{"id":1519,"date":"2026-02-12T19:30:30","date_gmt":"2026-02-12T18:30:30","guid":{"rendered":"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1519"},"modified":"2026-02-17T10:05:53","modified_gmt":"2026-02-17T09:05:53","slug":"patrick-charaudeau-quest-ce-que-le-francais-mythes-et-realites","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2026\/02\/12\/patrick-charaudeau-quest-ce-que-le-francais-mythes-et-realites\/","title":{"rendered":"Patrick CHARAUDEAU, Qu\u2019est-ce que le fran\u00e7ais\u00a0? Mythes et r\u00e9alit\u00e9s"},"content":{"rendered":"\n<p>Patrick CHARAUDEAU, <em>Qu\u2019est-ce que le fran\u00e7ais&nbsp;? Mythes et r\u00e9alit\u00e9s<\/em>, Paris, Classiques Garnier, 2025, pp. 159.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Qu\u2019est-ce que le fran\u00e7ais\u00a0? Mythes et r\u00e9alit\u00e9s<\/em> se veut, comme l\u2019auteur le pr\u00e9cise, un opuscule qui traite du fran\u00e7ais au fil du temps, dans l\u2019espace francophone, par rapport aux sujets qui s\u2019en emparent en le revendiquant ou en le critiquant sous les aspects grammatical, soci\u00e9tal, historique et culturel. L\u2019appui sur ces postures diff\u00e9rentes et divergentes qui sont mises en parall\u00e8le, t\u00e9moignant de la vivacit\u00e9 des d\u00e9bats en cours, sont le fil conducteur qui anime les r\u00e9flexions de Patrick CHARAUDEAU, fin connaisseur de cette langue et des enjeux que son utilisation comporte \u2013 des sujets locuteurs natifs qui l\u2019emploient au quotidien \u00e0 ceux qui l\u2019apprennent comme langue \u00e9trang\u00e8re dans le monde entier, en passant par les sujets qui l\u2019utilisent au niveau institutionnel et international, et par ceux qui en font un dispositif de lutte pour la revendication de droits perdus ou non reconnus. Cet ouvrage devient ainsi un outil \u00e0 la disposition de toute personne voulant s\u2019int\u00e9resser \u00e0 la langue fran\u00e7aise et en conna\u00eetre l\u2019histoire, la diffusion, les positions \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un emploi soci\u00e9tal et \u00e9galement grammatical li\u00e9 aux genres, \u00e0 son r\u00f4le vis-\u00e0-vis de la langue anglaise. Il repr\u00e9sente une mise au point actualis\u00e9e de divers th\u00e8mes qui ont fait et continuent \u00e0 faire l\u2019objet des int\u00e9r\u00eats scientifiques de Patrick CHARAUDEAU, qu\u2019il traite dans le cadre de l\u2019analyse du discours, \u00e0 l\u2019appui de nombreux exemples qui contribuent \u00e0 le rendre accessible \u00e0 un lectorat potentiellement tr\u00e8s vaste. Dans l\u2019<em>Introduction<\/em> (pp. 9-13), l\u2019auteur rappelle le besoin de distinguer, par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9tude d\u2019une langue, son syst\u00e8me grammatical de son usage r\u00e9el, \u00e0 partir de normes sociales et au sein du discours, pr\u00e9supposant ainsi une communication entre des sujets qui parlent de la langue et qui la partagent en se servant de la langue elle-m\u00eame. Il pr\u00e9cise que l\u2019utilisation de la langue comme norme sociale partag\u00e9e est \u00e0 l\u2019origine des id\u00e9es re\u00e7ues circulant dans la soci\u00e9t\u00e9 autour du fran\u00e7ais, \u00e0 partir d\u2019\u00ab\u00a0imaginaires linguistiques\u00a0\u00bb qui sont le propre de chaque individu et que celui-ci donne pour vrai et v\u00e9hicule dans la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le parcours discursif et les r\u00e9flexions langagi\u00e8res que P. CHARAUDEAU invitent \u00e0 entreprendre donnent lieu \u00e0 quatre sections et \u00e0 une <em>Conclusion<\/em>, compl\u00e9t\u00e9es par la <em>Bibliographie<\/em> (pp. 149-153) et par l\u2019<em>Index nominum<\/em> (pp. 155-156).