ouvrage correctif consacr\u00e9 \u00e0 une vari\u00e9t\u00e9 de fran\u00e7ais r\u00e9gional, il r\u00e9v\u00e8le l\u2019id\u00e9ologie puriste de son auteur, qui se r\u00e9f\u00e8re au <em>Dictionnaire fran\u00e7ois<\/em> de Richelet pour juger des particularit\u00e9s du fran\u00e7ais des \u00e9lites genevoises&nbsp;: l\u2019A. se concentre sur les quatre premiers chapitres de l\u2019ouvrage et analyse les cas de \u00ab&nbsp;maintien&nbsp;\u00bb ou archa\u00efsmes, les mots qui ont un autre s\u00e9mantisme, les mots qui n\u2019existent qu\u2019en fran\u00e7ais genevois, les mots qui ont un autre genre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa contribution <em>L\u2019entr\u00e9e dans l\u2019\u00e9crit revisit\u00e9e&nbsp;: El\u00e9ments occitans dans les lettres de soldats peu-lettr\u00e9s du Languedoc-Roussillon (R\u00e9volution et Empire)<\/em> (pp. 141-164), J. Steffen prend en compte 60 lettres \u00e9crites par des soldats peu-lettr\u00e9s et faisant partie de la premi\u00e8re phase (R\u00e9volution et Empire) du <em>Corpus Historique du Substandard Fran\u00e7ais<\/em>, pour \u00e9tudier la diffusion du fran\u00e7ais dans le domaine d\u2019oc. L\u2019A. se concentre sur l\u2019analyse des d\u00e9viances orthographiques, en particulier de celles imputables \u00e0 la prononciation du scripteur, et sur la \u00ab&nbsp;confusion&nbsp;\u00bb entre les auxiliaires <em>\u00ea<\/em><em>tre<\/em> et <em>avoir<\/em>&nbsp;: une comparaison syst\u00e9matique avec des \u00e9tudes semblables ayant pour objet les \u00e9crits de soldats de la Grande Guerre assure la mise en perspective historique des r\u00e9sultats. Tout en r\u00e9v\u00e9lant la difficult\u00e9 \u00e0 \u00e9crire en fran\u00e7ais de ces soldats qui n\u2019avaient pas re\u00e7u une pr\u00e9paration ad\u00e9quate, cette \u00e9tude montre que le fran\u00e7ais avait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 le domaine de la scripturalit\u00e9 bien avant l\u2019\u00e9cole de Jules Ferry.<\/p>\n\n\n\n<p>J. Reusdoerfer (<em>Histoire linguistique des fran\u00e7ais&nbsp;: Elements pour une histoire du fran\u00e7ais au grand-duch\u00e9 du Luxembourg<\/em>, pp.165-192) retrace l\u2019histoire du fran\u00e7ais au grand-duch\u00e9 du Luxembourg, \u00e0 partir de l\u2019introduction du fran\u00e7ais lors de l\u2019acquisition de terres de la Belgique romanophone. Le fran\u00e7ais luxembourgeois est une vari\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s proche du fran\u00e7ais norm\u00e9 du point de vue linguistique, mais qui s\u2019\u00e9loigne du standard au niveau sociolinguistique, car il est langue de l\u2019\u00e9tat, langue de l\u2019enseignement et langue de communication avec les \u00e9trangers. Dans cet \u00e9tat <em>polylingue<\/em>, le multilinguisme de la soci\u00e9t\u00e9 s\u2019accompagne du plurilinguisme des habitants, qui ma\u00eetrisent trois langues (fran\u00e7ais, luxembourgeois, allemand). L\u2019histoire du fran\u00e7ais au Luxembourg est analys\u00e9e selon quatre axes&nbsp;: le bilinguisme du territoire, la tradition francographe de l\u2019administration et de la justice, l\u2019\u00e9cole et les ph\u00e9nom\u00e8nes migratoires qui int\u00e9ressent les deux derniers si\u00e8cles. L\u2019article se termine avec quelques consid\u00e9rations sur l\u2019avenir incertain du fran\u00e7ais, face \u00e0 la mont\u00e9e du luxembourgeois dans les pratiques linguistiques de l\u2019administration et de la justice, et de l\u2019allemand et de l\u2019anglais comme langues de l\u2019enseignement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail de sociolinguistique historique pr\u00e9sent\u00e9 par C. Rubio (<em>Diffusion du fran\u00e7ais en Palestine ottomane et id\u00e9ologies linguistiques<\/em>, pp. 193-207) s\u2019inscrit dans le domaine des \u00e9tudes sur le \u00ab&nbsp;fran\u00e7ais au Levant&nbsp;\u00bb. L\u2019A. analyse des documents diplomatiques datant des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies du 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle \u00e0 la fin de la p\u00e9riode ottomane (1918) et \u00e9manant du consulat g\u00e9n\u00e9ral de France \u00e0 J\u00e9rusalem, l\u2019institution qui a incarn\u00e9 la France dans la Palestine ottomane. Dans une \u00e9poque d\u2019expansion coloniale, la diffusion du fran\u00e7ais dans ce territoire est non seulement linguistique, mais id\u00e9ologique, car elle est due \u00e0 une volont\u00e9 politique et rentre dans le cadre d\u2019une mission civilisatrice de la France. L\u2019analyse de correspondances politiques ou d\u2019\u00e9changes avec les \u00e9coles fran\u00e7aises ou les associations de diffusion du fran\u00e7ais montrent en effet que par le biais de la langue, on visait la propagation d\u2019une \u00ab&nbsp;francit\u00e9 culturelle ou ontologique&nbsp;\u00bb (p.201).