{"id":1004,"date":"2023-10-30T19:21:49","date_gmt":"2023-10-30T18:21:49","guid":{"rendered":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/?p=1004"},"modified":"2023-11-01T08:21:52","modified_gmt":"2023-11-01T07:21:52","slug":"laurence-rosier-juan-manuel-lopez-munoz-sophie-marnette-eds-le-discours-rapporte-a-lere-du-numerique-du-discours-cite-au-discours-partage","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.farum.it\/lectures\/2023\/10\/30\/laurence-rosier-juan-manuel-lopez-munoz-sophie-marnette-eds-le-discours-rapporte-a-lere-du-numerique-du-discours-cite-au-discours-partage\/","title":{"rendered":"Laurence ROSIER, Juan Manuel L\u00d3PEZ MU\u00d1OZ, Sophie MARNETTE (\u00e9ds.), Le discours rapport\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique: du discours cit\u00e9 au discours partag\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>Laurence Rosier, Juan Manuel L\u00f3pez Mu\u00f1oz et Sophie Marnette (\u00e9ds.), <em>Le discours rapport\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique&nbsp;: du discours cit\u00e9 au discours partag\u00e9<\/em>, \u00ab&nbsp;Le discours et la langue. Revue de linguistique fran\u00e7aise et d\u2019analyse du discours&nbsp;\u00bb, n\u00b0 12(2), 2021. <\/p>\n\n\n\n<p>Le num\u00e9ro 12(2) de <em>Le discours et la langue. Revue de linguistique fran\u00e7aise et d\u2019analyse du discours<\/em>, coordonn\u00e9 par Laurence Rosier, Juan Manuel L\u00f3pez Mu\u00f1oz et Sophie Marnette, s\u2019int\u00e9resse aux formes et aux fonctionnements du discours rapport\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re des transformations entra\u00een\u00e9es par le num\u00e9rique. Il rassemble dix articles s\u00e9lectionn\u00e9s \u00e0 partir des interventions pr\u00e9sent\u00e9es lors du septi\u00e8me colloque international \u00ab&nbsp;Le discours rapport\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique&nbsp;: du discours cit\u00e9 au discours partag\u00e9&nbsp;\u00bb, organis\u00e9 par le groupe <em>Ci-dit<\/em> (<a href=\"http:\/\/groupe-cidit.com\/wordpress\/\">http:\/\/groupe-cidit.com\/wordpress\/<\/a>) les 20-22 juin 2018 \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 Libre de Bruxelles. Le volume se propose de contribuer aux recherches men\u00e9es par ce groupe qui se donne pour objectif d\u2019\u00ab&nbsp;articuler l\u2019histoire, les th\u00e9ories et les pratiques du Discours Rapport\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 7). La partie initiale, r\u00e9dig\u00e9e par les trois coordinateurs (pp. 7-11), introduit les questions autour desquelles s\u2019articule la r\u00e9flexion sur les pratiques foisonnant en contexte num\u00e9rique pour transmettre les propos d\u2019autrui, eu \u00e9gard aussi aux relations qu\u2019elles entretiennent avec les proc\u00e9d\u00e9s traditionnels, avant de pr\u00e9senter les diverses contributions dont se compose le volume. Une attention particuli\u00e8re est dirig\u00e9e tout au long des articles \u00e0 l\u2019impact des conditions de production du contexte num\u00e9rique sur les modes, les formes et les fonctions pragma-discursives de la transmission du discours d\u2019autrui, d\u00e9gageant diff\u00e9rentes configurations et de nouvelles modalit\u00e9s de diffusion et de circulation.