{"id":1036,"date":"2024-02-13T19:56:02","date_gmt":"2024-02-13T18:56:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1036"},"modified":"2024-02-27T09:01:27","modified_gmt":"2024-02-27T08:01:27","slug":"le-discours-et-la-langue-revue-de-linguistique-francaise-et-danalyse-du-discours-tome-13-1-numero-thematique-temps-mode-et-aspect-en-francais-dans-la-roue-de-jacques-bres-coordonne-par","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2024\/02\/13\/le-discours-et-la-langue-revue-de-linguistique-francaise-et-danalyse-du-discours-tome-13-1-numero-thematique-temps-mode-et-aspect-en-francais-dans-la-roue-de-jacques-bres-coordonne-par\/","title":{"rendered":"Le discours et la langue. Revue de linguistique fran\u00e7aise et d\u2019analyse du discours, Tome 13.1, num\u00e9ro th\u00e9matique Temps, mode et aspect en fran\u00e7ais : dans la roue de Jacques Bres, coordonn\u00e9 par Emmanuelle LABEAU"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Le discours et la langue. Revue de linguistique fran\u00e7aise et d\u2019analyse du discours<\/em>, Tome 13.1, num\u00e9ro th\u00e9matique<em> Temps, mode et aspect en fran\u00e7ais : dans la roue de Jacques Bres<\/em>, coordonn\u00e9 par Emmanuelle LABEAU, Louvain-la-Neuve, EME \u00c9ditions, 2021, pp. <a>2<\/a>22.<\/p>\n\n\n\n<p>Le num\u00e9ro th\u00e9matique<em> Temps, mode et aspect en fran\u00e7ais : dans la roue de Jacques Bres<\/em> de la revue <em>Le discours et la langue. Revue de linguistique fran\u00e7aise et d\u2019analyse du discours<\/em> r\u00e9unit une partie des recherches pr\u00e9sent\u00e9es lors des journ\u00e9es d\u2019\u00e9tude en l\u2019honneur de Jacques Bres, \u00e0 Montpellier, en septembre 2018, pour c\u00e9l\u00e9brer son d\u00e9part \u00e0 la retraite.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce volume composite, qui rassemble neuf contributions de linguistes travaillant sur la langue fran\u00e7aise, est centr\u00e9 sur les int\u00e9r\u00eats linguistiques de Jacques Bres \u00e0 l\u2019\u00e9gard des deux domaines entrem\u00eal\u00e9s&nbsp;: d\u2019un c\u00f4t\u00e9, le dialogisme&nbsp;; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, le temps, le mode et l\u2019aspect en fran\u00e7ais. C\u2019est ainsi cette richesse d\u2019int\u00e9r\u00eats et de perspectives qui est parcourue au long de cet ouvrage par les sp\u00e9cialistes qui y ont contribu\u00e9, comme Emmanuelle LABEAU le souligne dans son introduction (<em>En selle&nbsp;!<\/em>,pp. 7-10).<\/p>\n\n\n\n<p>La premi\u00e8re contribution, r\u00e9dig\u00e9e par Marc WILMET, a pour titre <em>Quand donc a-t-il dit qu\u2019il partait, Jacques ?<\/em> (pp. 11-24). Ce titre, repris \u00e0 partir d\u2019une citation spontan\u00e9e, est notamment \u00e9vocateur des sujets qui sont abord\u00e9s dans cet article&nbsp;: l\u2019imparfait dans son acception \u00ab de concordance \u00bb&nbsp;; la \u00ab dislocation \u00e0 droite \u00bb et les fonctions respectives de l\u2019\u00e9l\u00e9ment disloqu\u00e9 et de sa reprise&nbsp;; la valeur de <em>donc <\/em>dans l\u2019expression <em>quand donc&nbsp;<\/em>; le caract\u00e8re ambigu de la question qui est pos\u00e9e en termes syntaxiques. Ces quatre sujets sont examin\u00e9s par WILMET \u00e0 l\u2019appui d\u2019\u00e9tudes grammaticales pr\u00e9alables. Sur le premier point, l\u2019attention&nbsp;est focalis\u00e9e sur le lien entre le pass\u00e9 et l\u2019imparfait et sur les formes verbales qui pourraient concurrencer l\u2019imparfait \u00ab&nbsp;de concordance&nbsp;\u00bb&nbsp;: le choix d\u00e9coule de remarques aspectuelles qui leur sont propres et qui vont au-del\u00e0 du s\u00e9mantisme