<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re section, intitul\u00e9e <em>Le fran\u00e7ais. Les imaginaires de la langue<\/em> (pp. 15-76), s\u2019int\u00e9resse \u00e0 certains griefs qui ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9s contre le fran\u00e7ais dans le temps et qui repr\u00e9sentent autant de sous-parties de cette section. Le premier consiste en le r\u00eave de \u00ab\u00a0la belle langue litt\u00e9raire du pass\u00e9\u00a0\u00bb, qui serait \u00e0 rapporter au \u00ab\u00a0syndrome Moli\u00e8re\u00a0\u00bb et donc \u00e0 la langue de l\u2019\u00e9poque classique, autrement dit la langue commune litt\u00e9raire du classicisme. CHARAUDEAU souligne que la langue de Moli\u00e8re diff\u00e8re de \u00ab\u00a0notre langue que l\u2019on dit <em>moderne<\/em>\u00a0\u00bb (p. 17) en raison de sa prononciation, de son orthographe, du sens attribu\u00e9 \u00e0 certains mots, de sa morphologie, de sa syntaxe, mais que, si on en modifie la graphie, elle est non seulement compr\u00e9hensible, mais fascine par ses archa\u00efsmes. C\u2019est une repr\u00e9sentation id\u00e9alis\u00e9e de la langue qui \u00e9merge de ses auteurs, \u00ab\u00a0des objets de contemplation\u00a0\u00bb (p. 19), ce qui permet au linguiste de s\u2019attarder sur la repr\u00e9sentation de la culture, \u00e0 la base de l\u2019identit\u00e9 des peuples. D\u2019o\u00f9 les exemples de <em>L\u2019Ordonnance de Villers-Cotter\u00eats<\/em> de 1539, de la culture attach\u00e9e au peuple au XVIII<sup>e<\/sup> si\u00e8cle et de la formule \u00ab\u00a0une langue, un peuple, une nation\u00a0\u00bb r\u00e9pandue au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle visant \u00e0 former une conscience nationale \u00e0 tout prix. Ces exemples t\u00e9moignent ainsi du lien entre langue et identit\u00e9, r\u00e9apparaissant \u00e0 tout moment de crise sociale, comme CHARAUDEAU le rel\u00e8ve. Cela engendre un mouvement de retour vers une origine consid\u00e9r\u00e9e perdue, dont l\u2019embl\u00e8me est repr\u00e9sent\u00e9 par les revendications r\u00e9gionales fran\u00e7aises. Face \u00e0 cela, l\u2019auteur souligne que ce retour \u00e0 une langue et \u00e0 une identit\u00e9 d\u2019origine n\u2019est qu\u2019une illusion car la langue et l\u2019identit\u00e9 sont le r\u00e9sultat d\u2019une combinatoire complexe entre histoire, hybridation et homog\u00e9n\u00e9isation linguistiques, et la d\u00e9finition du fran\u00e7ais comme \u00ab\u00a0langue de Moli\u00e8re\u00a0\u00bb n\u2019est que symbolique. Le deuxi\u00e8me grief porte sur la question grammaticale. CHARAUDEAU l\u2019aborde \u00e0 partir de l\u2019origine latine du fran\u00e7ais pour montrer les transformations qu\u2019il a subies vis-\u00e0-vis du latin en raison de l\u2019influence avec d\u2019autres langues et de ses usages oraux. Il s\u2019agit d\u2019autant d\u2019\u00e9l\u00e9ments qui ont engendr\u00e9 le besoin de cr\u00e9er des grammaires en tant que description et repr\u00e9sentation d\u2019une langue qui existe d\u00e9j\u00e0 dans l\u2019usage avant qu\u2019elle ne soit norm\u00e9e. L\u2019histoire des grammaires de la langue fran\u00e7aises dans les si\u00e8cles souligne que la volont\u00e9 de garder et d\u2019innover dans la langue est, au XX<sup>e <\/sup>si\u00e8cle, balanc\u00e9e par l\u2019opposition entre th\u00e9ories