{"id":1029,"date":"2024-02-12T18:36:15","date_gmt":"2024-02-12T17:36:15","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1029"},"modified":"2024-02-27T09:01:53","modified_gmt":"2024-02-27T08:01:53","slug":"yannick-hamon-et-paola-paissa-dir-discours-environnementaux-convergences-et-divergences","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2024\/02\/12\/yannick-hamon-et-paola-paissa-dir-discours-environnementaux-convergences-et-divergences\/","title":{"rendered":"Yannick HAMON et Paola PAISSA (dir.), Discours environnementaux. Convergences et divergences"},"content":{"rendered":"\n<p>Yannick HAMON et Paola PAISSA (dir.), <em>Discours environnementaux. Convergences et divergences<\/em>, Rome, Aracne, 2023, pp. 256.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage, qui se compose de douze contributions, s\u2019ins\u00e8re dans la collection \u00ab&nbsp;Lingue d\u2019Europa e del Mediterraneo&nbsp;\u00bb, coordonn\u00e9e par Giovanni Agresti et Henri Giordan. D\u00e8s la pr\u00e9face (pp. 7-13), sign\u00e9e par le premier, fondateur de la Linguistique du D\u00e9veloppement social avec son essai <em>Diversit\u00e0 linguistica e sviluppo sociale<\/em> (Milano, FrancoAngeli, 2018), appara\u00eet \u00e9vident le but essentiel de l\u2019ensemble des analyses&nbsp;: offrir des pistes de r\u00e9flexion pour effacer le hiatus entre dimension linguistique et dimension sociale, \u00e0 l\u2019origine d\u2019une d\u00e9rive n\u00e9gative, \u00e0 savoir le peu de consid\u00e9ration de la langue en tant que facteur de bien-\u00eatre ou de malaise. Un aspect qui, susceptible d\u2019entra\u00eener une opacit\u00e9 de l\u2019interaction communicative (<em>ibid<\/em>., p. 56), est loin d\u2019\u00eatre n\u00e9gligeable pour le linguiste du discours. Or, si la \u00ab&nbsp;perdurance du paradigme&nbsp;\u00bb, dans ce cas l\u2019inaction climatique, se r\u00e9v\u00e8le li\u00e9e \u00e0 une strat\u00e9gie fond\u00e9e sur l\u2019\u00e9vitement discursif, on doit aussi remarquer que l\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent contient en soi les antidotes \u00e0 sa remise en question \u00e9thique, au point que tout progr\u00e8s technique est envisag\u00e9 comme un progr\u00e8s tout court et qu\u2019il est mis au service d\u2019une censure \u00e9touffant tout discours subversif. L\u2019attention pr\u00eat\u00e9e au choix des mots et la d\u00e9mystification des rh\u00e9toriques manipulatrices peuvent contribuer \u00e0 construire une nouvelle narration collective, apte \u00e0 contourner \u00ab&nbsp;le complexe de Dom Juan&nbsp;\u00bb (p. 9), attitude qui d\u00e9ment tout changement proactif.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019urgence d\u2019un questionnement des linguistes dans les d\u00e9bats publics et d\u2019une remise en cause de certaines pr\u00e9misses socio-\u00e9pist\u00e9mologiques est \u00e9galement au c\u0153ur de l\u2019introduction (p. 15-29), r\u00e9dig\u00e9e par Yannick Hamon et Paola Paissa, qui dirigent l\u2019ouvrage. Par le biais de leurs comp\u00e9tences, dans les domaines, respectivement, de l\u2019utilisation des technologies appliqu\u00e9es \u00e0 la formation et \u00e0 la traduction pour le premier, et de la rh\u00e9torique et de l\u2019analyse du discours pour la seconde, coordinatrice du groupe de recherche <em>Analyse du discours \u2013 DORIF<\/em>, les auteurs tracent le parcours de recherche qui oriente l\u2019ensemble des contributions. Comme, de nos jours, les questions environnementales