du verbe <em>partir<\/em>. Pour ce qui est du temps, WILMET remarque que son exemple ferait partie de \u00ab&nbsp;la panoplie des imparfaits abusivement d\u00e9cr\u00e9t\u00e9s \u00ab modaux \u00bb&nbsp;\u00bb (p. 13) et que <em>partait<\/em> alternerait avec le futur du pass\u00e9 <em>partirait<\/em>. Sur le deuxi\u00e8me point, l\u2019auteur examine les \u00e9l\u00e9ments disloqu\u00e9s, leur caract\u00e8re plus ou moins s\u00e9mantiquement suppressible et leur nature, notamment de noms et de pronoms qualifi\u00e9s \u00ab&nbsp;de reprise&nbsp;\u00bb, pour ensuite les rapporter \u00e0 la phrase complexe examin\u00e9e. Par rapport au troisi\u00e8me aspect, pour faire comprendre la valeur de <em>donc<\/em>, WILMET se r\u00e9f\u00e8re au m\u00e9canisme guillaumien de l\u2019incidence, qu\u2019il d\u00e9double en incidence virtuelle et en incidence actuelle. Or, c\u2019est l\u2019incidence actuelle g\u00e9n\u00e9ratrice de fonctions qui permet d\u2019expliquer l\u2019occurrence de <em>donc <\/em>pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 de <em>quand<\/em>, par un lien entre la conjonction et une pens\u00e9e ant\u00e9rieure inexprim\u00e9e. Quant, enfin, aux interpr\u00e9tations possibles de l\u2019exemple de d\u00e9part, \u00e0 savoir \u00ab quand Jacques a-t-il annonc\u00e9 son d\u00e9part&nbsp;?&nbsp;\u00bb <em>vs <\/em>\u00ab \u00e0 quelle date Jacques a-t-il d\u00e9cid\u00e9 de partir ?&nbsp;\u00bb, pour justifier l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du questionnement pos\u00e9, WILMET s\u2019appuie tant sur le distributionalisme am\u00e9ricain que sur l\u2019analyse logique \u00e0 la fran\u00e7aise. Sont ainsi examin\u00e9s le r\u00f4le de <em>quand<\/em> et de <em>donc<\/em>, leur position et leur focalisation. Il en r\u00e9sulte des interpr\u00e9tations qui restent pour autant ouvertes.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la deuxi\u00e8me contribution(<em>G\u00e9rondif et post\u00e9riorit\u00e9 : y a-t-il des g\u00e9rondifs <\/em>d\u2019apr\u00e8s<em> ?<\/em>, pp. 25-47), Georges KLEIBER compare les traits du g\u00e9rondif qui font d\u00e9bat et ceux qui font plut\u00f4t l\u2019unanimit\u00e9 pour s\u2019attarder sur l\u2019un de ces derniers, \u00e0 savoir la (im)possibilit\u00e9 d\u2019exprimer la post\u00e9riorit\u00e9 temporelle et logique. Son point de d\u00e9part est repr\u00e9sent\u00e9 par un article de Hellqvist (2017) \u00e0 propos des g\u00e9rondifs \u00ab&nbsp;d\u2019apr\u00e8s&nbsp;\u00bb identifi\u00e9s par cette auteure en tant qu\u2019expression de la cons\u00e9quence et, \u00e0 partir des six exemples \u2013 litt\u00e9raires \u2013 contenus dans cette derni\u00e8re \u00e9tude, il s\u2019emploie \u00e0 montrer les raisons pour lesquelles ces g\u00e9rondifs, qualifi\u00e9s de \u00ab&nbsp;g\u00e9rondifs de mani\u00e8re cons\u00e9quentielle&nbsp;\u00bb et de \u00ab&nbsp;g\u00e9rondifs de cons\u00e9quence&nbsp;\u00bb et reconnus comme cons\u00e9cutifs, \u00e9chapperaient \u00e0 l\u2019expression de la post\u00e9riorit\u00e9. Au bout de son analyse, KLEIBER remarque qu\u2019il faudrait plut\u00f4t concevoir un traitement int\u00e9gratif du g\u00e9rondif de mani\u00e8re et de cons\u00e9quence. Plus en d\u00e9tail, ce n\u2019est qu\u2019en pr\u00e9sence d\u2019une anacoluthe syntaxique, par d\u00e9crochage grammatical du g\u00e9rondif, qu\u2019il serait possible d\u2019avoir trait \u00e0 une post\u00e9riorit\u00e9 cons\u00e9cutive.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la troisi\u00e8me contribution, Certainement<em>&nbsp;: adverbe \u00e9pist\u00e9mico-modal ou \u00e9videntiel ?