<\/p>\n\n\n\n<p>Le volume s\u2019ouvre sur l\u2019article de Clotilde Chevet qui explore l\u2019emploi des citations dans les r\u00e9ponses automatis\u00e9es de robots conversationnels (<em>Les chatbots&nbsp;: des cadavres exquis de citations<\/em>, pp. 13-27), en se penchant sur le cas d\u2019assistants vocaux et de chatbots. L\u2019\u00e9tude montre que la pratique citationnelle, dans ces contextes, n\u2019assume pas une fonction argumentative, mais elle correspond plut\u00f4t \u00e0 un acte interactionnel. \u00c0 ce propos, l\u2019auteure signale toutefois la nature particuli\u00e8re de l\u2019\u00ab&nbsp;interaction homme-machine&nbsp;\u00bb \u2013 comme le marque aussi son choix d\u2019utiliser cette expression entre guillemets \u2013 puisqu\u2019elle manque de la dimension r\u00e9ciproque qui est propre \u00e0 la d\u00e9finition m\u00eame d\u2019interaction (p. 16). L\u2019analyse s\u00e9miodiscursive des \u00e9changes avec plusieurs assistants vocaux fait \u00e9merger tout d\u2019abord le r\u00f4le de la mise en sc\u00e8ne graphique de la citation qui perd ses \u00e9l\u00e9ments de marquage traditionnels, emp\u00eachant l\u2019usager de distinguer sa pr\u00e9sence \u00e9ventuelle dans les r\u00e9ponses du robot (pp. 17-20). Chevet illustre ensuite le processus de neutralisation subi par la citation dans ce cadre \u00ab&nbsp;interactionnel&nbsp;\u00bb qui la transforme en r\u00e9plique, gr\u00e2ce aussi \u00e0 des entretiens semi-directifs r\u00e9alis\u00e9s avec deux \u00ab&nbsp;dialoguistes pour chatbots&nbsp;\u00bb (p. 19). Apr\u00e8s avoir \u00e9galement abord\u00e9 le cas de chatbots citationnels cr\u00e9\u00e9s \u00e0 partir de discours de personnalit\u00e9s c\u00e9l\u00e8bres, l\u2019auteure souligne enfin les risques de l\u2019emploi conversationnel de proc\u00e9d\u00e9s citationnels par ces dispositifs, ainsi que les questionnements de nature informationnelle et \u00e9thique que ces usages soul\u00e8vent.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article de Marion Colas-Blaise, intitul\u00e9 <em>Citation num\u00e9rique et hypertextualit\u00e9&nbsp;: un tandem (im)possible&nbsp;?<\/em> (pp. 29-41), traite des pratiques citationnelles li\u00e9es \u00e0 la dimension hypertextuelle des discours num\u00e9riques, en analysant une s\u00e9lection de pages de Wikip\u00e9dia. L\u2019auteure distingue deux types de citation hypertextuelle&nbsp;: la citation <em>analeptique <\/em>et la citation <em>proleptique<\/em>. La citation analeptique est consid\u00e9r\u00e9e comme la \u00ab&nbsp;r\u00e9\u00e9nonciation d\u2019un texte existant&nbsp;\u00bb (p. 30), dont les fonctionnements se rapprochent des formes traditionnelles du discours rapport\u00e9. Colas-Blaise pr\u00e9voit en outre une diff\u00e9renciation interne \u00e0 ce premier type de citation sur la base, d\u2019une part, du mode dont le discours est cit\u00e9 (citation <em>directe<\/em> vs citation <em>indirecte<\/em>) et, de l\u2019autre, de deux \u00ab&nbsp;r\u00e9gimes citationnels&nbsp;\u00bb, \u00e0 savoir la citation <em>univoque<\/em> ou <em>biunivoque <\/em>et <em>li\u00e9e-reli\u00e9e<\/em> ou <em>li\u00e9e-d\u00e9li\u00e9e<\/em> (pp. 32-33). \u00c0 travers la citation proleptique, l\u2019auteure envisage un autre angle d\u2019approche des pratiques citationnelles hypertextuelles qui concerne \u00ab&nbsp;la <em>relation <\/em>au lieu des textes \u00e0 relier, en faisant des textes les<em> produits <\/em>des interconnexions \u00e9tablies en production et activ\u00e9es et valid\u00e9es en r\u00e9ception&nbsp;\u00bb (p. 34). La contribution de Colas-Blaise identifie enfin plusieurs \u00ab&nbsp;types de geste citationnel&nbsp;\u00bb \u2013<em> technique<\/em>, <em>perceptif <\/em>et <em>\u00e9nonciatif<\/em> \u2013 associ\u00e9s \u00e0 la citation num\u00e9rique, en mettant en \u00e9vidence diff\u00e9rentes \u00ab&nbsp;strates&nbsp;\u00bb d\u2019analyse possibles (pp. 36-38).