{"id":123,"date":"2021-02-15T18:39:55","date_gmt":"2021-02-15T17:39:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=123"},"modified":"2021-03-05T08:45:19","modified_gmt":"2021-03-05T07:45:19","slug":"marie-helene-hermand-euroregions-leclosion-de-la-communication-transfrontaliere-bruxelles-editions-de-luniversite-de-bruxelles-pp-223","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2021\/02\/15\/marie-helene-hermand-euroregions-leclosion-de-la-communication-transfrontaliere-bruxelles-editions-de-luniversite-de-bruxelles-pp-223\/","title":{"rendered":"Marie-H\u00e9l\u00e8ne HERMAND. Euror\u00e9gions. L\u2019\u00e9closion de la communication transfrontali\u00e8re, Bruxelles, \u00c9ditions de l\u2019Universit\u00e9 de Bruxelles, pp. 223."},"content":{"rendered":"\n<p>Ce livre entend analyser \u00e0 la fois la construction discursive de l\u2019objet \u00ab&nbsp;euror\u00e9gion&nbsp;\u00bb et surtout les caract\u00e9ristiques du discours euror\u00e9gional. L\u2019auteure, Marie-H\u00e9l\u00e8ne Hermand, s\u2019appuie sur un corpus multilingue h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de documents num\u00e9riques institutionnels produits par l\u2019Union europ\u00e9enne et par le Conseil de l\u2019Europe (chap. 2), par les institutions, les acteurs \u00e9conomiques et les Universit\u00e9s pr\u00e9sents dans les Euror\u00e9gions concern\u00e9es (chap. 3) et par la presse (chap. 4). Hermand retrace la pr\u00e9sence d\u2019une v\u00e9ritable \u00ab&nbsp;matrice discursive&nbsp;\u00bb du discours euror\u00e9gional, \u00ab&nbsp;[e]ntendue comme la somme de traits communs ou largement partag\u00e9s par ces discours&nbsp;\u00bb (p. 19). Dans le dernier chapitre, le cinqui\u00e8me, le discours dominant euror\u00e9gional analys\u00e9 dans les chapitres pr\u00e9c\u00e9dents est mis en relation avec un corpus de contre-discours syndicaux, associatifs et m\u00e9diatiques, ce qui favorise l\u2019\u00e9mergence d\u2019une formation discursive travers\u00e9e par des pol\u00e9miques latentes.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019observatoire d\u2019analyse que l\u2019auteure privil\u00e9gie est l\u2019analyse du discours \u00ab&nbsp;\u00e0 la fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb que l\u2019auteure conjugue avec l\u2019approche s\u00e9miodiscursive, cette derni\u00e8re s\u2019av\u00e9rant tr\u00e8s utile pour l\u2019analyse des sites web \u00e9galement pris en compte dans le livre.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le premier chapitre, le discours euror\u00e9gional est mis en relation avec les discours historiques, notamment les discours f\u00e9d\u00e9ralistes (voir, par exemple, la Paneurope de Coundenhove-Kalergi, le Manifeste de Ventotene, la circulation des syntagmes \u00ab&nbsp;\u00c9tats-Unis d\u2019Europe&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Europe des r\u00e9gions&nbsp;\u00bb) et les discours des institutions qui ont contribu\u00e9 \u00e0 la construction europ\u00e9enne (entre autres, la CECA) ou \u00e0 la coop\u00e9ration transfrontali\u00e8re (tel le Conseil de l\u2019Europe). Ce sont justement ces discours qui ont permis l\u2019\u00e9mergence m\u00eame du concept d\u2019\u00ab&nbsp;euror\u00e9gion&nbsp;\u00bb, notion qui, tout en se l\u00e9gitimant, n\u2019est pourtant pas d\u00e9finie de mani\u00e8re claire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le corpus euror\u00e9gional exploit\u00e9 pour l\u2019analyse est pr\u00e9sent\u00e9 