catalysent \u00e0 la fois le quotidien du particulier et les sph\u00e8res sociales, politiques et \u00e9conomiques, face \u00e0 des postures oppos\u00e9es, telles que l\u2019alarmisme et le n\u00e9gationnisme, chaque individu, qu\u2019il soit consommateur ou d\u00e9cideur, est appel\u00e9 \u00e0 s\u2019interroger. Les deux chercheurs, en pr\u00e9sentant les diff\u00e9rentes contributions, identifient trois volets&nbsp;: l\u2019impact de l\u2019action humaine sur le climat, la diffusion plurim\u00e9diale des discours environnementaux et les classifications de ces discours. Ils proposent aussi des \u00e9l\u00e9ments de r\u00e9flexion en guise de conclusion, dont nous fournirons une synth\u00e8se apr\u00e8s avoir indiqu\u00e9 les fils conducteurs de chaque contribution.<\/p>\n\n\n\n<p>Laurence Vignes ouvre la premi\u00e8re partie, <em>Environnement et r\u00e9chauffement climatique<\/em>, avec une \u00e9tude intitul\u00e9e <em>R\u00e9chauffement climatique, risque d\u2019accident&nbsp;: le discours dissonant des instances nucl\u00e9aires fran\u00e7aises<\/em> (pp. 33-48), qui se focalise sur le constat suivant&nbsp;: \u00ab&nbsp;le nucl\u00e9aire est la troisi\u00e8me fili\u00e8re fran\u00e7aise, apr\u00e8s l\u2019a\u00e9ronautique et l\u2019automobile&nbsp;\u00bb (p. 35). Cet \u00e9tat des lieux se r\u00e9v\u00e8le fondamental pour suivre l\u2019argumentation mise en \u0153uvre par la communication publicitaire d\u2019EDF, qui d\u00e8s 1946 est devenu le seul producteur et distributeur d\u2019\u00e9lectricit\u00e9 en France. Par le biais de la s\u00e9miologie et de l\u2019analyse du discours, la strat\u00e9gie argumentative du fait accompli est mise \u00e0 nu&nbsp;: le nucl\u00e9aire est l\u00e0 et il est utile. Les catastrophes de Tchernobyl et, ensuite, celle de Fukushima, ont pos\u00e9 un probl\u00e8me suppl\u00e9mentaire en termes d\u2019acceptation de cette forme d\u2019\u00e9nergie&nbsp;: face \u00e0 la perception d\u2019une possibilit\u00e9 concr\u00e8te d\u2019accident nucl\u00e9aire dans un pays avanc\u00e9 comme la France, le discours promotionnel vise \u00e0 rassurer l\u2019opinion publique et \u00e0 montrer qu\u2019EDF n\u2019ignore pas les dangers. Il en d\u00e9coule une image positive de l\u2019\u00e9nonciateur, revendiquant un \u00e9vident engagement dans la s\u00e9curit\u00e9 et, partant, non passible d\u2019accusations de l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 en cas de probl\u00e8mes. On constate ainsi que la mise en discours d\u2019outils rh\u00e9toriques oppos\u00e9s, tels que la banalisation du nucl\u00e9aire et la reconnaissance du danger, aboutit au maintien du syst\u00e8me mis en place.<\/p>\n\n\n\n<p>Anneliese Depoux, Fran\u00e7ois Gemenne et Olivier A\u00efm, s\u2019interrogent, quant \u00e0 eux, dans <em>Le changement climatique au regard de la crise de la Covid. Croisements narratifs et intersections pragmatiques<\/em> (pp. 49-62), sur d\u2019autres convergences, qui se tissent entre changement climatique et pand\u00e9mie de la <em>Covid-19.