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Discours rapport\u00e9 vs discours partag\u00e9&nbsp;: convergences, diff\u00e9rences, probl\u00e8mes de fronti\u00e8res<\/em> (pp. 43-65), Francis Grossmann s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la pluralit\u00e9 de configurations qui peuvent caract\u00e9riser les usages citationnels dans l\u2019environnement num\u00e9rique, tout en estimant une continuit\u00e9 avec les pratiques traditionnelles du discours rapport\u00e9. Afin de d\u00e9limiter les contours des notions de <em>discours rapport\u00e9<\/em> et de <em>discours partag\u00e9<\/em>, l\u2019auteur propose de distinguer entre trois op\u00e9rations diff\u00e9rentes qui peuvent \u00eatre impliqu\u00e9es \u2013 individuellement ou m\u00eame en combinaison \u2013 dans la relation avec le discours d\u2019autrui int\u00e9gr\u00e9 dans l\u2019\u00e9nonciation principale, \u00e0 savoir les op\u00e9rations de <em>rapporter<\/em>, de <em>diffuser<\/em> et de <em>r\u00e9dupliquer <\/em>(pp. 47-48). Il met surtout en avant le r\u00f4le central en contexte num\u00e9rique de l\u2019op\u00e9ration de r\u00e9duplication car elle est susceptible, selon l\u2019auteur, d\u2019influencer au moins partiellement les autres param\u00e8tres qui structurent le discours partag\u00e9 sur la Toile. L\u2019analyse de plusieurs exemples illustre diff\u00e9rentes configurations que le discours rapport\u00e9 peut assumer dans ce contexte, en fonction des marques signalant une rupture \u00e9nonciative, des formes sous lesquelles se pr\u00e9sente le discours rapport\u00e9, de la fa\u00e7on dont il est ins\u00e9r\u00e9 dans le discours citant, des proc\u00e9d\u00e9s adopt\u00e9s pour le partager et le diffuser sur la Toile, de la mani\u00e8re dont l\u2019\u00e9nonciateur principal se positionne \u00e0 son \u00e9gard, ainsi que de son inscription dans l\u2019\u00e9change communicationnel. L\u2019\u00e9tude met ainsi en relief \u00ab&nbsp;la complexit\u00e9 du polysyst\u00e8me citationnel&nbsp;\u00bb (p. 56) rendu possible par le num\u00e9rique, dans lequel la \u00ab&nbsp;fonction de repr\u00e9sentation du discours d\u2019autrui&nbsp;\u00bb s\u2019accompagne d\u2019une \u00ab&nbsp;fonction&nbsp;\u00e9videntielle&nbsp;\u00bb (p. 63).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la quatri\u00e8me contribution du volume, r\u00e9dig\u00e9e en anglais (<em>The Use of Reported Speech in the Climate Change Blogosphere<\/em>, pp. 67-77), Kjersti Fl\u00f8ttum explore le recours aux citations et au discours rapport\u00e9 au sein de blogues en langue anglaise centr\u00e9s sur des questions environnementales et notamment sur le changement climatique. L\u2019\u00e9tude est r\u00e9alis\u00e9e en trois \u00e9tapes et se pose l\u2019objectif d\u2019analyser les fa\u00e7ons dans lesquelles la voix d\u2019autrui est ins\u00e9r\u00e9e et exploit\u00e9e par l\u2019\u00e9nonciateur principal \u2013 le blogueur \u2013 pour construire ses arguments. Tout d\u2019abord, l\u2019auteure conduit une analyse quantitative \u00e0 partir d\u2019un corpus rassemblant de nombreux blogues, classifi\u00e9s en fonction de leur polarisation vis-\u00e0-vis du changement climatique (\u00ab&nbsp;acceptors blogs&nbsp;\u00bb vs \u00ab&nbsp;sceptic blogs&nbsp;\u00bb, p. 67). Elle rep\u00e8re les sujets