<\/em> (pp. 49-75), Patrick DENDALE et Philippe KREUTZ examinent l\u2019adverbe <em>certainement<\/em> dans le cadre d\u2019une \u00e9tude visant \u00e0 \u00e9tablir un inventaire des marqueurs \u00e9videntiels du fran\u00e7ais. Ils comparent les classes de marqueurs \u00e9pist\u00e9mico-modaux et de marquuers \u00e9videntiels \u00e0 partir d\u2019exemples attest\u00e9s dans le Web et dans des corpus. En particulier, ils s\u2019inscrivent en faux contre les analyses qui attribueraient \u00e0 <em>certainement <\/em>un statut de marqueur de \u00ab certitude \u00bb <em>vs<\/em> de \u00ab probabilit\u00e9 \u00bb. Pour appuyer leur d\u00e9marche, qui se veut aussi bien onomasiologique que s\u00e9masiologique par rapport \u00e0 l\u2019identification des emplois de <em>certainement<\/em>, ils examinent les co(n)textes d\u2019apparition des emplois \u00e9pist\u00e9mico-modal et \u00e9videntiel de l\u2019adverbe par le biais d\u2019une synth\u00e8se de leurs propri\u00e9t\u00e9s distinctives. L\u2019objectif est de comprendre le s\u00e9mantisme complexe de ce marqueur vis-\u00e0-vis des cat\u00e9gorisations contradictoires existantes. Au bout de leur cat\u00e9gorisation, les auteurs identifient six types de contextes o\u00f9 <em>certainement <\/em>peut s\u2019interpr\u00e9ter comme marqueur \u00e9pist\u00e9mico-modal. Or, ces contextes se produisent si l\u2019adverbe a un sens non affaibli par rapport \u00e0 l\u2019adjectif <em>certain<\/em> et s\u2019il est possible de le paraphraser par d\u2019autres expressions marquant le degr\u00e9 de certitude. Sont ensuite identifi\u00e9s cinq types de contextes o\u00f9 <em>certainement<\/em> pr\u00e9sente un statut \u00e9videntiel inf\u00e9rentiel&nbsp;: les auteurs soulignent que <em>certainement <\/em>se pr\u00e9sente dans ce cas comme non certain en termes s\u00e9mantiques, autrement dit suppositionnel, conjecturel ou hypoth\u00e9tique, bien que la non certitude puisse \u00eatre contrebalanc\u00e9e par la posture \u00e9pist\u00e9mique du sujet locuteur. Pour revenir \u00e0 la question initiale de <em>certainement <\/em>en tant que marqueur aux emplois \u00e9videntiel ou \u00e9pist\u00e9mico-modal, DENDALE et KREUTZ proposent de ranger ces emplois dans deux cat\u00e9gories diff\u00e9rentes de \u00ab&nbsp;marqueurs \u00bb \u00e9pist\u00e9miques, dont le s\u00e9mantisme est complexe.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9videntialit\u00e9 fait \u00e9galement l\u2019objet de la contribution de Louis DE SAUSSURE (<em>Retour sur le surcompos\u00e9 \u00ab r\u00e9gional \u00bb : du sporadique \u00e0 l\u2019\u00e9videntiel<\/em>, pp. 77-92), qui propose des r\u00e9flexions diatopiques sur le verbe \u00e0 partir d\u2019une comparaison entre deux emplois de fran\u00e7ais r\u00e9gionaux\u00a0: la vari\u00e9t\u00e9 suisse et la vari\u00e9t\u00e9 occitane. Il s\u2019int\u00e9resse en particulier au pass\u00e9 surcompos\u00e9, qu\u2019il identifie d\u2019abord en fran\u00e7ais standard pour ensuite l\u2019examiner dans les deux fran\u00e7ais r\u00e9gionaux cit\u00e9s. Contrairement aux emplois standards de ce temps verbal, DE SAUSSURE remarque que seule la vari\u00e9t\u00e9 suisse accepte le pass\u00e9 surcompos\u00e9 r\u00e9gional dans une proposition ind\u00e9pendante non narrative sans adverbe de temps, mais que la forme n\u00e9gative y est refus\u00e9e. L\u2019attention est focalis\u00e9e sur les trois valeurs que celui-ci peut occuper, \u00e0 savoir l\u2019orientation pragmatique vers la pertinence des faits d\u00e9crits au moment de l\u2019\u00e9nonciation\u00a0; la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des proc\u00e8s