<\/em> En premier lieu, il s\u2019agit de crises de port\u00e9e mondiale, en second lieu, ces crises elles-m\u00eames entra\u00eenent la mise en place de v\u00e9ritables campagnes de sensibilisation justifi\u00e9es par les menaces dont elles sont porteuses. D\u2019ailleurs, une divergence se profile&nbsp;: dans la perception commune, il appara\u00eet que les mesures restrictives assum\u00e9es par la population lors du confinement sont li\u00e9es \u00e0 la crainte de contracter le virus par voie de contagion, contagion qui n\u2019est pas envisag\u00e9e dans l\u2019optique de la probl\u00e9matique environnementale. Cette remarque encourage \u00e0 adopter un nouveau paradigme narratif&nbsp;: \u00e9tant donn\u00e9 que les gens semblent plus enclins \u00e0 modifier de mani\u00e8re radicale leurs comportements face au risque de compromettre leur sant\u00e9, il est l\u00e9gitime d\u2019avoir recours \u00e0 l\u2019argument sanitaire aussi pour les sensibiliser au changement climatique. Ce dernier ne serait plus vu comme une \u00ab&nbsp;crise&nbsp;\u00bb, mais comme un danger imm\u00e9diat de transformation irr\u00e9versible affectant l\u2019humanit\u00e9 et la plan\u00e8te. Cette approche communicationnelle dessine une convergence entre les deux th\u00e8mes au niveau de la repr\u00e9sentation m\u00e9diatique, mais aussi sur le plan psychologique, d\u00e8s lors qu\u2019une nouvelle pathologie de repr\u00e9sentation se fait jour&nbsp;: celle de l\u2019\u00e9co-anxi\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude d\u2019Erica Lippert, <em>Discours \u00e9cologiques m\u00e9diatiques&nbsp;: l\u2019exemple de la communication pr\u00e9sidentielle fran\u00e7aise sur le Mont-Blanc<\/em> (pp. 63-74), applique les outils de l\u2019analyse du discours, par le biais du logiciel <em>Tropes<\/em>, au contenu polys\u00e9miotique du discours \u00e9cologique \u00e9manant d\u2019une vid\u00e9o mise en ligne (le 16 f\u00e9vrier 2020) sur le profil YouTube du pr\u00e9sident Emmanuel Macron. Ce document rel\u00e8ve, \u00e0 la fois, du documentaire p\u00e9dagogique, visant \u00e0 renseigner le grand public sur la diminution du glacier du Mont-Blanc, et d\u2019une d\u00e9marche pragmatique, apte \u00e0 construire l\u2019<em>\u00e9thos<\/em> du chef de l\u2019\u00c9tat, qui, entour\u00e9 de sp\u00e9cialistes, se pr\u00e9sente en tant que protecteur de l\u2019environnement fran\u00e7ais dans son ensemble et en tant que l\u00e9gitime d\u00e9tenteur du pouvoir ex\u00e9cutif. L\u2019analyse des pronoms personnels les plus repr\u00e9sent\u00e9s est significative&nbsp;: si le pronom \u00ab&nbsp;on&nbsp;\u00bb est dominant et, de par sa plasticit\u00e9, sugg\u00e8re un appel \u00e0 la participation, cependant, dans certains passages (\u00ab&nbsp;on surexploite les ressources&nbsp;\u00bb), il risque de susciter un sentiment de culpabilit\u00e9 dans l\u2019esprit des destinataires&nbsp;; par contre, l\u2019usage r\u00e9current du pronom \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb souligne l\u2019attitude volontariste du pr\u00e9sident, cens\u00e9 \u00eatre le v\u00e9ritable h\u00e9ros de la lutte pour le changement.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution de Francesco Attruia et Stefano Vicari, <em>Pol\u00e9miques et propos haineux dans les m\u00e8mes Internet autour de Greta Thunberg<\/em> (pp. 77-100) ouvre la deuxi\u00e8me partie de l\u2019ouvrage&nbsp;: <em>Discours environnementaux sur les m\u00e9dias num\u00e9riques<\/em>. Les m\u00e8mes qui tournent en ridicule l\u2019activiste Greta Thunberg font l\u2019objet d\u2019une analyse qui consid\u00e8re que cette forme de communication num\u00e9rique porte non seulement sur la description d\u2019aspects sociaux donn\u00e9s, mais aussi sur la co-construction d\u2019opinions et d\u2019id\u00e9es re\u00e7ues, notamment \u00e0 travers les outils rh\u00e9toriques de la parodie et de l\u2019hyperbole. Les ressources de la syntaxe sont \u00e9galement