<\/p>\n\n\n\n<p>J. H\u00e4rm\u00e4 (<em>Le fran\u00e7ais et le su\u00e9dois dans les correspondances finlandaises des 18<sup>e<\/sup> et 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cles&nbsp;: Contact de langues<\/em> (pp.209-227) \u00e9tudie la correspondance en fran\u00e7ais de deux notables finlandais qui n\u2019avaient pas le fran\u00e7ais pour langue maternelle, dans un corpus de lettres des 18<sup>e<\/sup> et 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cles. La pr\u00e9sentation du contexte historique et socio-culturel, qui pr\u00e9c\u00e8de l\u2019analyse des lettres, r\u00e9v\u00e8le des aspects encore peu connus de la francophonie europ\u00e9enne&nbsp;: la Finlande \u00e9tait depuis le 12<sup>e<\/sup> si\u00e8cle sous la domination de la Su\u00e8de, pays o\u00f9 le fran\u00e7ais jouissait d\u2019un grand prestige&nbsp;; ensuite, le su\u00e9dois est rest\u00e9 langue officielle m\u00eame apr\u00e8s 1809, ann\u00e9e de l\u2019annexion \u00e0 la Russie o\u00f9 le fran\u00e7ais \u00e9tait la langue des \u00e9lites. Le fran\u00e7ais est donc langue de culture et langue v\u00e9hiculaire pour J.A. Ehrenstr\u00f6m et G. M. Armfelt, Finlandais de langue su\u00e9doise, dont les lettres montrent plusieurs ph\u00e9nom\u00e8nes d\u2019alternance codique (<em>code-switching<\/em>) su\u00e9dois\/fran\u00e7ais. L\u2019A. met en \u00e9vidence en particulier l<em>\u2019insertion<\/em> d\u2019\u00e9l\u00e9ments fran\u00e7ais en su\u00e9dois (et viceversa) et la pr\u00e9sence d\u2019<em>\u00eelots<\/em> <em>textuels<\/em>, des unit\u00e9s plus longues pouvant contenir un verbe fini et ayant souvent le statut de citations r\u00e9elles ou imaginaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Le troisi\u00e8me volet du recueil, <em>Continuit\u00e9s et ruptures en fran\u00e7ais d\u2019Outre-mer et dans l\u2019\u00e9mergence des langues cr\u00e9oles,<\/em> comprend trois contributions qui abordent des vari\u00e9t\u00e9s de fran\u00e7ais d\u2019Outre-mer, en prenant en compte les deux formes de contact linguistique que repr\u00e9sentent la cr\u00e9olisation et la formation d\u2019un dialecte \u00ab&nbsp;secondaire&nbsp;\u00bb (p.9).<\/p>\n\n\n\n<p>I. Neumann-Holzschuh et J. Mitko (Tout le monde parle diff\u00e9rent mais on se comprend pareil&nbsp;: <em>Le r<\/em><em>\u00f4le de l\u2019adjectif-adverbe dans le fran<\/em><em>\u00e7<\/em><em>ais nord-am\u00e9ricain<\/em>, pp. 231-270) pr\u00e9sentent une \u00e9tude sur les formes adjectivales ayant une fonction adverbiale (Type A, ex. <em>Je vais aller direct<\/em>) et les adverbes marqu\u00e9s morphologiquement (Type B, ex. <em>Je vais aller directement<\/em>). Les Auteurs entendent v\u00e9rifier l\u2019hypoth\u00e8se de Hummel, selon laquelle les vari\u00e9t\u00e9s nord-am\u00e9ricaines, moins sujettes \u00e0 la pression normative que les vari\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes, pr\u00e9f\u00e8rent \u00e0 l\u2019oral le premier type de formes adverbiales, qui \u00e9tait attest\u00e9 dans le pass\u00e9. Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 les probl\u00e8mes th\u00e9oriques concernant la classe de mots des adverbes, la prise en compte de corpus oraux contemporains de fran\u00e7ais acadien, qu\u00e9b\u00e9cois et louisianais permet de montrer que la pr\u00e9dilection pour le type A est li\u00e9e non seulement \u00e0 des facteurs g\u00e9ographiques mais aussi \u00e0 l\u2019\u00e2ge, au registre linguistique et au style&nbsp;: les locuteurs Acadiens et Louisianais emploient cette forme plus que les Qu\u00e9b\u00e9cois, qui se rapprochent ainsi du fran\u00e7ais parl\u00e9 en France&nbsp;; d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9, si l\u2019on consid\u00e8re tous les locuteurs nord-am\u00e9ricains, les jeunes utilisent moins le type A que les vieux&nbsp;; enfin, le type A est de plus en plus fr\u00e9quent dans le langage publicitaire.