scientifiques diff\u00e9rentes qui sont \u00e0 la base de la conception d\u2019une grammaire. L\u2019attention de l\u2019auteur est notamment focalis\u00e9e sur deux tendances qui int\u00e9ressent la grammaire fran\u00e7aise\u00a0: d\u2019une part, une qu\u00eate d\u2019autorit\u00e9\u00a0et, d\u2019autre part, un souci d\u2019humanisme, \u00e0 partir de r\u00e8gles qui vont devenir des normes et qui sont impos\u00e9es par l\u2019institution scolaire. Une autre question qui tient \u00e0 la grammaire fran\u00e7aise et que CHARAUDEAU tient \u00e0 rappeler consiste en l\u2019existence d\u2019une grammaire de l\u2019oral \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la grammaire de l\u2019\u00e9crit, et en la l\u00e9gitimit\u00e9 des deux grammaires. Sous cet aspect, il s\u2019inscrit en faux contre la tradition litt\u00e9raire qui n\u2019a promu que la grammaire s\u2019appuyant sur l\u2019\u00e9crit. Le troisi\u00e8me grief qui est examin\u00e9 rel\u00e8ve de l\u2019orthographe, que CHARAUDEAU qualifie de \u00ab\u00a0guerre picrocholine\u00a0\u00bb (p. 34) par rapport \u00e0 l\u2019opposition entre la r\u00e9forme de l\u2019orthographe et la d\u00e9fense d\u2019une esth\u00e9tique li\u00e9e au respect de la tradition. Apr\u00e8s avoir rappel\u00e9 que l\u2019orthographe est strictement li\u00e9e aux grammaires de l\u2019\u00e9crit et de l\u2019oral, et qu\u2019elle est ainsi une affaire de graphistes, il s\u2019attarde sur divers exemples de discordances lexicales, morphologiques et syntaxiques portant sur la graphie du fran\u00e7ais qui sont dues \u00e0 des questions d\u2019\u00e9tymologie et de logique interne au syst\u00e8me. En t\u00e9moigne l\u2019accord en genre et en nombre du participe pass\u00e9 avec le compl\u00e9ment d\u2019objet direct lorsque ce dernier pr\u00e9c\u00e8de le verbe \u00ab\u00a0avoir\u00a0\u00bb. Ce sont des arguments oppos\u00e9s \u2013 de type soci\u00e9tal, politique, grammatical, linguistique \u2013 et les raisons qui les motivent qui sont \u00e0 la base des r\u00e9flexions \u00e0 propos de la r\u00e9forme de l\u2019orthographe du fran\u00e7ais des ann\u00e9es 1990, que CHARAUDEAU invite \u00e0 consid\u00e9rer comme un aspect de complexit\u00e9 normal appartenant au fait social. Relativement au quatri\u00e8me grief, \u00e0 propos du \u00ab\u00a0fran\u00e7ais standard\u00a0\u00bb, CHARAUDEAU pr\u00e9f\u00e8re parler d\u2019un fran\u00e7ais multicolore et d\u2019une pluralit\u00e9 de langues fran\u00e7aises. Celles-ci sont le r\u00e9sultat des rencontres et des effets qu\u2019elles produisent, \u00e0 savoir des changements, des modifications et des variations, mais aussi de vari\u00e9t\u00e9s linguistiques, communicationnelles, sociales, socio-culturelles r\u00e9gionales et socio-culturelles nationales. Une prise en compte r\u00e9fl\u00e9chie de ces aspects est alors essentielle, d\u2019apr\u00e8s l\u2019auteur, pour comprendre que \u00ab\u00a0[l]e fran\u00e7ais appartient \u00e0 qui le parle dans une volont\u00e9 d\u2019intercompr\u00e9hension, entre normes sociales et d\u00e9sir de s\u2019individuer [\u2026]\u00a0\u00bb (p. 61). Le dernier grief qui est \u00e9voqu\u00e9 porte sur la relation entre le fran\u00e7ais et l\u2019anglais et sur la perception que le fran\u00e7ais serait envahi par l\u2019anglais ou, au contraire, que l\u2019entr\u00e9e de mots anglais r\u00e9sulterait de la mondialisation des \u00e9changes. Face aux positions oppos\u00e9es qui sont \u00e9voqu\u00e9es, parmi lesquelles celle \u2013 d\u00e9fendue par les institutions