exploit\u00e9es&nbsp;: c\u2019est surtout la coordination qui contribue \u00e0 figer des moules syntaxiques \u00e0 partir d\u2019une m\u00eame photographie ou d\u2019une m\u00eame caricature. L\u2019anonymat de ces \u00e9l\u00e9ments discursifs, qui rebondissent et se modifient sur la Toile, engendre des cons\u00e9quences non n\u00e9gligeables sur le plan linguistique&nbsp;: on est face \u00e0 une d\u00e9responsabilisation de l\u2019\u00e9nonciateur qui entra\u00eene, \u00e0 son tour, l\u2019organisation d\u2019un discours antagoniste, fond\u00e9 seulement sur la critique de la jeune fille su\u00e9doise, mais incapable de proposer une argumentation alternative. Le discours de haine (jusqu\u2019\u00e0 l\u2019insulte) est aussi \u00e9lucid\u00e9 \u00e0 travers l\u2019analyse des techniques visant \u00e0 restituer l\u2019image d\u2019un personnage hypocrite et manipul\u00e9, sans vraiment proposer des r\u00e9ponses aux questions soulev\u00e9es par le mouvement \u00e9cologiste. Dans cette optique, il est significatif que les d\u00e9tracteurs ignorent le fait que Greta ait attaqu\u00e9 directement, en tant que pays polluants, cinq \u00e9tats europ\u00e9ens (et non la Chine et l\u2019Inde), \u00ab&nbsp;parce qu\u2019ils ont tous sign\u00e9 en 2014 la Convention internationale des droits de l\u2019Enfant, qui permet aux enfants d\u2019attaquer l\u2019un des signataires s\u2019il ne tient pas ses engagements&nbsp;\u00bb (p. 94).<\/p>\n\n\n\n<p>Laura Santone, dans <em>\u00c0 <\/em><em>v\u00e9lo entre politique, publicit\u00e9 et web&nbsp;: co-construction du sens et responsabilit\u00e9 collective<\/em> (pp. 101-116), se penche, quant \u00e0 elle, sur les aspects s\u00e9miotiques et discursifs \u00e9tay\u00e9s par la campagne publicitaire du programme <em>Coup de puce v\u00e9lo<\/em>, mise en place par le Minist\u00e8re de la Transition \u00e9cologique et solidaire \u00e0 partir de mai 2020 pour favoriser l\u2019usage du v\u00e9lo ainsi que la sortie du confinement. La communication num\u00e9rique est de nouveau mise en perspective, mais cette fois du c\u00f4t\u00e9 institutionnel. Dans ce cas aussi, la surrepr\u00e9sentation d\u2019un pronom personnel (\u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb) et de l\u2019adjectif possessif correspondant fait signe&nbsp;: les destinataires se sentent inclus dans le combat pour le changement. L\u2019\u00e9tude envisage aussi les retomb\u00e9es du plan v\u00e9lo sur les textos de Twitter, consid\u00e9rant que \u00ab&nbsp;l\u2019hashtag, en vertu de sa vocation socio-relationnelle, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme un marqueur de mobilit\u00e9 empathique&nbsp;\u00bb (p. 111). Le d\u00e9ferlement de messages des twitteurs met en lumi\u00e8re le dynamisme de la communaut\u00e9 des internautes aussi bien qu\u2019une attitude \u00ab&nbsp;extimisante&nbsp;\u00bb (cf. Tisseron, 2001), \u00e0 savoir une exposition de soi dans le but de partager des pratiques sociales avantageuses pour soi et pour les autres. Ces r\u00e9sultats font \u00e9tat de la valeur f\u00e9d\u00e9rative et mobilisante du sentiment de l\u2019appartenance \u00e0 une citoyennet\u00e9 \u00e9tendue au monde entier.