th\u00e9matiques principaux au sein des segments textuels marqu\u00e9s par les guillemets, sans que des diff\u00e9rences remarquables ressortissent selon la polarisation des blogues. La deuxi\u00e8me phase de l\u2019\u00e9tude concerne les types de sources principalement cit\u00e9es, mais, dans ce cas aussi, Fl\u00f8ttum remarque des similitudes entre les deux types de blogues, \u00e9tant donn\u00e9 qu\u2019ils rapportent principalement les propos de chercheurs reconnus en mati\u00e8re de climat qui se rallient aux \u00e9valuations du GIEC. C\u2019est finalement l\u2019analyse qualitative de deux blogues s\u00e9lectionn\u00e9s sur la base de leur polarisation qui r\u00e9v\u00e8le des usages diff\u00e9rents du discours rapport\u00e9, employ\u00e9 pour poursuivre des fonctions argumentatives divergentes dans les deux cas \u00e9tudi\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre genre de discours num\u00e9rique fait l\u2019objet de l\u2019\u00e9tude de Gr\u00e9goire Lacaze qui porte sur <em>Du discours rapport\u00e9 dans les tweets&nbsp;: pratiques de diffusion du discours circulant <\/em>(pp. 79-98). L\u2019attention est avant tout dirig\u00e9e sur les traits distinctifs des discours sur Twitter ainsi que sur l\u2019influence de l\u2019environnement technologique. L\u2019auteur met en \u00e9vidence en particulier trois caract\u00e9ristiques de ces discours&nbsp;: la nature ouverte, la dimension hypertextuelle, et le fait qu\u2019ils sont produits dans un \u00ab&nbsp;lieu d\u2019expression de l\u2019extimit\u00e9&nbsp;\u00bb (p. 84). En ce qui concerne en revanche les pratiques du discours rapport\u00e9 sur la plateforme, il souligne notamment la pluris\u00e9mioticit\u00e9 et la \u00ab&nbsp;multicanalit\u00e9&nbsp;\u00bb inscrite dans la mat\u00e9rialit\u00e9 num\u00e9rique des tweets (p. 85). Apr\u00e8s avoir illustr\u00e9 les \u00e9l\u00e9ments structurels et fonctionnels des tweets, Lacaze aborde plusieurs pratiques du \u00ab&nbsp;discours circulant&nbsp;\u00bb (p. 90) sur la plateforme, en soulignant les transformations de l\u2019activit\u00e9 de lecture traditionnelle qui, en contexte num\u00e9rique, \u00ab&nbsp;devient fragmentaire, d\u00e9lin\u00e9aris\u00e9e avec un choix de branchement \u00e9ventuel \u00e0 chaque n\u0153ud du r\u00e9seau&nbsp;\u00bb (p. 91). L\u2019auteur se penche ensuite sur le cas du retweet, avant d\u2019approfondir le r\u00f4le de la multimodalit\u00e9 \u00e0 travers l\u2019analyse de textes partag\u00e9s sous forme d\u2019image, du recours aux hashtags et aux mentions, ainsi que de l\u2019utilisation des majuscules. Ce travail met en avant le renouvellement des pratiques citationnelles sur Twitter favoris\u00e9 par les sp\u00e9cificit\u00e9s du dispositif technologique, dans lequel \u00ab&nbsp;non seulement des paroles mais aussi des images peuvent circuler avec un grand nombre de m\u00e9tadonn\u00e9es se propageant lors de l\u2019activit\u00e9 citationnelle&nbsp;\u00bb (p. 96).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Du corpus r\u00e9flexif au corpus r\u00e9fl\u00e9chi\u202f: La plateforme #Id\u00e9o2017 pour extraire contextuellement les pratiques citationnelles et analyser la circulation des discours politiques sur Twitter<\/em> (pp. 99\u2011113), Julien Longhi met en exergue les int\u00e9r\u00eats de combiner deux approches diff\u00e9rentes des discours num\u00e9riques, en s\u2019appuyant sur un cas d\u2019application concret. Apr\u00e8s avoir synth\u00e9tis\u00e9 les sp\u00e9cificit\u00e9s