charg\u00e9es de la langue fran\u00e7aise en France \u2013 qui consid\u00e8re que l\u2019anglais porte atteinte \u00e0 la langue fran\u00e7aise, CHARAUDEAU dresse un \u00e9tat des lieux de la question pour souligner qu\u2019il faut se rapporter aux usages r\u00e9els de l\u2019anglais qui sont effectu\u00e9s dans la vie en soci\u00e9t\u00e9, mais qu\u2019il est \u00e9galement essentiel de consid\u00e9rer les raisons qui motivent l\u2019emploi des emprunts. Celles-ci rel\u00e8vent non seulement d\u2019une v\u00e9ritable n\u00e9cessit\u00e9 de communication mais aussi de cas de persuasion ou de connivence, voire de snobisme.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me section, <em>La nature du fran\u00e7ais. \u00c0 la recherche d\u2019un crit\u00e8re <\/em>(pp. 77-90), porte sur la possibilit\u00e9 de d\u00e9terminer des crit\u00e8res pr\u00e9sidant \u00e0 l\u2019existence du fran\u00e7ais \u00e0 partir des enjeux sur l\u2019\u00e9criture inclusive. Deux points de vue sont \u00e0 cet \u00e9gard \u00e9voqu\u00e9s&nbsp;: celui de la jurisprudence, \u00e0 partir des affaires qui, depuis les ann\u00e9es 2020, ont d\u00fb se prononcer \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la possibilit\u00e9 que l\u2019\u00e9criture inclusive soit du fran\u00e7ais, dont la r\u00e9ponse est que le pouvoir administratif n\u2019est pas comp\u00e9tent pour trancher sur cette question, et le point de vue linguistique. Par rapport \u00e0 celui-ci, ce sont l\u2019oral et l\u2019\u00e9crit qui sont en cause en termes de probl\u00e8mes de lisibilit\u00e9, et la primaut\u00e9 de l\u2019oral sur l\u2019\u00e9crit. Ceux-ci sont clairement montr\u00e9s par CHARAUDEAU \u00e0 l\u2019appui de diverses astuces de l\u2019\u00e9criture inclusive, parmi lesquelles le point m\u00e9dian et la fabrication de mots par accolement de lettres marquant les genres, qui posent des difficult\u00e9s en termes, entre autres, d\u2019\u00e9dition, face \u00e0 d\u2019autres solutions moins probl\u00e9matiques, comme les parenth\u00e8ses ou les barres obliques. La solution qui est propos\u00e9e par CHARAUDEAU rel\u00e8ve d\u2019une question d\u2019intelligibilit\u00e9 et de compr\u00e9hension permettant de reconna\u00eetre \u00e0 l\u2019\u00e9crit ce qui est prononc\u00e9 \u00e0 l\u2019oral.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Comment se construit une langue. Norme, usage et compr\u00e9hension <\/em>(pp. 91-104) constitue la troisi\u00e8me section de cet ouvrage. Elle suppose la d\u00e9finition pr\u00e9alable de \u00ab\u00a0langue\u00a0\u00bb avant de traiter des principes qui gouvernent son fonctionnement, sa mise en ouvre et l\u2019effet que cela g\u00e9n\u00e8re. La d\u00e9finition propos\u00e9e par CHARAUDEAU s\u2019appuie sur le lien entre celle-ci et les usages qu\u2019en font les individus pour communiquer avec d\u2019autres individus. Pour l\u2019expliquer, il s\u2019appuie sur la distinction tripartite de la langue comme \u00ab\u00a0syst\u00e8me\u00a0\u00bb \u2013 telle qu\u2019elle est r\u00e9pertori\u00e9e dans les dictionnaires et dans les grammaires \u2013, comme \u00ab\u00a0norme\u00a0\u00bb, relevant de l\u2019\u00e9change concret entre individus et donc de la valeur sociale de la langue, et comme \u00ab\u00a0discours\u00a0\u00bb, \u00e0 savoir par rapport \u00e0 la mani\u00e8re dont chaque individu se sert de la langue, et donc de la libert\u00e9 d\u2019expression. Cette triple comp\u00e9tence sous-tend le fonctionnement de toute langue selon le \u00ab\u00a0principe