dans le deuxi\u00e8me chapitre. Il s\u2019agit de discours en six langues (fran\u00e7ais, italien, espagnol, anglais, allemand et n\u00e9erlandais) d\u2019environ 600.000 mots que l\u2019auteure a recueillis \u00e0 partir de la pr\u00e9sence des noms propres des euror\u00e9gions, de leurs sigles ou d\u2019autres d\u00e9nominations et de l\u2019hyperonyme \u00ab\u00a0euror\u00e9gion\u00a0\u00bb. L\u2019analyse de ce corpus montre que les \u00e9nonciateurs principaux du discours euror\u00e9gional sont les acteurs institutionnels et que ces discours concernent avant tout des th\u00e8mes d\u2019actualit\u00e9 ou la pr\u00e9sentation des euror\u00e9gions. Par rapport \u00e0 ce que les analystes du discours appellent l\u2019\u00ab\u00a0\u00e9thos pr\u00e9alable\u00a0\u00bb, l\u2019image des euror\u00e9gions avant m\u00eame la prise de parole des responsables montre que ces objets se caract\u00e9risent par une conception instrumentale\u00a0: les euror\u00e9gions seraient utilis\u00e9es, d\u2019une part, pour souligner le r\u00f4le positif des relations transfrontali\u00e8res et de l\u2019autre, pour leur attribuer la valeur exemplaire de mod\u00e8le politique de coh\u00e9sion europ\u00e9enne.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le troisi\u00e8me chapitre, l\u2019auteure analyse les discours institutionnels des euror\u00e9gions dont la vis\u00e9e est l\u2019autol\u00e9gitimation. Malgr\u00e9 la diversit\u00e9 des euror\u00e9gions, ces discours sont uniformis\u00e9s et se caract\u00e9risent par la pr\u00e9sence d\u2019un discours expert (voir, entre autres, l\u2019utilisation des chiffres) qui est d\u00e9pourvu de toute conflictualit\u00e9. En outre, ces discours mettent en \u00e9vidence l\u2019aspect transfrontalier de la valorisation du patrimoine commun, ce qui contribue \u00e0 la l\u00e9gitimation de l\u2019euror\u00e9gion comme mod\u00e8le de coh\u00e9sion europ\u00e9enne. L\u2019aspect transfrontalier sert \u00e9galement aux acteurs \u00e9conomiques euror\u00e9gionaux pour relancer les entreprises en crise, en privil\u00e9giant une narration purement n\u00e9olib\u00e9rale. L\u2019\u00e9thos construit en discours reste \u00e9litiste, d\u2019excellence \u00e9conomique. Dans le discours des Universit\u00e9s, la mobilit\u00e9 est l\u2019\u00e9l\u00e9ment qui permet le d\u00e9passement des fronti\u00e8res, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un mod\u00e8le d\u2019Universit\u00e9 transfrontali\u00e8re qui pr\u00e9voit des curricula de ce type. Malgr\u00e9 la pr\u00e9sence d\u2019une vision humaniste, le discours p\u00e9dagogique aussi finit par r\u00e9it\u00e9rer des \u00e9l\u00e9ments typiques des narrations n\u00e9olib\u00e9rales, le mot-cl\u00e9 par excellence restant l\u2019\u00ab&nbsp;adaptation&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le quatri\u00e8me chapitre, l\u2019auteure analyse le discours de la presse nationale, r\u00e9gionale, europ\u00e9enne et transfrontali\u00e8re de 1996 \u00e0 2013. Ce sous-corpus montre la n\u00e9cessit\u00e9 de nommer avant tout l\u2019objet nouveau, cette nomination \u00e9tant avant tout un acte administratif qui n\u2019a rien \u00e0 voir avec la m\u00e9moire collective europ\u00e9enne. Le recours \u00e0 la reformulation et la pr\u00e9sence de v\u00e9ritables \u00ab&nbsp;paradigmes d\u00e9signationnels&nbsp;\u00bb, pour reprendre la notion propos\u00e9e par Marie-Fran\u00e7oise Mortureux, souligne la difficult\u00e9 \u00e0 faire conna\u00eetre les euror\u00e9gions \u00e0 la population europ\u00e9enne. L\u2019analyse montre \u00e9galement que la presse finit par v\u00e9hiculer un discours qui reste \u00e9litiste et qui consid\u00e8re les euror\u00e9gions comme un \u00e9l\u00e9ment central pour le d\u00e9veloppement transfrontalier plut\u00f4t que par rapport \u00e0 la cr\u00e9ation d\u2019une identit\u00e9 europ\u00e9enne commune.