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Claudia Cagninelli revient sur Twitter et sur le sujet de la pand\u00e9mie avec <em>Qu\u2019en-est-il de la question \u00e9cologique face \u00e0 la covid 19&nbsp;? Positions et strat\u00e9gies communicatives sur Twitter<\/em> (pp. 117-140)&nbsp;: la notion d\u2019environnement s\u2019est \u00e9largie au domaine num\u00e9rique qui pr\u00e9side \u00e0 la naissance des techno-discours. Autrement dit, l\u2019analyse des \u00e9l\u00e9ments discursifs des twitteurs ne peut se passer des algorithmes qui contribuent \u00e0 les organiser. Le corpus choisi a \u00e9t\u00e9 obtenu par la d\u00e9limitation d\u2019un sous-corpus pr\u00e9sentant le th\u00e8me de la Covid-19 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un corpus majeur, isol\u00e9 \u00e0 partir de la mention du changement climatique, en prenant en consid\u00e9ration treize mois (d\u00e9but d\u00e9cembre 2019 &#8211; fin d\u00e9cembre 2020) pour mettre en rapport l\u2019\u00e9volution des positions avec l\u2019\u00e9volution pand\u00e9mique. Le domaine d\u00e9limit\u00e9 comprend ainsi un \u00e9chantillon de 28.950 tweets, marqu\u00e9 par la copr\u00e9sence des deux th\u00e9matiques. Par le biais d\u2019une analyse s\u00e9mantico-discursive impl\u00e9ment\u00e9e dans le logiciel <em>Iramuteq<\/em>, qui op\u00e8re d\u2019apr\u00e8s une logique binaire (pr\u00e9sence \/ absence), se font jour des convergences&nbsp;: \u00ab&nbsp;les fr\u00e9quences mensuelles de l\u2019expression <em>crise climatique<\/em> co\u00efncident presque parfaitement avec celles de <em>crise sanitaire<\/em>, refl\u00e9tant en outre la distribution globale de <em>crise<\/em>&nbsp;\u00bb (p. 135). Les classifications lexicales r\u00e9pertori\u00e9es permettent de remarquer deux polarisations axiologiques&nbsp;: d\u2019une part l\u2019opposition entre une vision catastrophique de l\u2019avenir et une attitude proactive&nbsp;; d\u2019autre part, l\u2019opposition entre une attitude sceptique et une reconnaissance de responsabilit\u00e9, qui consid\u00e8re ces deux \u00ab&nbsp;crises&nbsp;\u00bb comme un levier apte \u00e0 sensibiliser l\u2019opinion publique sur maintes questions n\u00e9glig\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>En conclusion de la deuxi\u00e8me partie, l\u2019\u00e9tude de Sandrine Reboul-Tour\u00e9, <em>Biodiversit\u00e9 et blogs de vulgarisation scientifique\u00a0: des discours hybrides pour la transmission des connaissances<\/em> (pp. 141-158), en s\u2019appuyant sur la base de donn\u00e9es d\u2019actualit\u00e9 internationale <em>Factiva<\/em>, questionne les notions d\u2019<em>\u00e9cologie<\/em> et de <em>biodiversit\u00e9<\/em>, consid\u00e9rant ce dernier comme un \u00ab\u00a0mot-t\u00e9moin\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un mot cens\u00e9 symboliser un dynamisme et un changement (p. 146). L\u2019analyse des diff\u00e9rents genres de blogs qui s\u2019occupent de questions environnementales met en lumi\u00e8re une convergence tendant vers une approche de plus en plus participative\u00a0: la modalit\u00e9 du <em>crowdsourcing<\/em> dans les blogs des chercheurs cr\u00e9e un lien entre recherche et communaut\u00e9 citoyenne, les articles des journalistes scientifiques sont comment\u00e9s et partag\u00e9s, un style informel caract\u00e9rise les blogs des amateurs, qui s\u2019adressent \u00e0 d\u2019autres non-sp\u00e9cialistes. L\u2019article pr\u00f4ne une analyse contrastive entre blogs en langues diff\u00e9rentes pour d\u00e9gager la mani\u00e8re dont est appr\u00e9hend\u00e9 le discours environnemental.