d\u2019\u00e9conomie linguistique\u00a0\u00bb, consistant \u00e0 combiner le besoin de communiquer au moindre co\u00fbt et celui de distinguer les \u00e9l\u00e9ments de la langue selon une certaine pertinence. C\u2019est \u00e0 partir de ce principe que CHARAUDEAU reprend la question li\u00e9e au genre grammatical en fran\u00e7ais pour la rapporter au principe de \u00ab\u00a0neutralisation s\u00e9mantique\u00a0\u00bb. Ce principe est appliqu\u00e9 aux cas des mots \u00e9pic\u00e8nes et \u00e0 la transformation des mots en entit\u00e9s abstraites n\u2019\u00e9tant porteuses d\u2019aucun genre biologique mais d\u2019un genre \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9rique\u00a0\u00bb. Cette affaire est pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 l\u2019appui de nombreux exemples et ensuite appliqu\u00e9e au langage philosophique, et au langage juridique et r\u00e9glementaire. Le discours li\u00e9 au genre grammatical et \u00e0 la neutralisation se poursuit par la question de l\u2019accord syntaxique en fran\u00e7ais, que CHARAUDEAU aborde pour introduire l\u2019accord de \u00ab\u00a0proximit\u00e9\u00a0\u00bb et pour v\u00e9rifier l\u2019utilisation r\u00e9elle de cette possible solution au probl\u00e8me de l\u2019accord entre mots relevant de cat\u00e9gories de genres diff\u00e9rents. L\u00e0 encore, c\u2019est, d\u2019apr\u00e8s l\u2019auteur, la neutralisation s\u00e9mantique qui intervient pour nuancer l\u2019affirmation d\u2019apr\u00e8s laquelle \u00ab\u00a0le masculin n\u2019est pas le neutre\u00a0\u00bb (p. 99). Le r\u00f4le du genre grammatical vis-\u00e0-vis du genre sexu\u00e9 des individus concerne \u00e9galement la f\u00e9minisation des noms de m\u00e9tier, que CHARAUDEAU qualifie d\u2019avanc\u00e9e justifi\u00e9e et dont il retrace le parcours institutionnel, de 1984 \u00e0 2019 \u2013 date de son acceptation par l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise. Or, f\u00e9miniser les noms peut \u00e9galement poser la question de la neutralisation s\u00e9mantique\u00a0: face \u00e0 cela, l\u2019opinion de CHARAUDEAU est de pr\u00eater attention aux contextes dans lesquels ces mots sont utilis\u00e9s car c\u2019est l&#8217;interpr\u00e9tation qui engendre la forme \u00e0 adopter. Il est ainsi imp\u00e9ratif de distinguer la cat\u00e9gorie de la personne, qui est attach\u00e9e \u00e0 l\u2019individu, de la cat\u00e9gorie de la fonction.<\/p>\n\n\n\n<p>La quatri\u00e8me section, <em>Comment parler. Vous avez dit correct&nbsp;?<\/em> (pp. 105-144), s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la question de savoir ce qui est correct ou incorrect dans la langue et \u00e0 ce \u00e0 quoi cela peut \u00eatre rapport\u00e9, \u00e0 savoir des imaginaires sociaux se d\u00e9veloppant dans toute communaut\u00e9 linguistique relativement \u00e0 la \u00ab&nbsp;langue-norme&nbsp;\u00bb et \u00e0 la \u00ab&nbsp;langue-discours&nbsp;\u00bb. Les th\u00e8mes qui sont \u00e0 cet \u00e9gard abord\u00e9s portent sur le politiquement correct et incorrect dans l\u2019histoire et sur les avis qui circulent du c\u00f4t\u00e9 de la politique et du c\u00f4t\u00e9 des sp\u00e9cialistes en sociologie et en philosophie. CHARAUDEAU souligne les tenants et les aboutissants d\u2019une affaire opposant deux postures par le biais des couples \u00ab&nbsp;ethnie\/race&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;noir\/n\u00e8gre&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;indig\u00e8ne\/indien&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;personne