<\/p>\n\n\n\n<p>Les caract\u00e9ristiques de la formation discursive euror\u00e9gionale sont r\u00e9sum\u00e9es dans le cinqui\u00e8me chapitre, o\u00f9 l\u2019auteure rappelle la pr\u00e9sence d\u2019un positionnement id\u00e9ologique commun aux diff\u00e9rents discours analys\u00e9s et qui est favorable aux euror\u00e9gions. Ce discours dominant est loin d\u2019\u00eatre un discours favorisant une identit\u00e9 europ\u00e9enne commune et, au contraire, finit par favoriser la concurrence euror\u00e9gionale et par utiliser les euror\u00e9gions de mani\u00e8re utilitaire par rapport aux \u00e9nonciateurs concern\u00e9s&nbsp;: ainsi en va-t-il pour les institutions euror\u00e9gionales qui en profitent pour s\u2019autol\u00e9gitimer, pour les acteurs \u00e9conomiques qui l\u2019exploitent pour le d\u00e9veloppement de leurs entreprises, pour les Universit\u00e9s qui s\u2019en servent pour faire valoir leur sp\u00e9cificit\u00e9, etc. Par rapport \u00e0 ce discours dominant, la dissolution des fronti\u00e8res et la promotion de la mobilit\u00e9 servent d\u2019appui \u00e0 l\u2019\u00e9laboration de contre-discours syndicaux, associatifs et m\u00e9diatiques qui essaient de r\u00e9orienter les mots d\u2019ordre de l\u2019autre. Dans ce contexte, les associations d\u00e9construisent les fronti\u00e8res mais pour l\u00e9gitimer des mod\u00e8les alternatifs aux euror\u00e9gions, comme, entre autres, une Europe des villes, fond\u00e9e sur les villes transfrontali\u00e8res qui partagent des m\u00e9moires collectives europ\u00e9ennes, ou une Europe des r\u00e9gions.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les conclusions du livre, l\u2019auteure souligne l\u2019aspect de rupture du discours euror\u00e9gional par rapport \u00e0 l\u2019\u00ab&nbsp;ancienne forme de territorialisation du pouvoir europ\u00e9en sous la forme d\u2019\u00c9tat-nations&nbsp;\u00bb (p. 203). L\u2019auteure pr\u00e9sente aussi des pistes de recherches futures, notamment par rapport aux contre-discours, \u00e0 l\u2019\u00e9volution des discours des acteurs \u00e9conomiques et au r\u00f4le des euror\u00e9gions en tant qu\u2019interm\u00e9diaires entre les instances europ\u00e9ennes et la citoyennet\u00e9. Ces pistes favoriseraient une meilleure appr\u00e9hension du discours euror\u00e9gional, qui est encore en partie m\u00e9connu, notamment dans sa composante diplomatique. Enfin, Hermand souhaite revenir \u00e9galement sur la comparaison des discours multilingues concern\u00e9s d\u2019apr\u00e8s la perspective linguistique (traductologie) pour voir comment les diff\u00e9rents \u00e9nonciateurs s\u2019approprient des diff\u00e9rentes langues-cultures pour favoriser ou entraver les \u00e9changes possibles entre ces derni\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>[Rachele RAUS]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce livre entend analyser \u00e0 la fois la construction discursive de l\u2019objet \u00ab&nbsp;euror\u00e9gion&nbsp;\u00bb et surtout les caract\u00e9ristiques du discours euror\u00e9gional. 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