des approches \u00ab&nbsp;extractives&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;contextualisantes&nbsp;\u00bb caract\u00e9risant les \u00e9tudes linguistico-discursives des r\u00e9seaux socionum\u00e9riques, l\u2019auteur met en \u00e9vidence les enjeux pos\u00e9s par l\u2019analyse de ces discours d\u00e8s la phase de constitution du corpus. \u00c0 travers la pr\u00e9sentation de la plateforme #Id\u00e9o2017 \u2013 un outil d\u00e9velopp\u00e9 pour permettre au grand public d\u2019acc\u00e9der aux tweets des candidats de la campagne pr\u00e9sidentielle de 2017 ainsi qu\u2019\u00e0 des analyses linguistiques r\u00e9alis\u00e9es sur ces discours \u2013, l\u2019article montre les apports de l\u2019articulation de m\u00e9thodes de traitement statistique avec le retour au discours dans son contexte d\u2019origine. La multiplicit\u00e9 des formes d\u2019exploration illustr\u00e9es fait ressortir l\u2019utilit\u00e9 et le potentiel de cette combinaison \u00e9quilibr\u00e9e d\u2019approches qui permet d\u2019enrichir l\u2019analyse de ces discours, de saisir leur stratification \u00e9nonciative ainsi que leurs parcours de circulation, favorisant aussi l\u2019\u00e9tude des pratiques citationnelles. Longhi avance ainsi la notion de \u00ab&nbsp;corpus r\u00e9fl\u00e9chi&nbsp;\u00bb pour d\u00e9signer \u00ab&nbsp;un corpus qui peut effectuer \u201cun retour sur lui-m\u00eame\u201d, soit dans sa mat\u00e9rialit\u00e9 formelle, soit dans son environnement natif&nbsp;\u00bb (p. 111). Sa proposition vise donc \u00e0 \u00ab&nbsp;fournir des moyens d\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces observables, et des repr\u00e9sentations intelligibles de ces particularit\u00e9s&nbsp;\u00bb (p. 111).<\/p>\n\n\n\n<p>Les pratiques citationnelles adopt\u00e9es dans les carnets de recherche en sciences humaines et sociales sont analys\u00e9es par Ingrid Mayeur dans sa contribution intitul\u00e9e <em>La citation dans les carnets de recherche en sciences humaines et sociales&nbsp;: approche formelle et fonctionnelle <\/em>(pp. 115-131). Pr\u00e9supposant une continuit\u00e9 avec les pratiques citationnelles traditionnelles, l\u2019\u00e9tude se propose d\u2019explorer le r\u00f4le de la mat\u00e9rialit\u00e9 des productions num\u00e9riques dans les citations mobilis\u00e9es dans ces discours num\u00e9riques. Du point de vue formel, l\u2019auteure rep\u00e8re le recours \u00e0 des marqueurs de citation sp\u00e9cifiques tels que les hyperliens, ainsi que la pr\u00e9sence de citations se constituant de divers modes s\u00e9miotiques. Du point de vue fonctionnel, l\u2019analyse de Mayeur r\u00e9v\u00e8le deux fonctions principales&nbsp;: une <em>fonction argumentative<\/em> \u2013 qui peut \u00eatre actualis\u00e9e sous plusieurs formes (pp. 121-126) \u2013 et une <em>fonction ludique ou de connivence<\/em>. Mayeur met toutefois en relief que, dans ce contexte, la citation n\u2019est pas exploit\u00e9e aussi fr\u00e9quemment que dans les productions scientifiques \u00e0 des fins argumentatives. D\u2019apr\u00e8s l\u2019auteure, elle joue plut\u00f4t un \u00ab&nbsp;r\u00f4le probatoire&nbsp;\u00bb (p. 122) participant \u00e0 la construction de l\u2019ethos de l\u2019auteur du carnet \u00ab&nbsp;qui donne ainsi, technodiscursivement, l\u2019image d\u2019un scientifique s\u00e9rieux documentant les sources d\u2019une mani\u00e8re transparente&nbsp;\u00bb (p. 123).