occasionnels, notamment l\u2019aspect \u00ab\u00a0sporadique\u00a0\u00bb\u00a0; une \u00e9videntialit\u00e9 relative \u00e0 l\u2019exp\u00e9rience, par rapport \u00e0 laquelle le pass\u00e9 surcompos\u00e9 r\u00e9gional serait \u00e0 traiter comme \u00ab\u00a0parfait d\u2019exp\u00e9rience\u00a0\u00bb (suivant Apoth\u00e9loz 2009). Pour ce qui est du \u00ab\u00a0sporadique\u00a0\u00bb, \u00e0 partir d\u2019exemples forg\u00e9s, relevant de l\u2019auteur ainsi que d\u2019\u00e9tudes pr\u00e9alables, il \u00e9merge que cet emploi fait intervenir tant la g\u00e9n\u00e9ralisation que l\u2019exp\u00e9rience pass\u00e9e et que ce dernier aspect appliqu\u00e9 au pass\u00e9 surcompos\u00e9 est en lien avec sa conjugaison au pr\u00e9sent tout court ou au pass\u00e9. Il examine ainsi l\u2019articulation entre les trois traits du pass\u00e9 surcompos\u00e9 r\u00e9gional pour enfin relever que ce serait l\u2019aspect \u00ab\u00a0sporadique\u00a0\u00bb qui ferait pragmatiquement, par implicature, inf\u00e9rer des exp\u00e9riences v\u00e9cues dans le pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9flexions sur le verbe se poursuivent avec des contributions qui portent sur le futur. La premi\u00e8re de celles-ci, r\u00e9dig\u00e9e par Laurent GOSSELIN (<em>Le futur, l\u2019avenir et le temps ramifi\u00e9<\/em>, pp. 93-113), rel\u00e8ve de la s\u00e9mantique de la temporalit\u00e9 appliqu\u00e9e au temps ramifi\u00e9. \u00c0 l\u2019appui de la repr\u00e9sentation de l\u2019asym\u00e9trie modale du temps et de son application \u00e0 la linguistique fran\u00e7aise pour rendre compte surtout de la s\u00e9mantique du futur et du conditionnel, l\u2019auteur examine les valeurs modales du futur simple temporel, autrement dit en emploi descriptif. Il \u00e9tudie la nature du temps ramifi\u00e9 en tant que temps objectif, subjectif ou pratique, et les points de ramification pertinents pour l\u2019analyse linguistique. Son point de d\u00e9part consiste en la critique \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la conception du futur simple comme marqueur d\u2019incertitude et en l\u2019adoption de la perspective selon laquelle tout proc\u00e8s est situ\u00e9 dans le temps et pr\u00e9sent\u00e9 selon un certain aspect et une modalit\u00e9 particuli\u00e8re, l\u00e0 o\u00f9 les dimensions temporelle, aspectuelle et modale interagissent r\u00e9ciproquement. Relativement aux points de ramification pour \u00e9tablir la \u00ab&nbsp;coupure modale&nbsp;\u00bb entre ce qui pr\u00e9c\u00e8de et ce qui suit pour l\u2019analyse linguistique, il se sert de la combinaison entre valeurs modales aspectuelles et temporelles pour aborder les emplois descriptifs du futur simple. GOSSELIN r\u00e9cuse notamment le paradoxe de l\u2019assertion au futur entre le temporellement possible et l\u2019aspectuellement irr\u00e9vocable en proposant d\u2019insister sur la prise en compte du contexte et des connaissances pr\u00e9alables des sujets-locuteurs. Quant aux effets de sens modaux du futur en emploi descriptif analys\u00e9s, il s\u2019agit de l\u2019in\u00e9luctable, des pr\u00e9dictions subjectives et des emplois promissifs et directifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour sa part, Sophie AZZOPARDI s\u2019int\u00e9resse au futur ant\u00e9rieur \u00ab&nbsp;de bilan&nbsp;\u00bb (<em>\u00ab Waouh, on en aura parcouru du chemin ensemble ! \u00bb : analyse \u00ab post-reichenbachienne \u00bb du futur de bilan<\/em>, pp. 113-138). Cet effet de sens, appel\u00e9 \u00e9galement \u00ab&nbsp;r\u00e9trospectif&nbsp;\u00bb (Abouda 2019) et caract\u00e9ris\u00e9 par le fait de d\u00e9noter un