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article de F. Martineau et W. Remysen (<em>Bouleversement sociaux et normes orthographiques&nbsp;: L\u2019exemple du R\u00e9gime anglais dans l\u2019histoire du fran\u00e7ais qu\u00e9b\u00e9cois<\/em>, pp. 271-298) s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la pratique de l\u2019orthographe de l\u2019\u00e9lite canadienne-fran\u00e7aise dans la p\u00e9riode du R\u00e9gime anglais (1760-1867). Adoptant une perspective microlinguistique \u00ab&nbsp;plus orient\u00e9e vers le locuteur, ses usages, ses r\u00e9seaux&nbsp;\u00bb (p.277), les Auteurs analysent l\u2019orthographe de la correspondance priv\u00e9e de de la famille bourgeoise des Papineau et la comparent avec celle de trois membres du clerg\u00e9 fran\u00e7ais immigr\u00e9s au Canada et devenus des figures influentes dans le domaine de l\u2019\u00e9ducation. Ce travail prouve que, s\u2019il est vrai que dans cette \u00e9poque traditionnellement consid\u00e9r\u00e9e comme une p\u00e9riode de rupture et d\u2019isolement du Canada fran\u00e7ais par rapport \u00e0 la France, l\u2019orthographe fait preuve d\u2019un certain conservatisme, on y rep\u00e8re certaines innovations orthographiques adopt\u00e9es en France, telle &lt;ai&gt; au lieu de &lt;oi&gt; pour rendre le son [\u025b]&nbsp;: les variations entre le nouveau et l\u2019ancien mod\u00e8le s\u2019expliquent par les r\u00e9seaux de circulation de chaque scripteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le travail de S. Kriegel, R. Ludwig et S. Pf\u00e4nder (<em>Dialectes \u2013 cr\u00e9olisation &#8211; convergence&nbsp;: Quelques hypoth\u00e8ses \u00e0 partir du berrichon et du poitevin-saintongeais<\/em>, pp. 299-347) montre l\u2019importance des dialectes oraux dans la formation des cr\u00e9oles antillais \u00e0 base fran\u00e7aise, qui \u00e9mergent vers la fin du 17<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Les Auteurs prennent en compte deux dialectes assez \u00e9loign\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre, le berrichon et le poitevin-saintongeais, dont les lexiques divergent beaucoup plus que la grammaire.&nbsp; Le fran\u00e7ais \u00e9tait une langue \u00e9tait encore peu parl\u00e9e aux 17<sup>e<\/sup> et 18<sup>e<\/sup> si\u00e8cles dans la r\u00e9gion du Berry et dans la zone dialectale du sud-ouest, voil\u00e0 pourquoi les approches qui examinent uniquement le r\u00f4le du fran\u00e7ais standard n\u2019arrivent pas \u00e0 expliquer tous les ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la cr\u00e9olisation. A travers des exemples textuels, les Auteurs montrent que certains \u00e9l\u00e9ments dialectaux, parfois peu ou non grammaticalis\u00e9s dans les dialectes, comme les marqueurs aspecto-temporels, se retrouvent dans les cr\u00e9oles. Enfin, ils proposent le concept de <em>convergence <\/em>et l\u2019illustrent avec l\u2019exemple de l\u2019expression de la diath\u00e8se r\u00e9fl\u00e9chie au moyen du concept du corps<em>. <\/em>La<em> convergence <\/em>permet d\u2019expliquer le rapprochement structurel entre deux langues et de concilier ainsi, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la cr\u00e9olisation, les sc\u00e9narios de continuit\u00e9 et de rupture avec la langue du colonisateur.<\/p>\n\n\n\n<p>Un <em>Index<\/em> (pp.349-351) des notions et des formes linguistiques analys\u00e9es cl\u00f4t le volume.<\/p>\n\n\n\n<p>[Michela Murano]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>T\u00e9moignant de l\u2019essor dont jouissent les \u00e9tudes en diachronie du fran\u00e7ais depuis une vingtaine d\u2019ann\u00e9es, ce volume rassemble douze \u00e9tudes qui abordent l\u2019histoire du fran\u00e7ais depuis le Moyen Age jusqu\u2019\u00e0 nos jours. Des cas de figure exemplaires sont pr\u00e9sent\u00e9s, qui illustrent la variation linguistique et les diff\u00e9rents sc\u00e9narios de contact du fran\u00e7ais avec d\u2019autres langues.\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2021\/02\/24\/andreas-dufter-klaus-grubl-thomas-scharinger-des-parlers-doil-a-la-francophonie-contact-variation-et-changement-linguistiques-de-gruyter-berlin-boston-2019-352-pp\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5],"tags":[],"class_list":["post-181","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n-42"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/181"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=181"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/181\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":218,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/181\/revisions\/218"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=181"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=181"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=181"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}