\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me partie, <em>Discours des organisations<\/em>, s\u2019ouvre sur la contribution de Florimond Rakotonoelina&nbsp;: <em>Transtextualit\u00e9 sur les sites des organisations non gouvernementales environnementalistes&nbsp;: stratifications et maillages discursifs de l\u2019information<\/em> (pp. 161-178), qui reprend \u00e0 son compte le concept de transtextualit\u00e9 de Genette (1982) pour d\u00e9crire les structures complexes de trois sites Internet environnementaux repr\u00e9sentatifs pour le territoire fran\u00e7ais en 2021&nbsp;:&nbsp; WWF France, Greenpeace France et Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l\u2019Homme. En ce qui concerne la strate paradiscursive, le chercheur rel\u00e8ve la pr\u00e9sence de trois axes&nbsp;: identit\u00e9, domaines de pr\u00e9dilections et appels \u00e0 l\u2019action. La strate interdiscursive correspond \u00e0 la copr\u00e9sence de textes diff\u00e9rents qui forment un maillage coh\u00e9rent au sein d\u2019un m\u00eame site. Le cas de la strate hyperdiscursive est int\u00e9ressant&nbsp;: un hypotexte peut r\u00e9appara\u00eetre, y compris dans un autre support num\u00e9rique, dans plusieurs hypertextes, d\u00e9rivant par transformation ou par imitation, et parfois adapt\u00e9s selon le public vis\u00e9. La strate m\u00e9tatextuelle est particuli\u00e8rement pr\u00e9gnante car il s\u2019agit d\u2019une relation de commentaire entre un texte et un autre qui le commente. Les r\u00e9seaux sociaux ayant engendr\u00e9 l\u2019\u00e8re du commentaire, il faut souligner que ce sont souvent des \u00e9chos de l\u2019actualit\u00e9 qui d\u00e9clenchent des commentaires en cascade, visant \u00e0 impliquer l\u2019internaute. D\u2019o\u00f9 la possibilit\u00e9 d\u2019approfondir la gen\u00e8se des techno-discours.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-admin\/edit.php?post_type=post\"><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La contribution d\u2019\u00c9lodie Vargas, <em>Publicit\u00e9s <\/em>greenwashing<em> vs <\/em>discours environnementaux<em>\u00a0: quelles convergences, quelles divergences\u00a0?<\/em> (pp. 179-200), se propose de d\u00e9m\u00ealer la question de la diff\u00e9rence entre discours environnemental au sens propre et discours empreint d\u2019\u00e9coblanchiment, \u00e0 partir d\u2019un corpus regroupant des publicit\u00e9s online et en papier (fran\u00e7aises, italiennes, anglaises, am\u00e9ricaines et allemandes) dans un laps de temps de plus de 30 ans (1990-2021). Une convergence se dessine \u00e0 propos des solutions envisag\u00e9es d\u2019habitude, qui peuvent renvoyer \u00e0 deux p\u00f4les, respectivement ax\u00e9s sur l\u2019humain (l\u2019appel \u00e0 l\u2019action) et sur la technologie (en passant sous silence \u00ab\u00a0le paradoxe reposant sur le fait que la science et les innovations scientifiques \/ technologiques ont cr\u00e9\u00e9 la situation climatique n\u00e9gative actuelle\u00a0\u00bb, p. 189). En revanche, les discours publicitaires <em>greenwashing <\/em>insistent sur le champ lexical du \u00ab\u00a0besoin\u00a0\u00bb (d\u2019\u00e9nergie) et proclament un investissement concret qui ne correspond pas \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9. L\u2019exemple le plus marquant est repr\u00e9sent\u00e9 par l\u2019argumentation qui r\u00e9git la l\u00e9gitimation du nucl\u00e9aire\u00a0: \u00e0 partir d\u2019une pr\u00e9misse majeure (le r\u00e9chauffement climatique est d\u00fb aux \u00e9missions de Co<sub>2<\/sub>) et d\u2019une pr\u00e9misse mineure (l\u2019\u00e9nergie nucl\u00e9aire ne d\u00e9gage pas de Co<sub>2<\/sub>), l\u2018industrie nucl\u00e9aire arrive \u00e0 d\u00e9clarer que le nucl\u00e9aire ne serait pas polluant, en faisant totalement abstraction des dangers qu\u2019elle comporte et des d\u00e9chets qu\u2019elle implique. Autrement dit, \u00ab\u00a0la subtilit\u00e9 est de parler vrai pour que l\u2019on pense faux\u00a0\u00bb (p. 196).