proc\u00e8s dont le r\u00e9sultat peut \u00eatre situ\u00e9 dans le pass\u00e9 par rapport au pr\u00e9sent du sujet-\u00e9nonciateur principal, est illustr\u00e9 \u00e0 l\u2019appui du syst\u00e8me descriptif d\u2019inspiration reichenbachienne \u00e9labor\u00e9 par Azzopardi et Bres (2016, 2017). Ce syst\u00e8me ayant d\u00e9j\u00e0 permis de soulever des questions sur la description du participe pass\u00e9 et des temps compos\u00e9s, il montre toute sa pertinence m\u00eame pour l\u2019analyse de l\u2019effet de sens \u00ab&nbsp;de bilan&nbsp;\u00bb du futur ant\u00e9rieur en fran\u00e7ais. Le but de l\u2019auteure est notamment de mettre au jour cette analyse \u00e0 partir, entre autres, des travaux pr\u00e9alables qui l\u2019ont trait\u00e9, notamment les approches de Guillaume (1944) et Imbs (1960) d\u2019une part, et celles de Martin (1981) et Haillet (2007) de l\u2019autre, pour montrer qu\u2019une analyse fond\u00e9e sur une linguistique de l\u2019actualisation et sur une linguistique du signifiant permet de caract\u00e9riser, entres autres, la valeur en langue du futur ant\u00e9rieur en discours et son interaction avec le co(n)texte. Ce syst\u00e8me descriptif permet notamment de pr\u00e9ciser la localisation de la borne initiale du proc\u00e8s et le type de vision aspectuelle, globale et cursive, du futur ant\u00e9rieur. Pour autant, une analyse compl\u00e8te du futur ant\u00e9rieur dans le cadre de ce syst\u00e8me est encore en cours, d\u2019o\u00f9 des pistes de recherches futures \u00e0 explorer.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude d\u2019Adeline PATARD aborde un autre temps-mode verbal qui fait l\u2019objet des recherches de Jacques Bres&nbsp;: le conditionnel. Sa contribution, <em>[On dirait x] Origine d\u2019une (micro-)construction<\/em> (pp. 139-160), examine, \u00e0 partir de la distinction entre l\u2019emploi du conditionnel en ancien fran\u00e7ais et son utilisation en fran\u00e7ais moderne, des emplois phras\u00e9ologiques du conditionnel relevant de m\u00e9so- ou micro-constructions, parmi lesquelles la tournure \u00e9videntielle [on dirait x], dont sont soulign\u00e9es tant l\u2019apparition et l\u2019\u00e9volution dans le temps que les sp\u00e9cificit\u00e9s en fran\u00e7ais moderne. PATARD s\u2019appuie sur un corpus diachronique (<em>Frantext<\/em>) d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s 300 millions de mots du fran\u00e7ais du 12<sup>e<\/sup> au 21<sup>e<\/sup> si\u00e8cles avec des sous-corpus \u2013 divers genres confondus \u2013 relatifs \u00e0 chaque si\u00e8cle examin\u00e9. L\u2019analyse de [on dirait X], sa fr\u00e9quence et ses trois instanciations sp\u00e9cifiques, en fran\u00e7ais moderne, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019emploi libre du conditionnel avec <em>on<\/em> et <em>dire<\/em>, sont \u00e9tudi\u00e9es \u00e0 partir des crit\u00e8res de la non- compositionnalit\u00e9, de la d\u00e9cat\u00e9gorialisation de <em>dire<\/em>, de remarques s\u00e9mantiques et pragmatiques. Cette structure est, \u00e0 l\u2019origine, hypoth\u00e9tique et employ\u00e9e dans des contextes \u00e9videntiels perceptifs, tandis que sa constructionnalisation, qui s\u2019ach\u00e8ve au 19<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, montre trois variantes formelles et un sens \u00e9videntiel de nature inf\u00e9rentielle. Dans ses conclusions, l\u2019auteure signale qu\u2019il est probable que [on dirait X] forme un r\u00e9seau hi\u00e9rarchis\u00e9 avec d\u2019autres constructions avec <em>dire <\/em>au conditionnel, mais que leur structure n\u2019est pas encore connue.