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Les citations dans les questions de l\u2019intervieweur : que change le num\u00e9rique dans les pratiques journalistiques \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision&nbsp;?<\/em> (pp. 133-147), Aleksandra Nowakowska analyse diff\u00e9rents usages du num\u00e9rique de la part des journalistes pour citer les propos d\u2019autres sources \u00e9nonciatives dans le cadre de programmes t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s. L\u2019\u00e9tude de Nowakowska aborde le \u00ab&nbsp;microdialogue interne&nbsp;\u00bb (p. 135) de l\u2019\u00e9nonc\u00e9 \u00e0 travers deux cas de figure&nbsp;: d\u2019une part, l\u2019emploi du num\u00e9rique en tant que support et source exploit\u00e9s en m\u00eame temps par le journaliste&nbsp;; de l\u2019autre, l\u2019acte de citer une source num\u00e9rique. Dans le premier cas, la pratique citationnelle se r\u00e9alise par le recours \u00e0 un dispositif num\u00e9rique qui, comme l\u2019affirme Nowakowska, \u00ab&nbsp;joue un r\u00f4le dans la mani\u00e8re de marquer l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 \u00e9nonciative&nbsp;\u00bb (p. 138). Ce support permet de reproduire la citation dans son contexte d\u2019origine mais, selon l\u2019auteure, il peut m\u00eame repr\u00e9senter une strat\u00e9gie pour susciter une r\u00e9action \u00e9motionnelle. Le num\u00e9rique correspond ainsi \u00e0 un \u00ab&nbsp;marqueur polys\u00e9miotique et technologique du dialogisme&nbsp;\u00bb (p. 146). Le deuxi\u00e8me cas de figure concerne en revanche la citation de sources num\u00e9riques \u2013 notamment des discours tir\u00e9s de Twitter et YouTube \u2013 lors d\u2019interviews ou d\u2019autres programmes t\u00e9l\u00e9vis\u00e9s. En l\u2019occurrence, Nowakowska remarque que le discours cit\u00e9 peut \u00e9galement faire l\u2019objet d\u2019un \u00ab&nbsp;montage citationnel&nbsp;\u00bb (p. 143) entra\u00eenant l\u2019effacement d\u2019une partie des \u00e9nonciateurs engag\u00e9s dans les parcours de partage du discours, ce qui contribue, d\u2019apr\u00e8s l\u2019auteure, \u00e0 mettre en relief le dialogisme interlocutif.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019article de Lucie Raymond, <em>Du discours cit\u00e9 aux <\/em>discours ench\u00e2ss\u00e9es&nbsp;<em>: la pratique de \u00ab&nbsp;r\u00e9ponse&nbsp;\u00bb dans les vid\u00e9os en ligne sur YouTube<\/em> (pp. 149-158), s\u2019int\u00e9resse \u00e0 une pratique citationnelle sp\u00e9cifique de la plateforme YouTube appel\u00e9e \u00ab&nbsp;r\u00e9ponse&nbsp;\u00bb. Comme le pr\u00e9cise l\u2019auteure, il s\u2019agit d\u2019une pratique de \u00ab&nbsp;re-diffusion et r\u00e9-\u00e9ditorialisation de discours&nbsp;\u00bb d\u2019autrui dans la mesure o\u00f9 elle proc\u00e8de d\u2019\u00ab&nbsp;un \u201cmontage\u201d vid\u00e9o de sorte que les paroles tenues par la personne en question alternent avec leur propre \u201cr\u00e9ponse\u201d&nbsp;\u00bb (p. 150), c\u2019est-\u00e0-dire la \u00ab&nbsp;r\u00e9ponse&nbsp;\u00bb de l\u2019\u00e9nonciateur principal qui assemble la vid\u00e9o. L\u2019\u00e9tude explore les caract\u00e9ristiques de ce montage vid\u00e9o qui entra\u00eene, selon Raymond, un \u00ab&nbsp;d\u00e9montage discursif&nbsp;\u00bb (p. 155). En l\u2019occurrence, &nbsp;la re-diffusion du discours d\u2019autrui se charge d\u2019une fonction aussi bien illustrative qu\u2019argumentative. L\u2019auteure met en outre en \u00e9vidence la question de la d\u00e9contextualisation du discours rapport\u00e9 qui peut contribuer \u00e0 d\u00e9tourner son sens.