\u00a0\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Sandrine Graf et Albin Wagener, dans <em>Un moteur pour l\u2019innovation&nbsp;: l\u2019environnement comme ressource symbolique mesurable dans les discours corporate des entreprises<\/em> (pp. 201-222), se focalisent sur le discours <em>corporate<\/em>, \u00e0 savoir le discours de l\u2019entreprise sur elle-m\u00eame. Le corpus comprend 51 sites d\u2019entreprises fran\u00e7aises mandataires pour les appels \u00e0 projets urbains innovants. L\u2019analyse, qui s\u2019appuie aussi sur les logiciels <em>Iramuteq<\/em> et <em>Wordsmith<\/em>, met en \u00e9vidence la pr\u00e9pond\u00e9rance des aspects techniques&nbsp;: l\u2019investissement dans le d\u00e9veloppement durable est pr\u00e9sent\u00e9 comme une action li\u00e9e \u00e0 la capacit\u00e9 de modernisation de l\u2019entreprise. Le recours \u00e0 des pr\u00e9positions ou \u00e0 des termes relevant du champ lexical du but accro\u00eet la dimension axiologique tout comme la dimension proactive, si bien que le discours se projette dans une posture morale qui abolit toute vision contradictoire et r\u00e9duit l\u2019environnement \u00e0 un \u00e9l\u00e9ment symbolique exploit\u00e9 en fonction de son pouvoir l\u00e9gitimant.<\/p>\n\n\n\n<p>Du contexte d\u2019entreprise on passe au milieu associatif dans l\u2019\u00e9tude de Jana Altmanova et Sarah Pinto, <em>Les discours des associations contre le r\u00e9chauffement climatique&nbsp;: discours d\u2019adh\u00e9sion et d\u2019exhortation \u00e0 l\u2019action<\/em> (pp. 223-238). La r\u00e9f\u00e9rence th\u00e9orique est celle de la s\u00e9mantique discursive, qui est appliqu\u00e9e \u00e0 l\u2019analyse des parties stables d\u2019un \u00e9chantillon de sites aff\u00e9rant au <em>R\u00e9seau Action Climat<\/em>. Il en ressort la copr\u00e9sence de deux genres de discours, finalis\u00e9s, respectivement, \u00e0 l\u2019appel \u00e0 l\u2019action et \u00e0 l\u2019autopromotion. D\u2019ailleurs, du point de vue s\u00e9mantique, ces deux vis\u00e9es se refl\u00e8tent dans la pr\u00e9sence de deux isotopies&nbsp;: d\u2019une part, l\u2019action, d\u2019autre part, l\u2019adh\u00e9sion, \u00e0 appr\u00e9hender dans sa nature polys\u00e9mique. Le recours au pronom personnel \u00ab&nbsp;nous&nbsp;\u00bb contribue \u00e0 renforcer le d\u00e9sir d\u2019identification et l\u2019appel \u00e0 la lutte. L\u2019emploi d\u2019adverbes de temps souligne \u00e0 la fois l\u2019urgence d\u2019agir et l\u2019option d\u2019un avenir plus \u00e9quitable. Les discours des associations partagent certaines caract\u00e9ristiques propres au discours promotionnel, comme la cr\u00e9ation de slogan.<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re contribution, <em>L\u2019environnement irr\u00e9solu&nbsp;: socio-\u00e9pist\u00e9mologie des questions environnementales et de leurs itin\u00e9raires discursifs et sociaux<\/em> (pp. 239-256) de Lionel Charles, forme une section \u00e0 part enti\u00e8re&nbsp;: <em>Mise en perspective pluridisciplinaire<\/em>. Apr\u00e8s avoir reconstruit l\u2019\u00e9volution de la notion d\u2019environnement, terme de l\u2019ancien fran\u00e7ais qui r\u00e9appara\u00eet dans la langue par le biais de