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re contribution relevant du verbe est r\u00e9dig\u00e9e par Emmanuelle LABEAU. Son analyse porte sur l\u2019alternance des temps verbaux \u00e0 partir de vastes corpus de comptes rendus sportifs qu\u2019elle a \u00e9tudi\u00e9s avec Jacques Bres (<em>Allez allez allez <\/em>allait<em>\u2026 O\u00f9 en est la comp\u00e9tition des temps verbaux dans les comptes rendus sportifs&nbsp;?<\/em>, pp. 161-189). L\u2019auteure nuance d\u2019abord l\u2019affirmation qui ferait du pass\u00e9 simple le temps verbal le plus utilis\u00e9 dans les comptes rendus sportifs, en soulignant qu\u2019il faudrait v\u00e9rifier au cas par cas, selon le type de sport \u2013 le football <em>vs <\/em>le cyclisme \u2013 et la conception temporelle sp\u00e9cifique qui y est sous-tendue, ainsi que selon les \u00e9poques \u2013 les compte rendus les plus anciens abondent en pass\u00e9s simples et en emplois de ceux-ci, contrairement \u00e0 ceux qui datent de la fin du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. C\u2019est ainsi qu\u2019elle examine, toujours \u00e0 l\u2019appui d\u2019une approche n\u00e9o-reichenbachienne appliqu\u00e9e au fran\u00e7ais, les traits distinctifs du pass\u00e9 simple favorisant son emploi dans les comptes rendus sportifs, mais aussi les temps verbaux qui tendent \u00e0 le concurrencer. Tel est le cas de la p\u00e9riphrase <em>allait <\/em>+ infinitif, et de la concurrence et alternance des temps verbaux utilis\u00e9s pour rapporter les \u00e9v\u00e9nements sportifs \u00e0 partir des concepts de temps, d\u2019aspect et d\u2019orientation. Elle montre que, malgr\u00e9 l\u2019ad\u00e9quation du pass\u00e9 simple avec la narration de faits pass\u00e9s par la succession des \u00e9v\u00e9nements relat\u00e9s, sa vitalit\u00e9 est mise en cause depuis le d\u00e9but du 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Parmi ses formes concurrentes figurent le pass\u00e9 compos\u00e9, le plus-que-parfait, l\u2019imparfait, le pr\u00e9sent, le futur, chaque forme verbale gardant pour autant des caract\u00e9ristiques relatives au temps, \u00e0 l\u2019orientation et \u00e0 l\u2019aspect qui lui sont propres et qui la distinguent des autres, notamment du pass\u00e9 simple et de sa valeur. Si l\u2019ensemble de ces formes concurrentes porte sur la phase processuelle ou postprocessuelle, pour prendre en compte m\u00eame la phase pr\u00e9-processuelle, LABEAU examine, \u00e0 l\u2019instar de Jacques Bres, l\u2019emploi de la p\u00e9riphrase <em>allait <\/em>+ infinitif dans le compte rendu sportif. Celle-ci rel\u00e8verait d\u2019un emploi objectif d\u00e9signant un proc\u00e8s qui s\u2019est v\u00e9rifi\u00e9. Il s\u2019ensuit qu\u2019en langue <em>allait <\/em>+ infinitif peut commuter avec le pass\u00e9 simple pour situer le proc\u00e8s dans le pass\u00e9 tout en indiquant des bornes qui ne co\u00efncident pas entre elles. L\u2019\u00e9tude sur corpus montre, en revanche, qu\u2019en discours l\u2019emploi narratif d\u2019<em>allait<\/em> + infinitif dans les comptes rendus sportifs n\u2019est pas le concurrent privil\u00e9gi\u00e9 du pass\u00e9 simple mais plut\u00f4t un substitut marqu\u00e9. Ces exemples permettent alors \u00e0 LABEAU d\u2019\u00e9laborer des hypoth\u00e8ses sociolinguistiques \u00e0 propos des nouvelles pratiques d\u2019\u00e9criture qui ne demandent plus de narrations et, donc, de pass\u00e9s simples.