&nbsp;Dans le cas sp\u00e9cifique de la \u00ab&nbsp;r\u00e9ponse&nbsp;\u00bb sur YouTube, Raymond propose de parler de \u00ab&nbsp;r\u00e9-\u00e9ditorialisation&nbsp;\u00bb du discours de l\u2019autre car ce dernier fait l\u2019objet d\u2019un \u00ab&nbsp;proc\u00e9d\u00e9 de r\u00e9organisation et de re-diffusion&nbsp;\u00bb (p. 157), plut\u00f4t que d\u2019une forme de citation.<\/p>\n\n\n\n<p>La contribution de Marion Sandr\u00e9 porte sur <em>Communication pr\u00e9sidentielle sur Facebook&nbsp;: analyse du dialogisme discursif et technologique<\/em> (pp. 159-187). Dans cette \u00e9tude, Sandr\u00e9 analyse les relations qui se d\u00e9gagent entre les discours publi\u00e9s sur la page Facebook d\u2019Emmanuel Macron et les discours avec lesquels cette page \u00e9tablit des liens dialogiques. Deux types de discours font l\u2019objet de l\u2019analyse&nbsp;: les \u00ab&nbsp;discours de soi&nbsp;\u00bb \u2013 impliquant des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 d\u2019autres discours de Macron \u2013 et les \u00ab&nbsp;discours des autres&nbsp;\u00bb \u2013 lorsque ce sont les propos d\u2019autres sources \u00e0 \u00eatre repris de mani\u00e8re dialogique. Pour chaque cat\u00e9gorie, Sandr\u00e9 pr\u00e9voit en outre une distinction interne entre \u00ab&nbsp;discours en situation&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;discours num\u00e9riques&nbsp;\u00bb en fonction de leur contexte de production. L\u2019analyse montre la centralit\u00e9 des cas d\u2019autodialogisme qui concernent la diffusion via Facebook de discours d\u2019Emmanuel Macron aussi bien en direct qu\u2019en diff\u00e9r\u00e9. En ce qui concerne la citation des \u00ab&nbsp;discours des autres&nbsp;\u00bb, l\u2019auteure remarque que ces proc\u00e9d\u00e9s dialogiques se rapportent aussi bien \u00e0 des sources qui s\u2019alignent sur les propos de Macron, qu\u2019\u00e0 des sources desquelles il prend de la distance. Elle observe finalement que \u00ab [l]a communication sur la page Facebook est tr\u00e8s autocentr\u00e9e&nbsp;\u00bb et que \u00ab&nbsp;[l]\u2019ensemble des discours pr\u00e9sents sur la page sont ramen\u00e9s \u00e0 EM et contr\u00f4l\u00e9s par lui&nbsp;\u00bb (p. 185).<\/p>\n\n\n\n<p>Discours rapport\u00e9, partag\u00e9, rediffus\u00e9, ench\u00e2ss\u00e9, circulant\u00a0: il ne s&#8217;agit que de quelques-unes des expressions qui \u00e9mergent au fil des contributions pour mettre en \u00e9vidence les sp\u00e9cificit\u00e9s et les transformations des pratiques citationnelles \u00e0 la lumi\u00e8re du r\u00f4le exerc\u00e9 par le num\u00e9rique, en apportant de nouveaux \u00e9clairages sur ces ph\u00e9nom\u00e8nes. Si le num\u00e9rique influence et (re)mod\u00e8le ces pratiques, il ressort aussi qu\u2019elles peuvent impliquer, selon les cas, des aspects de continuit\u00e9 avec les modes traditionnels du discours rapport\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>[Claudia CAGNINELLI]<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Laurence Rosier, Juan Manuel L\u00f3pez Mu\u00f1oz et Sophie Marnette (\u00e9ds.), Le discours rapport\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e8re du num\u00e9rique&nbsp;: du discours cit\u00e9 au discours partag\u00e9, \u00ab&nbsp;Le discours et la langue. Revue de linguistique fran\u00e7aise et d\u2019analyse du discours&nbsp;\u00bb, n\u00b0 12(2), 2021. Le num\u00e9ro 12(2) de Le discours et la langue. 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