de petite taille\/nain&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;personne en surpoids\/ob\u00e8se&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;suicide assist\u00e9, aide \u00e0 mourir\/euthanasie&nbsp;\u00bb. Le parcours socio-discursif qui est trac\u00e9 pour souligner ce qui est consid\u00e9r\u00e9 comme incorrect et son pendant dit correct montre qu\u2019on a affaire \u00e0 des mots pi\u00e9g\u00e9s qui d\u00e9signent en fait g\u00e9n\u00e9ralement une r\u00e9alit\u00e9 autre. C\u2019est pourquoi il souligne qu\u2019aucun mot n\u2019est correct ou incorrect mais que tout est \u00e0 rapporter \u00e0 sa valeur en contexte. Le politiquement correct fait ainsi l\u2019objet d\u2019une autre r\u00e9flexion de CHARAUDEAU&nbsp;: il rel\u00e8ve d\u2019un discours de \u00ab&nbsp;n\u00e9gativit\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 125) dans la sph\u00e8re publique, dans la mesure o\u00f9 il s\u2019accompagne souvent d\u2019un \u00ab&nbsp;refus de dire&nbsp;\u00bb par rapport \u00e0 ce qui est \u00e0 rejeter. En t\u00e9moignent les exemples pr\u00e9sent\u00e9s au niveau politique et \u00e9conomique, concernant \u00e9galement la \u00ab&nbsp;langue de bois&nbsp;\u00bb, le \u00ab&nbsp;tabou&nbsp;\u00bb et la \u00ab&nbsp;novlangue&nbsp;\u00bb. Il \u00e9merge que le politiquement correct est affaire de contraintes sociales et de la singularit\u00e9 du sujet, donc de libert\u00e9 d\u2019expression. Face \u00e0 cela, l\u2019auteur cite l\u2019humour et avance que, \u00e0 partir du \u00ab&nbsp;contrat humoristique&nbsp;\u00bb qui le sous-tend, il peut repr\u00e9senter un antidote au politiquement correct. Le politiquement correct est \u00e9galement \u00e0 l\u2019origine des r\u00e9flexions de CHARAUDEAU sur l\u2019insulte, sur l\u2019injure, sur l\u2019offense et sur leurs figures et effets. Il distingue leur \u00e9tymologie, leurs usages anciens et contemporains, leurs contextes d\u2019emploi, qui rapportent ces trois termes \u00e0 l\u2019adresse \u00e0 une personne avec effet de d\u00e9nigrement. Cet itin\u00e9raire abordant \u00e9galement la perception de l\u2019insulte selon les cultures confirme, encore une fois, le r\u00f4le capital de l\u2019effet que les mots peuvent avoir dans un contexte donn\u00e9 au sein d\u2019une relation sociale, l\u00e0 o\u00f9 leur ambivalence rel\u00e8ve de la fa\u00e7on de parler de chaque sujet. La derni\u00e8re partie de cette section s\u2019int\u00e9resse, toujours \u00e0 partir du politiquement correct, \u00e0 la politesse. Celle-ci est distingu\u00e9e de la courtoisie en termes d\u2019usage r\u00e9gl\u00e9 conventionnellement dans le premier cas, de mani\u00e8re d\u2019\u00eatre et de comportement individuel dans le second, mais \u00e9galement de l\u2019impolitesse, qui repr\u00e9sente plut\u00f4t l\u2019exact sym\u00e9trique de \u00ab&nbsp;courtoisie&nbsp;\u00bb. L\u00e0 encore, les effets de la politesse et de l\u2019impolitesse sont \u00e0 ramener au contexte culturel dans lequel elles sont manifest\u00e9es, d\u2019o\u00f9 l\u2019impossibilit\u00e9 d\u2019identifier des comportements universels.