l\u2019anglais <em>environment<\/em> en 1912, l\u2019auteur en souligne la port\u00e9e disruptive par rapport \u00e0 l\u2019anthropocentrisme dominant de la culture occidentale, fond\u00e9 sur l\u2019approche philosophique de matrice grecque. De nos jours, face \u00e0 des crises de port\u00e9e internationale, telles que la pand\u00e9mie et la guerre en Ukraine, la soci\u00e9t\u00e9 civile est appel\u00e9e \u00e0 s\u2019interroger sur la complexit\u00e9 de la polys\u00e9mie du concept et sur son caract\u00e8re ind\u00e9termin\u00e9, ouvert et irr\u00e9solu, selon l\u2019acception de la philosophie de K. Popper. La configuration de ce nouveau paradigme biocentrique peut contribuer \u00e0 orienter l\u2019action humaine dans une perspective d\u2019interd\u00e9pendance, apte \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer le lien, ancestral, entre \u00e9thique, nature et sant\u00e9 et \u00e0 contrecarrer le monopole exerc\u00e9 sur l\u2019environnement par des techniciens porteurs d\u2019une repr\u00e9sentation environnementale abstraite et parcellis\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenant bri\u00e8vement les conclusions anticip\u00e9es dans l\u2019introduction par Yannick HAMON et Paola PAISSA, on peut avancer que la mise en perspective des discours environnementaux t\u00e9moigne du potentiel euristique inh\u00e9rent \u00e0 l\u2019analyse du discours et rend \u00e9vident le paradoxe d\u2019un arsenal argumentatif qui risque de multiplier les appels \u00e0 un engagement report\u00e9 \u00e0 jamais et de perdre le contact avec les collectivit\u00e9s \u00e0 cause d\u2019une responsabilisation tout aussi \u00e9tendue qu\u2019anonyme. La formule de d\u00e9veloppement durable r\u00e9sume dans son chiasme s\u00e9mantique la r\u00e9sistance du paradigme consum\u00e9riste, qui semble dot\u00e9 d\u2019une sorte d\u2019hom\u00e9ostase garantissant le maintien de l\u2019&nbsp;\u00ab&nbsp;ordre&nbsp;\u00bb \u00e9tabli.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>[Silvia FERRARI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Yannick HAMON et Paola PAISSA (dir.), Discours environnementaux. Convergences et divergences, Rome, Aracne, 2023, pp. 256. L\u2019ouvrage, qui se compose de douze contributions, s\u2019ins\u00e8re dans la collection \u00ab&nbsp;Lingue d\u2019Europa e del Mediterraneo&nbsp;\u00bb, coordonn\u00e9e par Giovanni Agresti et Henri Giordan. D\u00e8s la pr\u00e9face (pp. 7-13), sign\u00e9e par le premier, fondateur de la Linguistique du D\u00e9veloppement social\u2026 <span class=\"read-more\"><a href=\"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2024\/02\/12\/yannick-hamon-et-paola-paissa-dir-discours-environnementaux-convergences-et-divergences\/\">Leggi tutto &raquo;<\/a><\/span><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[44],"tags":[],"class_list":["post-1029","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-n51"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1029"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=1029"}],"version-history":[{"count":3,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1029\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1052,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/1029\/revisions\/1052"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=1029"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=1029"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=1029"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}