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re contribution, r\u00e9dig\u00e9e par C\u00e9line VAGUER et Danielle LEEMAN (<em>L\u2019identit\u00e9 lexicale au prisme des pratiques discursives : <\/em>v\u00e9lo<em> vs <\/em>bicyclette, pp. 191-222), se veut une conclusion, quoique provisoire, du tour \u00e0 v\u00e9lo que ce volume offre \u00e0 son lectorat. C\u2019est ainsi que des remarques lexicographiques et lexicales sur la paire <em>v\u00e9lo\/bicyclette<\/em> \u00e9mergent de ce travail pr\u00e9sentant tant l\u2019\u00e9volution dans le temps des deux mots par une approche quantitative et diachronique que leur analyse co(n)textuelle \u00e0 partir d\u2019une \u00e9tude sur corpus. Les auteures signalent que les exploitations discursives de ces deux mots sont diff\u00e9rentes, m\u00eame s\u2019il s\u2019agit de synonymes renvoyant au m\u00eame r\u00e9f\u00e9rent et montrant une identit\u00e9 de signifi\u00e9. Pour tester leurs remarques, elles se basent sur des exemples attest\u00e9s issus de bases diverses \u00e0 partir des deux mots au singulier, sans inclure les occurrences de mots compos\u00e9s que ceux-ci peuvent engendrer. De par sa morphologie, <em>v\u00e9lo <\/em>est un nom compos\u00e9 ayant trait au sport et \u00e0 l\u2019activit\u00e9 professionnelle, mais son \u00e9volution par rapport \u00e0 <em>bicyclette<\/em> entre 1900 et 2019, que les auteures pr\u00e9sentent par un tableau de synth\u00e8se, souligne que <em>bicyclette<\/em> tend \u00e0 \u00eatre de moins en moins utilis\u00e9 au profit de <em>v\u00e9lo<\/em>. Plus en d\u00e9tail, leur synonymie r\u00e9tr\u00e9cit \u00e0 l\u2019avantage de domaines sp\u00e9cialis\u00e9s d\u2019emploi de la promenade \u2013 <em>bicyclette<\/em> \u2013 et de la pratique sportive et de la vitesse \u2013 <em>v\u00e9lo<\/em>. Quant \u00e0 la distinction entre les deux termes en langue, VAGUER et LEEMAN s\u2019interrogent sur la relation partie-tout. Il \u00e9merge que si les parties prototypiques renvoient tant \u00e0 <em>bicyclette<\/em> qu\u2019\u00e0 <em>v\u00e9lo<\/em>, la d\u00e9nomination de <em>bicyclette <\/em>est plus pr\u00e9cise et plus apte \u00e0 \u00eatre associ\u00e9e \u00e0 des termes techniques relatifs aux avanc\u00e9es technologiques. En termes syntaxiques, les deux mots sont des objets de pr\u00e9dication, qui peuvent jouer le r\u00f4le de compl\u00e9ment de nom, d\u2019apposition, de compl\u00e9ment de pr\u00e9position, de sujet de proposition et de compl\u00e9ment de verbe. Cette analyse fine des deux mots, conduite m\u00eame du point de vue syntagmatique, permet d\u2019en d\u00e9celer les traits communs mais surtout de comprendre la sp\u00e9cialisation qu\u2019ils ont acquise dans le temps. Si <em>v\u00e9lo<\/em> a tendance \u00e0 d\u00e9signer surtout une activit\u00e9 ou un v\u00e9hicule utilitaire, <em>bicyclette<\/em> renvoie au v\u00e9hicule dans sa singularit\u00e9 ou comme objet poss\u00e9d\u00e9. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce volume riche et f\u00e9cond en pistes de recherche et de r\u00e9flexions se veut un chemin linguistique qui est en partie parcouru, mais qui est \u00e0 la fois aussi en cours et non achev\u00e9. C\u2019est en tant que tour \u00e0 v\u00e9lo qu\u2019Emmanuelle LABEAU l\u2019a con\u00e7u, par \u00e9tapes, comme la m\u00e9taphore sportive du chemin et des outils pour l\u2019entreprendre et pour le poursuivre le soulignent.<\/p>\n\n\n\n<p>[Alida M. SILLETTI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le discours et la langue. Revue de linguistique fran\u00e7aise et d\u2019analyse du discours, Tome 13.1, num\u00e9ro th\u00e9matique Temps, mode et aspect en fran\u00e7ais : dans la roue de Jacques Bres, coordonn\u00e9 par Emmanuelle LABEAU, Louvain-la-Neuve, EME \u00c9ditions, 2021, pp. 222. 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