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la <em>Conclusion<\/em> (pp. 145-148), Patrick CHARAUDEAU met en \u00e9vidence que le fran\u00e7ais reste langue commune et se d\u00e9finit \u00e0 partir de son histoire, de ses changements, de la diversit\u00e9 de ses formes, de sa migration dans d\u2019autres territoires et dans la rencontre avec d\u2019autres cultures. Cette langue est consid\u00e9r\u00e9e comme multicolore et est d\u00e9termin\u00e9e par les sp\u00e9cificit\u00e9s qui lui sont propres et qui la diff\u00e9rencient d\u2019autres langues. Les discriminations qu\u2019on pourrait lui attribuer sont en fait le r\u00e9sultat des sujets qui l\u2019utilisent et qui sont responsables de leur dire. C\u2019est une \u00e9thique de responsabilit\u00e9 qui leur incombe et qui doit guider les choix qui sont effectu\u00e9s vis-\u00e0-vis de l\u2019usage qu\u2019on fait de la langue. Cet ouvrage confirme ainsi que le fran\u00e7ais est une langue vivante h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et diversifi\u00e9e dont il faut comprendre la richesse, et qu\u2019il poss\u00e8de un pouvoir qui permet de s\u2019y soumettre mais aussi d\u2019en faire un outil d\u2019\u00e9mancipation, de libert\u00e9 et de connaissance du monde.<\/p>\n\n\n\n<p>La lecture et l\u2019analyse de cet ouvrage riche en pistes de r\u00e9flexion pour mieux comprendre le fran\u00e7ais permet en fait de s\u2019interroger sur et de comprendre \u00e9galement les autres langues dans leur diversit\u00e9 et dans les traits qui permettent de les distinguer par rapport \u00e0 un noyau commun. C\u2019est une analyse socio-discursive ponctuelle et enrichissante qui \u00e9merge de la lecture de cet ouvrage questionnant le fran\u00e7ais \u00e0 partir des mythes et r\u00e9alit\u00e9s qui lui sont attribu\u00e9s dans le temps. Patrick CHARAUDEAU les reprend pour montrer qu\u2019une langue est affaire de l\u2019usage qu\u2019en font les sujets qui l\u2019utilisent et qui s\u2019en emparent en la maniant \u00e0 diverses fins plut\u00f4t que de l\u2019ensemble de r\u00e8gles qui la sous-tend. Cela confirme encore plus qu\u2019aucune r\u00e9ponse tranch\u00e9e n\u2019est possible \u00e0 l\u2019\u00e9gard de tout ce qui a trait \u00e0 la langue, dans la mesure o\u00f9 chaque position est le r\u00e9sultat de la mani\u00e8re de la consid\u00e9rer selon la situation de communication, l\u2019\u00e9poque, la culture et le sujet qui s\u2019en charge. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>[Alida M. SILLETTI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Patrick CHARAUDEAU, Qu\u2019est-ce que le fran\u00e7ais&nbsp;? Mythes et r\u00e9alit\u00e9s, Paris, Classiques Garnier, 2025, pp. 159. Qu\u2019est-ce que le fran\u00e7ais\u00a0? Mythes et r\u00e9alit\u00e9s se veut, comme l\u2019auteur le pr\u00e9cise, un opuscule qui traite du fran\u00e7ais au fil du temps, dans l\u2019espace francophone, par rapport aux sujets qui s\u2019en emparent en le revendiquant ou en le critiquant\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2026\/02\/12\/patrick-charaudeau-quest-ce-que-le-francais-mythes-et-realites\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":21,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[51],"tags":[],"class_list":["post-1519","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n57"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1519"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/21"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1519"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1519\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1529,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1519\/revisions\/1529"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1519"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1519"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1519"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}